Cf. Archives nationales, loc. cit., pièce
Effectivement il jouit quelques mois de plus qu'eux d'un calme relatif; mais bientôt le ciel parut s'assombrir peu à peu et même devenir très menaçant. S'il fallait s'en rapporter à ses réponses devant le Tribunal révolutionnaire où nous le suivrons sans retard, il continuait pourtant par son zèle républicain de mériter le respect et la reconnaissance de tous les bons patriotes ; du moins il avait droit à la paix et à la tranquillité.
« Demande. — S'il a constamment été le défenseur des droits du peuple.
« Réponse. — A dit qu'il n'a jamais cessé de se montrer le défenseur des droits du peuple.
« D. — Si, dans sa paroisse, en qualité de curé, il a prècbé à ses habitants et leur a développé les avantages d'un gouvernement fondé sur la liberté et l'égalité.
« R. — 11 n'a cessé, dans toutes les circonstances, de propager dans l'esprit des habitants de la commune qu'il habite les maximes et les principes de la liberté et de l'égalité, et singulièrement depuis l'établissement de la République il leur a fait sentir les avantages du nouveau gouvernement '. »
Hélas ! ce zèle étrange fat mal récompensé. Les hommes pour lesquels il travaillait, se souvenant sans doute, comme le disait l'un d'eux, que « la dénonciation est un devoir pour un républicain- », le signalèrent aux autorités comme suspect. Une perquisition minutieuse livra ses papiers les plus secrets à ces singuliers apôtres de la fraternité. Les documents qu'ils saisirent
1. Interrogatoire du 23 brumaire. Archives nationales. W. 299 pièce 15.
2. « Dejouy, musicien à Goulommiers, y demeurant proche l'église paroissiale ». Ibid.. pièce 1.
nous ont été conservés et forment actuellement un dossier assez considérable. Ces pièces me paraissent mériter de fixer l'attention, l.e lecteur y pourra trouver les éléments d'une comparaison instructive entre la conduite des anciens amis du jureur et celle des nouveaux maîtres auxquels il sacrifia sa conscience; constater, en outre, une l'ois de plus, que, vis-à-vis de certains adversaires, les concessions n'aboutissent qu'à les pousser à de nouvelles exigences jusqu'à cequ'entin, las eux-mêmes de vos platitudes, ils jettent le masque et vous traitent en ennemis déclarés, dont il faut se débarrasser à tout prix.
Si M. Cagnyé dut subir ce triste sort, ce ne fut pas la faute de ses amis, tant ils cherchèrent activement, qudicjue indirectement, par leurs exemples et leurs insinuations délicates, à le retenir sur la pente des capitulations criminelles, ou du moins, s'il était trop tard pour les prévenir, à les lui faire détester.
Le jureur de Saint-Mard, en effet, fut sous ce rapport, semble-t-il, plus favorisé que plusieurs: sa défaillance ne lui valut point les avanies que certains de ses voisins eurent à supporter. Tandis que l'un d'entre eux, par exemple, Lebas, curé de Coulommiers ', avouait être excédé « des persécutions qu'il éprouvait depuis son serment par des menaces écrites dans des lettres
1. Jean Pierre Lebas, né à Moaux en 1143; nous le retrouverons tout à Iheure.
anonymes qui lui étaient jetées par-dessus les murs de son jardin ' », M. Cagnyé jouissait d'une tranquillité complète ; on voit même que ses anciens amis, et parmi eux, particularité suggestive et digne d'être notée, des prêtres insermentés -, lui avaient conservé leur estime et leur amilié. Le chanoine Bourjot ^, que nous entendrons plus longuement bientôt, ne le nommait que <( son vrai, son cher ami, son hôte bienfaisant et charitable » ; il terminait ses lettres par les termes les plus aiïectueux : « Aimez-moi comme je vous aime ; vole et redama... ]e vous embrasse, au moins de désir, comme s'embrassaient les saints avant que d'aller au martyre. » Un autre insermenté, Lefebvre, curé d'Argentières ', se désolait de son silence : (( Je ne sais pourquoi vous ne me répondez pas lorsque je vous écris : j'aurais lieu de croire que vous êtes fâché contre moi. Cependant, je n'en vois pas le motif. Rien ne me prive davantage, et néanmoins, si vous ne voulez pas me répondre à cette fois, il faudra que je prenne le parti douloureux de ne plus vous écrire, de crainte de vous déplaire. Mais faites comme il vous plaira, jamais je n'oublierai. Monsieur, que vous êtes mon bienfaiteur et mon père ; jamais je ne perdrai les sentiments de respect et de reconnaissance que je vous dois à si juste titre "'. » Les laïques, ses anciens amis, ne se montraient ni