A L'INTÉRIEUR
Personne n'ignore avec quelle indignation, sans doute plus factice que réelle, plusieurs historiens ont reproché aux paysans de nos provinces de l'Ouest, insurgés contre la Révolution, les vols, les pillages et les meurtres qu'ils auraient couramment semés sous leurs pas ; on sait même que nombre de ces puritains vertueux affectent de ne les désigner que sous le nom de Brigands.
Evidemment je n'entends point m'inscrire en faux contre chacune de leurs affirmations, prétendre qu'il n'y eut jamais d'excès condamnables et nier des faits trop prouvés, dus souvent, il est bon de se le rappeler, à une exaspération fort justifiée. Je me propose uniquement de montrer, documents officiels en main, que les Groupes révolutionnaires ne respectèrent point davantage les propriétés et les vies; mieux encore, que, par leur indiscipline et leurs cruautés, elles laissèrent fréquemment loin derrière elles leurs adversaires les plus
vilipendés, contribuant ainsi aux nombreux soulèvements qui ensan<ï-lantèrent notre mallieureuse France et donnant le plus explicite démenti au grand mot de fraternité dont tant de phraseurs abusaient alors.
Ce n'est pas sur le sol dt'vasté de la Vendée que je chercherai les traces de violences inconnues depuis les invasions barbares ou les guerres de religion : les exploits des bandes infernales sont dans toutes les mémoires. C'est en Bretagne, dans le Morbihan, que je prie le lecteur de me suivre. x\ussi bien les archives locales nous fourniront d'assez abondantes preuves de l'insubordination et de la sauvagerie des soldats patriotes. Nous les verrons, ces héros de la pacification, et ce qui se passait dans cette région se renouvelait souvent ailleurs', nous les verrons promener de tous côtés leur rapacité, leurs fureurs et leurs brutalités, au point que les autorités constituées, celles du moins pour qui les promesses les plus sacrées n'étaient pas un vain mot, ne se lassaient point de dénoncer cette conduite, d'en demander avec énergie une sévère répression.
Voilà ce que nous montrent les documents les plus irréfutables.
u .l'observe, écrivait dès 1793 un commissaire nommé par le pouvoir, j'observe que les soldats sont singulièrement enclins au pillage; l'esprit d'insubordination est au comble (et chose bien effrayante), leurs chefs ne peuvent les surveiller'-^. »
1. \'i»ir l.i ciicMilaiie .ulressco de P.iris à la municipalité de Nanties. ;■> venlnse un 11 ('IW février n!)i : Ai-chives déparlemenales du Morliihan, \., 2:j2.
1. Notes et déelar.ilions particulières de .1. -M. Le HIanc. Areliives é[)arteHienlalcs. L, '1")\ : W avi'il W.Ki.
En fait, de tous les points de la région, à l'aurore ' comme au crépuscule - de la Révolution, se multiplient les cris de détresse des malheureux habitants volés, dépouillés, maltraités par ceux-là mêmes dont la mission était de les défendre, de les protéger contre les vexations présumées des chouans. « De jour en jour, le désordre augmente, écrivait-on de Vannes au Comité de Salut public; de toutes parts nous n'entendons que plaintes désolées-^. Nous nous en référons pour le moment à celles qui sont contenues dans un tableau abrégé de la situation du district de Ploërmel que l'administration de ce district nous a fait parvenir et dont nous joignons ici copie. Cependant nous ne devons pas passer sous silence celles qui nous ont été adressées de Pontivy contre un détachement du 10" régiment de chasseurs à cheval qui y avait été envoyé le 1 1 de ce mois. En arrivant dans cette commune patriote, le détachement s'est comporté comme dans un pays ennemi, sans aucun respect pour les personnes et les propriétés, fourrageant à main armée et à trois quarts de lieue à la ronde, pillant dans la commune et les campagnes environnantes... Si des mesures efficaces ne ramènent
