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Archives départementales. L. 2j

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Parfois les victimes de ces violences n'en étaient pas quittes à si bon compte. Nous en avons pour garant le procureur-syndic du district d'Iiennebont.

(* Je dois vous entretenir, écrit-il aux administrateurs du département, d'un assassinat horrible commis par deux grenadiers du poste de Loclirist sur deux citoyens de ce village. Le détachement vient de les amener et constituer prisonniers ici (llennebont), et je les ai dénoncés aux officiers de justice. J'ai fait descendre le juge de paix et un chirurgien pour constater de l'assassinat i.s/c), et j'appelle ici l'officier de police militaire pour suivre sans relâche ce crime. 11 faut un exemple sévère '. »

Cet exemple fut-il donné ? Je veux le croire. Ce qui du moins est certain, c'est qu'il ne prévint pas tous les abus, comme nous l'apprend notamment une réclamation adressée par le directoire de Pluvigner à l'administration centrale, lors du meurtre commis par une colonne républicaine sur la personne d'un jeune homme de dix-sept ans qui fuyait devant elle -.

Ces faits sont odieux, assurément; il en est un autre que je dois relater, beaucoup plus abominable encore; il dénote sinon plus de cruauté, du moins plus d'indiscipline, plus de bassesse, plus d'oubli de tout sentiment humain. Il touche à la malheureuse expédition de Quiberon.

\. \ HH'ssitlor ;in 111 (22 juin linî»'. Archives du collège Snint- KiMiKMtis-Xavier (pièco .luto^TMphe). Prccédeminent, d.ins la nuit du l!) au 20 mars l'792, un ^'arde national avait été assassiné par des f^renadiers de Walsli. Cf. l*rorès-rerhaii.v de la Sncié/e des Amis de la ('onsfilu/ion, séance du 3 avril 171>2.

2. Cf. Archives du cullèfje Sainl-Krancois-Xavier, 6 brumaire an VIII (28 octobre 1799; ('autographe).

l'indiscipline dans l'une de nos armées 149

On sait que plusieurs commissions militaires avaient été établies à Vannes pour juger les vaincus ou plutôt ceux qu'une capitulation régulière avait livrés aux généraux républicains. Le 8 fructidor an 111 25 août 1"95\ cinquante-quatre ' condamnations à mort furent prononcées, toules exécutoires ce même jour. Ce fut le 10* bataillon du Var qu'on chargea de cette boucherie. Ces volontaires s'acquittèrent de cette besogne, dont ils étaient vraiment dignes, comme auraient pu le faire les hordes des plus sanguinaires roitelets de l'Afrique.

Les détails que je vais donner sont consignés dans quinze procès-verbaux parfaitement concordants, datés des jours qui suivirent immédiatement la fusillade et signés par des témoins oculaires. Or voici ce qu'on y peut lire. J'étais, dit un citoyen, devant la maison où la première commission- avait tenu ses séances; « je vis un grenadier armé et qui conduisait les condamnés au supplice arracher du cou de Tun d'eux une cravate noire » ; j'entendis même des hussards qui n'étaient pas de service lui crier : »< Ah!... gredin, attends au moins qu'il soit mort "^ ! » — Le misérable resta sourd à cet appel à l'humanité : le larcin fut consommé.

Cependant les infortunés s'avançaient lentement vers le lieu du supplice, toujours en butte aux mêmes

1. La municipalité de Vannes écrit, ici 54. là oÛ. — Cf. Archives départementales. L. 764 et IGo.

"2. Trois étaient alors en fonctions. La première jugea ce jour-là vingt-sept accusés : vingt-quatre furent condamnés à mort, un à la déportation, un à femprisonnement jusqu'à la paix ; le dernier enfin obtint un sursis. Cf. Arctiives départementales, L, 164.

3. Parfois ces vols odieux étaient entourés de plus de formes ou de perfidie. Cf. E. Vincent-Dubé. Claude Rollet, pp. 44. 53 et suiv.; 78 et suiv. : 97 et suiv.

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brutalités'; car les soldats ne songeaient qu'aux dépouilles des victimes dont ils allaient bientôt })ouvoir s'emparer. On ne le sut que trop tôt. A peine, en effet, le funèbre cortège était-il parvenu à Tendroit fixé pour Texécution que la gauche de Tescorte, plus violente et plus indisciplinée, changea soudain de place pour avoir devant elle les émigrés les mieux habillés et faire partant un meilleur butin-. Mais voici que la voix du chef retentit tout à coup. Les bourreaux étaient prêts. Que dis-je? Plusieurs n'attendirent même pas le troisième commandement pour commencer leur œuvre, tant la soif du vol les dévorait 1 Cette précipitation nuisit, on le conçoit, à la régularité du tir : plusieurs des condamnés •' restaient vivants. jNlais qu'importait à ces sauvages ? Sans se soucier de cette circonstance, nombre d'entre eux jettent leurs armes, se précipitent sur les morts et les mourants, et s'acharnent à les dépouiller, bien que le reste de la troupe continuât de tirer d'un autre côté et qu'ils courussent eux-mêmes risque d'être atteints par les décharges.

Ce fut alors le spectacle le plus lamentable. Ici ron voyait de malheureux blessés, en proie à toutes les tortures, suppliant qu'on les achevât; là, des soldats

1. l/un d'eux fui dépouillé de sa capote pendant le trajet. Déposition de P. Henoist.

2. < Les volontair(!s se disputèi-cnl le }irivilè;;e de fusiller ceux des condamnés qui étaient les mieux vêtus, et pour cola ils riuiltércnl leur rang et clianirèrent de place. » Les officiers nuinicipaux <It» N'annes aux administrateurs du département du Morlulian. \iiir la déposition Le Hocli.

.{. Les tinis <|uaits. au dire des ofliciers municipaux de Vannes; la moitié, d'après un premier témoin; le «piart seulement, suivant un second.

qui, à coups redoublés de baïonnettes et de sabres, rendaient ce lugubre service à ceux que toutes les fusillades avaient épargnés ; plus loin des démons à face humaine fermant Toreille à ces supplications, tout occupés qu'ils étaient de fouiller et de voler, entassant habits et chaussures, arrachant par morceaux jusqu'aux chemises s'ils ne pouvaient les avoir entières, enlevant l'une des bottes quand il n'était pas possible de s'emparer des deux.

Après cette scène, les nouveaux septembriseurs se retirèrent, traînant « le long de la route les chemises ensanglantées, les culottes et autres bardes, sans la moindre considération ' », et laissant les cadavres « tout nus exposés le long des fossés oi^i ils avaient été massacrés- ». Ce fut le lendemain seulement qu'on songea à les inhumer, et encore ce dernier devoir, on s'en acquitta avec tant de sans gène que la municipalité de Vannes se vit contrainte de réquisitionner, deux jours plus tard, les habitants des environs pour achever un travail si négligemment exécuté''. Et tout cela se passait au grand jour, tout cela était l'œuvre des gardiens naturels de l'ordre social nouveau et des droits méconnus par les gouvernements précédents ' !

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