Du Roi à Solms; du 23 juillet 177G. — Fixa
tiun des territoires, qu'il vent restituer aux Polonais ; toutefois non pas Inowraclaw, ce qui le dérangerait. Qu'il accorde en outre cette restitution uniquement par égard pour sa fidèle amie, l'Impératrice de Russie; et que Panin devra convenir lui-même que c'est tout ce qu'il peut faire.
76. Du Iloi à Solms; du 27 décembre 1777. — Conseil du Roi, que la Russie, afin d'écarter les intrigues des confédérés de Bai", et en, cas d'une guerre avec la Porte, doit conclure une alliance avec la république de Pologne.
77. Du Roi à Solms; du 11 août 1778. — Que la Russie doit attaquer les possessions autrichiennes en Pologne; qu'il ne s'y trouve que trois mille Autrichiens, et que le pays tout entier tombera dans les mains des Russes. Qu'ainsi la Russie peut sans aucune perte prendre possession de toute la Gallicie et Lodomérie et inspirer aux Autrichiens les plus grandes craintes au sujet de la Hongrie. Un léger corps des troupes pourrait facilement exciter les Hongrois, d'autant plus que beaucoup de Grecs orthodoxes habitaient aux frontières. Qu'en même temps, la Russie doit tenir un corps de troupes près de Chotin, au cas où les Turcs voudraient tenter une incursion en Podolie. — Mais si la Russie veut agir, qu'elle le fasse au plus tard vers la fin d'octobre. Une fois les Prussiens dans leurs quartiers d'hiver, les Autrichiens, sans que ceux-là pussent l'empêcher, pourraient envoyer beaucoup de troupes en Hongrie.
78. Du Roi à Solms; du 15 octobre 1778. — - Satisfaction que le choix de l'Impératrice soit tombé sur Repnin, afin d'opérer de concert avec le Roi. Les Russes pourraient de deux côtés trouver prise sur les Autrichiens,
— xx\ —
soit s'ils faisaient à travers les provinces polonaises une invasion en Hongrie, où l'on pourrait facilement exciter un soulèvement; ou en marchant par Teschen vers la Moravie, ce qui serait plus difficultueux à cause des magasins à établir. — Pour ce qui me regarde, j'ai dû me diriger cette année-ci vers la Bohème, pour empêcher les Autrichiens d'avancer vers Dresde, avant que mon frère n'y arrive. Cependant, je ne puis réussir à rien en Bohème à cause des grandes forces militaires autrichiennes et des nombreux retrancliemeus inaccessibles. Maintenant je veux foi'mer en Silésie une bonne ligne de défense, afin de faire, l'année prochaine, une invasion en Moravie, et par ce moj^en je veux couper aux Autrichiens la communication par Teschen avec la Lodomérie, ce qui doit ouviir aux E-usses un libre accès jusque-là. Si la guerre s'étend jusqu'en Gallicie, j'avance en Moravie, je livi-e une bataille et j'envoie alors une division de vingt mille hommes vers Presbourg, afin de couper aux Autrichiens les riches ressources, qu'ils tirent de la Hongrie; qu'avec les troupes légères, on pourrait alors pousser jusqu'à Vienne. On porterait ainsi le théâtre de la guerre sur le Danube et l'on pourrait faire la loi à la cour de Vienne. — Qu'en attendant, la déclaration de la Russie fera déjà suffisamment d'eftet à Vienne. • Aussi la France parle déjà à Vienne d'un ton plus séi'ieux. De là espoir, que l'Autriche cédera; sinon, que les opérations de la nouvelle campagne, taite en commun avec les Russes, les y forceraient.
79. Du Roi à Solms; du 21 aoiit 1779. — Que la Russie ne doit pas encore retirer ses troupes de la Pologne, vu que sans cela les Autrichiens auraient les coudées franches pour leurs menées, et qu'une guerre intestine pourrait facilement y éclater.
80. Du Roi à Goertz; du 2 novembre 1779. — Sur les moyens dont se sert la cour d'Autriche en Pologne, pour s'y ménager un plus grand poids. Qu'elle a déjà gagné un parti considérable parmi les magnats, lequel augmente de jour en jour. Qu'elle semble vouloir s'y assurer le trône ou pour le duc de Saxe- Teschen, ou pour le prince Adam Czartoryski, et qu'elle cherche pour cette fin à rendre odieux à la nation le Conseil permanent, qui pouiTait mettre obstacle à l'exécution de ces projets. Que la E-ussie doit nécessairement s'opposer, de concert avec le Roi, à ces cabales autrichiennes.
Extrait d'une lettre du Roi
datée de Breslau le 29 Août 1769 ^).
L'Empereur est un Prince très aimable et de la plus gTande politesse. Il m'a fait les assurances les plus fortes, qu'il avait oublié pour jamais la Silésie, dont je fais à peu près le cas qu'elles méritent. II m'a proposé ensuite une réforme mutuelle dans nos deux armées, dont je me suis excusé le plus poliment que j'ai pu. Je fai mis sur le discours de la Russie. Il m'a dit qu'il était obligé d'avouer, que l'Impératrice de -Russie, mon alliée, était une grande femme. „Gran cervello di Reg'ina," voilà son expression. Je lai mis sur la guerre des Turcs et lui ai parlé de la relation de la bataille de Chot}ni de mes officiers. Il m'a prié de la lui commu-
') Ecrite immédiatement après la conféreuce de Neiss avec l'empereur Joseph, du 25 au 28 août 17 69.
niquer, et il en a pris copie. Je Fai mis sur le sujet de Paoli, de la Corse, et de St. Remo^), pour le pressentir sur ce qu'il pensait des Français. Mais il a été fort réservé à ce sujet.
J'ai cependant pénétré en général, que c'est un homme dévoré d'ambition, qui couve quelque grand dessein; qui, actuellement retenu par sa mère, commence à s'impatienter du joug- qu'il porte, et qui, dès qu'il aura les coudées franches, débutera par quelque grand coup. Il m'a été impossible de pénétrer, si ses vues portent sur la République de ^'enise, sur la Bavière, sur la Silésie ou sur la Lorraine? Mais on peut compter sans se ti-omper, que TEm-ope sera en feu, dès qu'il en sera le maître").
Il m'a prié de venir en l^ohême pour ^'oir ses troupes, et cela si poliment, que je lui ai promis de me rendre Tannée prochaine à tel Camp où il voudra mavoir.
2j L'Empereur Joseph élevait alors des prétentious contre la ville de Gênes sur cette petite ville située dans la Riviera di Ponente, comme appartenant à l'Empire.
^) Ce jugement témoigne de la profonde connaissance des hommes qu'avait Frédéric et du don subtil d'observation qu'il possédait.
Le Comte 8(^lni,s an Comte Pai
un.
Sans date CSox. 1769).
Cette lettre traite (rabord du désordre des tinances eu France, parce -qaoïi dissipe tant d'argent au dehors en Polog'ue, en Suède, en Turquie, ])Our y exciter des troubles. Ou aurait aussi voulu accréditer le bruit, que le Roi de Prusse accepterait de uiéme des suljsides français, et c'est probablement dans cette inteiition, que le Duc de Ouines^j a demandé à un banquier berlinois, combien coûterait l'expédition de 2 millions de Paris à l^erlin. — Puis il continue:
„D'ailleurs le Roi de Prusse lui-même a appris, pas à la vérité par son ministre à Paris, mais par un autre bon canal, quatin^ de reculer les limites de l'P^mpire de Russie, la France avait dessein de lui offrir FP^vêché de Warmie et le Duché de Courlande.