1. Cf. lettre des officiers municipaux de Maiestroit, 5 août 1792. Archives départementales du Morbihan, L. 823.
2. Cf. Bernadotte au citoyen préfet du Morbihan, 2 vendémiaire an IX (24 septembre 1800).'^
3. Voici ce que je lis dans le compte décadaire du 21 messidor, troisième année républicaine (9 juillet n9o) : « Sont-ce des républicains ou des ennemis dun autre genre qui sont accourus vers nous, sous le prétexte de nous défendre? La marclie de l'armée n'a été tracée que par le crime, la dévastation et le pillage... (Le soldat porte partout) cette soif du sang, cet esprit de dévastation et lie rapine qui le font redouter comme les brigands mêmes qu'il vient combattre. » Cf. Archives nationales. AFii. 12.":). plaquette 904, pièce 16.
i38 FRATERNITÉ RÉVOLUTIONNAIRE
pas promptement les troupes à la pratique de la discipline et des vraies maximes républicaines, c'en est fait du pays, et sa perte est consommée. L'on dira : Tarmée des Côtes de Brest avait bien mérité de la patrie par sa bravoure; son indiscipline Fen a rendue le fléau, et elle a contribué elle-même à détruire le pays qu'elle avait si bien défendu ', »
Les mesures de répression réclamées furent-elles prises? Je lignore. Du moins, elles restèrent tout à fait inefficaces : les détachements de cavalerie continuèrent leurs exploits. Le 13 vendémiaire an IV' (.') octobre \ 795), le procureur général syndic du district de Ploërmel avertissait le département d'un nouvel acte de brigandage de ces forcenés. « Environ trois heures de l'après-midi de ce jour, écrit-il, j'ai été informé qu'un escadron du 10'' régiment de hussards, arrivant ce jour à Ploèrmel, cinq hussards, dont l'un monté sur un cheval blanc, étaient entrés chez le citoyen Jacques de la Meule, résidant au village de la Motte, y avaient l)risé le cadenas fermant la porte de son grenier, enfoncé la porte de sa grange, volé des mouchoirs, des coèfles, de la laine, des chemises, une fournée de pains de seigle, jeté à leurs chevaux de lavoino qui se trouvait dans le four, du foin, pris des poules, etc. » Ce n'est pas tout : d'autres particuliers de ceviHage se virenttraités avec semblal)le brutalité-.
1. Vannes, i2I thermidor an III (8 août n;).i) ; le procureur i^^'iiéral syndic du déparlenient du Morbihan aux représentants du peuple eoin|)(»sanl les Comités de Salut public et de sûreté ^'énéiale de la (',«»nvenfion nationale. Archives départementales. L.
-•. Anliives départementales. L. 1U77.
Le procès-verbal que je cite raconte ensuite que les pillards, à leur arrivée à Ploërmel, cachèrent leurs rapines en différentes habitations de la ville.
Instruit de cette particularité, le procureur général se transporta aux lieux indiqués avec rofficier commandant de place, constata par lui-même, en présence de ce dernier et de plusieurs témoins, la vérité de cette information et découvrit, en outre, nombre d'autres objets volés.
Pendant cette perquisition, plusieurs cavaliers s'approchant riienacèrent La Meule et ses enfants venus à Ploërmel. En vain le commandant voulut les rappeler à la discipline, ses paroles ne réussirent qu'à les aigrir davantage. Peu après, on apprenait d'autre part que les effets précédemment saisis au nom de la loi et mis en dépôt dans une maison de la cité, sous la garde du propriétaire, venaient d'être enlevés par les coupables.
« A peine étais-je rentré au directoire du district, termine le procureur général, que je reçus d'autres dénonciations. L'on m'affirma notamment que ces vols étaient quotidiens '. »
Le 10^ liussards eut des imitateurs ; la 52^ demi-brigade, spécialement, se distingua par des exploits non moins glorieux. Un procès-verbal, signé du maire et du juge de paix d'Elven, nous en fait connaître quelquesuns.
