PORTRAIT DE WILLEM CROES
(Pinacothèque de Munich.)
Cliché Hanfstaengl.
sont amusants, pimpants, documents très précieux sur les mœurs et les costumes de l'époque. On lui attribue à Harlem, outre un petit portrait sur cuivre assez insignifiant, un panneau signé et daté de 1630, une femme jouant de la flûte ; assise auprès d'une table couverte d'un tapis vert, elle porte, regardant vers le spectateur, le léger instrument vers ses lèvres; elle est vêtue d'une robe délicieusement jaune, et son tablier, et sa guimpe, et sa coiffe rejetée en arrière s'allument de blancs délicats et nuancés. L'attitude est dessinée fine et élégante; un bout de pied dans la babouche tendue est d'une charmante grâce. Il semble que Dirk n'ait jamais quitté Harlem; il y mourut en 1656.
On ne sait de la vie des fils de Frans Hais que fort peu de chose, et on ne connaît d'eux qu'un petit nombre d'œuvres dont l'authenticité soit prouvée. L'aîné, Herman Hais (1611-1669) fit ce qu'on appelait des Conversations, c'est-à-dire des groupes de personnages distingués, représentés dans des conversations galantes. Il s'en trouve, qui sont incontestées, à Hermannstadt, en Transylvanie, et dans la collection Weber, de Hambourg. M. Hofstede de Grootaprêté au musée de Harlem un tableau, le Buveur, qu'il lui attribue : c'est une tête apparue sur fond de panneau brun verni, avec une pipe passée au ruban de son bonnet rouge, la bouche entr'ouverte et portant à la main un grand pot à bière, — une sorte de Brouwer trop calme et sans ampleur.
Au musée de Dresde, à Frans Hais le jeune appartient.
tout au moins en participation, Hille Bobbe et le Fumeur. Il fut, de son vivant, le plus célèbre des fils du maître; il jouit de beaucoup d'autorité dans la gilde; son style, dans le portrait, se rapprochait infiniment du style paternel; il excellait aussi dans la nature morte. Parfois il fait songer à Ostade : sur le sol (au musée de Harlem) et jusqu'au pied d'un puits, sont amoncelés divers légumes, choux, navets, oignons; des paniers s'entassent, la table en est envahie, et voici, par une barrière qui s'ouvre, au fond, un homme d'aspect campagnard qui apparaît tranquillement. — Tableaux encore à Schwerin, à Bruxelles.
Jan, ou Johannes, Hais (mort après 1650) est le plus sage, le plus contenu, mais aussi le plus froid. Reynier, né en 1627, est sec, sans agrément ni grande délicatesse. Le plus personnel et le plus intéressant estClaes (Nicolaes) Hais, de 1628, qui a, au musée de Harlem, un délicieux et séduisant paysage de la grande rue de sa ville natale, et c'est en lui qu'on voit, le plus souvent, l'auteur d'un très beau petit tableau du Mauritshuis : une Jeune Femme lisant. Elle est en robe simple, et rustique, dans un intérieur nu éclairé par une fenêtre haute, assise sur une chaise et accoudée à un guéridon. Sur les genoux un livre d'images est placé, elle les regarde avec attention et médite. Dans les plis profonds de son tablier bleu, sur son poignet, sur le front, sur la blancheur fripée de son bonnet, les jeux et les reflets de la lumière vont et viennent, s'approfondissent et passent. La pâte est belle, le dessin est riche, sûr ; déjà on en rapprocherait la facture
de celle de Frans Hais, si, même, averti par un portrait signé en toutes lettres qui se trouve dans une galerie allemande, on n'en était à se demander, tant la ressemblance est profonde, si certains tableaux donnés au père ne seraient pas, en réalité, de ce fils.
L'influence de Frans Hais a été longtemps durable. Entre tous ceux sur qui elle eut quelque pouvoir, c'est peut-être sur le portraitiste Johannes Gornelisz Verspronck (1597-1 662) qu'elle s'est exercée avec l'évidence formelle la plus directe. On ne connaît de lui que des portraits et des groupes. Souvent ils répètent des poses et des mouvements choisis par le maître: à Harlem, un Portrait de femme va jusqu'à faire songer au Portrait de jeune femme du musée de Berlin; en général, ses tableaux sont froids et manquent de vivacité plutôt que de relief: il en est de même pour les Régentes de la maison du Saint- Esprit, qui datent de 1642.
Jan Miense Molenaer, né vers 1600, mort en 1668, représentait des intérieurs de paysans, des scènes de la vie rustique, des scènes familières, dans une gamme assez claire, avec une verve spirituelle et de l'animation. On a longtemps attribué à Dirk Hais un de ses meilleurs morceaux, la Jeune femme au clavecin, du musée d'Amsterdam ; mais le plus souvent, comme, à La Haye, sa série des Cinqsens, ils font songer, avecune sécheresse plus apprêtée, moins de naturel et moins de vivacité spontanée, à certains Ostade, à certains Brouwer.