Quelque extravagante et chimérique que paraisse une telle proposition; on peut s'attendre dans le moment présent à tout de la paît de cette cou-
^) Alors Ambassadour do France à lierliu.
ronne. Mais, pour employer les propres termes de Sa Majesté Prussienne dans sa dernière dépêche: „Quel]e s'avise seulement de me faire une pareille proposition, je ferai voir à la Russie, comment je la rembarrerai et Ten^'overai promener."
Extrait des dépêches du Roi,
fouchant la médiation demandée par la Porte.
(Communiqué par le Comte Solms au mois de Septembre 1770, immédiatement après l'entrevue de îveustadt en Moravie.)
Sa Majesté le Roi, se trouvant auprès de l'Empereur au Camp de Ncustadt eu ■Mora\'ie, le prince de Kaunitz lui apprit le premier, que la Porte Ottomane avait demandé formellement la médiation du Roi et de l'Impératrice - Reine. „Nous avons, ajouta le prince de Kaunitz, accordé la nôtre, et nous ne doutons pas, que Votre Majesté n'en fasse autant." Sur quoi le Roi lui répondit: „Qu"il concourrerait toujours avec plaisir à tout ce qui pourrait pacitier les troubles de l'Europe" \). Ces premières propositions ayant fourni au Roi l'occasion de sonder davantag-e le ministre Autrichien sur les intentions de sa cour, le jugement, que Sa ^lajesté en a
^) C'est jusqu'ici seulement que le Comte de Gôrtz reproduit cette lettre dans sa Collection; puis omettant la phrase , où il est question de s o n d e r , il en donne la continuation fsous le ]S'^o. 14) comme une nouvelle lettre, en commençant par ces mots: „Autant que je l'ai pu" jusqu'à: ,,se tint ailleurs."
porté dans sa dépêche dn 12 Septembre 1770 est celui-ci:
Autant que j'ai pu pénétrer, la coiu- de Vienne ne mettra point d'obstacle, de faire avoir à la cour de Russie une paix honorable et sûre, pourvu que la Moldavie et la Valacliie demeiu'ent sous la domination turque. Ce que je conclus par un long raisonnement que le prince Kaunitz m'a fait sur la nécessité où était sa cour, de maintenir la l)alance en Orient comme ailleurs.
— L'Empereur n'a point voulu entrer en affaires; il n'a parlé que militaire, et me disant souvent en badinant: „Je laisse le reste à ma mère." — Au reste il me paraît, que les liaisons que la cour de Vienne a prises avec la France, sont depuis le mariage de la Dauphine plus resserrées que jamais. Quant à l'affaire de la médiation même, j'attends la réponse de S. M. l'Impératrice de Russie pour savoir, si elle veut nous avoir pour médiateurs ou non? — La copie de la relation du major de Zeguelin, et de la lettre du Caïmakan au comte de Finkenstein, que vous communiquerez au Comte Panin, vous mettra au fait de la proposition de la Porte à cet égard.
— Je me flatte, que nous ferons entièrement relâcher le Sr. d'Obreskow, et cela m'a fait naître la pensée, qu'alors rim})ér{itrice de Russie l)ourrait le nommer son Plénipotentiaire à Cou-
stantiiiople , ce qui m'épargnerait aussi à moi une g-randc dépense, pour n'avoir pas besoin de nommer un autre ministre, au cas que le congrès se tint ailleurs.-)
Je propose dans ma lettre à 8. M. Tlmpératrice une idée, que je crois très conforme à sa gloire et très convenable pour éviter des longueurs: c'est de faire tout de suite un plan pour la pacification de la Pologne. Je crois qu'il faudrait l'établir sur des principes fort modérés, pour qu'ils soyent supportables aux Confédérés, sans cela la Russie se mettra dans le cas d'avoir à toute occasion des querelles interminables en Pologne. Il taudrait qu'on commençât par assurer le trône au Roi de Pologne; que les Dissidens se désistassent d'entrer au Sénat: que le Grand-Général eût ])lus d'iirHuence sur les troupes de Pologne, et que Fou fît un projet sur ce que la Russie croît pouvoir relâclier pour le bien de la paix. Cela fait, je m'oifre à le garantir et à le faire garantir par
2j A ijartir de là, le Comte Gortz donne ce document sous le No. 9 , comme si c'en était un autre. Il coupe, pour ainsi dire, cette lettre en ti-ois parties, pour se donner l'apparence d'en communiquer plusieurs du Roi, et, il intercale entre les fragmens des jnèces d'une date bien plus avancée. Il a su aussi très adroitement choisir une des lettres les moins importantes.
la cour de Vienne, que je crois pouvoir venir à bout d'y persuader, et même de forcer les Confédérés à se soumettre aux conditions équitables, que l'Impératrice de Russie leur prescrirait. Je compte de persuader les Autricliiens par la raison, quils sont excessivement las de cette guerre en Pologne, dégoûtés des Confédérés, et par conséquent je les déterminerai à faire ce dernier pas, pour terminer ces troubles civils et ces révoltes. — Enfin je crois agir en bon et fidèle allié, et j'espère, que si l'on examine bien mes idées, on ne les trouvera pas mauvaises. Montrez cette dépêche au comte Panin."
Dans une deuxième lettre, qui suit immédiatement, le Roi conseille fortement d'accepter la médiation de l'Autriche, parce -que cette puissance , déjà froissée , pourrait prêter une oreille favorable aux insinuations de Choiseul et de la France, et pourrait s'intéresser davantage aux Turcs et aux Confédérés.
Au sujet des efl'orts incessans que faisaient les Anglais à Constantinople, pour qu'on les chargeât de cette médiation, ou au moins pour y avoir part, le Roi dit:
„ — Quant à moi, je n'en serais nullement „jaloux. La pensée, que les médiateurs ne réus- „sissent jamais à contenter les deux parties, me „rendrait au contraire très indifférent à ce sujet;
„et même si je ne considérais que mon intérêt „propre, et non mon amitié pour la Russie, „j'abandonnerais volontiers à d'autres cet hon- „neur. Mais jai cru remarquer que la cour „d' Autriche ne verrait pas avec plaisir, qu'on „donnât accès à T Angleterre dans cette affaire^), „parce-qu alors la France demanderait également „d'y avoir part. Or, je crois être certain, que „la Russie ne permetti'ait jamais l'intervention „de cette dernière com\"
Et Frédéric vraisemblablement encore moins!
Le (Jointe Soliiis au (Jointe Panin.
s. D. (Nov. 1770).
T. 'amitié de vS. M. le Roi de Prusse pour 8. M. rimpératrice de Russie s'est manifestée de nouv^eau en chargeant Son Altesse Royale le prince Henri, son frère, de témoigner tout l'intérêt, qu'il prend à la prospérité du règne de S. M. Impériale, et à Ses véritables intérêts politiques. C'est pourquoi ce prince s'est chargé de contribuer à raffermissement de cette amitié qui subsiste entre ces deux Monarques, en rendant compte au Roi son frère des dispositions, dans lesquels cette Souveraine lui a paru être pour un objet si désirable autant pour ses propres sujets que pour l'Europe entière. j\lais si Sa ^lajesté Impériale voulut différer à s'ouvrir envers S. M. le Roi de Prusse sur les conditions de la paix. Son Altesse Royale le prince Henri se trouvera dans l'impuissance d'alléguer des raisons au Roi son frère, qui puissent le tranquilliser sur la défiance que ce retardement peut produire.
