‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 56 sur 173 · octobre 1837. Inédite · texte numérisé non relu

octobre 1837. Inédite

chaos. On le lui a trop dit, on s'est trop moqué de son cù[6 aberrcnit, il a plié la lOte trop facilement, el je trouve ses derniers essais pûles, et ne répondant pas à l'audace de ses débuts. Je cherche à lui rendre cette audace première, parce qu'elle lui avait inspiré de très beaux élans, j'ai trouvé dans son portefeuille une es[)èce de nouvelle chevaleresque, et fantastique, où il y avait de très belles choses, et aussi de très mauvaises. Je la lui ai fait reprendre et recommencer. Si vous voulez vous en rapporter à moi, vous la prendrez. Vous savez que je n'ai guère la prétention de m'y connaître. Cependant, que je me trompe ou non sur le travail actuel de Mallefille, c'est, je crois, un talent à essayer, même plusieurs fois. Je ne vous parle pas de son être moral qui est d'une bonté et d'une noblesse parfaites; mais sous le rapport intellectuel, il y a certainement quelque chose en lui, ne fût-ce qu'une grande volonté, beaucoup de travail, et une instruction plus solide et plus étendue que chez la plupart des jeunes gens qui écrivent.

Il a fait faire à Maurice, sous tous les rapports, des progrès étonnants, et il gouverne mon lion de Solange comme un agneau. Dites-moi donc si vous voulez de son travail. Je me suis mise en tête de lui faire écrire trois drames bibliques non représenlables. Je voulais les faire, mais le temps et la santé me manquent pour tout ce que j'ai dans la cervelle, et puis je ne sais pas assez bien l'histoire ancienne universelle. Il est tout ferré de neuf sur ces questions, et fera, je crois, quelque chose de bien.

Après lui, j'ai pour vous un autre rédacteur à vous proposer, mais celui-là n'est pas pressé, c'est un philosophe et un écrivain qui vous arrivera tout

forint^ Celui-lh, j'ose vous en répondre tout à fait. C'est mon abbé*, dont je vous ai souvent parlé, et que je retiens depuis deux ans dans les liens du clergé, ne le trouvant pas mùr pour lever son drapeau. Le voilà enfin d'accord avec lui-même, et il va faire son 18 brumaire. C'est un secret que je vous confie, et qui n'en sera point un dans quelques jours. Cet homme, sans être un génie, doit marquer un jour, et par sa conduite, et par sa position, et par ses idées. Elles sont simples, nettes et fermes. Son style seul suffirait pour en faire un écrivain remarquable. Mais il faudra l'introduire hardiment et noblement dans le monde littéraire, et je compte sur vous. Ce n'est pas une affaire d'intérêt pour lui, ni pour vous, dont je vous parle. Comme éditeur, vous êtes assez chien, mais comme homme, vous êtes plus qu'un éditeur.

Vous n'aimez pas à donner de l'argent, mais vous aimez bien répandre des idées. Vous devez vous employer à répandre ce prêtre philosophe. Il va faire sa déclaration à son archevêque, vous m'aiderez à faire insérer cette lettre, qui est un modèle de franchise et de dignité, dans le plus de journaux possible... Jusqu'à ce que je vous l'envoie, moius^.

F. Buloz répond docilement le lendemain :

Je ferai pour iMallefiUe tout ce qu'il me sera possible de faire, je le crois comme vous un homme de talent, et je l'aiderai autant qu'il sera en moi. Quant à l'abbé que vous voulez lancer dans le monde littéraire, nous ferons ce qu'il faudra aussi, mais je

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