Judith Leyster qui, en 1639, devint la femme de Molenaer,
a autant de sobriété dans le dessin et dans la couleur; elle est plus expressive et se caractérise par une plus sûre personnalité. Cependant ses ouvrages, loués par les contemporains, étaient ignorés, avant que, très récemment, on ne les eût enfin distingués de certaines œuvres de fantaisie de Frans Hais. Le Joyeux Buveur, qui regarde en riant qui le regarde et montre à bras tendus un pot à bière bleu, a été acheté par le musée d'Amsterdam, en 1890, à Paris, comme étant un Frans Hais. Certes il n'a point de celui-ci la large facture, il est moins fondu de ton,, mais il est d'une vigueur d'expression significative.
Les deux plus illustres élèves de Frans Hais, Adriaen Brouwer, Adriaen van Ostacle, ne peuvent être étudiés en quelques mots; ce sont de grands artistes, dont les Pays- Bas peuvent s'enorgueillir, et dont la personnalité ne dépend pas tout entière des enseignements qu'ils ont reçus dans l'atelier de leur maître. Ils en ont retiré le meilleur fruit, puisque, sans imiter, ils ont compris, et transformé pour assimiler. Ensemble et différemment, ils ont initié à des voies nouvelles, et s'ils ont, comme beaucoup de leurs devanciers, traité des sujets familiers, des sujets de mœurs joyeuses et faciles, des sujets rustiques, ils y ont introduit leur puissance d'observation vraie et sincère, l'abondance de leur belle humeur, une largeur du faire qu'ils tenaient de Hais et qu'ils ont su transmettre aux meilleurs de leurs disciples. De Brouwer, qui sut conquérir l'estime jet l'admiration du grand Rubens, descend l'ingénieux et mouvementé Joost Craesbeek, à propos
CO
Oh
duquel Burger établit un rapprochement, trop, à notre gré, spécieux, entre l'homme au grand chapeau qu'on voit, au Louvre, dans un de ses tableaux et l'homme dans le portrait d'un couple, de Hais, à Amsterdam.
Craesbeek n'est pas le seul qui, ami de Brouwer, fut formé par lui. Jan Steen et David Téniers puisèrent chez lui le souffle enthousiaste, la vérité familière et souriante., qui proviennent de Frans Hais. La plupart des peintres de mœurs, de genre et de cabaret sont marqués de la salutaire empreinte. D'Adriaen van Ostade furent élèves et son frère lsack van Ostade, et Cornelis Bega et Dusart. Ter Borch vint à Harlem étudier Hais. Pieter Codde, à Amsterdam, l'a secondé et l'a imité.
Durant près de deux siècles, le nom, l'œuvre, la leçon de Hais furent ensevelis dans la nuit de l'oubli. La mièvrerie empruntée du xvme siècle ne pouvait goûter le charme trop robuste de cet art sain et puissant. Ensuite, la réaction classique et vertueuse, sortie de l'exemple et de renseignement de Louis David, propagée durant son long exil dans les Pays-Bas, ne s'attacha qu'à la recherche d'une correction artificielle et glacée; l'âge du romantisme dédaigna, dans son enthousiasme littéraire, la réalité à ses yeux répugnante, et il ne fallut pas moins que la découverte du paysage faite, vers le milieu du xixe siècle, par quelques artistes français qu'avaient devancés en Angleterre Turner et surtout Constable, pour remettre enfin en honneur l'art véridique et merveilleux de la Hollande. Les premiers, Ruisdael et Hobbema furent regardés, reconnus, exaltés.
Les réalistes bientôt se réclamèrent de l'exemple de Frans Hais, ce qui d'ailleurs, dans les Maîtres d'autrefois^ est taxé par Fromentin de prétention exorbitante. Cependant, on s'accoutumait à regarder ce qu'on avait quotidiennement devant les yeux, à peindre ce qu'on connaissait par attachement et par habitude, et on trouvait chez les vieux hollandais une préoccupation identique, qu'il fût question de la nature et des sites familiers aussi bien que des scènes de la vie intime ou des portraits. Ainsi Hais recouvra définitivement sa gloire, rentra en possession de cette longue et féconde influence que la spontanéité géniale de son art doit à jamais lui assurer. Courbet fut son disciple et son émule; puis ce furent Manet, Monet, et, diversement, mais impérieusement, les plus délicats, les plus raffinés des impressionnistes, Whistler, Fantin-Latour, les réalistes proprement dits comme Th. Ribot ou Roll. En Belgique, la même influence s'exerce en même temps sur Charles Degroux, sur Louis Dubois, sur Alfred Stevens et les « modernistes », et, en Hollande enfin, sur tous les peintres actuellement sortis de l'école de M. Israëls ou des frères Maris. Elle a fécondé tout l'art contemporain.