Inédite, datée de Mirecourt, 13 août
novembre de cette même année verra naître un charmant proverbe : // faut qiCune porte soit ouverte ou fermée.
En 18j1, la Revue publia Bettine, et ce fut la fin. Entre temps, le Caprice sera joué; on l'accueillera avec enthousiasme. Désormais la scène française sera ouverte à l'auteur immortel des Nuits, et cela par la volonté et les efforts d'un ami : F. Buloz, et d'une artiste : madame Allan- Despréaux. Mais je parlerai plus loin du Caprice, et des circonstances qui ont précédé ses débuts rue de Richelieu.
En 1846, Musset fut malade encore. J'ai sous les yeux une lettre du poète, que F. Buloz a datée : 4 septembre 1846. C'est un meâ culpâ que cette lettre : elle laisse entrevoir un désaccord assez vif, entre les deux amis, un désaccord antérieur à la maladie de Musset, et deviner des torts dont celui-ci, gentiment, demande pardon à son ami — et pouvait-on tenir rigueur à Cœlio?
Mon cher Buloz,
Je relève d'une fluxion de poitrine qui m"a mis un peu d'eau dans mon vin, et qui m*a calmé notablement la tête. J'ai eu tort envers vous, et je vous en demande pardon. Je suis confiné dans ma chambre comme un soldat aux arrêts. Impossible de mettre le nez dehors ; si vous avez pour deux sous de charité et pour autant de grandeur d'àme, ne me gardez pas rancune, et ne vous vengez pas de ma mauvaise
humeur passée. Envoyez-moi quelqu'un. Ce serait de votre part une bonne action que devenir me voir. Bien à vous,
ALFREDDE MUSSET*.
Ces changements d'humeur chez Musset, ces irritabilités, suivis de repentirs subits et aimables, c'est le côté jeune de sa nature, que la Marraine a si bien saisi quand elle a dit : « Non, il n'est pas de ciel orageux panaché, éclairé par un soleil de mars, dont la mobilité puisse être comparable à celle de son humeur. Éviter le nuage pouvait être difficile, le dissiper ne demandait qu'une caresse de l'esprit, »
En 1847, la Revue publia quelques poésies de Musset, des sonnets à madame Menessier-Nodier, des vers à Tattet, à Victor Hugo, aussi Horace et Lydie. Je ne sais pourquoi ces poésies, malgré les sujets très différents, me semblent toutes empreintes de mélancolie; depuis ses graves maladies, la tristesse envahissait de plus en plus l'esprit du poète... Cette année 1847 lui fut, aussi, cruelle : sa mère quitta Paris et alla s'installer en Anjou auprès de sa fille nouvellement mariée. C'était la dissolution du petitcercle familial que Musset aimait, la fin de cette intimité, qu'il retrouvait dans ses heures de détresse, aussi la privation de cette sollicitude tendre et discrète, dont l'entouraient sa mère et sa sœur; et cela à l'heure où, de plus en plus, il
l. Inédite.
24 FRANÇOIS niLOZ ET SES AMIS.
s'assombrit, où l'amertume chaque jour envahit davantage sa vie et ses pensées. Désormais, il aura une gouvernante et vivra seul, Paul restant son voisin néanmoins; mais Paul s'absente souvent, et Alfred ne peut se résoudre que difficilement à quitter son Paris.
Viendra la Révolution de 48, qui apportera au poète de nouveaux ennuis : c< Ledru-Rollin, jo-norant comme un saumon », retirera à Alfred de Musset ses fonctions de bibliothécaire à l'Intérieur*, et malgré les démarches de Paul, qui, écrivant au iVational, comptait des amis dans la place, le tribun ne revint pas sur cette regrettable initiative, qui ne fait guère honneur au discernement de ce libertaire bruyant..
Je n'ai qu'une lettre de Musset après 48... Mais elle est très curieuse; c'est, comme autrefois, un mélange de drôlerie gamine, et aussi de tristesse morbide. On verra qu'il songe déjà à « l'ennuyeux parc de Versailles... »
0 bassins, quinconces, charmilles!
Boulingrins pleins de majesté, Où les dimanches, tout Tété, Baillent tant d'honnêtes familles!
Mon cher Buloz -,
A moins que vous ne veuillez faire mon article nécrologique, ne m'envoyez pas Gerdès demain matin. Je ne puis le considérer que comme un