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Mais ce fut chez nous que les o-raveurs de portraits, contemporains du grand maître, comprirent le mieux que leur habileté à reproduire dans le cuivre un portrait peint ne pouvait plus heureusement s'affirmer qu'en s'inspirant des tableaux de Frans Hais. Jonas Suyderhoef, par exemple, n'en a pas reproduit moins de quinze. Il n'était pas rare, d'ailleurs, que le maître fit un portrait à l'intention du graveur, et ce fut le cas pour le portrait du pasteur Theodoor Wickenburg, dont l'original a été conservé et fait partie de la collection de M. Berthold Richter à Berlin. Sa destination nous est nettement démontrée par sa rapide exécution et par ses dimensions qui sont exactement celles de la gravure. Avec Suyderhoef il convient de nommer Jan van de Velde et Adriaen Matham. Le premier grava huit portraits de Hais, le second trois. Après ceux-ci, citons encore Jacob Matham, Dirck Matham, Abraham Bloteling qui, ainsi que l'Allemand Lucas Kilian, firent chacun une gravure d'après des portraits du maître. Parmi ses autres tableaux, la jolie scène des deux gamins jouant avec un chat fut reproduite en gravure par Cornelis Danckerts, et une femme tenant une pièce de monnaie, par Karel de Moor Jr. Wallerant Vaillant grava de lui deux garçons riants ; Abraham Bloteling un garçon riant; Jan Verkolje un gamin riant, tenant une flûte; Jan de Groot quatre estampes, un garçon avec un hibou, un garçon tenant une cruche, un homme riant et un buste de fille. C'est ce genre de sujets qui semble avoir particulièrement tenté les graveurs en manière noire.
Au xyiii*" siècle, nous trouvons Vincent van der Vinne, gravant en manière noire l'image du maître d'après son portrait peint par lui-même ; Jan Stolker un homme et une fille souriant à un garçon ; Cornelis van Noorde le portrait de Hais peint par lui-même; Pieter de Marc un portrait d'homme et un joueur de " rommelpot »; Abraham Delfos un portrait d'homme, et, enfin, Louis-Bernard Coclers une eau-forte de Ilille Babbe.
L'influence exercée par Frans Hais fut considérable, et tous ceux cjui la subirent, — portraitistes, peintres de genre ou de natures mortes, paysagistes, enfin, apportèrent une conscience égale à celle c[ue montre Frans Hais, aussi bien dans ses scènes les plus grivoises que dans ses portraits les plus sérieux. Il semblerait évident que cette influence se soit le plus accusée chez les peintres cités comme ayant été ses élèves. Mais avant d'étudier ceux-ci, considérons un instant les artistes qui par l'affinité du sang se rapprochent le plus du maître.
En premier lieu se présente à notre esprit son frère Dirck, qui, de sept ans plus jeune que lui, aura été, sans nul doute, formé par son aîné. Néanmoins, Dirck devint un artiste très personnel cpii paraît s'être surtout appliqué à dépeindre la vie sous ses aspects les plus riants. Le peu que
nous savons de lui peut se résumer en quelques mots. Nous avons dit déjà que Dirck Hais fut baptisé à Harlem le 19 mars iSgi. De 1618 à 1626 il fut membre amateur de la chambre de rhétorique -< Liefd' Boven Al ». De son mariage avec Agnietje Jansdr. naquirent, de 162 1 à i635, au moins sept enfants dont l'aîné, le seul garçon, reçut le nom d'Antonius et fut baptisé le 17 octobre 1621. Jan van de Velde et Susannc Massa lui servirent de témoins en 1627. Il fut enterré au « Bagijnhof » le 17 mai i656, et sa veuve, le 9 octobre 1662.
