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Franz Liszt's Briefe

Une assez singulière rencontre d'amis (laquelle par parenthèse ne me cause même aucun plaisir de surprise), quelque chose comme une tuile ou un aérolithe vous tombant sur le nez, me privera du très grand plaisir de vous présenter mes hommages ce soir, ainsi que vous avez bien voulu me le permettre, Madame la Princesse. Daignez agréer tous mes regrets et toutes mes excuses, en attendant que j'aie l'honneur de vous les renouveler dans la matinée de demain. Tout à vos pieds.

Jeudi soir. F. L.

[Kiew, Februar 1847.]

On me réveille avec votre mot qui est 100 fois le bienvenu. Merci, Madame, et à bientôt. En revenant ce soir j'ai dit positivement à Belloni ]) qu'il fallait tenir la route de Zytomir. Bien à vous de cœur et d'âme.

4 heures. F. L.

Un tas d'ennuyeuses choses dont je ne puis me dispenser ne me permettront pas d'être exact ce matin; et ce ne sera que vers 1 1 heures que je pourrai m' acheminer vers vos chères tourelles gothiques2). F. L.

1) Liszt's Secretär.

2) Das von der Fürstin in Kiew bewohnte Baus war mit gothisehen Thürmchen geziert.

La Mara, Liszt-Briefe. IV. 1

Je ne puis avoir qu'un seul regret , c'est que demain ne soit pas aujourd'hui — et pourtant j'aurai l'honneur de vous voir ce soir. Tout à vos pieds.

[Februar 1847.]

Mon exactitude habituelle, quasi proverbiale entre nies amis, va se trouver en défaut. Une course de déjeuner chez Mme Rezewuska, demain Mardi, retardera mon arrivée à Woronince de près de 24 heures, car ce n'est que vers les 7 heures que je retournerai à mon asile et reprendrai mon opale2). Mettez-moi aux pieds de Farfadet3) et gardez-moi dans toute votre indulgente et compréhensive affection.

Lundi 2 heures. F. L.

Je suis de très belle humeur — à peu près comme Ampère taillant ses phrases sur le Ramayaha — et trouve que puisque le monde contient Woronince, le monde a décidément du bon et du très bon!

Vendredi saint 1847.

Vous souvient-il des vagues fantaisies musicales de B. ? Eh bien Mme la Psse, en prenant la plume en main pour vous écrire, j'éprouve un sentiment très analogue à celui de B. quand il se mit au piano à W. avec de si excellentes intentions de me charmer, et de me surprendre! Et encore dans cette comparaison, l'avantage reste complètement du côté de notre charmant Jésuite blond. Car qu'ai-je à vous dire que

1) Auf der Reise nach Woronince geschrieben.

2) Ein Geschenk der Fürstin. Opale gelten als glückbringend.

3) Farfadet, Kobold, Scherzname für die Tochter der Fürstin, Prinzessin Marie.

4) Nach kurzem Besuch in Woronince setzt Liszt seine Kunstreisen fort.

vous ne sachiez infiniment mieux que je ne saurais vous le dire? Et quelle circonstance ou quel incident de ma vie vaudra la peine que vous y preniez un intérêt de 5 minutes ? Quoiqu'il en soit, je mettrai volontiers toute vanité et toute modestie de côté pour continuer à être tout bonnement Filzyg- Midas1) comme devant!

N'est-ce pas un Vendredi saint que Dante aperçut Beatrix? Ou bien est-ce Pétrarque qui rencontra Laure? Quoique je vous écrive d'une chambre excellemment garnie de quelques centaines de volumes des mieux choisis , je ne veux pas éclaircir ce doute de ma crasse ignorance, m'en rapportant à votre omniscience pour la solution. Une singulière coïncidence de cette année qui touche ma fibre superstitieuse, c'est que le 1 er Janvier était un Vendredi, le 2 Avril, fête de mon patron, se trouve être le Vendredi saint, et le 22 Octobre, jour de ma naissance, sera encore un Vendredi!