« L'an YIII de la République française une et indivisible, écrivent ces deux magistrats, le 28 fructidor (15 septembre 1800), environ une heure de l'après-
1. Archives départementales. L, 1077. — La note des objets volés en cette circonstance se monta à 12 3oû livres. Cf. ihid,
\'i-Q FRATERNITÉ RÉVOLUTIONNAIRE
midi, nous, maire et juge de paix de la commune et canton d'Elven, appuyés sur la gendarmerie nationale , sur les plaintes qui nous ont été faites par
quantité d'habitants de cette commune, chez lesquels nous nous sommes portés, avons effectivement trouvé et vu que plus des sept huitièmes des individus composant la iV^'' demi-brigade d'infanterie se sont comportés à leur passage dans ce bourg et environs, et sur la route de Vannes ici, et d'ici à Malestroit, non comme des soldats de la république, mais bien comme une bande de brigands, sans discipline, en pleine révolte contre les autorités civiles et militaires. Ils ont donné le spectacle d'une scène d'horreur, en forçant les portes, les armoires, les tiroirs, prenant tout ce qu'ils trouvaient, buvant et mangeant toutes les provisions des habitants, brisant les meubles et effets de bois et ceux de matière fragile, tels que porcelaines, verres, faïences et terre, mettant à couler la boisson des aubergistes après en avoir bu à l'excès. Depuis hier nous ne recevons que plaintes de toutes parts contre cette troupe insurgée, et ces plaintes ne sont malheureusement que trop fondées ; car nous avons eu la douleur d'être témoins d'une grande partie de ces excès et de voir des Français préférer le nom àeréroUes au beau titre de<^/^- /'('iisen/s de la patrie.
« Comme nous terminions le présent, on est venu nous prévenir que le cheval du citoyen Pierre Lauranel a t't»' tué par la demi-brigade, étant à la pâture. En consécpuMice, voulant vérifier le fait, nous nous sommes trausportc's sur la route d'I^^lvcn au pont (iuillemet, où nous avons vu effectivement ledit cheval mort dans une d()uv«' du grand chemin, ayant la tète percée d'un coup
de balle et plusieurs coups de baïonnette ou de fusil dans le corps. Nous étant ensuite transportés chez les haljitants ci-après désignés, ils nous ont représenté les états de leurs pertes, dont nous sommes assurés de la réalité ''sic) par les informations prises sur les lieux '. »
La 52'' demi-brigade n'en resta pas là, comme il appert de deux autres procès-verbaux, l'un signé parle juge de paix de Pleucadeuc, l'autre par un adjoint de Vannes.
Faut-il signaler encore les déprédations de la 107^ demi-brigade, déprédations également constatées officiellement par le juge de paix de Noyai?
« Nous nous sommes transporté, écrit-il, du bourg de Noyai, notre demeure, au lieu dit Lezonnet, même commune, pour le délit commis par le 3" bataillon de la JO"*" demi-brioade faisant route de Saint-Méen à
Ploërmel, le l^"" de ce mois, dans les meubles, effets et volailles de ladite maison, où, étant entré environ dix heures du matin de ce jour 3 vendémiaire an IV de la république française une et indivisible (25 septembre 1795 ', nous y avons trouvé le citoyen Duchesne et Mathurine Condé, servante domestique de ladite maison, laquelle nous a exposé qu'environ deux heures de l'après-midi, une troupe de soldats enfonça une des fenêtres de la cuisine; où, étant entré, elle nous a fait voir qu'ils ont fait sauter la serrure d'une armoire à deux battants dans ladite cuisine, où ils prirent un calice avec sa patène d'argent, 2 nappes, i torchons, 2 chemises, une paire de souliers avec des boucles lui