« Wat suyv're beeldekens weet Dirck ons niet te geven ! » « Quelles pures images Dirk ne sait-il nous donner ! » écrivit en 1628 Samuel Ampzing. Ce furent quelquefois des soldats avec leurs belles, plus souvent des personnes de la bourgeoisie dont il représenta sans se lasser les réunions dansantes ou musicales. Les vêtements bigarrés de cette jeunesse dorée inspiraient à son vif sentiment de la couleur de fraîches et riantes touches de pinceau où domina cependant — et ceci sans doute marque l'influence de son frère — un ton froid, que, plus tard seulement, il sut aviver quelque peu. La première en date parmi ces œuvres est une Réunion joyeuse, de 16 19, faisant partie de la collection du critique d'art Karl Madsen à Copenhague ; la dernière est une composition du même Q-enre, de i653, se trouvant dans r« Amalienstiftung » à Dessau. Rarement Dirck s'écarta du genre qu'il s'était créé, et personne d'ailleurs n'y excella autant que lui. Un petit paysage qui, en 1627, appartint à Herman Saftle-
ven (i) ne nous est pas connu, mais l'unique portrait signé de lui en 1626, représentant Arent Fabricius, au Musée de Harlem, est très insignifiant. En 1621, Gillis van Scheyndel grava, d'après un de ses dessins, une illustration en tête du « Nieuwc Cuyper « du poète Starter. Cornelis van Kittensteyn et Jacob Matham firent également des gra\-ures d'après des dessins de Dirk Hais, entre autres une très belle série de costumes.
J'ai dit plus haut que Frans Hais le jeune fut probablement le fils aine du grand peintre. Nous ne savons que très peu de chose de lui et nous ignorons même la date de sa naissance et celle de sa mort. Il nous est seulement connu que le 29 novembre 1643 il épousa, à Bloemendacl, Esther Jansdr. van Groenevclt c^ui mourut en avril 1669, après lui avoir donné quatre enfants. Lors de son mariage, il habita h la « Oudc Gracht » et lors de son immatriculation comme membre de l'église réformée, en i655, il avait sa demeure dans la Ridderstraat. Le plus ancien tableau qu'on connaisse de lui représente une cour intérieure peuplée de toute espèce d'oiscau.x ; il est daté de i636 et conservé à la Galerie Nostitz à Prague. Deu.x tableaux du même genre, de 1637 et i638, représentant de la futaille entassée dans une cour intérieure, se trouvent au Musée de Carlsruhe ainsi qu'un tableau analogue, également de i638, au Musée de
(1) Obiecn's ArcluL'i', V, p. 119.
Kônigsberg. Ce genre le classerait plutôt parmi les disciples de Cornelis Saftleven que parmi ceux de son père. A cette époque il fit également des natures mortes. Il s'en trouve une, signée et datée de i638, dans la collection Ekman à Finspong ; trois autres, de 1640, sont aux Musées de Berlin et de Pesth et dans la collection Semenoff à Saint-Pétersbourg. De 1643 est datée une nature morte représentant des poissons, à la collection Lacroix à Paris ; de 1644, une « Vanitas », à la collection dispersée Neville Goldsmid à La Haye, et, de 1645, une nature morte, à la collection Baranoff à Saint- Pétersbourg. En ajoutant 1'" Litérieur >> de 1640, au Musée de Harlem, nous avons la somme de ses œuvres datées, mais il y a un grand nombre d'œuvres non datées, dont les plus intéressantes sont celles où il imita l'œuvre de son père, telle la grande composition que l'on voit au Musée de Dresde. Derrière son étal de poissons, la figure bien connue mais peu attrayante de Babel de Harlem, se montre grimaçante, faisant face à un homme qui fume ; celui-ci est copié d'après Adriaen Brouwer. L'exécution en est beaucoup plus superficielle et plus grossière que celle des peintures de son père. Ses natures mortes, par contre, sont très consciencieusement travaillées.
La date de naissance du deuxième fils de Frans Hais, Herman, nous est connue. Il fut baptisé à Harlem, le 2 septembre 161 1. En i663 il se trouva mêlé à une rixe (i) et,
(() Oud-Holland, VIII, p. 12.
le i5 février 1669, on l'enterra au cimetière Sainte-Anne à Harlem. Voilà tout ce que l'on sait de lui et l'on n'est guère mieux renseigné sur son art. La collection Weber à Hambourg possède de lui un tableau de genre représentant un vieux couple assis près d'une croisée, et le Musée de Riga contient deux autres pièces, une femme cpii fait des crêpes et un atelier de cordonnier. Ces tableaux n'ont aucun mérite particulier et leur composition rappelle plutôt la manière de son oncle Dirck ciue celle de son père.
