Dans Henri III et sa Cour
sion de sentiment par nuances, au lieu de la dessiner fortement par scènes.
Le quatrième acte est déjà refait et le cinquième, naturellement, suivra toutes les progressions que lui imposera le quatrième.
Ma présence est nécessaire, je le sens. Faites donc ce que je vous ai dit, très cher. Allez trouver M. DuchâteP. Dites-lui que j'ai tenu exactement l'engagement pris avec M. de Rémusat; dites-lui que je tiendrai, avec la même exactitude, l'engagement que je prendrai avec lui. Priez-le de m'accorder la même somme; et à Tinstant même je pars, mes deux actes en poche, et j'arrive avec la chose que je voulais, c'esl-à-dire cinq actes de comédie où il n'y a pas un mot de drame. Allez de ce pas chez mademoiselle Mars, je vous prie, et expliquez-lui d'où vient la lettre qu'elle a reçue de moi. Réglez tout séance tenante avec votre impartialité ordinaire. Dites-lui qu'avec les changements que j'ai déjà faits au quatrième, le quatrième devient le meilleur, le plus chaud, et le plus curieux, de toute la pièce. Si vous aviez tenu à la lettre l'engagement de votre lettre, et si après lecture vous eussiez mis !2 000 francs à la disposition de Dommange, demain je partirais, dans six jours je serais à Paris, et dans huit jours, nous serions sur des roulettes...
Ce n'est pas tout :
« Parlez un peu de moi dans vos revues, pour l'Académie. Je ne suis pas sur les rangs, mais je
1, M. Duchâtel, ministre de l'Intérieur.
suis bien aise qu'on s'étonne de ce que je n'y suis pas. »
Et le 13 février, le voici prêt à revenir :
Je vois qu'il faut bien que je revienne, mais pour Dieu, en échange du sacrifice que je fais, payez la prime à Dommange... Pressez les répétitions, mon cher Buioz, j'arriverai vers le 20. Alors je trouverai, je Tespère, la pièce sue, et vierge comme je serai sur elle. J'en éprouverai bien mieux TefTet, de cette façon, je ferai les concessions moi-même.
Si mademoiselle Rachel s'en va, et vous laisse Tété vide, je m'arrangerai de manière à avoir pour Beauvallet, Ligier, Firmin et Guyon un drame prêt au mois de septembre. Je veux me rincer la bouche de la comédie : car vous le comprenez, mon très cher, la comédie, quoi qu'on dise, n'est pas mon fait, et je me sens bien plus à l'aise dans le drame.
Écrivez tout de suite à Dommange de vous venir voir. Communiquez-lui ma lettre. O^^'il m'envoie 500 francs poste restante à Marseille. C'est tout ce dont j'ai besoin. 'Vous lui direz que je reviens avec ma femme, -mais dans l'intention de rester deux ou trois mois, au plus, à Paris...
Sa femme Ida-Ferrier, Dumas l'avait épousée en 1840. Elle était d'une beauté opulente, que Gautier célébra avec enthousiasme*. A propos
1. Dans Les Belles Femmes de Paris, il disait qu'Ida Ferrier avait les cheveux fins et abondants, des mains adorables, des pieds minces et délicats, une figure ravissante, un cou de cygne, des épaules divines, une taille, « enfin nous y voilà, mademoiselle Ida a en luxe et en excès, ce que la moitié des femmes de Paris n'a pas du tout ». Aussi les maigres de la trouver trop grasse, trop puissante, etc.
de cette opulence, Roger de Beauvoir prêta à Chateaubriand, qui fut témoin du mariage, cette boutade mélancolique : en voyant les « appas » de l'épousée, René dit : « Ma destinée ne change pas : tout ce que je bénis tombe ^ »
Mais revenons à la lettre. En la terminant Dumas écrit : « Parlez donc de moi dans vos Revues pour l'Académie, et demandez-vous à vous-même comment il se fait que je ne sois pas sur les rangs, quand Ancelot se présente -. »
Donc voici l'histoire d'après les lettres, et avec les dates : le Comité reçoit à corrections, Dumas l'apprend en janvier par F. Buloz, il se fâche d'abord, ensuite il fait les corrections, et enfin lorsqu'elles sont terminées il vient à Paris, distribuer ses rôles, et faire répéter sa pièce. Mais la vérité monotone ne plaît pas à ce grand fantaisiste, voici ce qu'il en tire :
« Lockroy dit admirablement — c'est un em/?oigneur comme on dit en termes d'argot de théâtre, Lockroy déploya toutes ses ressources, lut de son mieux, et fut refusé à l'unanimité.
» Je fus huit jours à apprendre la nouvelle; le jour où je l'appris, je fis mon portemanteau, mis la lettre de M. de Rémusat dans ma poche et partis; cinq jours après j'étais à Paris. »
Il arrive à cinq heures du soir, à huit heures