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A peine, en eiïet, la perquisition dont j'ai parlé futelle achevée, qu'il fut incarcéré à Rozoy, chef-lieu du district duquel dépendait Saint-Mard, et interrogé vers la fin de septembre 1793 par les membres du comité de surveillance de cette localité. Sur quoi porta cet interrogatoire, le dossier que j'étudie ne nous Fapprend pas ^ . La conclusion du moins en fut lamentable : on envoyait cet infortuné au «Tribunal révolutionnaire de Paris pour y sul)ir la peine qu'il avait justement méritée ». Il était prévenu « d'avoir méchamment, à dessein et de complicité, entretenu par écrit des correspondances tendantes à provoquer la dissolution de la représentation nationale et le rétablissement de la royauté- ».
Son procès commença presque aussitôt.
« Ce jourd'hui, 23 brumaire (13 novembre 1793) de Tan II de la République, heure de midi, nous Alexandre Edme David, juge du tribunal criminel révolutionnaire, établi à Paris par la loi du 10 mars 1793, sans recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pouvoirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année, assisté de Jacques Goujon comme greffier du tribunal, en Tune des salles de l'auditoire au palais, en présence de l'accusateur public, avons fait amener de la Conciergerie le nommé Cagnyé » auquel nous avons posé les questions suivantes ^. Suit l'interrogatoire que le développement du récit nous fera connaître dans ses parties essentielles. Le P'" frimaire, le réquisitoire de
1. On peut voir celui de Tun de ses co-accusés. Archives nationales, loc. cit., pièce 6.
2. Le président du Comité de Surveillance de Rozoy aux membres du Comité de Salut public, 19 brumaire an II (9 novembre 1793 . Archives nationales, loc. cit., pièce 100.
.3. Archives nationales, loc. cit., pièce 17.
Fouquier-Tinville était prêt, et, deux jours plus tard, il fut notifié au prévenu.
L'accusation reposait tout entière sur les papiers saisis au presbytère de Saint-Mard.
Vous aimez votre pays, vous aimez la Révolution, disait-on au pauvre assermenté, comment alors se faitil que vous ayez « recueilli avec soin les ouvrages les plus déclamatoires, les rapsodies les plus insultantes et les écrits provoquant à la royauté » ?
Toutes ces pièces, répondait-il victorieusement, ont été (( trouvées chez moi dans mes papiers de rsbut ». J'ai toujours eu « les productions pour et contre » ; au surplus, je suis « étonné qu'on n'ait pas pris à ma décharge despapiers révolutionnaires et bien instructifs des sentiments contenus dans ceux inventoriés ^ ».
Cette réponse générale était topique, nette; pourtant les débats ne pouvaient en demeurer là ; ils continuèrent donc.
On mit sous les yeux de Faccusé quatre lettres, adressées par lui à des amis.
Elles n'étaient guère compromettantes, ces lettres, on va le voir... Je note d'abord que deux avaient été écrites en 1788, en pleine royauté. Les sentiments en étaient nobles, les idées élevées. Après quelques considérations patriotiques sur l'état de nos finances, Charles Cagnyé déplore les commencements de révolte qui se manifestent dans quelques villes du royaume ; il se dit contristé en apprenant que « des olliciers ont été insultés, blessés, ([ue le sang des citoyens » a coulé. « Que je me trouverai calme, continue-t-il,