Dans le « Art Institute », à Chicago, se trouve un portrait de Frans Hais, exécuté en 1644 et représentant un peintre âgé d'environ trente-deux ans. Ce tableau, pnnenant de la célèbre collection Demidoff à Pratolino, figura à la vente de la collection San Donato à Florence le i5 mars 1880. Comme les traits ont beaucoup de ressemblance avec ceux d'autres fils du peintre et que l'âge correspond absolument, nous pouvons donner pour certain que le portrait était celui de Herman Hais. En i883 il en existait une reproduction chez M. Louis Miéville à Londres. M. le docteur van der W'illigen possédait un portrait dessiné par lui.
Nous croyons devoir considérer Jan Hais comme le troisième fils du maître, encore que cette supposition ne soit pas confirmée par une date de naissance. Jan Hais a reçu le sobriquet « de Gulden Ezel » (L'âne doré), ce qui fait sup-
poser qu'il a visité Rome et qu'il y faisait partie de la société des peintres. Le grand Vondel a chanté une de ses œuvres en disant « Op de doorluchtige afdeeldinghe van Homerus. Door den schilder Joan den Esel, ten huize van Willem Spieringh ... (Sur l'illustre portrait d'Homère par le peintre Jean l'Ane, en la demeure de Willem Spieringh). Dans l'inventaire de la succession de ce marchand, décédé à Delft, le 23 janvier 1689, le tableau s'intitule : « Een Homerus van Gulden Ezel ... Et dans le catalogue de la collection Josua van Belle, vendue à Rotterdam le 6 septembre lySo, nous trouvons les deux noms réunis : « Een trony van St. Pieter, door Jan Hais alias den Gulden Ezel » (Une tète de saint Pierre par Jan Hais, dit l'âne doré). Il a emprunté bon nombre de ses compositions à des sujets bibliques, entre autres « Loth endormi .- (i). Dans le célèbre cabinet de tableaux de Maerten Kretzer à Amsterdam se trouvait une œuvre de Jan Hais, qui, en i65o, inspira à Lambert van den Bos les vers suivants :
Is dit een Esel met verlof?
Een gulden seght ghy, 'k moet bekennen,
Indien er gulden Esels bennen
Ik maeck er ook een Esel of (2).
([) Otid Holland, VI, p. 804.
(2) Oiid Holland, II, p. 117.
Ceci est-il un âne en vérité?
II est d'or, dites-vous, je dois le reconnaître.
S'il existait des ânes dorés,
Moi aussi, je veux en faire un.
Un an auparavant, en 1649, un « Avare » de Joan Hais avait été mis en loterie à Wijk bij Duurstede (i).
Cependant on ignore ce que sont devenus tous ces tableaux et nous ne pouvons plus indiquer de ce peintre que deux tableaux de genre, assez médiocres, au Musée de Harlem, l'un représentant des joueurs de cartes, l'autre des enfants au jeu, ce dernier signé : Johannis Hais i635.
Il semble que Jan Hais ait également habité à Dclft; du moins il y est inscrit à la Gilde de Saint-Luc (2). C'était probablement avant son mariage avec Maria de Wit, qui fut célébré à Bloemendaal le 12 janvier 1648. Lorsque, devenu veuf, il épousa, le 4 juin 1649, Saertje Gerritsdr., il fut inscrit comme domicilié à la « Oude Gracht ». On lui connaît un fils de son second mariage, Jacobus, baptisé le 26 juin i65o. Jan Hais fut enterré au cimetière Sainte-Anne, à Harlem, le II juin 1674.
Vient ensuite Reynier Hais. Quand, en i663, celui-ci déclare être âgé de trente-trois ans, il se rajeunit de quelques années. Baptisé à Harlem le 11 février 1627, il avait donc plusieurs années de moins que ses frères que nous venons de nommer. Il serait issu de la seconde union de Frans Hais, et né après Sara, Pieter (?), Adriaentgen et Jacobus. Van der Willigen fait mention de sa première union avec
(1) Obreen's Archicf, II, p. 85.
(2) Obreen's Archicf, I, p 45.
