‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 57 sur 173 · décembre 1837. Inédite · texte numérisé non relu

décembre 1837. Inédite

crois que ce sera plus difficile; le j)ul)lic est bien indilÏL^rent à ces lenlalivcs, pour moi je ferai d'abord ce que vous me demandez à cet égard, et je verrai les journaux où j'ai quelque influence...

La faveur dont jouit Mallelille auprès de George Sund détermina aussi -l'écrivain à le faire appuyer auprès du ministère Montalivet. J'ai retrouvé une lettre signée Mallac, écrite en réponse évidemment à une demande de F. Buloz pour MallefiUe... On verra que Mallac, sachant d'où venait la recommandation, se méfiait des idées libertaires possibles.

Samedi, 10 heures du soir.

Je reçois à l'instant votre billet du 16, mon cher Monsieur, je vous accorderai bien volontiers au ministère de l'Instruction publique la recojnmandation que vous désirez pour M. Malefille. Mais auparavant, dites-moi si votre ami est de nos amis, et s'il ne fera pas une diatribe contre le régime pénitentiaire du Mont Saint-Michel. Si son intention est de tonner contre les atrocités, les cachots, les plombs, etc., je ne peux demander au ministre de fournir les armes de guerre contre lui-même....

Depuis quelque temps, G. Sand se plaint de souffrir du foie... « Pourquoi n'allez-vous pas aux eaux? lui écrit F. Buloz en août... je vous en faciliterai les moyens. » Mais il ne s'agit pas de prendre les eaux, et déjà en novembre elle avait écrit à madame Buloz :

« J'ai de grands projets de voyage, et il me faut à tout prix de l'argent comptant. Je me détériore en France. Le froid des hivers me tue, la vie de Nohant est trop douce et trop calme pour le mouvement de ma bête. Il me faut revoir l'Italie — l'Italie ou la mort — et je dirai à Buloz la bourse ou la vie\

Après la grande crise de l'hiver 1834-35, George Sand avait trouvé à Nohant, à sa vie paisible, aux campagnes tranquilles, la douceur des séjours d'autrefois; et puis elle eut à reconquérir Nohant sur l'ennemi, — l'ennemi c'était M. D., — et quand elle l'eut reconquis, elle goûta encore plus d'une joie. Mais tout cela est trop doux et trop calme, et pendant le séjour à Nohant de Liszt et de la belle Arabella, l'insatiable George n'a-t-elle pas écrit : « Mon Dieu, ne trouverai-je jamais personne qui vaille la peine d'être haï! faites-moi cette grâce, je ne vous demanderai plus de me faire trouver celui qui mériterait d'être aimé. » L'ardeur de ses nuits de travail, ses promenades sur les routes le long des rives vertes de l'Indre, où elle se plonge toute habillée l'été, le soleil d'août, rien n'apaise, comme elle dit, « le mouvement de sa bête » : il lui faudra voyager, voir de nouveaux pays, courir de nou- A^eau les chances hasardeuses de la passion. Ce n'est ni avec Michel, qu'elle n'aime plus, ni avec

i. 27 novembre 1837. Inédite,

Mallelille qu'elle s'embarquera. Elle aura, elle aussi, comme Arabelia, son musicien de génie et c'est pour Majorque que, dans quelques mois, son navire fera voile.

Au début de l'année J838, la voici préoccupée d'un projet d'article sur Lamennais, projet auquel elle songe depuis quelque temps, un article sur le dernier ouvrage de l'abbé « Féli » : Le Livre du peuple. Qui en fera la critique? Elle s'adresse à madame F. Buloz :

4 janvier 1838.

Mille tendres remerciements, ma chère Christine, pour la charmante coupe japonaise ou indienne que vous nrenvoyez. Elle est du meilleur goût, et flatte, comme vous avez eu la délicatesse de \ous en souvenir, la seule fantaisie élégante que je me connaisse. Elle va briller comme un astre au milieu de mes. autres porcelaines, et les écraser de sa supériorité. Mais ce qui me fait le plus de plaisir dans ceci, c'est votre bon souvenir, et l'aimable intention que vous avez eue de me faire une charmante surprise.

Chère belle, recevez tous les compliments de nouvelle année, tous mes souhaits atïectueux et sincères pour le raffermissement de votre santé, et pour la croissance prospère de votre bel enfant. Je ne puis rien souhaiter à Buloz de mieux que ces deux choses. Soyez mon interprète auprès de lui.

Veuillez en même temps lui demander, si l'on fait à la Revue un article sur le dernier ouvrage de M. de Lamennais. S'il n'existe pas sur le métier (car je ne veux faire de concurrence à personne), je prie

Biiloz d'en annoncer un de moi. Si, comme je le pense, M. Sainte-Beuve est prêt à en publier un, je prie Buloz de me laisser du moins la faculté d'en faire un immédiatement après, et dans lequel il me sera permis d'envisager la question à mon point de vue. Le tout dans les termes de la discussion la plus courtoise, et la plus mesurée du monde, pour le caractère et le talent de Sainte-Beuve.

