Félix Bonnaire
l'embrasse, Meycrbcer a dîné avec nous mercrodi, et m'a dit de ne pas l'oublier auprès de loi el de Rose.
1" septembre 1S;J8.
Nous avons eu des fêles 1res brillantes, à Toccasion du comte de Paris. J'ai assisté au Te Deiim que Ton a chanté à Noire-Dame. On avait pavoisé l'Église, et la place du parvis, avec de grandes flammes Iricolores brodées d'or; Tinlérieur do l'Église était admirable, on avait tendu les murailles avec des lapisseries des Gobelins. L'aulel élait élincelanl. La Reine avail envoyé un ornement entier de drap d'or, et des chandeliers de vermeil (car je suppose que, vu leur taille, ils n'étaient pas d'or) hauts d'au moins sept à huit pieds; j'étais fort bien placée dans la tribune réservée à côté de madame Decazes. L'entrée du cortège dans l'Église, ayant l'archevêque en tète, élail un spectacle merveilleux. Madame Bonnaire est venue me chercher le'soir pour aller voir le feu d'artifice à la Légion d'Ibjnneur, mais petil Paul n'a pas voulu, el je suis restée pour l'endormir.
11 septembre 1838.
Tu dois bien te douter de la cause qui nous retient à Paris, si tu ne l'as pas devinée, il faut que je t'en instruise, mais toi seule, je t'en prie, car // ne me pardonnerait pas, s'il savait que je dis ces secrets à d'autres qu'à toi.
Tu sais que depuis longtemps Buloz sollicite la place de Commissaire royal au Théâtre-Français; cette place, qui lui a été solennellement promise
depuis le mois de janvier par M. de M. \ devait être accordée à l'occasion de la naissance" du petit comte de Paris. Nous comptions tellement dessus, que noire projet de voyage était arrêté, lorsque M. Taylor, qui occupe maintenant cette place, et qu'on voulait l'aire monter en grade, n'a point voulu s'en dessaisir, et sous aucun prétexte, n'a voulu donner sa démission.
On a olïert alors une espèce de sinécure pour remplacer ce qu'on ne pouvait donner -, mais tu connais B, pour rien au monde il ne voudrait recevoir des appointements qu'il ne gagnerait pas, il a refusé, il n'acceptera que ce qu'on lui a promis, d'une manière plus que positive...
M. de M. est allé passer une quinzaine dans ses terres; à son retour, vers le 15 ou le 18, nous espérons qu'il arrangera tout, il y a grande apparence qu'on vaincra M. Taylor, et que tout s'arrangera le mieux du monde.
Aussitôt qu'il y aura quelque chose de neuf, je t'en instruirai, mais sois discrète.
Nous avons assisté à la Première de Benvenuto Cellini, cet opéra a fait un fiasco qu'on ne peut comparer qu'à celui de La Esmeralda, et je ne sais si je ne préfère la musique de mademoiselle Bertin à cellede Berlioz I Jamais on n'a entendu de gâchis semblable, on dirait que la moitié des musiciens de l'orchestre lit sa partie du haut en bas, pendant que l'autre lit du bas en haut. Les ophicléides ont des duos avec les petites flûtes, les guitares avec les contrebasses.