Margaretha Lode\Aycksdr. , contractée lorsqu'il habita la Ridderstraat à Harlem, mais l'auteur néglige d'en indiquer la date. Lors de son mariage avec Elisabeth Groen, le i6 septembre lôSy, il résidait cà La Haye, mais très peu de temps après il doit s'être fixé h Amsterdam, où, le ii octobre 1659, il fut témoin à la publication des bans du paysagiste Roelof van Vries, et désigné dans cet acte comme habitant la Haerlemmerstraat (i). En i663, il fut grièvement blessé au cours d'une rixe au sortir d'un cabaret, et en 1669 on le chargea, avec Anthoy Hais, probablement le fils de Dirk Hais, de dresser l'inventaire des biens laissés par leur oncle Maerten Saeghmolen (2). C'est à Amsterdam que naquirent, en i663, 1666 et 1668, ses trois fils : Reynier, Jacobus et Pieter. On le retrouve encore, le 18 février 1671, comme témoin. Nous savons très peu de son œuvre. « L'enfant mangeant sa soupe », au Musée de Harlem, est la seule toile connue de lui. Cette petite peinture, d'une tonalité pâle, est celle qui se rattache le plus cà l'œuvre de Jan Miense Molenaer.
A propos des fils de Frans Hais, Houbraken dit : « dont l'un vit encore aux Indes et y a épousé une métisse ou demi-négresse, sans doute pour son argent » (3). Cette assertion n'est pas sans fondement, mais l'auteur se trompe
(i) Oud Hollmtd, FV, p. 298.
(2) Oud Holland, VI, p. 1 25.
(3) Houbraken. De groote Schoiuuburgh der Nederlandsche Kunstschilders, I, p. 95.
d'une génération. C'est Jacobus, fils de Reynier, dont Havard fixe aussi la résidence aux Indes (i), qui, le 19 février 1696, épouse en premières noces cà Colombo Dominga Suarez, et c'est elle, incontestablement, cette métisse ou demi-négresse. L'unique enfant issu de ce mariage, Elisabeth Hais, épousa, le 22 juillet 1718, Daniel Overbeek, gouverneur de Ceylan. Jacobus Hais, qui fut capitaine de la garde civique cà Colombo, contracta, après la mort de Dominga Suarez survenue le 28 juin 1720, une seconde union av-ec Sophia van Giethoorn, le i5 mars 1722. Il mourut à Colombo le 22 février 1735 (2).
Au cours de nos recherches concernant les descendants du grand peintre établis à l'ile de Ceylan, j'ai trouvé la preuve cpie Frans Hais ne fut j)oint a})parenté à la famille dont plusieurs membres occupèrent des charges d'échevins à Harlem. Ceux-ci, en effet, portaient de gueule au col de cygne d'argent, alors cpie dans la pierre tombale de Jacob Hais avec l'inscription : A la mémoire de Jacob Hais, ancien capitaine de la garde civique de Colombo, né à Amsterdam le 6 mai, anno 1668, décédé le 22 février, A" 1735, âgé de LXVI années IX mois et 17 jours (3), sont taillées les armoiries que voici : coupé, 1° un navet (?) couronné, 20 trois javelots renversés.
(i) H. Havard, L'A}-t et les Artistes hollandais, IV, Paris, 1881, p. 169.
(2) De Navorscher, LI (1901), p. 568.
(3) LeopolD LUDOVICI, Lapidarium \Zeylanicum, Colombo 1877, p. 21. (Traduit du hollandais.)
Voici enfin Nicolaes Hais, le plus jeune fils de Hais, baptisé le 25 juillet 1628. Il fit son entrée dans la corporation de Saint-Luc à Harlem le 2 novembre i655, et présida cette société de 1682 à i683. Le 6 juin i654 il figura comme témoin à la publication des bans de sa sœur Adriaentgen avec Pieter Roestraten, à Amsterdam. Le 29 mars i655 il convola lui-même à Harlem avec Janneke Hendrixksdr. van Haaxbergen, veuve de Willem Jansz. Il habita alors la Ridderstraat, et lors de son immatriculation comme membre de réélise réformée, le i5 avril suivant, il était domicilié dans le Turfsteeg. Le 17 juillet i683 il fut enterré dans l'église Saint-Bavon.
