Inédile
pités par ces bourreaux, et leurs têtes promenées au bout de piques! Un dragon portant un ordre a été pris, on lui a coupé les deux poignets, puis on Ta remis sur son cheval, en ayant soin de larder la pauvre bête de coups de bayonnettes.
Hier toute la matinée depuis trois heures jusqu'à midi on s'est battu près de nous, au Panthéon, à Saint-Séverin, le canon n'a cessé de tonner, les insurgés se battent comme des lions, et ce n'est qu'en perdant énormément de monde qu'on se rend maître de leurs positions. Des bataillons de la garde nationale ont été décimés, et peu de leurs chefs ont échappé soit aux blessures, ou à la mort. La ligne et la garde mobile ont beaucoup souiTert, surtout cette dernière,-sur laquelle les insurgés semblent exercer une vengeance. Ce soir on s'est rendu à peu près maître de toutes les positions importantes.
Cependant le haut du faubourg Saint-Antoine n'est pas encore délivré; on continue à faire le sac des maisons; les sapeurs du génie minent les barricades, ils prennent les habitations par derrière, ils percent les murs pour donner passage aux soldats. La ville est en état de siège, nous sommes bloqués dans nos maisons, à chaque coin de rue il y a des sentinelles qui crient de minute en minute pour se tenir en éveil. On fouille tout le monde, et bien en prend, car à chaque instant, on arrête des individus bourrés de cartouches. Pour peu que cela dure, nous sommes pris par la famine. Les marchés ne s'approvisionnent plus, et hier je n'ai trouvé à acheter ni pois ni pommes de terre. Buloz est sous les armes, Geofroy^ est parti depuis le premier