S. A. R. le prince Henri se trouve encore personnellement dans un grand embarras par
ridée, que cette réserve, qui ne peut être fondée sur aucun principe solide, pourra occasionner un refroidissement entre les deux cours. Taudis qu'il peut se flatter d'avoii' témoigné par la conduite qu'il a suivi pendant tout le temps qu'il se trouve à la cour de 8a Majesté Impériale, qu'il n'a d'autre désir, et qu'il n'est occupé qu'a contribuer du sien à affermir davantage l'amitié et la parfaite intell ig-ence entre les deux Souverains. Il y est engagé, non seulement par la conviction, que l'intérêt de deux cours le demande ainsi, mais aussi pour pouvoir montrer l'admiration, l'amitié et la reconnaissance, qu'il sent lui-même poui- S. M. Tlmpératrice.
Extrait d'une dépêche iiiiiuédiate
de S. M. le Roi de Prusse au Comte
Solnis.
Potsdam, le 2 Mars 1771.
.... Par le contenu du passeport que radmiiiistratioii du district, dont la cour de Vienne s'est mise en possession en Pologne, a fait expédier à un Staroste Pelikaneyk^j, il parait assez clairement, que cette cour reg-arde déjà ce district avec ses dépendances comme un état incorporé à son royaume de Hongrie, et il n'est pas à présumer, quelle s'en dessaisira sans y être obligé par lUie force supérieui'e. Cette idée me conduit à une autre et me fait juger que le meilleur sera, que la Russie et moi nous profitions également de cette conjoncture, et qu'en imitant l'exemple
^) On avait déjà parlé antérieurement d'un semblable passeport, délivré par l'administration autricliienne du district polonais occupé. Et ce qui avait produit une grande sensation, c'est qu'il paraissait en résulter, que l'Autriche voulait s'incorporer pour toujours cette province.
de la cour de Vienne, nous pourvoyons nous-mêmes à nos intérêts et nous procurions aussi quelque avantag'e réel. Il me semble, qu'il doit être indifférent à la Russie, de quel côté lui vient le dédommagement, qu'elle a raison de prétendre pour les frais de sa g-uerre. Et comme cette guerre s'origine uniquement des affaires de Pologne, je ne saurais pas, pourquoi elle ne dût penser à se la procurer sur la frontière de cette même République. Quant à ce qui me regarde, si je ne veux pas faire trop pencher la balance du côté de l'Autriche, je ne pourrais pas non plus me dispenser de me procurer de la même manière quelque partie de la Pologne.
Cela me servira en guise d'équivalent de mes subsides ainsi que des pertes et dommages que j'ai également essuyés dans cette guerre. Et je serai bien aise de pouvoir dire, que c'est à la Russie que j'en ai principalement l'obligation de cette nouvelle acquisition, qui fournirait en môme temps une nouvelle occasion de raffermir nos liens réciproques et de les rendre encore plus indissolul)les, et me mettrait en état de lui être d autant plus utile dans une autre occasion.
Quant à la négociation pour la paix, Tlm- ]X'ratrice peut être assuré, que je ne discontiiuierai point de l'appus^er autant qu'il me sera possible et que je néglig-erai absolument lien pour lui procurer une paix glorieuse.
Je n'ai jusqu'ici rien comnnuiiqué des propositions de paix, qu'P^lle m'a confiées, à la cour de Vienne. Ce serait abuser de la confiance, que Sa Majesté Impéi'iale m'a témoignée en cette rencontre, et je n'en ferai aucunement rien connaître, qu après qu'Ellle-même m'en aura requis. Quoique d'ailleurs j'ai lieu de me flatter, que tout réussira à Son gré et que cette négociation se terminera à Sa satisfaction.
Du Comte Solnis à Panin.
(Cette dépêche est probablement le complément de la dépêclie précédente , ou écrite peu après.)
Lorsque S. M. le Roi de Prusse se trouvait en 1770 avec TEmpereur Romain à Neustadt en Moravie, la cour de Vienne était alois dans de bonnes dispositions à l'égard de la Russie; qui se sont altérées ensuite, tant par les insiiuiations de la France, que, parce-qu' encore la cour de Pétersbourg- n'a pas d'abord assez catég'oriquement accepté sa médiation; de sorte que le Roi a eu assez de peine pour empêcher, qu'elle ne renonçât pas tout-à-fait à emplo3'er ses Ijons offices pour le rétablissement de la paix entre la Russie et la Porte. Comme depuis l'alliance avec la France, l'Autriche ne craint plus le pouvoir de la Porte, que d'ailleurs les pitoyables campagnes des Ottomans lui ont inspiré du mépris pour elle: elle ne la regarde plus comme une voisine dangereuse, et il entre plutôt quelque jalousie contre la Russie dans sa façon actuelle de penser, de sorte que lopinion que le Roi s'est
— IG
faite sur la manière, dont cette cour emisage la situation des deux puissances belligérantes, est celle-ci:
Il croit que les Autrichiens se sont armés, pour donner plus de poids à leur négociation. Il croit, qu'ils ne consentii"ont jamais, que la Moldavie et la Valachie soyent détachées de la domination turque.
Il croit, que l'acquisition d'Asow, et ce que la cour de Russie stipulera pour le commerce, ne rencontrera aucune difficulté.
Il croit, que l'affaire des Tartares pourra encore s'arranger selon le désir de la Russie.
Tout ce qui vient d'être dit, le roi le juge ainsi, par les explications qu'il a eu avec la cour de Vienne sur ces matitres. C'est pourquoi il propose que: pour indemniser la Russie des frais de la guerre, elle doit avoir un morceau de Pologne selon son choix; peut-être pourra-t-on porter les Turcs à y ajouter encore une somme d'argent. Il est juste, et il faut que S. M. l'Impératrice ait un dédommagement pour les frais de la guerre. Les sentimens du Roi à cet égard sont très sincères et très purs. La cour de Vienne est plus jalouse de la Russie qu'elle n'est méfiante des Turcs. Elle craint le voisinage de la Russie. Le Roi, au contraire, propose d'augmenter sou
domame, en le rapprochant de ses propres frontières. Si elle veut prendre ce dédommagement sur la Pologne, il lui garantit que cette acquisition se fera sans que effusion de sang s'en suive.
La cour de Vienne à la réquisition du Roi sest expliquée au sujet des possessions quelle s'est appropriées en Pologne; elle lui a fait dire que: le pays de Zips lui appartenait depuis longtemps, et que les autres starosties avaierit été démembrées depuis longtemps de la Hongrie. Quelle avait repris son l)ien, et qu'à la pacification de la Pologne, elle montrerait ses documens et justiiierait ses droits et ses prétentionsi Ceci est clair. lia cour de Vienne donne l'exemple: ainsi la Russie et la Prusse sont autorisées à en faire autant.
Quant à la pacitication de la Pologne, il a paru au Roi par les discours qu'il a eu avec le Ministre autrichien qui est à sa cour, que: la cour de Vienne ne fera point de démarche contre le Roi de Pologne, que la Russie et la Prusse ont garante; et qu'elle s'arrangera même avec la première, pour mettre les Confédérés à la raison, ])ourvu qu'on se relâche un peu sur les Dissidens.
Pour ce qui est de l'armement des Autrichiens, ils ont changé le lieu de l'assemblée de leurs
troupes. Leur camp se formera à Pestli en Houg'rie; et les troupes qui viennent de l'Italie ne pourront sy trouver toutes que vers la iin de Juin, suivant la route qui leur a été donnée. En conséquence de tout ceci, Tidée du lloi est: que la Russie entre d'abord en délibération avec la cour de Vienne, touchant les conditions de la paix avec les Turcs. Ensuite, qu'elle convienne avec Sa Majesté sur les acquisitions à faire des deux côtés en Pologne. La cour de Vienne ne saurait s'y opposer. Ce n'est pas dans son voisinag-e. Et de plus, elle leur donne l'exemple, ayant été la première à prendre. Il ne s'agit donc que de s'entendre au sujet de la Moldavie et de la Valacliie, et en ce cas le Roi est persuadé, que si l'on veut ajouter quelque foi à ses paroles, le reste réussira à la satisfaction de l'Impératrice de Russie et de sesAlliés^).