1. Archives départementales, Elven, 1. — Cf. Archives nationales, AFii. [2:j. phiquette 96'f. pièce 16.
appartenant... ; ils ont, en outre, enlevé dans une autre armoire environ 36 livres de beurre, mangé environ 5 livres de lard, 3 pains de sei<^le de 15 livres chaque et environ 10 galettes ; de plus ils emportèrent 4 poules, un coq, une oie, cassèrent ou emportèrent 4 verres, enlevèrent 2 livres de savon avec 18 œufs et 15 livres d'argent monnayé '. »
Pput-ètre quel(|ues-uns seraient-ils tentés de croire que de pareils actes de vandalisme ne pouvaient se perpétrer qu'au fond de campagnes retirées, loin du regard des autorités; ils se tromperaient. Qu'on lise, pour s'en convaincre, la lettre que les administrateurs du département adressaient, le 15 messidor an \[l (3 juillet 1795), au général lloclie, commandant en chef l'armée des Côtes de Brest:
u Nous sommes instruits, disaient-ils, que les militaires cantonnés à Luscanen, près Vannes, se livrent à toute espèce d'excès dans les maisons des laboureurs voisines de leur cantonnement... Si le cultivateur paisible ne trouve pas chez ceux qui sont chargés de le
1. Archives départementales, L, 252. — Voici encore quelques détails que nous fournissent les registres de la commune de Caro. Marie- Jeanne Dabo dit qu'vni cavalier essaya de défoncer sanialle : A<:athe Huault dépose que. dans la nuit du 29 au 30 Jloréal an II (18-19 mai 1794), des fantassins se présentèrent chez elle, mangèrent, burent, emportèrent une bouteille deau-de-vie, fouillèrent ses meubles et prirent environ 15 livres en espèces. Marie-Jeanne Dauion, domestique, affirme que plusieurs militaires lui diMuandèrent ce qu'elle avait dans ses poches, qu'elle répondit navoir rien, (|ue malgré cela ils la fouillèrent et lui prirent 27 livres el deux mouchoirs. Pierre Bono vient assurer (jue des soldats lui firent ouvrir sa maison, la fouillèrent, prirent de 1 ;irg(Mit et des bagues. Yvonne Even déclare que des troupes de passage lui volèrent 12 livres, un tablier et un mouchoir qu'ils vendirent à Malestroil. etc.. etc. Archives départementales, L, 498, commune de Caro.
l'indiscipline dans l une de nos armées 143
défendre la garantie et la sûreté qu'il est en droit d'en attendre, toutes les campagnes vont devenir désertes et les laboureurs seront livrés à la fureur des malveillants. Nous savons, général, combien vous êtes déterminé à prévenir ces malheurs en répwmant les excès de quelques militaires qui déshonorent Tarmée française. Nous vous prions de donner des ordres au commandant à Luscanen pour que les coupables soient arrêtés et, s'il est encore possible, pour que les effets volés soient restitués. Nous écrivons au commandant de ce poste pour exciter sa surveillance et lui demander qu'il fasse rendre justice aux citoyens qui se plaignentdes excès qu'ils ont éprouvés. Nous dénonçons de même ces délits à l'officier de police militaire. C'est à regret que nous faisons ces dénonciations, car nous désirerions que les défenseurs de la patrie fussent les gardiens des citoyens paisibles et de leurs propriétés ; mais il est temps que l'on réprime les excès pour éviter à notre pays les malheurs de la Vendée '. »
Ces malheurs, on le sait, ne lui furent pas épargnés.
Si encore ces soldats indisciplinés s'étaient contentés de s'approprier ce dont personnellement ils avaient besoin, cequ'il leur eût été loisible d'utiliser; mais non. Ils enlevaient nombre de choses dont ils ne pouvaient
1. Archives départementales. — Une lettre de La Potaire, commissaire du directoire exécutif près l'administration municipale de Lorient, datée du 4 vendémiaire an VI (2o septembre 1797), nous apprend qu'en cette ville les choses n'allaient guère mieux: « Les malveillants de la troupe, écrit-il, se groupent par pelotons et insultent nos habitants de tout âge, mais plus particulièrement les jeunes gens. Le costume, la chevelure, les chapeaux, les boutons, les souliers, tout choque les militaires. » Archives du collège Saint-François-Xavier (pièce autographe).
144 FRATF.RNITÉ RÉYOLLTIONNAIRK
user. Ils volaient et détérioraient, par pure méchanceté, ici des draps de lit, des pots de terre, une damejeanne pleine de vinaigre ' ; là des plateaux en grès, des bouteilles, des verres, des assiettes, des haches de poing, des tabliers de ménagÎTes, des cierges en cire blanche, des bagues, etc. -.
