Inédite, datée de la main de F. Buloz, 15 septembre
à! Horace \ voici ce qu'il écrit à George, à ce propos :
« J'ai a VOUS soumettre, chère amie, un projet que vous avez inspiré, et qui s'accomplira si vous l'approuvez... »
Ce projet « s'est formé dans sa tête et dans celle de Viardot, en conséquence de ce que George a écrit » à Pierre Leroux des impertinentes critiques du Tyran de la Revue des Deux Mondes. Ils ont l'idée d'affranchir la presse de cette « insolente protection ».
Si vous le voulez, nous publierons — à compter du commencement du mois prochain, une Revue du même format que celle de Buloz, et paraissant, comme la sienne, tous les quinze jours, — philosophique, poHtique et littéraire comme la sienne, mais libre, et aussi franche et généreuse dans ses tendances et dans ses inspirations, que la sienne est vénale et misérable.
Ils pensent intituler leur Revue : Revue sociale; elle paraîtrait sous ce titre : Revue sociale publiée par...; suivraient leurs trois noms.
Dans une autre combinaison, ils seraient cinq, les trois mêmes, plus Béranger et Reynaud. Ces deux derniers noms leur serviraient vis-à-vis du public a à masquer leur mouvement et leur excentricité ».
Mais Pierre Leroux doute de ces deux derniers venus, ils n'adhéreront sans doute pas à son
projet; alors ce ne serait pas un directoire, mais un triumvirat, et « nous resterons une trinité parfaite! » Il ajoute : « Regardez en effet, et voyez si ce n'est pas une trinité que nous trois. » Il se donne quelques louanges :
N'est-il pas vrai qu'une direction ainsi composée représenterait autre chose que cet intrus de Buloz. Buloz qui, caché dans son officine, fabrique suivant son intérêt telle ou telle marchandise plus ou moins frelatée, voire même du poison?
Pour les collaborateurs, ils admettront naturellement ceux qui répondront à leur idées républicaines et réformatrices. En ce qui concerne l'exécution :
Aucun de nous nest apte au travail journalier de rédaction (les fonctions de Buloz), mais nous avons l'homme propre à cette fonction. C'est Joanne, le cousin de Viard (ot) que vous connaissez un peu. Il sait l'anglais et l'allemand, il écrit très proprement, est fort instruit sur les choses pratiques, et les sciences, qui se rapportent à ces choses directement, la géographie, la statistique, une certaine histoire.
Ils ont aussi l'argent nécessaire, car ils ont calculé que les frais par an s'élèveraient à cinquante mille francs; ils ont la moitié de cette somme, ils peuvent donc s'embarquer...
Il nous faut votre « Horace » qui a été la première cause de toute cette belle imagination, il
nous le faut promptement, il faut donc Tarracher jusqu'à la dernière plume, des griffes de ce butor de Buloz.
Ils ont été très prudents et discrets pour que Buloz n'ait A-ent de rien. Viardot serait en mesure de lui rembourser, à lui Buloz, les sommes que George doit, et puis on lui ferait une aussi rude concurrence que l'on pourrait. Et maintenant voici ce qui sera offert aux lecteurs de la Revue Sociale : d'abord les sept discours de Pierre V Leroux : morceaux de consistance; peut-être des vers de Béranger, si Béranger entre dans la combinaison, sinon, non. Ils ont plusieurs articles de Littré. Porto ul aussi donnerait volontiers les bonnes pages de son livre qui va paraître... et puis, c'est tout : « Nous taillerons nos plumes*. » Pour finir, Leroux conseille à George Sand de payer intégralement sa dette à cet ce être détestable » et de charger Falempin de tout.
Le 8 octobre suivant, en effet, Falempin reparaît, et, dévoué auxiliaire, rembourse à F. Buloz le paiement qu'il avait fait pour Horace : le traité est ainsi annulé.
Mon avis moral, écrit encore Leroux à George Sand, est qu'il est absurde et déplorable que le journal ou Revue de Buloz soit l'arbitre de vos publications. Chère amie, tout cela mérite grande attention. 11 y a longtemps que vous sentez comme moi