ARCHIVES NATIONALES F
Ce qui domine dans les opinions, c'est, sans
aucun doute, la peine réelle que cause la santé de Tillustre artiste, mais il s'y mêle un sentiment de surprise et de regret. Après quinze mois de congé, et une absence nouvelle dont le terme n'est même pas indiqué, après toutes les faveurs si souvent réclamées par elle et toujours obtenues, après surtout tant de fortune acquise, on s'étonne que Mlle Rachel déjà hors de France, appelle encore une fois l'attention du Comité sur une question
d'argent. On déplore cet état d'isolement et cette personnalité si contraire à l'esprit d'association; un mot, un souvenir adressé directement à la Société eût témoigné de son dévouement à la chose commune, et ce mot eût été cordialement accueilli. •
Le Comité sait ce qui est dû à une grande
renommée, aux justes affections d'un public que Mlle Rachel croit toujours pouvoir appeler le sien, en dépit de fréquents abandons, et de nombreux voyages dont la fatigue devait lui être funeste, car il restera aux Sociétaires la pensée consolante que, du moins, une santé si précieuse pour l'art ne s'est pas usée au service de leurs intérêts collectifs. Le Comité saura échapper à la contagion d'un exemple fâcheux, il oubliera des procédés qu'il ne méritait point, des débats judiciaires dont les détracteurs de Mlle Rachel pouvaient seuls faire un sujet de reproche, puisqu'il n'a plaidé contre elle que pour la conserver à la scène française
Lettre de Castil-Blaze
à Monsieur Auguste Aubert, ancien intendant
de Neuilly. En Avignon, Vaucluse.
Paris, le 27 mars 1849.
Mon cher ami,
'Je t'ai longtemps attendu pour te rendre compte de mes démarches au sujet de ta demande. J'apprends aujourd'hui que tu es à Avignon et tant mieux! tes affaires n'en iront que plus galamment, te voilà juste dans la position où je te
désirais, tu peux être infiniment utile... tu vois qu'il s'ae^it de la candidature de Buloz, il va se présenter pour Tarrondisseraent d'Apt, je n'ai pas besoin de te le recommander, ce que je vais te dire n'est pas pour toi, mais pour les tiens, à qui tu pourras verbalement communiquer mes notes et mes arguments.
Fondateur directeur de la Revue des Deux Mondes, le premier recueil politique et littéraire où toutes les illustrations du pays travaillent depuis plus de quinze ans, M. Buloz établit ce journal en dehors de toute spéculation proprement dite. La Société de la Revue des Deux Mondes compte dans son sein les noms les plus éminents de la France : MM. Mole, Thiers, Vivien, maréchal Bugeaud, etc., A. de Saint-Priest, L. Vitet, Comte d'Haussonville, Michel Chevalier, Delessert, Rothschild, etc., etc.
Buloz a rempli, sous Tancien gouvernement, des fonctions administratives assez importantes pour lui permettre de suivre de près les affaires politiques.
Par ces fonctions comme par la Revue des Deux Mondes qui le met en rapports quotidiens avec tous les hommes politiques et littéraires, M. Buloz a vécu dans Tintimité de tous les chefs de parti modéré depuis quinze ans. U a des liens d'amitié avec M. Mole, avec M. Thiers, avec M. de Rémusat, avec M. Vivien, avec M. Léon Faucher, etc., enfin avec tous les hommes politiques, en dehors des rouges, qui peuvent arriver aux affaires; peu d'hommes de notre temps connaissent mieux les affaires et la vie politique, dans lesquelles il s'est trouvé mêlé depuis plusieurs années.
Le département de Vaucluse a besoin d'un repré-
sentant qui habite Paris, et M. Buloz peut lui rendre d'érainents services par ses relations et sa grande influence politique.
D'ailleurs M. Buloz, qui déjà tient à Vaucluse par la famille de sa femme, y veut établir des liens plus étroits en l'habitant quelques mois de Tannée, en y faisant l'acquisition d'un domaine qu'il cherche à sa convenance depuis plusieurs mois '.
Aux dernières élections, le département n'aenvové pour le représenter que des hommes étrangers aux affaires, à la vie politique — n'a-t-il pas le plus grand intérêt à joindre aux envoyés de la localité, Vauclusiens nés, un homme rompu à la vie politique, et tenant dans sa main tous nos hommes d'Etat? Ces hommes d'État d'ailleurs, et les membres du Comité de la rue de Poitiers, appuieront M. Buloz de leurs recommandations et de leurs lettres.
J'ai dit, et t'embrasse de bonne amitié.
Ton infiniment dévot