Inédite
vieux, qu'à moins de me mettre dans tous vos numéros, vous ne pouvez pas désirer davantage? » Quelques mois plus tard, en juillet, George s'adresse à madame F. Buloz; elle s'impatiente, l'édition de ses œuvres complètes qu'a entreprise Bonnaire « se traîne lamentablement » et, bien entendu , c'est Buloz qu'elle rend responsable; n'estil pas tout dans l'association? La vérité est que les livres se vendaient peu, et que Bonnaire hésitait à lancer de nouvelles éditions. Mais George charge madame Buloz de gronder son mari.
Ma chère Christine,
... Mauprat, aussi, est en retard dans la Bévue. Je désire qu'il m'envoie l'épreuve de la 1" partie, et qu'il la fasse passer dans son prochain numéro, car il faudrait bien que la livraison de Mauprat daignât paraître.... Dites-lui cela de ma part, chère enfant; je suis fâchée d'avoir à faire passer mes grogneries par votre jolie bouche, d'autant plus qu'elles s'y changent en miel, et que Buloz ne les trouvera pas aussi mauvaises que je le voudrais.
Je suis heureuse de votre bonheur, de la belle santé, et de la jolie mine de votre moutard. Je vous promets de l'aimer et de le gâter comme vous avez gâté Maurice, et cela autant par reconnaissance pour vous, que par amour naturel pour les mioches. Les miens se portent bien, Solange est toujours superbe au moral et au physique. Maurice est rétabli, mais pas fort en latin et en gymnastique, toujours charmant pour moi.
Moi j'ai toujours mal alternativement au foie et
au cœur. Je compte ne pas faire de vieux os. Que Buloz tâche donc de me faire mousser pendant ma vie, afin que je sois célèbre après ma mort. J'espère que Planche ne me refusera pas une oraison funèbre, ornée de textes grecs et de citations latines. Dites à Buloz que l'article sur les Voix Intérieures^ est très beau, admirablement écrit et raisonné, mais trop absolu.
Soyez souvent, chère Christine, le secrétaire rédacteur de votre illustre époux, quand il aura à m'écrire Donnez-moi de vos nouvelles, rétablissez bien votre santé, aimez bien votre enfant, et vivez en joie.
Aimez-moi un peu, je vous aimerai beaucoup. Aimez votre enfant passionnément et Buloz pas du tout.
A vous de cœur,
GEORGE -
Le l*"" août suivant, F. Buloz annonce à l'auteur :
Mauprat paraîtra donc lundi ; je vous enverrai vos exemplaires avec le Pluiarque que vous m'avez demandé.
J'ai décidé Planche à faire deux feuilles sur tous vos ouvrages, mais ça ne sera pas une oraison funèbre, car vous vivrez plus longtemps que nous, je l'espère, et votre affection de foie ne sera rien.
Je sais qu'on vous avait conseillé les eaux pour cela, pourquoi n'y allez-vous pas? Il faut vous
1. Gustave Planche. Les Voix intérieures, par M. V. Hugo 15 juillet 1837.
ii2 FRANÇOIS BULOZ ET SES AMIS.
soigner. Si vous avez besoin d'argent pour cela, je ferai loul mon possible pour vous en donner. Écrivez-le-moi, et vous verrez si je suis aussi dur que vous le croyez.
Je suis bien aise que Planche se soit décidé pour cet article, car je ne vois que lui qui puisse faire cela convenablement et avec fruit pour nous tous. Mais il y a une chose qui l'embarrasse, c'est le nouveau volume de Lélia... il aurait besoin de savoir quel dénouement nouveau vous avez donné au livre, et la physionomie nouvelle qu'il a pu en prendre...
Vous m'obligeriez bien de le mettre en mesure de faire sa besogne, c'est d'ailleurs un homme qui vous est bien dévoué. Je suis bien revenu aussi sur son compte, quels que soient ses défauts, et si j'étais plus riche, je ne le laisserais manquer de rien, même lorsqu'il ne travaillerait pas.
Vous allez dire que je suis bien changé à son égard; c'est vrai, mais pourquoi ne pas reconnaître qu'on s'est irrité trop vivement, à propos d'inconvénients sur le terrain desquels on aurait dû prendre un parti...
Je n'ai pas vu Didier depuis son retour, mais il m'a écrit deux fois pour la publication d'un travail sur l'Espagne, qu'il doit m'envoyer du château de Sans-Souci, où il est maintenante
Planche? Voilà Planche s'occupant amicalement de George Sand, après les griefs d'autrefois. Il semble que tout cela soit oublié, et Planche disposé à faire un article; déjà quelques mois