Louis de Geofroy, cousin de madame Buloz, diplomate
roulement de tambour; les hommes gardent leurs quartiers, les femmes font de la charpie sous toutes les portes. J'ai essayé d'accompagner madame Bergougnoux jusqu'aux Tuileries, où quatre compagnies de notre deuxième légion, sont de garde. Mais nous n'avons jamais pu aller plus loin que la rue des Saint-Pères; comme la chère Dame voulait aller en avant, et s'obstinait à voir son mari, je lai laissée aller, conduite par un soldat; si B. m'avait rencontrée dans cette compagnie, il eût été médiocrement flatté.
On vient de me dire que le faubourg Saint- Antoine tient toujours, les insurgés ont fait mine de se rendre et une lois les soldats entrés dans leurs barricades, ils les ont criblés de balles, je crains bien que cette épouvantable lutte ne finisse pas encore aujourd'hui, on dit que déjà on compte plus de quinze mille morts! A chaque instant nous voyons passer des civières qui portent les blessés et les morts à l'hôpital de la Charité, dont le jardin avoisine le nôtre. Jamais dans l'histoire il n'y a rien eu de semblable à ce qui se passe ici depuis vendredi ; comment concilier le fanatisme avec lequel ces misérables se battent, avec le peu de conviction qu'ils affichent pour toute espèce de croyance. On ne se fait tuer ordinairement que pour défendre un droit ou une idée. Ces malheureux ne savent pas ce qu'ils veulent, ou plutôt ils disent qu'il leur faut du pain ou des coups de fusil, et la plupart d'entre eux sont porteurs de sommes considérables. Le parti légitimiste est certainement l'instigateur de cette affreuse lutte, il partage avec les communistes la responsabilité de toutes les infamies qui se commettent. M. de Narbonne a été pris les armes à la
main, déguisé en chiflbnnicr et muni d''une très forte somme en monnaie, on Ta fusillé dans le Luxembourg. Tu dois penser chaque jour dans quelle terrible agitation je suis, on espère que notre faubourg ne sera pas attaqué. Cependant hier au soir les abords de la Chambre étaient seulement gardés, et le matin le génie avait commencé des barricades et des fortifications dans toutes les rues environnantes; fasse le ciel que tout ceci ne soit qu'une mesure de précaution!
Adieu, ma chère bonne sœur, plains-nous de vivre au milieu de ces affreuses calamités, cependant il faut lavouerà ma honte, je suis presque habituée à la fusillade, et quand la générale bat, je reste tranquille et pense que c'est encore une révolution qui passe...
... Je te quitte pour faire de la charpie et des bandes, l'hôpital fait demander des secours...
Mes petits enfants t'embrassent tendrement, ils viennent de vider leur corbeille de charpie dans l'immense corbeille que les gardes nationaux présentent de porte en porte; il faut du linge, il faut des femmes pour aller soigner les blessés; les religieuses ne suffisent pas à la besogne; si je n'avais pas d'enfant, je t'assure que je serais déjà partie. Le Luxembourg, les hôpitaux, les caves de l'Hôtel de Ville sont encombrés de morts.
Adieu, chère bonne, à des temps meilleurs.
B. est à l'assemblée, il me tarde de le voir revenir^
Après la Révolution de février, F. Buloz sollicité par la famille de sa femme, et les amis qu'il