‹ Fraternité révolutionnaire; études et récits d'après des documents inéditsChapitre 175 sur 206 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

(il avait cru) qu'il y avait une grande vengeance nationale à exercer ». il ne se dissimulait pas « que la mesure était sévère n — atroce, plutôt, lui cria-t-on de divers côtés. — Au surplus, continua-t-il, la Convention, le (Comité de Salut public ont approuvé ma conduite. — Ce n'est pas vrai, répliqua-t-on : du moins, ces appro])ations ont été frauduleusement extorquées.

Et la lutte se poursuivit quelque temps encore.

Elle se termina à l'avantage du bourreau de Bédoin : la (Convention n'osa sévir et passa à l'ordre du jour, renvoyant aux comités l'examen de la conduite du représentant accusé. C'était une suprême lâcheté, digne au reste de cette assemblée que la disparition de Robespierre et des siens n'avait pas suffisamment assainie ', et qui continuait d'ignorer ce que l'esprit de justice et la vraie fraternité demandaient.

J. Maignet, un peu plus tard, fut compris dans les poursuites qui suivirent les troubles de germinal an III. 11 échappa par la fuite aux châtiments décrétés, t^rappé en 1810. il partit pour l'exil. En 1822. on multiplia les démarches pour obtenir son rappel, et l'on n'est pas peu surpris de trouver les signatures de cin(iuante-six ecclésiastiques de rarrondissemeut d'Ambert, à la suite d'une pétition en sa faveur adressée au roi. (Cf. Archives nationales, V', 6~t4.) Le diable en vieillissant se serait-il fait ermite? — 11 mourut à Ambert, le t.'î octobre 1834.

Au commencement d'octobre 1792, un prêtre, Jean- Baptiste Charles Cagnyé, né à Montdidier en 173i et depuis 1766 curé de Saint-Mard', près La Ferté-Gaucher (Seine-et-Marne, faisait remettre aux officiers municipaux de cette localité le hillet suivant, dont la minute nous a été conservée :

« .1 Messieurs les Miuiicipav.v

« Déclare à MM. les municipaux... que, persévérant dans la résolution d'obéir avec respect et célérité aux lois, il est dansTintention d'observer spécialement celle relative au serment des fonctionnaires publics, donnée à Paris le l.'j août 1792, Tan IV*' de la liberté... C'est pourquoi il déclare à MM. les officiers municipaux de

1. Actuellement on orthographie Saint-Mard, mais tontes les pièces du dossier que j'utilise portent Sainl-Mars.

la paroisse de Saint-Mard que, dimanche prochain, à Tissue de la grand'messe,il prêtera en leur présence le serment d'être fidèle à la nation, de maintenir de tout son pouvoir la liberté et l'égalité ou de mourir à son poste '. »

En fait de serment, M. Cagnyé n'était pas à ses débuts. 11 nous apprend lui-même que précédemment, u le 16 janvier 1790, aussitôt qu'il en avait reçu Tordre^ », il s'était résolu à celui qu'on demandait. L'année suivante, ce qui est beaucoup plus grave, il avait solennellement adhéré à la Ccmstïtiition civile du clergé^, et l'on sait que la condamnation de Rome et les exemples de ses confrères se rétractant de tous côtés ne l'avaient point ramené au devoir. Le régime nouveau, semble-t-il, avait donc en lui un serviteur soumis, prêt à toutes les concessions, capable de tous les sacrifices, habitué à souscrire à toutes ses exigences.

Rien dans les documents que j'ai rencontrés ne me permet de suspecter la bonne foi du jureur, d'attribuer à des motifs indignes d'un honnête homme une conduite aussi répréhensible que le fut la sienne. Je m'imagine, de plus, qu'après toutes ces preuves d'obéissance méritoire il dut se croire, pour longtemps, en sûreté dans sa petite cure, mieux encore tout à fait à l'abri de la tempête qui sévissait sur ses confrères moins souples et les jetait sans pain sur toutes les plages.

1. .-; octobre 1792. Archives nationales, W, 299, Dossier Cagnyé, pièce 43.

2. Ihid., pièce l'j. — H s'a<i;it sans aucun doute du serment de <' fidélité à la Constitution ». Voir Moiiileur, année 1789, p. 129; année 1790, 3H, 39.

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