Qu'est-ce que de nous, disait Bossuet, de quotidienne mémoire à Woronince! A propos de Bossuet, notre Tacite me va merveilleusement. On pourrait assez justement appliquer à certaines thèses Bossuétiques que nous avons discutées ensemble ce qu'il dit des Cimbres (on en a plus triomphé qu'on ne les a vaincus); de plus, cette exclamation résumerait assez complètement une de vos conversations de P. (tant ils ont dégénéré non seulement de la liberté, mais encore de la servitude!2) ).

Je me suis assez intelligemment établi ici à Czarny-Ostrow chez le Cte Przezdziecki, beau-père de notre jolie belle personne de Niemirow, et Maréchal du gouvernement depuis 27 ans. J'habite un charmant appartement (celui de sa belle-fille) avec une excellente cheminée et une bibliothèque singulièrement bien choisie. Comme heureusement il n'y a aucune femme

1) Filzyg, der Ciavierlehrer der Prinzessin Marie in Woronince. Mit dem Namen Midas, des phrygischen Königs, der Alles in Gold verwandelte, was seine Finger berührten, bezeichnete die Fürstin gern Liszt. Sie schenkte ihm auch einen Goldbarren, der die Geschichte des Midas darstellt und sich im Weimarer Liszt-Museum befindet.

2) Anspielung auf polnische Zustände.

dans la maison, je jouis d'une très grande liberté — toute la matinée jusqu'à 2 heures je ne bouge pas de ma chambre.

Hier je me suis remis , par parenthèse , à rafistoler un ancien Titan qui vous rappellera agréablement certaines sublimités d'inspiration et d'harmonie de compositions de votre neveu!1) Et l'après-dîner se partage entre le whist et l'orchestre du Comte, qui est je crois le meilleur de la contrée, et assez bien composé pour exécuter tolérablement quelques ouvertures de Rossini, Donizetti, voire même le Freischütz et Ober on2).

Tout à l'heure il vient de nous arriver un Cte Or. qui m'a été sympathique à Kamieniec. Il a été au Caucase, et plusieurs années à Pétersbourg. Je l'ai engagé à se faire présenter à Woronince, l'assurant bien qu'il n'y rencontrerait pas maille de bas bleu, ce qui l'épouvantait si fort! Parlezlui donc «Traité de stratégie» comme vous m'avez régalé du «Traité d'instrumentation» ! Or., que je n'ai jamais vu tant à son désavantage qu'à Woronince, m'est de plus agréable ressource ici. Il saisit vivement, ce qui le dispenserait à la rigueur de comprendre avec justesse et de sentir avec profondeur. Je crains qu'il ne soit de ces terrains où la bonne semence lève vite, mais sur lesquels s'abattent tout aussitôt les nuées d'oiseaux (non pas du ciel), comme dans la parabole de l'Évangile.

Mardi de Pâques je quitterai Czarny-Ostrow, Jeudi concert à Krzemieniec, et Dimanche ou Lundi d'après je serai à Lemberg, où je vous prie d'adresser, si tant est que vous ayez le loisir de m'écrire. De Lemberg je vous écrirai quelles nouvelles j'y ai trouvé de Paris et Vienne. En attendant je mâche à vide, vivant de souvenirs et de vagues espérances, ce qui est un régime comme un autre. Me permettez-vous,

1; Prinz Eugen Wittgenstein, künstlerisch begabter Neffe der Fürstin . durch ein von ihm modellirtes Medaillon R. Wagner's in weiteren Kreisen bekannt geworden.

2) Viele russische Aristokraten hielten sich damals ein Orchester, das sich aus ihren Dienern und Leibeigenen, deren jeder ein Instrument spielen musste. zusammensetzte. Auch Fürst Wittgenstein hielt sich ein solches.

Mrae la Psse, de vous rappeler mon ancien protégé B. et de mettre à vos pieds l'expression de la plus respectueuse reconnaissance de votre nouveau protégé, qui ose se recommander à la continuité de vos gracieuses bonnes grâces.

Filzyg-Midas.

Bravo! Voilà ce qui peut s'appeler mettre les gens bel et bien en belle et bonne veine de poésie Scandinave ... ou translunaire. Peste! quels coups de brosse et quelles fines touches de palette! Vos belles phrases déchaînées à propos de je ne sais quelle rivière déchaînée m'ont fait un très grand plaisir. Il y aurait de quoi faire là une belle symphonie, si je n'étais trop bête pour la faire.