^) Cette Dépêche importante écrite de la main de Solms , est sans date et sans signature. Elle paraît avoir été rédigée après celle du 2 Mars ; au moins , autant qu'on en peut juger par l'Itinéraire, qui y est joint, et d'après lequel 7 Régimens italiens doivent, à partir de la fin de Mars 1771, se metti'e en marche vers la Hongrie, pour être rendus a Pesth à la fin de Juin. — C'est probablement un supplément ou plutôt un développement explicatif de la lettre antérieure du Roi, datée du 2 Mars.
Du Comte Solms au Comte Paiiin.
16 Mai 1771.
J'ose aussi recommander à Votre Excellence l'affaire qni regarde les intérêts particuliers du Roi, mon Maître, combinés avec les intérêts particuliers de la Russie. Je n'ai pu Lui dire hier, qu'en deux mots seulement, ce que le Roi m'a écrit là-dessus tout nouvellement. L'affaire lui tient à coeur, et il ne s'en désistera plus; et si je ne suis pas en état de lui donner bientôt des assurances positives là -dessus, je m'expose à de sanglants reproches de sa part, outre que je ne saurais répondre du parti qu'il prendra de son propre conseil. Il a adopté la maxime: que, comme on ne fera qu'imiter l'exemple d'un autre, celui-ci n'aura pas sujet de se récrier; ainsi qu'il ne sagit que d'exécuter ce qu'on a résolu. Je ne sais pas trop ce qu'il y à répondre là- dessus, car la Maxime me paraît juste. Je supplie donc Votre Excellence de ne pas mettre sa complaisance à attendre la résolution de la Cour d'ici, à une trop forte épreuve.
Le CoDite Solnis au Comte Panin.
l'J Mai 1771.
Comme c'est aujourcrimi le jour que Votre Excellence a fixé pour remettre au Prince Lobkowitz ce qu'elle lui a destiné') pour l'information de sa cour; je la supplie de vouloir bien se souvenir, qu'Elle s'est proposée, de me donner en même temps les pièces qu'f^lle désire faii*e parvenir à la connaissance de la mienne, et cela de façon que je puisse gagner un jour pour renvoi de mon courrier. Je désirerais, avant de dresser ma dépêche, de pouvoir Lui montrer ce que j'ai noté de l'entretien que nous avons eu l'autre jour, la carte géograpliique en main, sur l'objet qui intéresse le Roi de Prusse en particulier. Pour soutenir mon crédit personnel auprès de lui, il est nécessaire que je puisse lui présenter quelque chose, qui lui serve de conviction que Taffaire est entamée, et qu'elle est dans le train où il l'a désiré de voir.
-) Probablcmeut les conditions dv \rdix do la Paissic.
Le Prince Lobkowitz m'a demandé encore Lier: si je ne croyais pas qne la Moldavie et la Yalachie pourrai! convenir an Prince Henri de Prnsse?") Je Ini ai répondu nég-ativement. Ensuite il nous a paru à nous tous les deux, qu'il ne serait pas décent, d'ôter ces pays aux Turcs pour les donner au frère d'un Roi, que la Porte a choisi, pour lui contier ses intérêts; ])arce-que cela aurait l'air intéressé et paraîtrait a^•oir été concerté aupara\'ant avec la cour de Kussie. Pour cette même raison, il estimait aussi, que la cour de Vienne ne pourrait rien prendre de ces pays -là, quoiqu'elle trouverait son a^■antag•e à pouvoir rétablir les anciennes liniites par l'occupation d'une partie de la Yalacliie jusqu'à la rivière de FAI ut a. Enfin pour son particulier, il trouve de la raison à ne pas restituer ces deux provinces à la Porte, mais il lui semble difficile de déterminer à qui les donner;-^) parce-que la portion paraît un peu o-rande, pour en auo-menter le royaume de Poloo-ne. Le Prince Lobkowitz a lâché encore
^) Ceci a trait à la cléclaration de la Russie, qu'elle ne demande pas la Moldavie et la Yalachie pour elle même ; mais que , seulement , elle ne veut pas laisser ces pays aux mains des Turcs. — Donc, à qui les donner?
•"*) EmbaiTas de richesse !
quelques autres propos pour faire croire, que sa cour n'aurait point de jalousie, que le Roi de Prusse fit Tacquisition de Dantzio-;*) mais que l'Impératrice -Reine lui avait témoig-né verbalement à lui-même: „qu'Elle ne voidait que répéter ses droits." — Je ne sais pas si Votre Excellence pourrait faire usage de ceci, en attendant j'ai cru bien faire, de ne pas le I^ui laisser ig-norer.
*) Probablement, pour le porter au silence sur la prise de possession de Zips par les Autrichiens, et rien de plus. Il ne fut encore nullement (juestion, d'un plan de partage avec l' Autriche.
Extrait de la Dépêche du Koi au Comte
Solms.
14 Juin 1771.
Je suis si satisfait de votre Dépêche du 2 (le ce mois*) que, quand même je n'acquérerais pas un villag-e de la Prusse polonaise, la façon de penser de la cour de Pétersbourg, sincère et aimable, me tiendrait lieu de toute possession ultérieure. Cependant, comme cette cour se trouve dans des dispositions aussi a\'antao-euses, je crois, pour commencer par ce qui me regarde, qu'on pourrait lui propos,er la possession de la Pomérellie, excepté Dantzig-, et, pour équivalent de cette ville, la starostie de Culm et de Marienbourg-, ou, si cette proposition paraîtrait trop difficultueuse, au lieu de la Pomérellie, la Warmie, Elbing*, Marienbourg et Culm: mais la première proposition sera toujours la })lus avantageuse, si vous pouvez l'arranger ainsi, parce- qu'elle me
^) Dans laquelle il obtint l'assurance désire'e, que la Eussic entrait enfin dans le plan de partage proposé.
(1 on lie une eoinmunicatioii avec la Prusse, dont autrement je demeure toujours LOupé par la Pologne. Je me coniie à votre zèle et à votre habilité de faire réussir la première. — • Quant aux affaires qu'il s'agit de traiter à roecassion de cette acquisition, je crois qu'il est absolument nécessaire, qu'il se tasse une convention entre les deux cours de leurs acquisitions mutuelles, et, pour cet effet, vous en trouverez le plan ci-joint-). Je n'entre i)oint dans la portion que la Russie se destine, et j'y ai laissé exprès table rase, pour qu'Elle la règle selon ses intéré'ts et son bon plaisir. — A présent, j'entre en discussion de ce que demande l'exécution de ce plan, et je commence par applaudir sincèrement au Comte de Panin, (pii, en communiquant aux Autrichiens ses propositions de la paix, n'a fait aucune mention de la Pologne et de son démembrement, parce-qu'il est prudent d'attendre les sentimens de la cour de Vienne sur la paix, avant de lui faire de nouvelles propositions, — J'espère bien qu'on aura à votre cour assez de contiance en moi ])our croire que, si je jiuis rendre le Prince de Kaunitz coulant })ar mes représentations, je le ferai, mais à })résent je
-) Premier projet du lloi
suis bien éloigné de gouverner ces gens, qui (biiis le tbiul demeurent les ennemis irréconciliables de ma maison. — Après tout, quand il s'agit de faire une paix de l'importance de celle-ci, la cour de Pétersbourg doit se préparer à trouver des obstacles, quoi -qu'avec vérité il faut a^'Ouer, qu'en considérant ses succès, ses propositions sont modérées, mais il faut se pré- ))arer à cela, et, avec un peu de fermeté et de liant dans la négociation, l'Impératrice de Russie réussira dans le gros de l'affaire. Je crois donc, qu'il ne faudra parler de nos droits respectifs, dont de notre côté les déductions sont prêtes, ([ue lorsque la négociation avec les Turcs aura conmiencé à prendre consistance. Les raisons en sont, qu'il ne faut pas effaroucher tout à la fois la cour de Tienne par des objets trop multipliés, et que lorsque la négociation de la ])aix sera avancée à un certain point de consistance, il ne dépendra plus des Autrichiens de la rompre, si nous déclarons alors unanimement nos vues sur la Pologne, en nous fondant sur l'exemple que la cour de Vienne nous en a donné par sa }»rise de possession de certaines starosties, dont on la laisse jouir tranquillement. P^lle n'aura premièrement rien de bon à répondre, parce -qu'elle a été la première
à nous montrer le eliemiii. Fa\ second lieu, fai
tâclié de me mettre en ee temps aussi bien au l!