Ce qui achèvera de mieux faire connaître ces vaillants, c'est que les ennemis, ou du moinsles prétendus ennemis de Tordre de choses établi, ne souffraient pas seuls de ces violences. Ceux qu'on nommait patriotes n'étaient guère mieux traités. Rien de plus suggestif sur ce point que la petite scène suivante, consignée dans les registres de la commune de Caro :
« Une citoyenne a déposé, y lisons-nous, que, dans la nuit du 2t) au 'M) iloréal an II (18-19 mai 1794), un soldat était venu chez elle, et, après des questions indiscrètes et des propos orduriers, lui avait dit: « As- « tu des brigands chez toi? — Non, répondit-elle ; s'il (( s'en était présenté, j'aurais été la première à les faire « arrêter. — Qu'es-tu donc? lui demanda-t-il alors. — « Je suis bonne citoyenne, je suis républicaine. )^ — Cette affirmation, pourtant si douce aux oreilles révolutionnaires, n'empêcha pas le soudard de s'approprier ce ([u'il trouvait à sa convenance dans cette habitation. — « Donne-moi de l'argent, continua-t-il. — Je n'en " ai pas, reprit la malheureuse. » — A ces mots, il la coucha en joue, jurant qu'il la tuerait. — «^ Donne-moi
\. lM-ocès-\erl)al rapporlr le 12!) fructidor an VIII (16 scp- Iciiilirc ISdU;. par le maire et l'adjoint de la eoinminie de Molac. Arcliivcs du collè^^e Saint-Kranrois-Xavier.
1. Arcliivt^s départementales. L, 1270. Cf. Archives natit)nales, Al'ii. |-i.i. iil,H|uellf !Hii, p. K;.
L INDISCIPLINE DANS L UNE DE NOS ARMEES 14;j
« du moins des assignats, clamait-il furieux. — Je n'en « ai pas, répétait-elle. » — Et les menaces redoublaient. La pauvre femme en fut cependant quitte pour la peur.
Quelles salutaires réflexions elle put faire sur les charmes de Tégalité et de la fraternité qu'on lui inculquait de la sorte ' ! Inutile de remarquer que ce fait n'est pas isolé "-.
Au vol s'ajoutaient donc souvent des menaces, pour peu que les malheureux habitants voulussent s'opposer à dételles déprédations et défendre leurs propriétés.
Après avoir mangé et bûchez moi avec excès, écrit un maire de village, des soldats ont insulté ma femme et mes enfants, et lorsque j'intervins moi-même, ils dirigèrent leurs armes contre ma poitrine. Devant mon calme, ils se retirèrent pourtant: mais c'était pour revenir bientôt avec deux ou trois de leurs camarades. Ils se saisirent alors de ma personne et m'entraînèrent jusqu'à la bourgade voisine, ne m'épargnant pendant le trajet ni insultes ni outrages ^.
Forcé par mes fonctions, dit un second, de défendre
1. Extrait du registre de la commune de Caro. séance du 6 prairial an 11 (23 mai 1794}. Archives départementales. L. 498.
2. Cf. les administrateurs du département du Morbihan au général Hoclie : Archives du collège Saint-François-Xavier minute) : le commissaire du directoire du canton de Pluvigner à celui près ladministration centrale du département du Morbihan : Archives du collège Saint-François-Xavier (.lutographe) ; les administrateurs du district d'Auray aux administrateurs du département : Archives départementales, L, 823: 23 frimaire an 111(15 décembre 1194): Archives nationales, loc. cit. — Un soldat avoua être rentré dans ses foyers avec 24 paires de bas. Ibid., W. 387. 399. pièce 31.
3. 8 pluviôse an 11 27 janvier 1794) : Archives départementales, L, 1078; voir procès-verbal rapporté le 29 fructidor an Vill (16 septembre 1800) par le maire de Molac.
140 PRATRRMTÉ RÉVOLl TlONNAIRE
mes administrés, je fus menacé par des militaires et traité d'aristocrate ^ Un troisième allirme qu'il se vit à plusieurs reprises coucher en joue et que, s'il ne s'était furtivement esquivé, il eût été certainement tué ^.