Mon séjour à Lemberg a été excellent sous tous les rapports. Vous ne sauriez croire quelles flatteuses bienveillances, et quelles honorables sympathies j'y ai rencontrées et réveillées pendant ce dernier mois que j'y ai passé en entier. Comme concert, au point de vue Belloni, le niveau de Kiew a été presque atteint. J'ai eu vraiment à me louer de toutes gens et de toutes choses, et j'espère aussi qu'on n'est guère disposé à se plaindre de moi. Késumé total: 7 ou 8 concerts, dont 4 personnels. Au dernier, pour me passer une petite fatuité par parenthèse, quelques dames, Mrae Krasicka, la Psse Liechtenstein, Mme Lewicka, etc., se sont mêlées d'arranger la salle et ont suppléé Belloni, en tapissant toute mon estrade de fleurs. Force dîners et force soupers. 3 ou 4 relations vraiment intéressantes, qui pourraient devenir des amitiés si les circonstances y contribuent — et dont je vous parlerai plus au long, car ce ne sont pas des étrangers pour vous. Enfin une dette et un lien de plus contracté avec un pays, pour lequel je ne suis pas non plus un étranger, et auquel/ je sens me rattacher par mes meilleurs côtés, d'intelligence et d'entrailles.

Dans trois jours je serai à Jassy. Je vous demande d'ajourner jusqu'en Juillet la grâce si touchante que vous voulez bien me faire, en me permettant de laisser un souvenir de ma triste personne à votre fille.

J'ai lu Lucrezia Floriani1) qui vaut la peine d'être lu, même par les gens qui ne font qu'une légère consommation de ces sortes de productions. Les idées et le style sont d'une fermeté et d'une limpidité rares. Le principal personnage est en quelque façon le portrait en prose et en robe de chambre de l'auteur; tout aussi bien que Lélia2) en était la statue, et si vous aimez mieux suivre la comparaison, le portrait en poésie avec les larges draperies du manteau lyrique. Le second personnage, le prince Karol (Chopin), est dessiné avec une finesse et une malignité mélancolique, qui ne peut être complètement sentie que par le petit nombre de ceux qui auraient voulu aimer en dehors d'eux-mêmes, extravaguer par rayonnements, expansion et dévouement continu, mais qui ont bien vite rencontré le tuf et se sont mordu les doigts, en faisant un beau jour cette triste découverte que le jeu n'en vaut pas la chandelle. A revoir donc bientôt Mme la Princesse, daignez toujours disposer de moi comme de votre très entièrement dévoué et reconnaissant

Czernowitz, 23 Mai 1847. Filzyg-Midas.

Jassy, Mai 1847.

(Cette lettre a été interrompue pendant cinq jours.)

Je vous ai écrit en quittant Czernowitz, il y a deux jours, mais je suis si enchanté de trouver quelques lignes de vous ici que je me sens piqué d'émulation, sans tenir nul compte

1 Roman George Sand's, in dem sie sich selbst und Chopin, letzteren wenig schmeichelhaft, porträtirte. 2) Gleichfalls ein Sand'scher Roman.

du régime d'humilité forcée, auquel il faut bien que vos amis se résignent!

Comme je suis heureux de ce que vous me dites de Berlioz et que vous paraissez bien le comprendre et bien le sentir d'intelligence et d'âme1). Nous discuterons à Odessa si nous y songeons votre thèse «qu'il est plus facile d'avoir du génie qu'un goût parfait». Thèse qui contient beaucoup de vide, comme toutes les thèses qui frappent d'abord par leur justesse et par leur profondeur. En attendant je ne sais si on n'embarrasserait pas un peu Mr le docteur Pic de la Mirandole en lui demandant de citer ses héros de goût... sans ou avec génie. Ce n'est ni Shakespeare ni Dante ni Byron ni Goethe ni Voltaire ni Mme Sand ni Molière ni Béranger ni etc. etc. Le goût est chose négative et le génie affirme et affirme toujours.

