Inédite
Vous savez que ma santé a été encore rudement éprouvée cette année, et j'ai dû m'abstcnir de tout travail. Je sais bien qu'il n'y a guère, à votre avis, de bonnes raisons pour ne rien Taire. Chacun ne voit que son alTaire en ce monde, mais c'est précisément le motif qui m'oblige à faire attention à la mienne, car cela ne plaisante pas. Hetzel, qui est dans le même cas que vous vis-à-vis de moi, m'a accordé un répit. Et vous, tout Reviewer que vous êtes, malgré nos petites chamailleries, vous êtes assez de mes amis, et des plus anciens, pour en faire autant. Ne vous figurez pas non plus que je sois absolument mort, ou passé à l'état de revenant. Je suis encore bon pour une strophe en l'honneur de qui que ce soit, excepté moi-même, et les paysans de la Lorraine; mais je n'ai pas eu permission de m'occuper ici d'autre chose que d'eau, de soleil, et d'exercice.
J'avais déjà entendu parler de votre révolution dynastique' aux Revues. Mais je ne savais pas que vous fussiez brouillé avec les Bonnaire. Voilà bien des cancans de perdus. Je serai du reste à Paris ces jours-ci; nous causerons de tout cela, et vous me trouverez tout disposé à vous venir en aide, avec l'agrément du médecin ^.
Alfred de Musset parle de strophes, il n'en donnera plus à la Revue avant deux ans; mais
1. Les frères Bonnaire commanditaires, ayant formé le projet (le faire de la Revue, indépendante, un organe ministériel, et de la vendre au gouvernement, F. Buloz s'y opposa, la reprit, et en fît en 1845 une société par actions. Mais il resta en bons termes avec les Bonnaire.