Les procès-verbaux n"ont pas conservé son nom
•2. Séance du 29 mars 1791. — Quelques jours plus tard, un membre ayant « dénoncé la conduite anticonstitutionnelle du commandant de iîoyal-Picardie qui avait eu lindignité de condamner à la prison un de nos frères les cavaliers, pour être allé en députation, comme il y avait été nommé à une séance précédente, auprès de l'évêque métropolitain de Rennes», ce récit excita l'indignation de l'assemblée, et. malgré l'intervention d'un militaire qui défendit son chef, le président députa vers l'audacieux officier pour lui demander l'élargissement du détenu : ce qui fut accordé. Séance du o avril 1791.
30 FHATIJUNITÉ RÉVOLUTIONNAIBE
raffiliation et attendaient de lui le mot d'ordre. D'ailleurs, en rapports constants avec les représentants aux assemblées nationales, il recevait d'eux une sorte de direction supérieure, comme de son coté il leur imprimait à eux-mêmes im mouvement plus rapide dans la voie de la tyrannie et de la persécution.
Toutefois cette action réciproque pour le mal ne fut guère sensible que dansla première année de Texistence de la Société vaunetaise. Florissante alors et assidûment fréquentée ', elle tomba insensiblement au point que parfois les réunions ne se purent tenir vu le petit nombre de membres présents, que souvent du moins on s'y contentait de la lecture des feuilles de nouvelles. En vain cliangea-t-elle de nom, en décembre 1792, s'intitulant mensongèrement CUih dea Amis de la Liberté et de r Egaille; cette modification, plus apparente que réelle, ne lui infusa pas une vie nouvelle. L'arrivée même du représentant Prieur de la Marne et ses excitations terroristes ne la galvanisèrent pas davantage 2. Aussitôt, en effet, que le farouche conventionnel eut quitté Vannes, la Société retomba dans sa somnolence:
1. Pourtant, iiiùiiif dans 1oî> débuts, l'assiduité des dultistesne tut |>.is toujours exemplaire. (Cf. séance du mardi 28 avril 1791.) « 1^1 séance a été ouverte très tard, à sept heures; il n'y avait (lue vinirt membres, sans y comprendre nos frères d'armes : cette -iMiiif t't.iil la première (ouverte en de telles conditions). 11 n'y .1 <|ur le premier pas (jui coûte: il faut ([tourtant) espérer que noii< serons en plus ^'rand nombre. •> — Dansla suite, on en vint a (in idcr <• <iu on p(»urrait délibérer en quel(|ue petit nombre que b'> nitiiiliie> se fussent rendus à la séance ». (Séance du 18 janvier l"'.t:{.; Mal^'rc cela, le 1"^ avril suivant, cinq membres seuleluchl •^■«■l.iiit présentés, on ju^eabonde se séparer sans attendre.
•J. Se.iiue du jtromicr jour de la première décade du second liK.is de l^an II -Il octobre \^^'^^^).
l'okganisaïion du cllb 31
à peine si vingt-cinq citoyens assistaient ordinairement aux séances '.
D'ailleurs, les emprisonnements des divers fonctionnaires du département du Morbihan, arrêtés le 8 et le 9 brumaire an 11 (29 et 30 octobre 1793)-, en privant l'association de plusieurs de ses chefs les plus actifs, lui avaient porté un coup sensible. Elle végéta quelques semaines encore et ne fut définitivement dissoute que le 1" frimaire an 11 (21 novembre 1793)3. Elle n'avait que trop vécu.
Dès les premiers jours, la Société s'était nettement fixé le but à viser. Elle se proposait : 1° de se bien pénétrer des décrets de l'Assemblée nationale et de les faire connaître aux citoyens qui ne pouvaient s'en procurerle texte ; 2° de répandre les lumières et l'instruction en mettant la plus grande publicité dans ses travaux ; 3° de discuter toutes les questions relatives à l'intérêt public ; 4° de correspondre avec toutes les so ciétés patriotiques ; 5*^ de travailler sans relâche au maintien et à l'affermissement de la Constitution '.
1. Lettre à JuUien. comiiiiss.iire du Comité de Salut public, 20 brumaire an II 10 novembre ilQo). Archives nationales. AFii, 276, plaquette 2316. pièce 41.
2. Voir sur ce point le chapitre v de mon travail : Prieur de la Marne en mission dans l'Ouest.
3. Barré-Manéguen à Mancel . 3 frimaire an II ;23 novembre 1*93). Archives départementales du Morbihan, série L. 248. — Une autre société plus révolutionnaire lui succéda.
4. Programme de la Société de Purt-Louis. cité par M R. Kerviler. Armorique et Bretagne, t. 111. p. 23. — Voici encore, à titre documentaire, celui de la Société de Chàtillon. que je rencontre par hasard. Dans un cartouche sont inscrits en lettres voyantes ces deux mots : sukveillek. insthuihe. puis dans la pièce suivante ; La société a été établie « pour propager les lumières et le feu du patriotisme, pour allermir ceux qui manquent de
Si l'on en juge par les travaux du club de Vannes, ce programme commun aux diverses réunions des Amifi de la Conslilullon n'avait pas une égale importance dans tous ses articles. Sans doute on y lisait les décrets de l'Assemblée nationale ', les correspondances des représentants, les journaux même ; on cherchait à semer les idées nouvelles, surtout parmi « nos frères des campagnes et de l'armée » ; sans doute on aimait à correspondre avec les sociétés patriotiques de Bordeaux comme de Dunkerque, de Besançon comme de La Rochelle, à les soutenir dans leurs réclamations et dénonciations; on travaillait à l'affermissement de la Constitution, du moins on renouvelait sans fatigue et à tout propos le serment de lui rester à jamais fidèle.