Mais réservons ces ergotages pour Odessa, où ainsi que je vous l'ai écrit, j'arriverai au commencement de Juillet. Dans trois jours je m'embarquerai à Galatz pour Constantinople, car je préfère de beaucoup d'y aller directement dès à présent pour avoir notre plein mois de Juillet à Odessa, puisque vous ne devez y arriver qu'à la fin de Juin. Je viens d'avoir un catarrhe de chien qui ne m'a pas encore quitté, malgré quatre jour de transpiration et de lit. Peut-être même mon voyage de Constantinople sera-t-il retardé d'une huitaine de jours, car je ne suis guère sur mes jambes, et c'est tout au plus si je puis écrire sans étourdissements.

Pendant cette semaine de retraite forcée, j'ai parcouru un volume des Girondins de Lamartine. C'est très noble, très sympathique, très humain et très beau enfin, nonobstant toutes les critiques mesquines et tracassières, ou systématiques contre la personne de Lamartine qu'on en a pu faire.

A propos de Lucrezia Floriani dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre, on m'écrit de Paris: «L. F. a généralement déplu. Le talent n'a pas suffisamment couvert la vulgarité

1) Die Fürstin hatte in Petersburg Berlioz1 Bekanntschaft gemacht.

de cette confession. Il paraît toujours qu'elle veut quitter Chopin pour cause d'ennui et que lui se cramponne. Cependant il y a déjà eu déménagement, un prochain départ pour Nohant1) seule. Enfin le public est dans la confidence d'une lutte entre la pitié et le dégoût, dans laquelle pour qui connaît Mme Sand, il est certain que la pitié ne l'emportera pas.»2)

N;avez-vous pas engagé Ernst3) à venir passer la saison des bains à Odessa? Il vous aurait été agréable, car c'est une bonne et honnête nature, chose rare parmi mes très honorables et très honorés collègues.

Savez-vous qu'il me prend parfois des peurs que nos beaux projets d'Odessa ne tombent dans l'eau? Mais je ne veux pas laisser gagner cette veine-là en moi. Quoiqu'il advienne, n'est-ce pas Madame, vous me resterez bonne et généreuse, telle que vous êtes et telle que je vous admire?

Voici les premières lignes que j'écris depuis six jours que je viens de passer au lit. Donnez-moi bientôt de vos nouvelles et adressez Constantinople à l'ambassade d'Autriche. Tout à vos pieds. F. L.

12 Juillet 1847, Constantinople.

Au moment où vous arrivez à Odessa je pars pour Galatz. Je serai donc encore retenu par une dixaine de jours de quarantaine et quatre ou cinq jours de voyage, après lesquels nous reprendrons le très long fil de notre labyrinthe d'idées et de rêves. Permettez-moi d'ajourner jusque là et détails et généralités de voyage, et de me borner simplement pour aujourd'hui à vous dire en toute hâte combien je suis heureux de l'idée d'aller vous retrouver.

Tout à vos pieds. F. L.

1) George Sand' s Landsitz.

2) Es kam zu dieser Zeit zum Bruch zwischen G. Sand und Chopin.

3 Der berühmte Geiger Heinrich E. (1814—65).

Jeudi, 4 Septembre 47.

Voilà un beau et magnifique rayon de soleil, pour mon réveil! Mon cœur en est tout inondé de joie et vous bénit de toute sa tendresse et de toute sa force! La journée d'hier n'a été que terne, pour moi. Une assez longue conversation avec Belloni m'avait donné du ton, en rapprochant le terme de notre beau et charmant revoir de Woronince. Je me promets bien de ne plus aller à Poltawa, et ne comprends guère ce que j'irais y faire. Nous aurons ainsi nos deux fêtes qui feront quatre, car nous les fêterons selon les deux calendriers. Ne m'écrivez donc plus passé le 15 Septembre, car je me mettrai probablement déjà en route vers le 22 ou 24, et les communications de poste sont si lentes dans ce pays, que vos lettres ne me trouveraient plus. En tout cas je vous préviendrai de mon arrivée. Pour aujourd'hui, adieu.