Un acte de 1668, mentionnant un « Clair de lune -> par Claes Hais, ferait supposer qu'il était paysagiste, mais aucun paysage de sa main n'est connu. Le Musée de Harlem, cependant, possède de lui une vue de la « Groote Houtstraat » en cette ville, peinture qui n'est pas dépourvue de qualités.
Il convient de citer aussi le gendre de Hais, Pieter Gerritsz. Roestraeten, le peintre de natures mortes. Né à Harlem en 1629 ou i63o, il épousa, le 21 juin i654, à Amsterdam, Adriaentgen Hais et fut domicilié dans la Sint-Anthonie Breestraat. Adriaentgen Hais avait été baptisée à Harlem, le
21 mars i623. Lorsque, cinq ans après leur mariage, le 3 octobre 1659, les époux firent leur testament, ils demeuraient au coin de la Beulingstraat, du côté du rempart. Quelques années plus tard il a dû s'embarquer pour Londres, car il y résidait lors du grand incendie de 1666, au cours duquel il reçut à la hanche une blessure qui le rendit infirme pour le reste de ses jours. Peu de temps avant sa mort, il se serait remarié avec une jeune femme. Il fut enterré dans l'église de Covent Garden. On raconte que Sir Peter Lely lui avait conseillé, par jalousie, de s'en tenir à la peinture de natures mortes (i). Les œuvres qu'il fit dans ce genre, où il excellait d'ailleurs, sont conservées presque exclusiv-ement en Angleterre, et le Newbattle Abbcy d'Edimbourg en possède au moins six, remarquables par leur belle tonalité grise et surtout par l'artistique exécution des vaisselles d'argent (2). Son portrait gravé par lui-même en manière noire a été copié plus tard par Abr. Bloteling.
N'est-il point étonnant qu'aucun des fils de Frans Hais, excepté Frans Hais le jeune, pas plus que le frère du maître, n'aient été des imitateurs du grand peintre? Comme exercice, il leur fit copier ses tableaux. Sans doute ces reproductions ne sont-elles si nombreuses que parce c[uc le public les
(1) Wai, l'OLE, Ajierdotes «f painting in England, II, pp. 475-476.
(2) Oud Holland, XI, p. 21 5.
demandait beaucoup. La plupart de leurs œuvres personnelles sont de peu d'importance, mais aucune ne manque pourtant d'originalité, ce qui nous donne une idée favorable de la façon dont Hais entendait l'enseignement. L'excellence de sa méthode est également confirmée par les productions d'autres artistes que l'on croit avoir été ses élèves.
Houbraken n'en mentionne que trois : Adriaen Brouwer, Adriaen van Ostade et Dirck van Delen. Le D'^ Hofstede de Groot nous fait remarquer, à propos du dernier, que les dires de Houbraken reposent sur une lecture mal interprétée d'un passage du Gulden Cabinet de de Bie, et qu'au lieu de Delen il faut lire Philips Wouwerman (i). Peut-on s'imaginer des peintres plus personnels, plus différents les uns des autres, que Brouwer, Ostade et Wouwerman ? Et cependant, chez tous les trois, l'influence du maître est manifeste.
On s'est toujours demandé si Adriaen Brouwer a bien été un élève de Frans Hais, dans la stricte acception du mot. Le D' Wilhem Schmidt a même absolument nié son séjour en Hollande, mais, depuis, Unger a démontré que le célèbre Flamand fut en 1626 membre de la Chambre de Rhétorique « In Liefd, Boven Al », et qu'en 1627 il résidait encore à Harlem. Il faut en conclure que ses années d'études à l'atelier de Hais doivent se placer avant cette époque, entre 1623 et 1624, probablement aussitôt après le siège de Bréda en 1622, auquel Brouwer assista, au service
(1) Dr C. Hofstede de Groot, Arnold Houbraken und seine Croate Schouburgk, Haag iSçS, p. 261-262.
de la Hollande. C'est précisément vers cette époque que Hais peignit ses tableaux dans le genre Jonker Ramp. Effectivement, dans l'œuvre de Brouwer les influences hollandaises, surtout celle de Hais, sont, en maints endroits, très frappantes : telle la caractérisation de ses physionomies, où l'on découvre une verve joviale qui manque absolument aux têtes de Teniers ; un ton uniforme dominant son coloris, particularité qu'il n'a pu emprunter aux œuvres de Rubens. C'est surtout dans les figures de grande dimension, tel le « Fumeur » de la collection Steengracht, que l'influence de Hais est clairement visible. N'est-il point significatif que précisément cette tête-là ait été copiée par un fils de Hais sur le tableau du Musée de Dresde ?