Jedemandeuneprompteréponseà Buloz sur ce fait.

Qu'il apprête des fonds. Je suis en veine de travailler terriblement. Mon cerveau se porte assez bien, les migraines m'ont quittée. Mais le foie est toujours bien malade, et l'action physique d'écrire soit sur une table, soit sur mes genoux, me cause des douleurs insupportables. Je ne peux pas m'habituer à écrire debout, cela casse les jambes, je commence à pouvoir dicter, et si je peux en prendre tout à fait l'habitude, j'irai très vite en besogne, et je produirai beaucoup, car j'ai beaucoup de projets.

Pardon, chère belle, je ne voulais pas vous parler de mes ennuyeuses affaires, je ne voulais vous entretenir que de ma sympathie pour vous, et malgré moi, je vous envoie un bulletin des fonctions de la machine à Buloz. Donnez à cet homme des deux mondes une poignée de main pour moi, et croyez-moi votre amie dévouée.

GEORGE

Amitié de MalIefiUe à Buloz, et remerciements pour l'avance de fonds.

Lerminier, ayant été chargé de la critique du livre de Lamennais, c'est à Lerminier que George, mécontente de cette critique, répondit dans la

Revue, la quinzaine suivante. En passant, elle n'oublia pas de lancer à Sainte-Beuve, le relaps, un coup de patte. Alors F. Buloz :

Vous ne trouverez pas mauvais, mon cher George, que j'aie mis une note au paragraphe de voire lettre qui concerne Sainte-Beuve... Si j'avais lu votre lettre, lorsque je vous ai envoyé l'épreuve, je vous aurais prié d'oter ce paragraphe qui n'était pas nécessaire à votre raisonnement'. Vous ne sauriez me conseiller l'ingratitude envers un homme que j'ai toujours trouvé, depuis 1831, dans les cas difficiles, auquel je dois beaucoup, qui est un ami sincère; et le procédé eût été mauvais de ma part, si j'avais accepté le reproche que vous lui faites, et qu'à mon avis, il ne mérite pas. Vous avez bien le droit de dire votre opinion; mais lorsqu'il s'agit des nôtres, je dois vous renvoyer toute responsabilité si cette opinion leur est défavorable. Vous devez comprendre cela mieux que personne; et la Revue ne serait pas possible autrement.

Jamais vous ne serez chicané dans l'expression de vos opinions politiques ou littéraires; mais lorsque mes amis sont en jeu, je ne puis procéder autrement; vous me mettez en demeure de leur donner une marque de sympathie.

1. Voici la note de F. Buloz : « Nous regrettons vivement (jue l'auteur de cette lettre, entraîné sans doute par ses sympathies politiques, ait méconnu l'une des qualités distinctives de M, Sainte-Beuve. L'écrivain sincère et loyal qui a rendu compte du livre de M, de Lamennais sur les Affaires de Rome dans cette Revue, a toujours pris au sérieux les questions et les hommes dont il a parlé; il n'a jamais mérité le reproche de frivolité. Mais notre respect pour la libre expression de toutes les pensées de quelque importance, ne nous permettait pas de modifier une opinion que nous sommes loin de partager. » (N. du D.)

122 FRANÇOIS RUmZ Kï SES AMIS.

Je désire mainleiianl que Lenninier ne réponde pas*, bien que dans le dernier paragraphe vous le provoquez à s'expliquer sur la philosophie moderne. En tout cas, s'il le faisait, je ne consentirais pas à ce qu'il s'écartAt des convenances, je crois d'ailleurs qu'il en est incapable, et vous lui avez donné l'exemple d'un ton excellent.

Mais vous avez été fort dur pour mon ancien ami, et vous auriez pu le combattre, sans le blesser ainsi-.

Voici la réponse de George :

Mon cher Buloz, je trouve fort bien que vous témoigniez en note votre sympathie à M. Sainte- Beuve, je ne suis pas jalouse, et pourvu que vous insériez mes articles tels que je vous les livre, il m'importe fort peu que vous fassiez couvrir les marges de réflexions, de dénégations et de renonciations. Je suis peut-être le seul de vos rédacteurs qui ne vous ai pas rendu solidaire de ses inimitiés, et il est vrai de dire qu'en fait de personnes, je n'en ai point. Je n'ai aucune rancune contre M. Sainte- Beuve, et vous approuve de lui rendre hommage. Vous pourriez lui faire des madrigaux sans me chagriner. Au reste votre remarque était, je crois, inutile, je n'attaquais point le talent, ni la gravité habituelle du talent de M. Sainte-Beuve. Je disais seulement que son article sur M. de Lamennais était un jeu d'esprit, et je persiste à le croire, et j'aurais le droit de le dire, M. Sainte-Beuve fût-il mon ami, comme il l'a été autrefois. Il faudrait que M. Sainte-

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