J'ai fait hier la connaissance de Knorre2), qui est comme vous savez non seulement une célébrité, mais une illustration européenne. Il doit me conduire à 8 heures à l'amirauté et me montrer en détails ces savantes et positives merveilles.

Mon concert est fixé à demain Vendredi, et Samedi matin je partirai pour Elisabethgrad.

Soyez calme et forte, comme il convient à ceux qui ont tout droit, toute raison et toute justice pour eux. Ne vous laissez ni abattre ni ronger .... et puisque les fleurs du printemps sont si luxueusement abondantes, les fruits de l'automne ne nous feront certes pas défaut. A vous de cœur et d'âme.

Vous avez attaché à cette bague une idée de patrie, et je vous ai répondu que ma patrie était votre cœur; en vous

1) Nach Wiederbegegnung in Odessa concertirt Liszt von neuem.

2) Astronom, Director der Sternwarte zu Nicolajew.

3) Seit October 1847 war Liszt wieder der Gast der Fürstin in Woronince gewesen. Er unterbricht seinen weiter bis gegen

priant de la garder à votre doigt, je vous ai dit qu'elle me serait ainsi gardienne de mon bonheur.

Veuillez et sachez la garder, aux heures mauvaises et tristes. Toutes celles qui ni' éloigneront de vous, le seront pour moi, et remettez-la moi au doigt, quand je vous retrouverai, en rendant toute joie à mon âme.

Woronince,] 10 Novembre 1847. F. L.

Lemberg, 22 Janvier 1S48.

«Hélas nous voilà dans les lettres», écrivait Mrae de Sévigné de bavarde et gracieuse mémoire. Cela ne durera guère, je vous le promets et me le promets davantage à moi-même. En attendant, puisque force m'est d'imiter je ne sais quel héros de Corneille, et de me «résoudre de vivre sans bonheur», tâchons de tirer le meilleur parti qu'il se pourra de nos lettres et laissons y tout courir, faits, mots, idées, infinis de souvenirs et infinités d'espérances.

En fait de faits je n'en ai pas encore à vous raconter, car sauf quelques voleries de juifs et d'aubergistes, et des retards de quelques heures qui ne m'ont pas permis d'arriver à Radziwillow avant 4 heures de l'après-midi Lundi, et à Lemberg 26 heures après, il ne s'est rien passé qui valut la peined'être détaillé. Mais j'ai à vous rendre compte de ma première négociation diplomatique au nom de ma souveraine, dont je me sentirai toujours le très indigne serviteur, quoique certes, il n'y aura pas de ma part manque d'empressement et de bonne volonté à la servir !

En conséquence j'ai fait arrêter ma voiture devant la porte

Ende Januar 1848 ausgedehnten Aufenthalt daselbst jetzt nur eine Zeitlang, um in den Kreisstädten Podoliens zu concertiren und den Einladungen der benachbarten Gutsbesitzer zu folgen.

1) Von Woronince scheidend, bringt Liszt zuvörderst seine Virtuosenreisen zu endgültigem Abschluss.

de Hausner1), et tout barbu et crotté que j'étais, j'ai franchi bravement le couloir qui conduit à l'antichambre de son comptoir et de là me suis avancé en chevalier jusqu'à son cabinet. Mon entrée a été si énormément brusque que Mr Hausner en est resté comme cloué sur sa chaise. Mais il ne convenait guère à votre plénipotentiaire d'être reçu assis par Son Excellence. Je me nommais donc avec une modestie d'autant plus assurée que mon interlocuteur tenait un numéro de V Allgemeine Zeitung dans ses mains, qui jusque là paraissait l'intéresser davantage que ma visite. Mon monosyllabe décliné, en homme bien élevé et au courant des célébrités contemporaines, Mr Hausner se leva élégamment de toute sa longueur et de toute sa hauteur ... Je lui tends ma main et lui explique rapidement le motif et le but meiner Erscheinung, dans son comptoir. Or voici le résultat de mes informations. La lampe d'Eugène qu'on croyait en bronze et que j'ai pris sur moi de déclarer en marbre de Carrare — en profitant de cette occasion pour accuser en haut relief et très ronde bosse la haute et ronde vocation au bosse artistique de Msr le Prince Eugène — cette lampe, ce chef-d'œuvre exquis que je me fais des reproches sanglants de n'avoir pas demandé à voir de mes propres yeux . . enfin cette merveille de l'imagination et de la pensée, figurez-vous la brutalité des lois prohibitives des douanes ! — elle est tout bonnement rangée dans la classe des objets de fantaisie, commune en vil métal, et par conséquent elle n'a pas pu vous être envoyée jusqu'à présent.