Ostade a dû fréquenter l'atelier de Hais quelque temps après Brouwer, car il naquit en 1610, tandis que ce dernier était déjà, en 1626, un maître universellement apprécié. Cependant dans les premières œuvres d'Ostade, qui à partir de i63i peuvent régulièrement être indiquées, se remarque la même manière. Il empruntait alors de préférence les sujets de ses tableaux à la classe rustique dont il représentait les fêtes bruyantes avec non moins de rudesse que Brouwer. Lui aussi s'astreignait à rendre fidèlement les traits caractéristiques de ces types, et, de plus, une tonalité blonde dominait son colons. Plus tard seulement, Ostade se soustrait à l'influence de Hais pour subir celle de Rembrandt.
Quant à Wouwerman, il est très difficile de fixer, dans l'ascendance de son art, la part attribuablc à Hais. Il a eu
plusieurs autres maîtres : son père, dont nous ne savons rien, le peintre de chevaux Pieter Verbeec et le paysagiste Jan Wynants, mais en premier lieu la nature était son maître. Wouwerman fut un peintre très personnel, et c'est surtout l'extrême sérieux qui marque chacune de ses œuvres qui nous incline à y voir l'influence de Hais.
En i63i Judith Leyster assista comme témoin au baptême d'un des enfants de Hais. A cette époque déjà, elle se révélait artiste indépendante, et le joli petit panneau du Mauritshuis, à La Haye, « l'Offre refusée », date de cette même année. Trois ans auparavant Samuel Ampzing avait chanté ses louanges. C'est l'œuvre de Judith Leyster qui reflète le mieux la manière du maître, à tel point que plus d'une fois ses tableaux furent confondus avec les œuvres de Hais. Pour ne citer qu'un exemple, la « Joueuse de luth », de la collection Six, au Musée d'Amsterdam. Elle semble avoir été l'un des premiers disciples de Hais, car dès i6i3 elle fut immatriculée comme artiste indépendante à la confrérie de St-Luc de Harlem. Un nommé Willem Woutersz., artiste du reste tout à fait inconnu, passa en i635 de son atelier à celui de Hais (i).
Egalement son époux, Jan Miense Molenaer, sortit pro-
(i) Van DER WlLLlGEN, Les Artistes de Harlem, p. 202.
bablement de la même école. Sa composition de 1629, de la collection von Heyl, à Worms, représentant en grandeur naturelle un couple d'amoureux et quelques spectateurs, évoque de suite en notre pensée le « Seigneur Ramp et sa maîtresse ». Il en est de même du tableau d'Hendrick Gerritsz. Pot, de i633, au Musée Boymans à Rotterdam.
Tous ces artistes s'inspirèrent de Hais comme peintre de genre, bien qu'il fût avant tout portraitiste. Cependant l'atelier de Hais a aussi formé des portraitistes. Vincent Laurensz. van der Vinne, qui se dit lui-même son élève, fréquenta en 1647 l'atelier de Hais et reçut ses leçons pendant neuf mois. II eut des rapports amicaux avec le maître. Du moins van der Vinne fit lui-même une gravure à la manière noire du portrait que Hais a peint de son élève. Le D"^ van der Willigen a cru posséder ce portrait qui fut acquis pour le Musée de Dresde lors de la vente de sa succession, le 20 avril 1874. Actuellement on ne l'attribue plus à Hais. Malheureusement van der Vinne était un peintre assez médiocre, qui s'essaya un peu à tous les genres sans affirmer jamais son talent par un sérieux effort.
