Pièce
25 t FRATERNITÉ RÉVOLUTIONNAIRE
Dans son réquisitoire, Fouquier-Tinville réclamait la peine de mort contre quinze des accusés : un seul avait trouvé grâce devant lui. Les trois Crouillière étaient du nombre des condamnés. Ils étaient « convaincus, aiïirmait Dumas, de s'être déclarés ennemis du peuple en provoquant le rétablissement de la royauté ou de toute autre domination tyrannique, en cherchant dans cette vue à égarer les citoyens par le fanatisme et le fédéralisme^ )k Quelques heures plus tard, leurs têtes innocentes tombaient dans le fatal panier, au milieu des cris répétés de : Vive la République !
Tel était le cas qu'en ces jours on faisait, au nom du peuple, de la vie de gens du peuple. Deux vieillards sont assassinés uniquement parce qu'on a trouvé chez eux ou saisi à la poste des lettres absolument inof-fensives d'enfants et d'amis que la persécution a jetés dans Tcxil ou les fers ; des documents royalistes dont rien ne prouva qu'ils connussent Texistence ou admissent les idées. Leur fils partage leur sort pour avoir, dans une page conhdentielle adressée aux siens, exagéré, de bonne foi sans doute, le nombre des hommes tués ou blessés dans divers engagements, négligé de détruire, on ne sait trop dans quel but, des écrits antirévolutionnaires que le hasard lui avait mis entre les mains, parlé de Dieu à sa fiancée et laissé voir qu'il lui en coûtait de la quitter pour aller se battre contre des Français que la Révolution avait poussés, malgré eux, dans la révolte. Ce sont là, qu'on ne l'oublie pas.