Voir cette pièce. Ibid., AFiii. 3o
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attaquent avec grande vigueur la décision que le Directoire avait consacrée de son autorité, et la sen" tence qu'il venait de rendre lui-même ; ils prennent à partie spécialement tous ceux qui avaient eu quelque part à ce dernier acte, le ministre de la Police, dont le rapport avait préparé cette approbation, comme les directeurs qui Tavaient donnée.
Notons pourtant qu'à cette période de la lutte Loriquet ne paraît point de sa personne pour l'ordinaire sur le champ de bataille, tandis que ses défenseurs Y déploient toute leur énergie.
A leur tête se distingue son frère Pierre Nicolas. Dès le 4 germinal (24 mars), il adresse au ministre de la Police générale une réfutation vigoureuse de l'arrêté du TA ventùse, ainsi que de la confirmation qui en avait été faite le liO du même mois. Nous en détachons quelques lignes. *< Le citoyen ministre, dont il faut éclairer la conscience, dit-il, voudra bien avoir égard aux circonstances où cet arrêté fut rendu. On pourrait (sans injustice) le soupçonner d'avoir été dicté par la crainte. A cette époque (en effet) on annonçait comme certain que le département allait être destitué; la voix publique désignait même les remplaçants. La passion que les administrateurs laissent entrevoir dans leur arrêté, leur dextérité à interpréter défavorablement les lois qui servent d'égide à Loriquet, leur ol)stination à vouloir le trouver coupable n'autorisent-ils pas ces. soupçons? »
Après ce préambule, qui certes ne connaît point les ménagements excessifs, Pierre Nicolas réfute directement les considérants du jugement de l'administration centrale.
Mon frère, dit-il, est, d'après radministration départementale, inscrit sur la liste des émigrés, « et il n'apparaît aucune radiation ni provisoire, ni définitive de son nom ».
Il est bien vrai que la radiation nécessaire n*a pas été faite. Mais à qui la faute ? Les membres du district et de la municipalité d'Epernay certifient authentiquement que toutes les démarches légales et utiles s'effectuèrent en temps opportun dans ce but. « Le département voudrait-il rendre le citoyen Loriquet victime de la négligence inexcusable... des pouvoirs établis?... N'est-ce pas déjà trop de la payer de la privation de sa liberté? »
Le département prétend, en outre, que Loriquet ne doit pas être compris dans l'exception en faveur des sciences, « parce qu'il a été prendre l'ordre de la prêtrise à Matines, en 1791, époque de sa sortie de France. »
Mais le diaconat et le sous-diaconat reçus précédemment ne l'avaient point empêché de se consacrer exclusivement à l'étude des sciences. Pourquoi le sacerdoce l'aurait-il fait ? D'ailleurs, «l'administration départementale prête malignement à l'accusé des intentions qu'il n'avait pas. Le certificat de l'administration municipale du canton d'Épernay lui donne un démenti formel. Il porte que Loriquet s'est absenté de la commune d'Epernay non pour aller prendre la prêtrise^ comme l'insinue le département, mais bien pour aller former l'éducation des enfants d'un négociant d' Anvers et dans les vues de se perfectionner dans les sciences.
« Les administrateurs sont trop éclairés pour prétendre que la prêtrise et les sciences sont incom-
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patibles. Mably, Barthélémy, Vertot, Sieyès, Grégoire, Raynal, quoique prêtres, n'ont-ils pas toujours été considérés comme hommes de lettres ? »
Après cette singulière mais habile énumération, le frère du condamné passe à un second grief.
Diaprés les propres certificats de Jean Nicolas^ poursuivent les juges du 23 ventôse, il s'est borné an préceptorat.
Cette assertion est étrange. Car, « avec de la bonne foi, (ces messieurs) auraient lu dans les pièces justificatives qu'il était de notoriété p)uhlique que [mon frère) avait toujours culticé les sciences^ et qtiil avait quitté sa coynynune dans les vues de s'y j)erfectionner.
<( Le préceptorat, loin d'être un obstacle à la culture des sciences, a toujours été pour les hommes sans fortune un moyen de les cultiver : témoin J. J. Rousseau, pour n'en citer point d'autre. Loriquet, né de parents pauvres, avait besoin d'une place qui lui procurât cette douce aisance que demande l'étude des lettres et que la fortune lui avait refusée.
<( Rien ne peut donc autoriser le département à refuser à Loriquet un titre que ses occupations avant son départ de France, les motifs de sa sortie et ses travaux depuis cette époque lui ont justement acquis. »
Tous ces raisonnements, répliquent les membres de l'administration, sont peut-être fondés en théorie; dans le cas spécial qui nous occupe, ils ne le sont assurément pas : (( les papiers trouvés chez Loriquet lors de son arrestation annoncent plutôt une collection relative à l'état de précepteur que des ouvrages destinés à l'amélioration des sciences et des arts ».
Vous sentez vous-même, citoyen ministre, répond
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Pierre Loriquet, ce que vaut une pareille assertion; vous savez que u tous les gens de lettres adonnés par besoin à l'éducation ont été nécessités à travailler pour leurs élèves ; en étaient-ils moins regardés comme personnes de lettres? La culture des sciences suffît, ce me semble, pour mériter ce titre. Si les productions sont nécessaires, deux cartes... et différents manuscrits trouvés dans les papiers (de mon frère) annoncent au moins l'envie qu'il avait de se rendre un jour utile à sa patrie. Que peut-on exiger d'un jeune homme de vingthuit ans qui fait passer ses idées dans le creuset de la réflexion avant de les mettre au jour? Penser avant d'écrire, est-ce un crime aux yeux des administrateurs? Ce n'en sera certainement pas un aux yeux d'un ministre éclairé, qui sait que Rousseau avait environ quarante ans lorsqu'il fit paraître son premier ouvrage.
(( Je crois, terminait le défenseur, avoir répondu d'une manière victorieuse aux objections de l'administration départementale et fait sentir au ministre combien peu elles sont fondées.
« Je remets à l'appui de la présente onze pièces qui me sont parvenues très tard. . . Toute une famille éplorée se repose sur l'équité du ministre, qui rendra à la liberté un citoyen qui jouit de l'estime publique '. »
Les pièces ainsi annoncées étaient celles que le refus du sursis si légitimement réclamé, on s'en souvient, n'avait pas encore permis d'utiliser pour la défense du
1. Pierre Nicolas Loriquet au ministre de la Police générale, 4 germinal an IV (24 uiars 1*96). Archives nationales. F', dossier 5297, pièce 7.
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prévenu, et dont Tabsence connue n'avait pas empêché, chose presque incroy.ible, les diverses juridictions devant lesquelles il avait paru de se prononcer contre lui.
C'étaient « un petit recueil manuscrit de poésies françaises », dans lequel on n'avait rien trouvé qui eût trait à la politique ^ ; un certificat de la commune d'Epernay, témoignant que Loriquet avait toujours exclusivement cultivé les sciences et même avec une telle ardeur que le désir de s'y perfectionner Tavait décidé naguère à quitter la France''^. Le troisième document était le double du passeport obtenu par Loriquet lors de son départ pour la Belgique -^ ; le quatrième, une attestation de l'administration municipale de sa ville natale établissant qu'à l'époque de sa sortie du royaume, en 1791, on ne tenait pas registre des passeports accordés, que parlant la disparition de cette pièce ne pouvait être invoquée contre le prévenu ''.
Pierre Loriquet adressait encore à Merlin un certificat de résidence à Anvers signé par le chargé des affaires pécuniaires pour l'armée française •' ; un autre écrit du même genre, donné par l'envoyé extraordinaire du roi de Suède près la République batave.