Les bons portraitistes qui travaillèrent à. Harlem vers l'époque de la maturité de Hais, notamment Johanncs Cornelisz. Verspronck et Jan de Bray, étaient, tous deux, fils de maîtres réputés et c'est indubitablement en premier lieu chez eux
qu'ils reçurent leur éducation artistique. Néanmoins, leurs oeuvres nous rappellent Hais. La franche conception du portrait sans recherche d'effets, l'unité de ton prédominant sur le coloris, — chez Verspronck celui-ci est généralement plus chaud que chez de Bray, — enfin, la perfection de la technique, Hais seul a pu les leur enseigner.
Moins puissante, cependant, fut l'influence directe de Frans Hais, comme maitre, que celle indirectement exercée par son œuvre et qu'ont heureusement subie un grand nombre de nos peintres du xvii^ siècle. L'audace plus affirmée de plusieurs portraitistes dans la disposition artistique des scènes, l'essor de la peinture de genre comme l'expression d'un art indépendant, sont des tendances dans une voie où Frans Hais les avait précédés.
On ne conteste pas que d'autres grands portraitistes exercèrent des influences simultanées : Rembrandt, d'une manière directe et indirecte par le grand nombre d'élèves qu'il forma, van Dyck, dont le public prisait hautement les œuvres, surtout parce que les peintres de ce pays-ci trouvaient avantage à imiter sa manière. Mais peu nombreux furent ceux qui par intervalles réussirent à imiter avec succès Rembrandt, car pour peindre comme lui il eût fallu posséder son génie. L'influence de van Dyck ne reposait point sur des bases logiques. Les commerçants qui se firent peindre chez nous
n'étaient pas de la même pâte que les comtes et les barons anglais.
C'est surtout dans la peinture de genre que Hais se révéla innovateur. Il y employa son magistral talent à caractériser ses figurations, sans toutefois s'oublier jamais jusqu'à la caricature et il tira le plus précieux parti du don qu'il possédait de savoir saisir et fixer sur la toile la fugacité du mouvement et de la vie. Les succès et la renommée de peintres tels que Metsu, ter Borch, Jan Steen, Vermeer de Delft, Pieter de Hooch, ne se comprendraient point si nous n'honorions en Frans Hais leur glorieux prédécesseur.
La juste détermination de la place qui revient à Frans Hais dans l'histoire générale de la peinture dépend absolument du point de vue d'où on le juge. L'expression poétique de la matière détermine-t-elle son rang? Alors c'est à peine s'il mérite une mention puisqu'il rendait invariablement la réalité toute nue, assez puissant d'ailleurs pour la traduire en chefd'œuvre. Ses portraits rendent l'attitude propre à chacun de ses modèles. Sans doute ne vit-il jamais Heythuysen dans l'attitude qu'il lui prêta, mais il connaissait le personnage et savait que cette attitude était bien celle qui accusait nettement son caractère.
Tout autre que Hais eût ainsi couru le risque de faire, au lieu d'un portrait, une simple caricature, — en entendant ce mot dans sa meilleure acception, — tandis que le maître en créa une image étonnamment expressive et fidèle. Il était d'une si foncière franchise qu'il n'indiquait pas de pose à ses modèles. Les dames qui posèrent pour lui prirent générale-
ment une attitude à peu près uniforme, et Hais ne vit aucun inconvénient à les représenter ainsi, sans la moindre modification. Ainsi le magnifique portrait de femme de la collection Rothan et celui qui, sortant d'une collection particulière, fut exposé en 1897 à Munich nous montrent des poses absolument identiques ; le portrait de la collection Pereire n'offre guère qu'une légère variante.
Tous ses portraits ressemblent à des instantanés et, néanmoins, ce sont des chefs-d'œuvre au point de vue esthétique. En ce sens il introduisit dans l'art du portrait un élément nouveau, qu'aucun artiste n'a réussi à imiter parce qu'il était essentiellement propre au maître. Ainsi se fait-il qu'on reconnaisse bien plus aisément les œuvres de Frans Hais que celles de la plupart des peintres. La manière de Frans Hais se perçoit comme instinctivement et bien rares se comptent les portraits qui portent à tort son nom, relativement, du moins, aux autres portraitistes célèbres de cette époque, tels les Mierevelt, les Ravesteyn, voire même les Rembrandt. Voilà pourquoi la tradition qui lui attribue une œuvre acquiert à nos yeux une importance toute spéciale.