fait que possil)le de ses ressources, et voici ce \]
qui m'en revient. Elle ne peut compter en rien !;
sur l'assistance de la France , qui se trouve dans ||
un état d'épuisement si aflFreux, qu'elle n'a pu d
donner aucun secours à l'Espag-ne, qui se trou- j-
vait sur le point de déclarer la guerre à l'Angle- ];
terre, et si cette guerre ne s'est pas faite, il \l
faut l'attribuer uniquement au bouleversement des p
finances de la France. Or voici donc comme je [•.
raisonne: Si la cour de Vieime a même en\'ie f:
de faire la guerre, voudra -t- elle la déclarer, v
sans es})oir d'aucun allié, à la Russie et à la ji
Prusse en même temps? Cela ne me paraît ni (i
vraisemblable, ni probable, ainsi nous n'avons [î
rien à craindre avec le projet d'acquisi- [■
tion sur la Pologne, — Je garantis aux ti
Russes tout ce qui se trouve de leur r
convenance, ils en feront autant envers moi, i]
et, supposé que les Autricliiens trouvassent leur 'i
portion en Pologne trop faillie en comparaison |!
de la nôtre et qu'on voulut les satisfaire, il n'y I
aurait qu'à leur offrir cette lisière de j^
l'état de Venise, qui les coupe de Trieste j^
pour les mettre en repos, et quand même {!
ils feraient les méchants, je vous réponds sur i;
ma tête, que notre union bien constatée avec •
la Knssie, les fera ])as.ser par tout ce que nous \()U(lrons. C'est pourquoi je prends sur moi toutes les garanties que la Russie exigera, des terrains qu'elle trouve convenable à son arrondissement, et je crois, que je ne risque certainement pas la guerre à donner ces garanties. Cette affaire ne demande que de la contenance et de la fermeté, et je réponds d autant plus de la réussite, que ceux qui pourraient s'y opposer, saA'oir, les Autrichiens ont affaire à deux puissances et n'ont aucun allié pour les épauler. — J'espère que vous ferez un bon usage de cette dépêche, et qu'au retour du courrier vous me renverrez la convention signée; et sur ce, etc.
Fédéric.
Le Roi de Prusse au (Jointe Bolni.s.
30 Juin 1771. 'J
ji
JM;;'i]()re encore riiii])re^sioii, ({ue les propo- ji sitioiis (le la Russie*) ont fait sur la cour de \' Vienne. Juscj[ii'ici le Prince Kaunitz est muet comme une carpe à ce sujet, et selon mes dernières lettres, il n'en avait pas sonné le mot ni envers mon ministre le seigneur de Rliodt, ni ji envers le Prince Galitzin. Le lîaron Swieten | oliserve de même un profond silence à ma cour. ' J'attendi'ai encore quelques jours pour voir si ji le Prince Kaunitz ne se déboutonnei'a pas à la |i tin, et me fera parvenir quelques ouvertures; |i mais, s'il continue à lambiner, il faudra ))ien !i qne je lui donne l'éveil, ))Our apprendre ce qu'il li en pense et Tusage qu'il se pro])ose d'en faire. ;:
*) Les propositions de la Uiissie ]iour la paix avec }
les Turcs. — Le mutisme de Kaunitz s'explique par les. I
négociations qu'il avait entreprises, pour un traité d'al- j
liance offensive et défensive avec les Turcs , lequel fut | siffné le 6 Juillet,
Quant aux troubles de Pologue, ^ous vous souviendrez, que lorsque vous m'avez annoncé la nomination du seigneur Saldern pom* succéder au Prince AYolchonsky, je vous ai dit dans ma réponse, que je ne croyais pas, que celui-là serait plus heureux que lautre dans sa négociation. Je connais trop bien le caractère des Confédérés pour me flatter, que les représentations puissent faire effet sur eux, et vous verrez, qu'ils continueront toujom'S dans leur obstination, jusqu'à ce que le congrès pour la paix sera elfectivement établi, et que la négociation aura commencée. Ce n'est aussi qu'alors, qu'on pourra penser à établir dans ce royaume une diète de pacification. Mais avant d'y procéder, il est essentiel que la llussie et Moi nous nous soyons concerté sur nos acquisitions, et que nous soyons entièrement d'accord à cet égard, afin de leur en faire en même temps la proposition, et la faire réussir conjointement avec la pacification de leur patrie. Pour les faire revenir à la raison, il n'y a que la force qui les y obligera, et si la Russie, après avoir retiré ses troupes des états de la Porte, les laisse pour quelque tem})s seulement en Pologne, les Confédérés ne regimberont plus, ils accorderont toutes les propositions qu'on leur fera, et s'accommoderont infaillil)]emcnt. Je suis sûr encore qu'il y a
long-temps qu'ils Tauraieiit fait, si la Russie avait eu seulement 10,000 hommes de plus à leur opposer, et qu on n'avait été obligé de faire tant de petits détachements et de courir quelquefois 30 à 40 miles, pour les atteindre, ce qui a auo-menté Taudace des autres.
Par un certain sentiment d'équité, et pour dédommag-er la Pologne de ses pertes, dans le partage projeté, le Roi ])ensait à lui donner ce qui était alors la véritable „pomme de discorde" entre la Russie et la Turquie, c'est-à-dire la Moldavie et la Valachie. C'est pourquoi le Comte 8olms écrivait au Comte Panin, en date du 24 Juin 1771: Sa Majesté est revenue une seconde lois dans cette dépêche à l'idée de céder la Moldavie et la A^alachie à la Pologne, en équivalent des provinces, qu'on se propose de lui enlever. Il la regarde comme un tempérament propre à contenter tout le' monde." (seulement les Turcs excepté!)
Et plus tard, dans une Lettre du Itoi a Solms, en date 3 Juillet 1771:
„La principale pierre d'aclioppement sera toujours l'article de la Moldavie et de la Yalacliie; mais si ces deux provinces sont incorporées à la Pologne, la cour de Vienne n'aura plus sujet de s'o})poser à leur eidènenient aux Turcs. (Jette réunion à une puissance assez failde par elle-même, ne saurait lui donner la moindre jalousie, et connue elle doit servir en même temps de dédommag'ement pour les provinces que la Russie, Moi et l'Autriche nous nous proposons de* prendre sur la Pologne, la dernière aura d'autant moins raison de s'y opposer, que la Pologne n'acquérera pas par là plus de forces et n'obtiendra pour ainsi dire rien de plus que ce que nous comptons conquérir sur elle. Pour toutes ces raisons il me semble aussi qu'il ne serait pas mal de faire marcher la négociation de l'acquisition avec celle du dédommagement d'un ])as égal dans le même temps.
