juillet
que Dieu m'accorde la grâce de ne me pas refroidir le sang, malgré Tàge philosophique <|ui m'atteint, mais dans toute cette alTaire, j'ai la certitude de n'avoir pas commencé les hostilités. Vous voyez trop de gens de lettres, pour croire (ju'il en soit des naïfs et des sincères. Je vous prie de relice la lettre incriminée, sans subir l'influence de Buloz ; vous verrez qu'elle est franche et enjouée, que j'y défends mes intérêts sans colère, et que de bonne foi, pensant que ma métaphysique peut fort bien déplaire à vos abonnés, j'offre à Buloz de ne pas lui imposer le danger de m'éditer davantage. Faut-il s'entredévorer après cela?
Je ne voulais pas vous dire cela si longuement. Pardon mille fois, toute discussion est ennuyeuse. Finissons-en et venez me voir. Si Buloz ne s'amende pendant son dîner à Nohant, je le régalerai de sa pendaison en effigie, avec sa Revue au cou, au plus bel arbre de mon jardin.
En attendant je me fais une fête de vous voir, avec votre cher enfant. Vous n'aurez pas beaucoup de peine à m'adoucir, d'abord parce que je n'ai rien à vous refuser, ensuite parce que je suis l'offensé, et qu'il est plus facile, comme vous le savez, de pardonner les torts d'autrui, que de pardonner à autrui ses torts.
C'est M. La Bruyère qui a trouvé cela, et qui le dit beaucoup plus élégamment.
A revoir donc, chère enfant, le plus tôt possible. A vous de cœur,
GEORGE
Serez-vous assez bonne pour faire prendre chez madame Marliani une caisse d'argenterie qu'elle
doit m'envoyer, et qu'elle n'a pas voulu confier à la diligence?
Si c'est elle que Buloz flétrit du nom d'intermédiaire, je vous dirai qu'il a grand tort. Je vous ferai voir la lettre qu'elle m'avait écrite, et vous y verrez que loin de l'accuser elle le défende
^ George n'attachait donc pas d'importance aux duretés qu'elle écrivait à F. Buloz, et lorsque madame Buloz s'en affligeait, elle ne faisait qu'en rire. Pourtant ces querelles de mots portaient de trop nombreuses atteintes à leur amitié, et F. Buloz s'en montrait blessé. Avec sa nature droite, il était dérouté par ces revirements, ces attaques, ces réconciliations inattendues. Il se méfiait aussi de la cour qui entourait George à Nohant. Le 3 juillet 1839. à propos de Gabriel, il lui écrit : « La première partie de Gabriel est tout à fait charmante, je vous dis cela au risque de me faire traiter d'épicier par vous, c'est de votre bonne manière, quoique vous puissiez dire. » F. Buloz gardait son idée : il préférait les romans de George à sa philosophie; qui l'en blâmera?
En juillet il est attendu à Nohant, avec tout son monde.
« Vous êtes trop bonne de vous occuper de nous. Nous tombons sur vous à l'improviste, mais ne vous gênez en rien. »
Ce voyage à Nohant fut remis au mois de sep-
— 1. Inédite. ,
tembre*. « Je suis fâchée que vous ne soyez pas venu, écrit la Reine, je vous attendais tous les jours. Enfin j'espère que ce qui est diiïéré n'est pas perdu. J'ai beaucoup de choses à vous dire qui seraient trop longues par écrit. Je n'ai pas reçu de nouvelles de Christine. Portez-vous bien malgré tous vos ennuis, et venez aous reposer un peu ici. » Comme elle lui a glissé aussi ces mots : « Je ne me sens pas en bonne odeur à la Revue », il lui répond tout de suite ^ :
« Ne croyez pas davantage ce qu'on vous dit
des prétendues mauvaises dispositions de la Revue, vous serez toujours, tant que vous le voudrez, notre Reine ; chacun y accepte votre royauté, mais il y a beaucoup de petites envies et de petites rancunes, qui feront tous leurs efforts pour vous convaincre du contraire. J'espère prochainement ne vous laisser aucun doute à cet égards »
1. • J'ai oublié de te dire, écrivit madame F. Buloz à sa sœur, madame R. Combe, que j'ai été voir madame Sand à Nohan [sic) et qu'il faut encore que tu ajoutes à mes tours de force trente-deux lieues faites en patache en trente heures, c'est-à-dire que nous sommes partis de la Brosse (propriété Bonnaire) le mardi à cinq heures du matin, que nous sommes arrivés à Nohan à cinq heures du soir, et que nous sommes repartis dudit Nohan le lendemain à deux heures pour arriver à onze heures du soir à la Brosse. (Inédite.)