Collection S. de Lovenjoul. Inédite
J'ignore ce que madame F. Buloz a pu écrire à la suite de cela à George ; certainement, lajeune femme a dû s'inquiéter du ton des dernières lettres qu'ont échangées les deux amis, car à son tour, George s'adressant à madame Buloz, quelques jours après, la rassure^ :
Ne vous effrayez pas trop de mes fureurs et de celles de votre Buloz, chère Christinette. Tout cela n'est pas si sérieux que vous croyez, car au fond, je ne peux pas m'empècher d'aimer le pauvre ours mal léché (|u'il a plu à la divine Providence de vous donner pour époux; c'est un excellent homme, je le sais, mais il est bourru, et il a bien besoin que vous le passiez au rabot de temps en temps. C'est à vous d'adoucir un peu son naturel féroce, et si j'étais comme lui, dans la compagnie d'un petit ange de paix comme vous, je n'aurais pas toutes les colères que vous me reprochez. Je courbe donc la tête devant toutes vos gentilles admonestations, d'abord parce que je ne pourrais me disculper sans accuser votre client, et que malgré mes théories subversives je ne voudrais pas (dussiez-vous mécouter) faire auprès de vous ce rôle damnable; ensuite parce que je n'ai aucune animosité contre cette douce victime Buloz, qui vous fait croiie qu'il est un petit saint. Je ne vous dirai dans tout ceci que deux mots sérieux. Le premier c'est qu'il m'a adressé un reproche blessant et qui seul m'a fâchée; le second, c'est que ce qu'il a pris de ma part pour une provocation du même genre, était fort loin de ma pensée.
Je ne nie pas l'emportement de mon caractère,