Le hasard m'a servi d'ailleurs en me faisant rencontrer, quelques heures après mon entrevue avec Hausner, Charles 0., attendant des chevaux de poste à deux stations de Brody, venant de Paris et se rendant à une de ses terres auprès de Kiew, et de là aux contrats de Kiew2). Je lui ai naturelle-

1) Ein Spediteur.

2) Unter »les contrats de Kiew« ist der dort allwinterlich stattfindende Geschäftsabschluss der russischen Gutsbesitzer zu verstehen.

ment endossé votre pendule de voyage! Pourvu qu'il n'aille pas commettre d'erreurs et oublier la petite pendule destinée à Farfadet . . . Dieu sait que je l'aurais coiffé moi-même de trois bonnets de femme, si seulement vos malheureux bonnets t'taient arrivés!! Je n'avais pas le plaisir de connaître Charles 0. Il voyage avec un officier prussien ou saxon qui est le fils de la belle Mme Heygendorf, laquelle était la très belle de feu 8. A. le Grand-duc de Weymar Charles-Auguste. Sa mère vit toujours à Weymar, et je lui fais chaque fois avec grand plaisir quelques visites tendres et pieuses, en l'honneur de Goethe et Charles-Auguste. Mais bon Dio! Pardonnez-moi tous ces sauts et soubresauts, parenthèses et digressions . . . Mais voyez-vous, il n'y a moyen de parler avec les gens, que quand on n'a plus rien à leur dire, et c'est notre cas . . . très rare, très exceptionnel, je vous prie de croire . . .

Mais bon Dio ce Charles-Auguste n'était rien en comparaison de mon Charles, très auguste! ... Il n'a su faire de Goethe qu'une Excellence avec 3 ou 4000 Th. d'appointements, tandis que le mien . . . mais ici la langue manque à la pensée, et la plume trahirait même la langue! 0. m'a confirmé, ce que Mr Hausner m'avait déjà annoncé officiellement, — c'est qu'Abd-el-Kader était décidément pris, et en route pour Paris. En voilà un qui sera lion, et un lion numide! Aussi que la jeune Dsse de Lucques, Mlle de Berry, avait déjà pris possession du Duché de Parme. De plus, Mme Kalergis l) à la suite de la mort d'un de ses oncles, un Cte Nesselrode, qui habitait les bords du Rhin, d'où la famille est je crois originaire — avait bien quitté Paris pour quelques jours, ainsi que me l'écrivait Belloni. Mais elle y est revenue, et y passera l'hiver. Vous verrez probablement 0. à Kiew. C'est un jeune Polonais, de l'école brillante et coloriste! Si je ne me trompe, c'est le même qui a provoqué de la part d'une danseuse de Berlin, un très beau dévouement d'écus, fait à propos et avec grâce, au moment où l'autorité — butorde par essence — allait

l Die Liszt durch lange Jahre befreundete spätere Frau v Moukhanotf. geb. Gräfin Nesselrode.

le coffrer pour quelques légères dettes. On cite de plus de lui quelques traits à la Teleky *) que j'oublie. J'ai pris rendezvous avec lui en Septembre ou Octobre prochain, à sa terre aux environs de Kiew. En attendant faites-vous livrer votre pendule, au plus tard aux contrats.

Prochainement je vous copierai quelques extraits du Paradis perdu, avec commentaires. Pour aujourd'hui je vous cite seulement ces deux bribes de vers:

So fall not thou, who thee implores :

For thou art heavenly, she an empty dream.

For contemplation he, and valour formed, For softness she, and sweet attractive grâce ; He for God only, she for God in himl

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