(•our.iiit'. jiour forcer de rouiiir ceux qui cachent leur incivisme sous le masque dune hypocrisie politique, pour enhardir ceux (}ue la crainte, la pusillanimité ou la séduction empêchent de se montrer républicains ». Archives nationales. \V, 384, 892, l)iéce SI.
1. On lut éfialcment «.la Déclaralion des droits de Viiomvie, ce cheC-d'œuvre de l'esprit humain ». Séance du 27 février 1701.) — Parfois les lectures faites étaient plus divertissantes. Citons la Lanterne man'ique patriotique (ui le Coup de f/rdce de l'aristorratie. (Cf. séance du 21 juillet 171)1.; — D'autres fois les occupations des cluhistes étaient moins sérieuses encore. Un jour, par exemple. « les dames citoyennes, membres de l'assemblée, demandèrent que le citoyen Des^fatines. plus tard président, fût invité à chanter la chanson i>atriotique qu'il avait chantée dans la séance précédente ». (Séance du 8 décembre 1792.) On devine san< peine tpie le frère Desiialines était trop ^Mlant pour résister a cri le Hideuse re(|uéte. 11 eu fut récompensé par les applaudissements de t(tute la salle. Deux jours plus tard, c'était le tour du Itravc Mat'irel. sous-(.»flicier au 109* régiment; son succès fut éj:,il a (('lui ilu fi'ére Des;.^•lf lues. (Séance du 12 décembre 1792.) Touteli'is ICulhousiasme fut plus i^rand encore <juand, « du haut de leur lribimc,les dames citoyeiuies déployèrent lem-s voix enchanteresses ». bientôt renf(»rcées de celle d'un des assistants enivré de patriidisme. Séance du 28 janvier 1793.
l'orgamsation du club 33
Pourtant la discussion des mesures relatives au ])ien commun paraissait aux membres du club chose de beaucoup plus nécessaire. Les procès-verbaux l'indiquent clairement. « Un membre, y lisons-nous, a rappelé une motion faite dans une des séances précédentes tendant à ce que tous les membres de la Société fussent invités à donner par écrit les sujets sur lesquels ils pensent que l'intérêt général de l'empire, le bien du département, celui de la ville exigeaient que Ton porlàt et que l'on se communiquât les observations les uns des autres. »
On voit que nos bourgeois inexpérimentés s'octroyaient aisément une large compétence.
Si du moins la raison et non la passion, la modération et non la violence les eussent o-uidés dans ces sentiers
où trop souvent ils marchaient à l'aventure 1 Mais non, bien au contraire : il nous sera facile de le constater.
Lorsque la Société de.s Amis de la Constitution de Vannes s'organisa, les sentiments royalistes de ses membres ne pouvaient faire doute pour personne. Ils se manifestèrent même dès le premier jour. Dans la formule de serment adoptée, on jurait, en effet, non seulement fidélité à la nation, à la loi, mais encore au roi, et les dames citoyennes affiliées devaient ajouter rengagement d'élever leurs enfants dans ces principes.
Pendant quelque temps, la conduite des clubistes vis-à-vis du souverain parut conforme à leurs promesses : les procès-verbaux des séances nous le disent nettement.
Les administrations locales se préparaient à remercier le gouvernement de l'activité qu'il avait déployée pour rétal)lir le calme dansle Morbihan, après l'échauffour('M^ du L'ft'vrier 1791'.
1. Crsl If jonr "Il les jiavsans (les environs do N'annes. croyant la HIkmIc cl nit'iiie la vie i\{' \v\\v rvècjue. M^"" Aniclot, sérieuse-
LES IDÉES POLITIQUES ET RELIGIEUSES DU CLUB 3o
Les Amis de la Constitution ne veulent pas rester en retard. Ils nomment donc une députation, chargée de témoigner à « notre bon roi », comme ils disent, leur gratitude pour de tels soins, si dignes de sa bienveillance.
Toutefois, un peu plus tard, lorsque les commissaires du souverain vinrent au club, ce débordement de reconnaissance s'épandit en flots bien plus pressés encore. A leur entrée, la salle retentit des plus vifs applaudissements, mêlés aux acclamations réitérées de : « Vive la nation! Vive la loi! \"ive le roi ! Vivent la paix et les pacificateurs ! » Quand le calme se fut réta])li, le président, dans un discours emphatique, parla, à la grande joie de tous, « du meilleur des rois, du plus tendre des pères, des vues bienfaisantes et vraiment religieuses de ce bon monarque ' ». « Le drapeau rouge, continua-t-il, ce signe terrible de la guerre civile, a disparu à l'instant de votre réception dans nos murs. Vous y avez fait substituer ce drapeau blanc, symbole de la paix et de la concorde, qui doit rallier tous les Français, tous les vrais amis de la Constitution. 11 ne flottera point en vain sur notre cité; il annoncera à nos campagnes agitées, à ces respectables et trop simples cultivateurs, qu'un monarque chéri veille sans cesse sur eux ; qu'il leur envoie des médiateurs, des pacificateurs. Vous vous répandrez au milieu deux, l'olivier à la main : ils vous écouteront avec attendrissement; vous plaindrez leur erreur, et la douce persuasion, coulant de votre bouclie, se répan-
ment menacées, s'étaient portés sur cette ville et l'avaient attaquée. Le sang coula; mais en peu de temps les troupes régulières dissipèrent les mutins.