Par Mérimée
il pose des conditions. Et le ministre de souscrire à toutes ses conditions, même à celle-ci : « La lecture devant le Comité sera une simple formalité, la pièce sera reçue d'avance, et sera mise en répétition huit jours après la lecture. »
« Le lendemain, je reçus, écrit Dumas, une lettre de M. de Rémusat, dictée dans le sens arrêté entre nous. » Satisfait, il part avec sa lettre.
Quand F. Buloz lui écrit à Florence pour lui demander le drame annoncé, Dumas lui propose d'abord une comédie — le drame viendra ensuite :
4 novembre.
Mon cher Buloz
Voici ce que je puis faire :
Si vous prenez tout de suite mes deux volumes et que vous remettiez sur eux seulement 1 800 francs comptant ou un billet à trois mois à Dommange — quitte à compter pour le reste, Dommange avec ces 1 800 francs et ce qu'il touchera de Dumont peut m'envover 3 000 francs. Je me mets aussitôt, le iour où je reçois ces 3 000 francs, à écrire une comédie en trois actes pour mademoiselle Mars, Menjaud, Samson. etc., comédie sans aucun frais, en costumes Louis XV que chacun a et qui se passera dans un seul salon.
Et c'est le Mariage sous Louis XV. Que F. Buloz prie donc Lockroy de faire la lecture de cette comédie, Lockroy n'étant plus aux
Français, cela ne susceptibilisera personne, puis l'auteur a d'autres projets, beaucoup d'autres.
Je vous enverrai en plus Christine corrigée, c'està-dire avec le prologue retranché. De cette manière, vous y gagnerez une décoration que vous auriez été obligé de faire faire...
Aniony ne vous coûterait pas un sou — la reprise — Antonij se remonterait entre quatre planches. Mettez-moi à même de vous envoyer d'ici à six semaines une comédie en trois actes, et d'ici à trois ou quatre mois, un drame en cinq.
Vous m'avez parlé d'une traduction de Macbeth pour mademoiselle Rachel et Ligier. Redites-m'en un mot.
Il ajoute « Les deux volumes que je vous envoie sont peut-être des plus amusants que j'ai faits'. »
Cependant, à la fin de l'année, le manuscrit du Mariage sous Louis A' F a été envoyé à Paris, et Dumas est mécontent : sa pièce, lue au comité de la Comédie-Française, est reçue à corrections. Il écrit à F. Buloz le 5 janvier 1841 :
Vous avez trop de mémoire pour avoir oublié que nous avons un traité; sans un traité bien en forme, je n'eusse point écrit une ligne. Je reçois donc les avis du Comité à titre de conseil et littérairement. Je vais en conséquence chercher dans ma tèle quelque chose qui anime un peu le qua-
i. Le Chevalier (VHarmental.
trième acte. La réception à correction est donc pour moi nulle et non avenue. C'est une chose de forme que je ne reconnais point, puisque j'ai mon droit sur le fond.
Cependant, comme je vous le dis, littérairement j'accepte tous les avis, et vais en conséquence me mettre à la besogne.
Voyez donc à arranger avec Dommange l'afi'aire de mon retour. Tout ceci est une question d'argent que pourrait lever le ministère. Ou il fasse ce qiiil a déjà fait pour moi quand je me suis engagé à donner la pièce fin novembre 1840 et je m'engage positivement à en donner une autre fin décembre 1841.
Ces arrangements avec le Ministère ce sont les primes. Dumas les touchait avec quelque satisfaction, puisqu'il était toujours à court d'argent, malgré une production phénoménale.
Sans sa prime, il ne peut revenir. Et il presse le Commissaire : « C'est une chose à faire entrevous et M. Duchâtel directement. La chose est d'autant plus facile, je le crois, que j'ai tenu ponctuellement la parole que j'avais donnée à M. de Rémusat » (en 1840, quand M. Ilémusat était ministre). Et puis il revient à son quatrième acte :
« Je suis décidé moi-même à y faire des corrections. Maisje maintiens que les trois premiers actes sont des plus jolis qu'il y ait au théâtre, et que le cinquième, sauf les corrections qu'y amèneront les changements du quatrième, est tout à fait suffisant pour une comédie.
» Je sais du reste que pendant toute la lecture vous avez été parfaitement bien.
» Donc, me voilà délié de ma parole par mademoiselle Mars elle-même à ce qu'il paraît. Le rôle de la Comtesse* appartient donc à mademoiselle Plessis à partir de ce moment-ci, et les rôles de mademoiselle de Belle-Isle, et de la duchesse de Guise-, à partir du mois de mai. Offrez-les-lui de ma part; elle sera, à partir de ce moment-ci, mon actrice, comme mademoiselle Mars l'a été. Ne pas faire ce qu'on doit est d'un malhonnête homme. Faire plus qu'on ne doit est d'un sot. » Et il rappelle le retour, les démarches, le ministre... « Songez qu'il me faut réponse le 19 pour que je puisse partir par le bateau du 20. Il n'y a donc pas de votre part c( un quart d'heure à perdre ».
Puis, une lettre de F. Buloz que je n'ai pas, a sans doute atténué la blessure qu'avait faite la demande du Comité : la demande de corrections... Car voici une lettre de Dumas du 15 janvier 1841, très adoucie, très affectueuse :
Mon cher Buloz, j'ai reçu de vous ce matin une bonne et brave lettre et telle que je ["attendais. Vous avez raison, le quatrième acte manque de mouvement, j'ai cru, et je me suis trompé, qu'un simple développement suffirait et jai indiqué une progres-