Du reste, je m'attends à recevoir bientôt de vous des nou\'elles de la conclusion de la convention pour les acquisitions, et Ton peut compter
en Russie, que je serai fidèle à mes promesses; (juoiquil me semble toujours que T Autriche ne le laissei'a ])oint venir à des extrémités, mais que plutôt, après quelques contrariétés de sa part, toute la négociation prendra une tournure favorable aux intentions de la Russie. Aussi paraît-il de plus en plus, que le nombre des troupes qu'elle rassemble au camp de Pestli, n'est pas aussi considérable qu'on l'a d'abord débité, et que tout ce campement n'aboutira qu'à une simple ostentation.
Du Comte Solm.s au Comte Panin.
(Sur le refus du prince Kaunitz d'accepter les coiiditious 'do paix de la part de la llussic.)
11 Juillet 1771.
. . . J'ajouterai encore une réflexion, c'est que je crois qu'il serait à propos présentement (le songer à achever la convention secrète pour les acquisitions en Pologne. La cour de Vienne refusant sous le prétexte d'un désintéressement total d'entrer là-dessus avec nous^), il devient nécessaire de nous entendre sur le parti que nous aurons à prendre. Et comme je me flatte, que par le consentement mutuel de nos deux cours l'essentiel de l'affaire est fait, et qu'il ne s'agit plus que des formalités, j'ose prier Votre Excellence, de vouloir bien aviser elle-même à un expédient de faire avancer cette affaire.
^) La cour de Yienue avait à cette e'poqiie (6 juillet 1771) conclu sou Traité d'alliance avec les Turcs, et uo pouvait donc , en conséquence , adhérer aux propositions de leurs adversaires.
Du Eoi de Prusse au Comte Solms.
21 Juillet 1771.
. . . Pour ne point embarrasser la Russie dans la portion qu'on me fait en Pologne, je renoncerai volontiers à la ville de Tliorn, pourvu que j'obtienne celle d'Elbing, dont depuis longtemps ma maison possède le territoire. C'est une bagatelle, et il n'en coûtera qu'un coup de plume à la Russie. Je dois seulement ajouter à ceci un petit éclaircissement pour \()tre direction. Le Roi de Pologne tire des revenus de Marienbourg et de la Prusse polonaise ^). Il faudrait penser à lui donner quelque Starosties à la pacitication générale, pour l'indemniser de cette perte. Cette circonstance mérite d'être préMie et arrangée d'a^'ance et vous ne manquerez pas d'en parler au Comte Panin.
*j Comme le Eoi glisse adroitement sur Tacquisitiou d'Elbîug, et dirige rapidement l'attention sur un autre sujet!
Le Roi veut iiisi)irer de la crainte à Tlmpératriee, à cause de ses g-randes prétentions, et, dans ce but, il termine ainsi une dépêche à Solms, en date du 5 Août 1771, dans laquelle il a parlé des difficultés que fait l'Autriche: „Je „commence à me persuader, que les affaires se „hrouilleront plus qu'on ne pense, et je crains „fort qu'elles n'allument le feu de la g'uerje „rannée prochaine."
Plusieurs dépêches, écrites sur ce ton, laissent voir que le Roi \'eut faire à la Russie un épouvantail d'une guerre possible avec riVutriche, atin que l'Impératrice rabatte de ses trop grandes prétentions, particulièrement au sujet de la Moldavie et de la Valachie. Tantôt il lui représente les armements de l'Autriche; tantôt des négociations secrètes avec la France, ou avec la Porte; tantôt un em])runt à Gènes et à Amsterdam; puis encore la création de 12 millions de florins de coupons, ajoutant qu'il ressortait mani festement de tout cela que l'Autriche nourrissait des intentions belliqueuses contre la Russie 2).
2) La cour do Vienne devait, à cause de son Traite conclu à cette époque avec la Turquie (le G Juillet 1771), se donner l'apparence d'une grande activité belliqueuse, pour conserver sa considération auprès de la Porte.
IG
Du Eoi au Comte Solms.
10 Août 1771.
J'ai été bien aise d'avoir été informé de l'effet qu'a produit sur la cour de Pétersbourg le déni de la cour de Arienne de se charg-er de la médiation auprès de la Porte. Je crains bien que la réponse, qu'on se propose d'j faire, ne fera pas changer sa façon de penser; je crains plutôt qu'en insistant a^'ec trop de fermeté à vouloir arracher aux Turcs la Moldavie et la Valachie, on ne les contraigne à se lier plus étroitement avec la cour de Vienne*) et, s'ils lui rendent Belgrade, voilà une alliance offensive formée contre la Russie." Il me semble que ce n'est pas le cas où la Russie doive prolonger et multiplier les difticnltés d'une guerre pour deux provinces, dont elle ne veut pas elle-même conserver la possession; et que pour éviter une gueri-e générale, que je prévois sûi-ement, il faudrait sacrifier quelque chose de ses conquêtes, et
*) Frédéric ne savait pas encore à cette époque, que cette alliance plus étroite était déjà conclue.
se dédommager sur la Pologne des frais de eette g-iierre. Si, au contraire, elle persiste à vouloir démembrer de Tempire Turc des provinees limitrophes aux possessions de llmpératrice-Reine, je pré\'ois qu'il en résultera une rupture entre la cour de Vienne et la Russie. — Vous pouvez en attendant assurer la cour où voim êtes, qu'en conséquence du désir de Sa Majesté l'Impératrice, j'avais fait passer les propositions de sa paix, qu'Elle offre aux Turcs, à mon Ministre à Constantinople pour en faire usage. .J'avoue cependant, que je n'attends aucun fruit de cette démarche, parce -que je suis sûr que les cours de Vienne et de France y mettront de bonne heure des entraves, et empêcheront le succès de mes représentations. Au reste, je ne veux pas vous laisser ignorer, qu'on me mande de Menue, que les grands succès des Russes contre les Tartares') ont fait une très vive impression sur le ministère Autrichien, et qu'on en est si embarrassé, qu'on n'en parle pas fort haut.
-I On veut dire la campagne du prince W. Dolçroruki en Crimée, en 1771, laiiuelle se termina par la eonquète de cette presqu'île.
Du Roi au Comte Solnis.
29 Août 1771.
Il n'y a jusqu'ici encore rien de perdu pour notre convention secrète, j'attendrai patiemment l'arrivée du contre-projet, qui est d'ailleurs d'une trop grande importance pour ne pas y procéder avec toute l'attention imaginable dans les conjonctures présentes, qui exigent la plus mûre délibération. Il s'y agit des engagements qu'il faut soutenir et remplir dans la suite avec fidélité et exactitude, et il importe surtout infiniment, de pourvoir à tous les cas qui pourraient alTi^'er. Cette précaution me paraît d'autant plus nécessaii-e depuis que j'ai appris que la cour de Vienne fait jouer à Versailles tous les ressorts imaginables pour l'entraîner dans ses idées et lui inspirer son goût pour la guerre. Je fais suivre cette affaii-e de bien près, pour en approfondir le secret. En attendant les différentes négociations pécuniaires, que la cour de Vienne a fait entamer depuis peu, indiquent assez que c'est effectivement son sérieux d'entreprendre quelque chose l'année prochaine.
— En attendant, je ne saurais que réitérer à la cour de Russie mes conseils et Fexhorter de nouveau très sérieusement de faire tous les efforts imaginables de renforcer ses armées tant contre les Turcs que contre les Confédérés. Elle en aura sûrement besoin l'année prochaine, pour faire face partout, et je suis plus que persuadé, qu'elle n'aura aucun lieu de regretter ni les frais, ni les peines qu'elle aura employés pour mettre ses forces sur un ])ied encore plus respectable.
18, Dépêche du 8 Septembre 1771.
