‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 14 sur 173 · I. Inédite · texte numérisé non relu

I. Inédite

une phrase de l'article Montégut, sur A. de Vigny.

Paul de Musset ne fait aucune allusion cependant à cet article, mais F. Buloz veut sans doute noter que la mauvaise humeur de Paul était due aux similitudes que remarquait E. Moutégut entre certaines poésies de Musset, et certaines œuvres d*A. de Vigny* :

(( Alfred de Musset l'avait beaucoup lu (A. de Vigny) et le tenait évidemment en grande estime, car, sans en trop rien dire, il lui a fait plus d'un emprunt. Avez-vous remarqué, par exemple, que cette charmante pièce intitulée Idylle, où deux amis célèbrent alternativement l'un les extases de l'amour respectueux, l'autre les ivresses de l'amour sensuel, n'est qu'une transformation du petit poème d'A. de Vigny la Dryade, et que Dolorida est l'origine de Don Paez? etc. »

Voici la réponse tardive et... mécontente *de Paul de Musset :

5 mars 1867.

Mon cher Monsieur,

J'ai reçu ce matin la visite de M. Louis Buloz, qui m'a fait part de l'intention que vous avez de demander à M. Emile Montégut un article pour la Revue des Deux Mondes sur l'édition in-4° des oeuvres de mon frère, et sur la Notice et les lettres familières insérées dans cette édition. A ce propos.

1. Emile Montég:ut : Le Journal d'un poète {Revue des Deux Mondes), 1" mars 1867.

j'ai relu après le départ de M. voire fils, la lettre que vous m'avez écrite le l*^*^ février, pour me signaler ce que vous appelez des inexactitudes. Vous vous trompez de mol : Il n'y a rien d'inexact dans ma notice; il n'y a que des choses incomplètes', mais quand je ne donne pas de détails, c'est qu'il ne me convient pas d'en donner, par la raison que cette notice n'est qu'une sorte de sommaire de la Biographie de mon frère que j'ai écrite en 400 pages, et que je publierai un jour avec pièces à l'appui.

Lorsque j'ai dit que, après la publication du second volume de vers de mon frère, vous lui aviez demandé sa collaboration pour la Bévue des Deux Mondes, j'ai raconté la chose dune manière abrégée, mais non inexacte, et je connais les détails de vos premières relations avec mon frère, ils se trouveront ailleurs que dans cette courte notice'.

Sur les rapports de mon frère et du duc d'Orléans, je n'ai rien à apprendre. J'en connais les moindres détails, et j'ai en ma possession des lettres très curieuses de ce prince, qui seront publiées un jour. Vous m'avez raconté vous-même, plusieurs fois, comment vous aviez fait donner à mon frère la bibliothèque du ministère de l'Intérieur. Je n'ai point oublié le mot de M. de Montalivet, qui ne connaissait d'Alfred de Musset en 1838 que le point sur un z, et qui craignait de se compromettre en donnant la bibliothèque de son ministère à l'auteur de la Ballade à la lune. Si vous trouvez que j'ai eu tort de ne point insérer ces détails dans ma Notice, publiez-les dans la Bévue, je serai bien aise de les y voir^.

1. P. de Musset ne devait pas les connaître, car il ne les a publiés nulle part.

2. Voir dans la lettre suivantede F. Buloz comment il nièce fait.

Vous mo (liles (juc mon fr^re avait, dans la personne du duc d'Orléans, un protecteur puissant, cela est vrai; mais ce protecteur n'a jamais fait autre chose pour lui (jue de vous aider à lui faire obtenir sa place.de bibliothécaire, et à surmonter la répugnance de M. de Monlalivet. Je n'en fais pas un reproche au prince, qui avait beaucoup d'amitié pour mon frère, et qui, d'ailleurs, ne m'a jamais refusé les petites recommandations ou apostilles dont il a eu besoin.

Il reste l'affaire de M. Charpentier. Je conviens que, sur ce point, mes renseignements étaient incomplets. J'ignorais' que vous eussiez suggéré à cet éditeur l'idée daller trouver mon frère.

Quant aux grands désespoirs de mon frère auxquels vous semblez ne pas croire', ils sont si réels que j'ai en ma possession tout un manuscrit de lui sur ce sujet, qui n'est pas d'un style à faire sourire ceux qui le liront.

Je vous prie donc instamment de ne point me faire dire par M. Montégut, que je ne connais pas bien la vie, et les pensées intimes de mon frère. Après avoir vécu quarante ans sous le même toit que lui, mangé à la même table, et passé les nuits à écouter ses confidences, je ne pourrais pas laisser sans réponse le reproche dé l'avoir peu connu ou oublié. Vous m'obligeriez ainsi, soit à réfuter l'article de M. Montégut, soit à publier ma grande Biographie plus tôt que je nai l'intention de le faire.

1. F. Buioz — voir la lettre précédente — ne met pas en doute les grands désespoirs de Musset; il dit qu'il doute que d'autres aient réussi à le sauver du désespoir : P. de Musset avait-il lu la lettre de F. Buloz? S'il l'avait lue, comment en change-t-il les termes?

Croyez que je suis en mesure d'apprendre à ceux qui pensent connaître mon frère, bien des choses qu'ils ignorent.

Je vous suis d'ailleurs, très obligé des renseignements que vous m'avez donnés verbalement, à l'appui de votre lettre du 1" février, sur les premières relations d'affaires entre mon frère et M. Charpentier, et je vous en remercie. Ils pourront nous être utiles, à ma sœur et à moi, si nous sommes forcés de plaider contre cet éditeur... Mais je ne puis pas accepter la leçon que me donne votre lettre du 1" février. Je sais tout ce qui intéresse la vie de mon frère, et quand je parle peu sur ce sujet, ce n'est pas faute d'avoir bien des choses à dire. Je suis très bon enfant et fidèle ami; mais si quelqu'un, par la voie de la publicité, venait à me marcher sur la queue, je me redresserais de façon à le dégoûter d'y revenir. Ce ne serait pas la première fois. Tout à vous cependant et sans rancune,

A la réception de cette lettre, qu'il trouva 4 vive », F. Buloz envoya son fils Louis à P. de Musset, avec sa réponse. Mais le frère du poète ayant compris, je pense, qu'il avait dépassé la mesure, et ayant « retiré sa lettre », Louis Buloz ne crut pas devoir lui faire lire celle de F. Buloz, et la rapporta à son père. Sur le double de la lettre du directeur de la Revue je lis cette note :

« Visite de Louis à P. de Musset. Celui-ci

Page 1