Tout au plus pourrait-on lui reprocher un certain manque de variété. Il était, après tout, presque exclusivement portraitiste et cela dans le sens le plus absolu du mot, allant du tableau de confrérie au petit portrait, du magistrat au marchand de poissons, peignant aussi bien les honnêtes dames huppées que le demi-monde, sans distinction de classes, de professions, de religions ou d'âges.
Remarquons encore que Hais, auquel ne furent pourtant point épargnées les amertumes de l'existence, vit toujours le bon côté de la vie, bien que parfois le ton dominant de ses peintures puisse faire supposer le contraire. Ce ton indique les différentes phases de sa carrière. Il est d'abord puissant de lumière, d'un coloris très vivace et l'on y voit s'unir, en une fusion magnifique, la délicatesse du pinceau à la précision dans l'exécution des figures et des mains comme dans celle du costume.
Insensiblement un ton grisâtre domine les tons locaux, leur gardant d'abord quelque chaleur, puis il se transforme lentement en un gris argenté qui absorbe presque tous les tons locaux. Ce gris se fonce à mesure que le peintre avance en âge, jusqu'au jour où les couleurs restées sur .sa palette ne seront plus que juxtaposées sans transition. Ceci eût pu provoquer des dissonances, mais, bien au contraire. Hais en a tiré les plus pures harmonies parce que son noir le plus intense est d'une teinte plus forte que le rouge le plus violent, le jaune le plus profond.
Il est incontestable qu'il n'a pu atteindre à ce degré de perfection que grâce à sa grande virtuosité. Cette incomparable habileté explique le fait que des dessins de Hais ne sont pas connus. Le maître possédait une telle assurance, il était si convaincu de pouvoir rendre de suite sa conception, que des études préliminaires étaient pour lui superflues. On rencontre, naturellement, dans certaines collections, des dessins portant son nom et même des projets de tableaux de corporation,
tel ce dessin du tableau de régents, de 1641, à l'Albertine de Vienne, mais il est de toute évidence que ce sont là des copies et non des études préalables.
Il n'existe pas de dessins de Frans Hais, pas plus que de gravures, et ses peintures se bornent de fait à des portraits. Nous ne pourrions mieux définir la place qu'occupe dans l'histoire de l'art notre célèbre portraitiste, qu'en terminant cette étude par la citation d'un consciencieux critique, le professeur Goldschmidt.
« Frans Hais hat seinen sicheren Platz als der erste grosse Genius der neuen nationalhollândischen Malerei. In ihm tritt uns zucrst mit voiler Kraft die Wiedergabe des frischen momentanen Eindrucks ungekûnstelter Bewegung und Physiognomik entgegen, in ihm zum erste Maie eine spielende Leichtigkeit in der kûnstlerischen Behandlung, bei der eben schon dièse Leichtigkeit ein Vergnûgen gevvâhrt. Auch als erster Virtuose in der Abstimmung des Bildes auf einen Ton, und zwar auf einen bescheidenen Ton, bei immer grôsserer Verzichtleistung auf die Buntfarbigkeit, hat er den Preis davongetragen . Antikisierende Formen, schwûlstiges Pathos, gelehrige Tûftelei seiner Vorgânger weichen bei ihm nationalem Geprâge, einfacher Natûrlichkeit, krâftigem Humor(i). »
(i) Frans Hais est le premier grand génie de la peinture moderne hollandaise. Ce qui en lui nous frappe le plus puissamment, c'est le rendu de l'impression fraîche et momentanée des mouvements naturels et des e.xpressions des physionomies. Chez lui nous rencontrons, pour la première fois, une e.xtrème facilité d'e.xécution, mérite déjà bien agréable à reconnaître. De plus, il se classe premier comme virtuose dans l'art de la reproduction en un seul ton, mais un ton délicat, de plus en plus éloigné des couleurs éclatantes. Les formes archaïsantes, le pathos emphatique, les raffinements intellectuels de ses prédécesseurs s'eti'acent devant son caractère national, son naturel si simple et son puissant « humour ». (Prof. GOLDSCHMIDT.)
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