Après que le Koi a parlé des préparatifs de g'iierre de la cour de A ienne et de son emprunt à Gênes et à Amsterdam, il continue ainsi:
,,8'il en résulterait une guerre, elle pourrait bien être accom])a2:née d'un grand hasard, tant pour Moi que pour la Russie. Je ne vois qu'un seul moyen de l'éviter, et c'est la renonciation au démembrement de la Moldavie et de la Valachie de l'empire Ottoman. Vous vous rappel erez que j\ai toujours pensé que ce serait Tunique moyen de prévenir une nouvelle guerre et de i)arvenir peut-être à la qaix. — La Russie ne perdrait rien par cette renonciation, parce qu'elle a déjà déclaré, que ce n'est pas pour elle qu'elle prétend faire ce démembrement. Elle y gagnerait plutôt, parce qu'elle mettrait la cour de Vienne entièrement dans le tort."
Du Koi au Comte Solins.
10 Septembre 17 71.
Votre dernière dépêelie ni'a})preml la faeon dont on pense à la cour où vous êtes, sur une matière aussi intéressante que l'est l'appréhension d'une g'uerre générale en Europe, Je vous dirai qu'en gros, je me trouve à peu près de l'avis du Comte Panin sur le fond des choses, et nous ne différons que pour les moyens. Voici donc ma manière d'envisager les clioses relativement à la Russie. Premièrement, si la cour d'Autriclie se déclare, il faut s'attendre qu'elle agira de concert avec les Turcs en Moldavie et en A'alachie, pour en expulser le Comte Komanzow. Voilà déjà un grand hasard que d'avoir deux ennemis à combattre au lieu d'un , mais ce n'est pas tout. Aussitôt que la cour de Menue aura fait une levée de Ijoucliers, il faut s'attendre, qu'en Pologne il se formera une confédération générale contre la Russie, qu'on élira un autre Roi, et que peut-être les Polonais feront des
incursions en Russie, et obligeront à entretenir (les corps séparés pour couvrir les propres frontières. On me dit à cela que, au moyen d'une di\'ersion de ma part, la Russie pourra facilement venir à bout du reste; mais, en ce cas, j'attire sur moi toutes les forces de la maison d'Autriche, le corps auxiliaire des Français, et tout ce que la cour de Menue pourra amasser de troupes des petits Princes de l'Empire pour m'opposer. De sorte que je m'attirerais 200,000 liommes sur les bras. Comptez avec cela deux années de disettt3 consécutives que nous avons eu, qui me mettent pour le moment présent liors d'état, quand même je le voudrais, de faire mouvoir dix mille hommes. Je demande après cela si, vu l'état des choses, il ne serait pas de la prudence et de la sagesse de tenter, a^ant ({ue d'en \'enir à ces extrémités embarrassantes, les \'oies de la conciliation? Je regarde l'Empire Ottoman très humilié avec les pertes qu'on en veut détacher, quand même il garderait la Moldavie et la Yalachie, et je croirais, qu'il serait dans les règles, pour mettre tout le tort du côté des adversaires, de les tâter pour savoir si, en se désistant de la ^loldavie et de la Valachie, ils voudraient souscrire au reste des conditions? Il n'y a encore rien de perdu à [u'ésent, l'hiver approche, et on s'éclairerait par
iiiie démarclie ansi^i modérée sur les véritables intentions de la cour de Menne. Il est certain, qne jusqu'à ce moment il n'y a aucun traité de sigué ') entre elle et la Porte, mais il est vraisemblable quïl pourra se signer cet hiver. Si la cour de Vienne refuse dès lors d'entrer en accommodement, elle met tout le tort de son côté, et alors il faut faire la guerre, parcequ'on ne peut l'éviter. Si on se met à la place de la cour de ^^ienne, on sera obligé de convenir qu'elle a quelqu' intérêt de ne pas voir la Moldavie et la Valacliie entre les mains d'un Despote dépendant de la Ivussie.
Mais, d'un autre côté, je ne saurais trouver l'intérêt qu'elle prend à la Crimée et aux autres conditions que la cour de Pétersbourg a stipulées. C'est ce qui me fait croire que le Prince Kaunitz a pris le ton dur de tout refuser, pour ol)tenir ce qui l'intéresse le plus, et je me persuade que, s'il perd tonte es})érance d'adoucir l'article de la Molda^'ie et de la A'alachie, il se li\rera alors sans i)lus rien ménager aux partis les plus violents. De là l'alliance avec les Turcs, des traités avec les Confédérés en Pologne, et
*) Preuve, que Frédéric n'avait pas encore connaissance du traité du 6 Juillet 1771 entre l'Autriche et la Porte.
l"ac-ti(in (le toutes les maeliines qu'on pourra mettre en oeuvre contre la Russie. Des objets aussi iiuportans demandent de mûres réflexions, et je me persuade qu'on ne nég-ligcra pas de les faire là où vous vous trouvez. Jusqu'ici la Russie a joui de succès non interrompus. Il y a jjeu d'exemples dans l'histoire d'une prospérité aussi soutenue, mais c'est cela même qui devrait taire faire des réHexions aux hasards auxquels (in va s'exposer de nouveau, et qui me paraissent des plus g-rands, si on ne s'v prépare pas d'avance. Mon avis est, soit que la négociation que je propose réussisse ou manque, il faut que la Russie fasse un plus grand effort cette année ([Ue les précédentes, pour conqiléter entièrement Taimée du Comte Romantzow et du Prince Dolgorouk}' en Tartarie; et il faut doubler le nombre des troupes en Pologne, pour se mettre en état de résister à ce nouvel orage qui s'approche. (Je sont des mesures que la cour de Russie ne saurait se dispenser de prendre, sans se mettre au hasard de voir échouer tous ses projets.
Je crains fort que les propositions de paix de l'Impératrice de Russie, que j'ai fait passer à Constantinople, ne seront pas favorablement reçues. Le Pacha révolté du Caire-) a été battu
-) Ali-bey d'Egypte,
à Damas, et la cour de Vienne intrigiiei'a si bien à Constantinople, qu'il ne faut pas se flatter d'en recevoir une réponse favorable. Je prévois que les Turcs insisteront à ce que toute nég-ociation passe par les deux puissances, qu'ils ont choisi pour médiateurs.
Extrait d'une dépêche du Eoi de Prusse.
25 Septembre 1771.
Comme je vois avec gTaiid plaisir que la cour de Pétersbourg, en cultivant des idées j)acitiques et modérées, soug-e en même temps sérieusement à la situation })résente des affaires, et qu'elle jorend des résolutions vig-oureuses et convenables aux conjectures politiques où elle se trouve, je regarde, en qualité d allié, de mon devoir de lui parler avec franchise sur les mesures qu'elle se propose à prendre. D'abord, je crois devoir lui conseiller de ne pas oublier de compléter à temps le corps du Comte Romanzow et celui qui se trouve en Crimée. Ensuite, pour employer avec succès les 50,000 hommes qui doivent se former en Pologne, il serait bon de commencer })ar désarmer les confédérés en Lithuanie, et de nettoyer entièrement ce pays des troupes que le Comte Oginski commence à rassemblera; ensuite de s'avancer sur
') Ce qui fut fait par Souvorow, qui, le 11/22 Septembre à Stalowice , dispersa le corps d'Oginski.
la Mstiile et de prendre une poi^itioii entre Scndoniir et Cracovie, parceque de là cette armée menace la Hongrie, et retient nécessairement les Antricliiens de ne pas passer leurs frontières de Transylvanie, mais de se contenter à couvrir leur royaume de Hong-rie. Quant à moi, c'est affaire de discussion si, au cas que les Autrichiens veulent attaquer les Ivusses, il ne vaudrait pas mieux que je lisse une puissante diversion en Moravie et sur le Danube, pendant que cette nouvelle armée Russe marchât droit sur les derrières de celle des Autrichiens, qui voudraif pénétrer en Valachie; et en y ajoutant encore une diversion en Bohême-), la cour de Vienne serait obligée de recourir à la paix bien vite. Vous trou^■erez ci-joint une route qui indique le meilleur chemin pour entrer en Hongrie et pour y faire une diversion, au cas que les Autrichiens \'Oulussent pénétrer en Valachie. C'est pour cette laison que je propose de former Tarmée entre Sendomir et C^racovie, parceque c'est précisément sur ce chemin qui donnera le plus à penser aux Autrichiens que toute autre route qu'on j)ourrait prendre.
