Chenard. citoyen de Paris, rue Boucher
2. On lira avec intérêt les deux lettres écrites, lune par Tronchet, pour accepter : l'autre, par Target, pour refuser l'honneur de défendre l'infortuné monarque.
« Citoyen ministre.
« Entièrement étranger à la cour, avec laquelle je n'ai jamais eu aucune relation ni directe ni indirecte, je ne m'attendais pas à me voir arraciier au fond de ma campagne, à la retraite absolue à laquelle je m'étais voué, pour venir concourir à la défense de Louis Capet.
« Si je ne consultais que mon goût personnel et mon caractère, je n'hésiterais pa.s à refuser une mission dont je connais toute la délicatesse, et peut-être le péril... (Mais) elle devient forcée, dans la circonstance où celui qui se trouve appelé d'une manière si publique, ne pourrait refuser son ministère sans prendre sur lui-même de prononcer le premier un jugement qui serait téméraire, avant tout examen des pièces et des moyens de défense, et barbare après cet examen. Quoi qu'il en soit, je me dévoue au devoir que m'impose l'humanité. Comme homme, je ne puis refuser mon secours à un autre hiunme...
« Je n'ai pu vous assurer plutôt la réception de votre paquet, qui ne m'est parvenu qu'à quatre heures du soir à ma campagne, d'où je suis parti aussitôt pour me rendre à Paris.
« Au surplus, je vous prie de recevoir le serment que je fais entre vos mains, et que je désirerais voir rendre public, que, quel que soit l'événement, je n'accepterai aucun témoignage de reconnaissance de qui que ce soit sur la terre.
" ... Pari?. ]•■ jeudi. 13. sepl heures un quarl du soir.
« Tronc H ET. »
Archives nationales. C, 242.
" Le 12 novemlire 170-2. )';hi I"' de lu République française.
« Citoyen président, « Depuis le décret * de ce matin, il devient embarrassant pour moi d'avoir un avis sur les faits imputés à Louis Seize. Je
* Ce mot, écrit d'une autre main, remplace le terme t'V'hientenl bilTé.
186 FRATERNITÉ RÈVOLITION.N AIRE
jeudi matin, je me suis présenté à onze heures chez Tronchet », pour m'ofîrir à laider dans sa tâche '. ;< Je suis bien éloigné de me croire de la capacité, du mérite et de Téloquence, avouait à son tour un courageux vieillard, je ne suis qu'un soldat et je n'ai que du zèle. Je suis âgé de soixante-dix ans et six mois; je n'emploierai que les armes de la vérité... Au lieu d'esprit, je mettrai de lame dans ma légitime défense. Dieu que j'adore m'inspirera ce qui me tiendra lieu d'élégance ; je respecte la vérité, je méprise la fourberie et le mensonge et je ne crainS rien^. » « Le roi manque de tout, et tous l'abandonnent. C'est pourquoi je regarde comme un devoir de ma part d'offrir un pareil service
dois au inoins in abstenir de le i)rononcer. Je satisferai à ce devoir. Mais, «V/e de près de sohante ani^*, horriblement fatiliué de inanx de nerfs, de douleurs de tête et détoutîements, qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter la plaidoirie en 1785. et (\ue ([uatre années de travaux excessifs ont aigri à un point inconcevable, je conserve à peine les forces suffisantes pour remplir six heures dans chaque journée, les fonctions paisibles de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en être déchargé par de nouvelles élections. C'est dire assez qu'il ne m'est pas possible de me charger de la défense de Louis Seize. Je nni absolument rien de ce quil faut pour un tel ministère, et par mon impuissance je trahirais à la fois et la confiance du client accusé et lattente publique. Cest à l'instant mênie que. pour la première fois, j'apprends une nomination qu'il m'était iinp<»ssible de prévoir. Je refuse donc cette mission par conscience ; un homme libre et répui)licain ne peut pas consentir ;i accepter des fonctions d<int il se sent entièrement incap;i])le...
Le républicain,
Tauckt.
Musée des .\i-chivcs nationales, AFii, 1S-2S. 1. (iiroust, ancien avoué, hommedeloi. Cloilre-Notrc-Danie, 19, •2. Jourdain de |{ochcpl.ite. rue de tirenelle-Saint-llonoré, hôtel dOrléaus.
* Km iiil'ilipin; .•( d'iiiu' aulrc main.
au dernier souverain d'une dynastie dont les ancêtres ont gouverné la France avec beaucoup de gloire depuis tant de siècles et dont quelques-uns Tout rendue heureuse '. »
Le lecteur m'excusera de choisir entre beaucoup d'autres et de lui présenter encore quelques lignes d'une lettre pareille, tout à l'honneur d'un homme du peuple. « Ayant été attaché par mon service à la maison de Louis XVI, écrivait-il, je désirerais bien ardemment que cette considération et celle du décret rendu le 13 de ce mois, qui donne la faculté à toutes personnes de se mettre sur les rangs pour sa défense, me fissent agréer. Je ne me donne pas assez de talents pour être à même de remplir ces fonctions, mais bien pour écrire sous la dictée d'un de ses défenseurs, dans le cas où Louis XVI le trouverait convenable. » Veuillez instruire la Convention de ce désir -.
Faut-il croire que les jacobins comprirent tout ce que de telles offres contenaient de grandeur d'àme et en même temps de respectueuse sympathie pour celui qu'ils appelaient le tyran ^?