‹ Frédéric II, Catherine, et le partage de la Pologne; d'après des documens authentiquesChapitre 1 sur 45 · Frédéric II, Catherine, et le partage de la Pologne; d'après des documens authentiques · texte numérisé non relu

Frédéric II, Catherine, et le partage de la Pologne; d'après des documens authentiques

Le présent onvrii<;-e fut eoniposé en 1852. L'auteur, sur la demande du Chancelier d'Etat, Comte Nesselrode, avait obtenu de l'Empereur Nicolas, en faveur de ses recherches historiques sur l'histoire de Souworow et de la Pologne, la permission de s'aider des grandes Archives Impériales de ^ioscou, et il y puisa les matériaux pour son tra\'ail actuel. Lïime grande et loyale de TP^mpereur Nicolas était au-dessus de cette mesquinerie diplomatique, qui voudrait fermer les sources principales, auxquelles les historiens consciencieux peuvent puiser des notions fondées, et entretiendrait volontiers toutes les erreurs accréditées, pour ne pas être trouljlée dans son doux sommeil, que fa\orisent précisément ces mêmes erreurs. L'Empereur avait déjà plusieurs fois accordé la permission de ])rotiter des Archives de rj^'.tut, pour lînoi-iseï" des reclierches histoi-iques: d'aboid au (Jénéral l>ani-

lewsky, et i)lus tard m\ Colonel IVIiliutin, afin (le réi)andre dans leurs écrits de vérités puisées aux meilleures sources. Le pi"emier n'en fit qu'un usag-e restreint et partial, connue il convenait à ses desseins particuliers. Le dernier, individualité toute différente, plein de droiture et d'amour pour la vérité, a mis am])lement à profit cette faveur Inii)éria]e; et, g-râce à elle, a parfaitement éclairci une des j)ériodes les plus défio'urées et les plus obscures de l'histoire, et nous a donné dans sa Cam})ag'ne de 1790, un travail liistoricpie des plus estimables.

L'histoire des partag-es polonais est Inen antérieure aux événements de 17913; et sur elle il s'est répandu encore plus de faussetés. On a publié des bouts de dé{)êc]ics, tirées des Archives, des parties isolées adroitement choisies, précisément comme elles convenaient au but pi-o])osé et au maintien des idées erronées; mais jamais des dépêches complètes dans leur liaison et leur oidre de dates. Puis viennent des historiens et copient fidèlement l'un après l'autre les récits mis en vogue, et s'ils appartiennent à l'école moderne, ne manquent jamais d'ajouter les mômes déclamations banales, sur l'avide et envahissante Russie, et sur son insatiable Im- })ératrice, qui, ])r()bablement d\n])rès „le Testament de Pierre le grand", arracha à la Pologne un

lambeau après Taiitre, et coiitraig-nit encore d'autres Princes innocents à prendre part a\'ec elle aux dépouilles.

Le travail que nous iiiésentons au puljlic fut commencé dans l'iiivei- de 1852, d'abord pour notre propre instruction, et pour nous éclairer nous-méme sur cet événement important.

L'auteur a\ait serre' le cabier dans son pupitre, pensant à peine à le livrer à bi publicité; lorsque, comme une sorte de continuation des anciens eiïorts, pour donner le cbaiige au monde sur l'bistoire du partage, il parut un nouvel ouvrage intitulé „Frédéric et Catherine" (Berlin 1859), dans lequel, comme dans les précédents, on ne produisait que des parcelles de dépécbes, qui encore une fois devaient jeter une lumière douteuse sur la partie depuis longtemps suspectée. L'auteur de cet ouvrage, ainsi qu'on le savait, avait eu à sa disposition les Archives de l'Ambassade prussienne à St. Pétersbourg, et par conséquent devait avoir puisé dans les lettres du Roi Frédéric au Comte Solms des éclaircissements complets sur la marche des choses; cela ne pouvait donc paraître qu'une nouvelle tentative, pour fortifier le monde dans ses anciennes erreurs. Le soussigné ne crut pas devoir hésiter plus longtemps à montrer aussi le revers de la médaille, eu reprenant son

ancien travail et en publiant avec lui, dans toute leur intégrité , les dépêches du Roi à 8olms (en tant qu elles furent communiquées au Cabinet Russe), telles qu'elles furent présentées au Comte Panin, copiées de la propre main du Comte Solms. C'est ce qu'il entreprend dans le })résent ouvrage, dont la première partie et le Supplément sont destinés à reti-acer la marche des choses, et la seconde à en fournir les preuves, par les Documens cpii s'y rapportent.

L'auteur sait bien, qiTil entreprend une tâche ingrate, qui l'exposera à Ijeaucoiip d'attaques et d'inimitiés. Alais tel est son lot, qu'il doit hitter contre certaines préventions du temps à l'égard de la Russie et de ses sommités aussi bien que de la Pologne et de ses révolutions. Des jugemens dictés par la partialité ne vonlaient voir d'un côté que le droit, de l'autre que le tort. A cela s'ajoutèrent des illuisions, produites avec art et répandues avec zèle; accusant dans Taffiiire des partages principalement la Russie; tout devait être l'ouvrage de sa politique d'agrandissement. Dans un travail, publié il y a deux ans sur Souworow et la Pologne, nous avons démontré, d'après les pièces authentiques, quelles furent les causes du second partage; dans celui-ci nous indiquerons l'origine et la marclie du premier; et si le ciel nous accorde de plus

lono-s jours, nous coiuptons présenter au publie, dans la continuation de notre Souworow, la niarclie du troisième et son rnpport avec les autres. Tout cela, nous le comprenons, ne nous o-agnera pas des sympathies dans de certaines régions et dans une certaine disposition des esprits contre la Russie; sans doute, il est plus coiumode et en même temps plus profitable, de suivre le torrent; — mais, „fais que dois, advienne que pourra." Nous avons la conscience d'avoir écrit ces pages sans préventiou et sans arrièrepensée, sans intérêt de parti ni de nation, ne tendant, après un examen rigoureux, qu'à la vérité. Insoucieux de notre persoiuie, sans ])orter nos regai-ds ni à droite ni à gauche, nous avons eu l'oeil toujours fixé sur les faits. Qu'il en résulte du bien, qu'il en résulte du mal pour nous, c'est entre les mains de Dieu! Quand on est ti'ès- avancé dans la vie, on envisage les choses à venir avec un calme profond, à Heidelberg ce l"^- Août. 1860.

Frédéric <le Smitt.

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