Lettre de madame Buloz à madame R. Combe
2. Voir à l'AppeDdice D' la lettre de Castil-Blaze à ce sujet.
F. RIILOZ CANDIDAT. 329
Monsieur, '
Je viens d'avoir une lonjj^ue conférence avec M. Boissier, il s'y est a^i de la démission probable de M. Bourbousson (c'est le candidat préféré des ApLiens), le bruit court dans la contrée, qu'après les vacances de l'Assemblée, ce représentant doit donner sa démission; le cas échéant, ce serait le moment de s'occuper activement de votre présentation.
Ensuite il parle du sous-préfet « M. Wilderouette, qui exerce une grande influence sur le parti légitimiste... » Bref, il conclut : « Si vous êtes présenté par M. Bourbousson et appuyé par l'autorité, je regarde votre nomination comme certaine... » Puis l'innocente combinaison : Ce D. qui écrit est libraire, et imprimeur dans le pays, il aimeiait avoir une « recette » dans l'arrondissement ; or voici ce qu'il trouve : « Ne serait-il pas opportun de donner à notre département une marque éclatante de votre crédit auprès du pouvoir? La nomination de M. Boissier à une recette générale en serait une preuve évidente, veuillez croire qu'en écrivant ces lignes, ce n'est point mes intérêts que j'ai en vue, je sais que je n'ai nul droit à sa succession et que si Je l'obtenais ce ne serait qità vous que je le devrais. » N'est-ce pas charmant?
Je ne sais si M. Boissier obtint sa recette, mais F. Buloz ne se représenta pas. Toutefois les relations,qu'il noua, ou renoua pendant cette cam-
pagne électorale, s'attachèrent à lui avec une grande fidélité, et je ne puis résister à la tentation de donner encore ici quelques fragments de lettres écrites par ces électeurs d'une heure, devenus, depuis lors, solliciteurs impénitents. La grande influence que la Revue prenait de jour en jour depuis la Révolution de février faisait de F. Buloz un homme puissant; il est curieux de constater d'ailleurs, combien cet homme, taxé si souvent de rudesse, et absorbé par un labeur écrasant, aidait avec bonhomie les plus humbles solliciteurs, et appuyait de son crédit, les innombrables demandes de bureau de tabac, de perceptions, etc. Les pompiers eux-mêmes l'assiègent! Voici un commissaire de police', qui raconte ses aventures :
Dans la nuit du 25 au 26 février et pendant que j'exposais mes jours au milieu d'une population enthousiaste mais agitée, que j'oubliai que j'étais père de sept enfants, des porte-faix s'emparèrent de mon bureau et de celui de mes collègues pour s'y installer à nos places.
Le ^ Comité Républicain nous invita à rester calmes; promettant de nous réintégrer après le premier moment passé. Mes collègues l'ont été, non pas par le comité, mais par le gouvernement juste et équitable qui existe aujourd'hui...
Après le 24 février, ayant été employé dans la faillite de M. Forbin Janson, je n'ai pas fait les mêmes démarches, ce n'est seulement qu'en dernier lieu alors que mon mandat était sur le point
d'expirer que je me suis adressé au Préfet, le Conseil municipal d'Avignon est intervenu, et a demandé ma réintégration, etc.
On réintègre donc ce commissaire. Mais on le réintègre à Carpentras, et il veut l'être à Avignon. Sans se lasser il écrit de nouveau à F. Buloz pour le remercier de l'avoir recommandé, et pour lui demander son appui encore...
Monsieur,
Vous avez dû être informé de ma nomination au poste de Carpentras, je la dois à votre bienveillance. Recevez-en le témoignage de ma vive gratitude, et permettez que je vous prie de me la continuer... Veuillez me recommander de nouveau auprès de M. Doucy, chef du personnel, et lui rappeler, etc., etc. /
Puis, c'est un ancien gendarme qui demande la croix. Comme il est appuyé par « notre cousin Amie de Gordes », Jules Blaze, grand-oacle de F. Buloz, envoie à celui-ci le dossier du gendarme. « Veuillez, je vous prie, dit Jules Blaze, lire le tout attentivement, et faire ensuite ce que vous pourrez pour que M. N. (le bon gendarme) obtienne ce qu'il demande, en d'autres termes qu'il soit heureux. »
Quant à la pétition du gendarme, elle est si savoureuse, qu'il faut la transcrire ici :
A Monsieur le Président de la République Française.
Le 21 novembre 1849.
Monsieur le Président,
Encouragé par la sympathie constante que vous témoignez pour les anciens militaires qui ont servi rhorame immortel dont vous portez le nom,
Enhardi par la circulaire de monsieur le Ministre delà Guerre du 6 décembre 1849,
Pensant que le jour de la justice est enfin arrivé, j'ose vous demander, monsieur le Président, me fondant sur les actions que j'ai l'honneur de vous détailler ci-après, j'ose vous demander la Croix de la Légion d'honneur!
Un brevet signé Napoléon, neveu du fondateur de cette brillante Étoile, me comblerait de bonheur et me ferait oublier toutes les persécutions que j'ai endurées à cause de mes opinions (il y avait républicaines mais le mot a été rayé et dessous je lis bonapartistes).
Persécutions qui furent excessivement violentes dans notre pays méridional.
Soldat de la classe 1813, je suis entré au service le 1" juin de la même année dans le 52« de ligne. J'ai fait, en cette qualité, la campagnede 1813 à 1815. Au licenciement de l'armée, je pris du service dans le corps de gendarmerie à Claval.
... Suit la liste des actions d'éclat du brave gendarme. « Preuves de courage et de dévouement, enfants sauvés du feu... » il en sauve trois; un autre jour il sauve un fou qui avait mis le feu
à son asile; — il sauve en 1842 des inondés surpris par laDurance... malgré toutes ces a preuves de courage », et sans doute à cause de ses opinions bonapartistes, l'administration lui a refusé médailles d'or et même certificats, et ne lui a alloué à grand'peine qu'une médaille d'argent, et une gratification de soixante francs; c'est peu. Aussi le gendarme compte-t-il sur c< l'Élu de la nation » pour lui conférer « l'Etoile des braves ».
Mais « l'Elu de la Nation », après avoir lu la pétition, répond que la demande est du ressort de la Chancellerie...
C'est ici que les amis du gendarme veulent faire intervenir F. Buloz auprès du Chancelier, et on ne lui cache pas que s'il veut quelque jour se représenter dans le département, le gendarme, qui sera maire incessamment, y jouissant d'une grande influence, lui apporterait des voix...
« Vous pourrez faire comprendre à M. Buloz, écrit un ami à Jules Blaze, qu'un pareil service rendu à M. N. lui attirerait une très vive reconnaissance de sa part... vous devez comprendre que si M. Buloz veut se mettre de nouveau sur les rangs, il est bon de s'attacher un homme pareil, etc., etc. ^ »
Malgré les conseils et les instances de ses amis du Midi, F. Buloz ne se laissa pas tenter de nouveau par un avenir politique aussi incertain;