Malheureusement, ces miséral)les ne s'en tenaient pas pour l'ordinaire aux menaces: des l'emmes mêmes étaient làciiement et cruellement battues '•^,
La liste dos victimes de ces inexplicables brutalités serait trop longue : je relève quelques faits seulement.
1. 0 praiii.il ;ni II (2.j mai 1794). Archives départementales, L, 4!»S.
2. Ihid.. L. 598. Cf. extrait des i-e^istres des délibérations de ladministration municipale du canton de Qucstembert, 28 Uoréal au \' (IS mai 1~9~); H prairial an V (30 mai 1~97). (]f. Archives nationales, loc. cit. — Les documents de ce ^enre abondent; mais, comuie il faut se l'estreindre. je me contenterai du suivant, dans lequel se ti'ouvent réunies plusieurs des circonstances ix^- ^l'avantfs, signalées séiiarément jusqu'ici :
<' Au citd.ven i-eprcscntant du peuple à laruiée de TOuest (sans date ni lieu .
« Expose la citoyenne ^'ignerou. résidante; à la ci-devant abl)aye IJIaiu^lie-Gouronne. qu'au passage de la colonne républicaine qui était à la poursuite des brigands, il s'est jtorté en foule une (piantilé de soldats (pii, sous prétexte de chercher des brigands, (tut forcé toutes ses portes sans lui donner le temps de les ouvrir avec li's clefs. N'ayant trouvé que (h^s elfets a|)partenant à la maison, ils se sont chargés de ce (pii leur a paru convenable sans même épai-gner les linges des malheureux domestiques. Non contents de s'être déshonorés par une manière d'agir aussi abominable, après leur avoir ollert et donné tout ce qui était en mon pouvoir, ils ont porté leur audace jusepi'à menacer de la mort mes gens et nu)i qui voulaient s'ojqioser à leurs larcins. Me vais ensuite chercher les chefs.) Ceux-ri ayant i>arcouru la maison. il< on! tr(tiivé tous les vai>seaux casses, environ cent iioiilcillts de vin cachetées fracassées dans la cave, trois barriques de vin vieux, deux de nouveau et plusieurs autres de cidre, (pie ces malheureux avaient lâchées après s'être enivrés et trinspoi-l"' tout ce qui me restait de provisicui'; avec plus de cent pièces dt; vtdailles. Pourtant je suis lépouse d'un bon patriote. >■■ Archives nationales. AKii, 12;i. plaquette 9);i.i)iéce 10.
:?. Archives .ie[)artemeulales du .Morbihan. !.. 498.
Le 2 frimaire an III (12 décembre 1794), la municipalité de Locmariaqaer écrivait aux administrateurs du département :
« Le détachement que nous avons ici est composé d'environ 60 hommes, tant de troupes de ligne que de préposés aux douanes. Dernièrement il dut se rendre par mer à Larmor, à quelque distance de notre jjourgade. A peine avaient-ils mis pied à terre que ces indignes soldats commencèrent à tirer des coups de fusil sur les paysans, lesquels étaient à travailler paisiblement dans les champs. Ces malheureux, épouvantés, s'enfuirent pour se soustraire à leur fureur; ce qui porta ces forcenés à récidiver leur fusillade, de sorte qu'ils contraignirent les hommes et les femmes d'abandonner leurs foyers et de se sauver à toutes jambes. Cette fuite ne les apaisa pas, et les coups de feu continuèrent à retentir. Heureusement personne ne fut atteint. Un jeune homme seul, ou plutôt un enfant de neuf à dix ans, reçut un coup de fusil qui lui traversa la forme de son chapeau, et l'enfant tomba de frayeur. »
La municipalité, après cet exposé succinct, terminait par ces mots :
« Citoyens administrateurs, si nous vous exposions la conduite entière de ces soldats dans notre commune, nous en dirions trop ; mais vous pouvez bien penser qu'ils n'auront pas laissé après eux ce qui peut être enlevé, comme volailles, œufs, beurre, assignats... Nos concitoyens pourtant ne se départiront jamais du parti des honnêtes gens, qui sont les vrais sans-culottes, les vertueux patriotes '. »