‹ Fraternité révolutionnaire; études et récits d'après des documents inéditsChapitre 180 sur 206 · Archives nationales, ih'uL, pièce · texte numérisé non relu

Archives nationales, ih'uL, pièce

que nous les tenions de TEglise, que nous ne pouvions les abandonner que lorsqu'elle aurait parlé, et qu'il n'y aurait qu'une impossibilité physique qui nous empêcherait de remplir les fonctions que nous avions jurées, en prenant possession de nos bénéfices, par rapport au culte public. L'orateur... a répliqué que les ordres souverains devaient être exécutés et a déposé la proclamation du roi et l'arrêté du district sur le bureau et a requis la signature et la (dôture de l'inventaire cidevant fait de notre trésor, sacristie..., chapitre. Et nous sommes sortis en laissant des députés pour signer, bien résolus de continuer l'odice s'il n'y a impossibilité ; mais elle existera à coup sûr.

(( J'entends dire qu'on a donné ordre de fermer notre église jusqu'à ce que les ecclésiastiques chargés de la grande paroisse cathédrale y entrent pour exercer leurs fonctions... Après la messe, nous nous sommes rendus à l'archevêché pour ouvrir notre cœur au prélat éminentissime ' et lui faire part de notre dernière résolution... Ce dernier adieu a fait couler des larmes à plusieurs ; le père a paru aussi touché que les enfants dans leur mutuelle séparation forcée... Les choses que nous voyons étaient aussi imprévues et imprévoyables (forgeons ce mot) que les suites en sont incalculables. Je n'ai point de remords, point de regret et point de honte de ma conduite. Je n'ai rien fait sans conseil et ne ferai rien dans la suite sans ordre...

« Vous direz à ma famille ce que vous voudrez sur la

1. C'était Etienne Charles de Loménie de Brienne. Sa douleur était-elle sincère? Du moins, on le verra tout ît Iheure. elle ne fut iïuère durable.

314 FRATERiMTÉ RÉVOLUTIONNAIRE

dissolution du chapitre et notre expulsion de l'église... Vale et redcmia '. »

Un peu plus tard, ce môme correspondant apprenaiau prêtre infidèle qu'aux paroles il joignait les actes e restait inél)ranlable devant la persécution. On interdit nos fonctions canoniques, écrivait-il, cet empiétement du pouvoir civil ne nous fera point faiblir : nous irons à l'office dans l'église mère. Aussi bien u j'ai pris les devants ; il y a un mois que j'y vas et que je dis la messe à onze heures pour l'utilité publique, après la grand'messe à laquelle j'assiste comme les autres particuliers - ».

11 était impossible que la vue de cette fermeté dans le devoir d'un ami sage et modéré ne donnât point à réfléchir à un prêtre intègre, pieux même.

La lettre suivante devait éveiller bien davantage encore son attejition, sinon exciter ses remords. Le 8 février 1791, M. Bourjot lui écrivait: u Je vous dois compte du fameux serment dont on parle par toute la France. C'est uneépée à deux tranchants qui a le coup et le revers ; on frappe d'estoc et de taille. A Sens, tout le monde a juré, hormis le principal du collège et moi qui suis, avec l'aide de Dieu, bien décidé âne pas recevoir même mon traitement de ci-devant chanoine sous la condition du serment ou parjure. La Gazette de Paria et le Journal de France, etc., déchirent à belles dents les jurcurs de Sens et leur chef ^.

" J'ai fait ma démission ' et je suis par intérim tout et

Page 1