Les deux meilleurs chemins pour entrer en
^) C'est-à-dire par les troupes du Roi de Prus: comme l'explique plus tard le Comte Solms.
HongTie, sont: rnii de Cracovie à Cwitziin, (Oswiçcim), lîisitz, (Bielitz) vers Rosemberg et Ne 11 sol, d'où Ton peut tourner vers le Tlieiss ou le Danube. — L'autre va de Sandomir à Sandecz, Palotza, Poldalitz fPodolincz) à Leutschau ou de quel côté qu'on veut tourner.
Comme cette guerre me mettra dans une grande dépense, j'espère que pour m'en dédommager, et pour proportionner les dangers que j'ai à courir dans le pays de Clèves, on consentira d'ajouter à ma part en Pologne la ville de Dantzig, qui ne peut presque pas être séparée du pays auquel elle appartient, sans qu'il en résulte les plus grands inconvénients. S'il ne fallait point se battre, j'aurais trouvé ma portion au delà de mes espérances, mais, comme je vols bien qu'il en faudra venir à un dénouement sérieux, je ne crois pas de demander trop. Si la Russie veut de sou côté augmenter sa portion en Pologne, relativement à ce que je pourrais gagner par la ville de Dantzig, je le trouverais très juste, et je lui garantirai le tout sans difticulté.
Mes plus grands embarras me viennent à présent de la disette qui régne généralement en Allemagne, mais qui pourra bien oljliger les Autrichiens aussi à attendre la moisson prochaine pour agir. Malgré cela, j'ai envoyé en
Pologne acheter 7200 clievanx, pour remonter ma cavallerie, et je serai obligé de faii*e encoi-e bien des augmentations, de sorte qne je ne pourrai difiicilement entrer en jeu que vers le mois de Juillet ou d'Août de l'année prochaine. Je crois pourtant que ce sera assez à temps. Car, si les Autrichiens veulent entreprendre contre la Valachie, ils ne le pourront faire que vers ce temps; ils ne voudront pas agir seuls, et les Turcs n'entrent jamais en campagne avant le mois d'Août.
Pour ce qui regarde les essais que je fais pour amener la cour de Vienne pnr le raisonnement, je vous assure, que je ne lui ai point déguisé que, quoique je n'avais pas garanti ni la Moldavie ni la Valachie à la Russie, ce quelle m'a objecté, je ne pourrais poui-tant pas souffrir dans l'inaction, qu'on attaquât mon Allié. Comme elle ne m'a point encore réjiondu à cette conversation que j'ai eue, il y a huit jours, avec Van Swieten, j'attends ce qu'elle me dira, pour le communiquer en Russie, et jiour lui répondre alors comme il convient.
Quant à ce que la cour de Pétersbourg exige de moi, de presser les Turcs d'accepter l'ouverture d'un congrès, je l'ai déjà fait, comme vous l'aurez vu par la lettre que j'ai adressée à Zegelin, et je vais écrire encore à Constantinople,
})Oiir presser ces «-eus selon les désirs de l'Im- ])ératrice. Mais, supposé, que les Autricliiens commençassent à se j'adoucir, il faudra toujours faire marcher ces 50,000 hommes en Pologne, parceque cela obviera à bien des longueurs, et rendra la paix plus prompte. Un effort fait à temps, épargne bien des années de guerre et de dépenses, que la longueur des expéditions accumule.
D'ailleurs, vous verrez par la lettre ci-jointe de Constantinople, les intrigues que les Autrichiens y font. L'idée est très bien ménagée, de taire la môme chose contre eux dans ce pays-là.
Du Roi au Comte Solms.
6 Octobre 1771.
On dit, que la seule raison, qui empeclie le Grand-Seigneur de songer à la paix, est, qu'il api)réliende , qu'en faisant un mauvais Traité et perdant des provinces, le mécontentement du peuple se prendra directement à lui, et que dans un soulèvement il lui en coûte la tête. Cependant il ne pourra pas coiitinuer toujours la guerre, et pour peu qu'on puisse être autorisé par la Russie de l'assurer, qu'on ne le traitera pas à la rigueur, je crois qu'il consentira au congrès qu'on lui pro])Ose. I.a cour de Vienne n'a point encore répondu au dernier Mémoire de celle de Pétersbourg, je sais qu'elle attend i)réalablement quelques explications de Constantinople et de ^^ersailles. Il faut la laisser agir et aller son chemin, pourvu seulement que l'Impératrice de Russie se relâche à l'égard de la Moldavie et de la Valachie.
En attendant et vu tous ces grands é\'ènements qui se ])réparent, je ne crois pas inutile de vous instruire, de. quel fardeau je me charge, et dans quelle dépense je vais m'engager, pour
soutenir la o-nerre contre rAiitriclie. 11 faut que vous sacliiez que })our les magasins, vivres et chevaux, la consommation d'une campag-ne, y compris les munitions de guerre, monte à onze millions d'écus par année. La disette générale rend cette dépense bien plus forte que si nous a\ions eu d'heureuses récoltes. Il faut de plus, que je me prépare des troupes subsidiaires de Hessois, de ceux de Brunswick, et de tous les princes, qui seront disposés de m'en donner, pour couvrir le pa^'s de Clèves contre les attaques des Français. Il faut compter pour cet effet, au moins douze cent mille de subsides; pour les magasins et approvisionnements de ces troupes, quinze cent mille; de sorte que le total de la dépense d'une cami)agne offre un objet de 13,700,000 écus. Yoilà ce qui me fait insister sur la ville de Dantzig; c'est une \ille de ressource, elle pourra fournir quelque chose, et on trou\Tra des sommes à prêter, qui faciliteront le poids, dont je vais me charger. A'ous trouverez peut-être étrange, que je me ])répare à une diversion de la part des Français, mais pour ^ ous montrer que la chose est apparente, il faut que je vous dise, qu'on écrit de Paris, que: „L'ambassadeur de Vienne, après la réception d'un courrier extraordinaire de sa cour^ a demandé une audience i)articulière du Roi, où
le duc d'Aig-uilloii a assisté. Que cet ambassadeur, à ce qu'on assure, était chargé de proposer à Sa Majesté très chrétienne, de faire cause commune avec l'Empereur, pour empêcher le démembrement de l'Empire Turc, la Porte s'eng-ageant de payer à la France les mêmes subsides, qu'elle offrait à l'Autriche. Mais qu'on ignorait la réponse qui avait été donnée à cet ambassadeur."
Si la coiu' de Vienne fait à présent ces tentatives, combien son empressement ne redoublerat-il pas, quand elle verra paraître en Pologne une nouvelle armée de Russes de 50,000 hommes. C'est alors que le Prince Kaunitz redoublera son éloquence, pom* engager la France à soutenir la cause. H serait honteux à moi, si, après une longue expérience des affaires, je ne prévoyais pas à temps, ce qui peut ou doit arri\-er, et si je ne me mettais pas de bonne heure en état de résister à tous les dessins de mes ennemis. Cela coûte de l'argent, mais quand il faut faire la guerre, il ne faut jamais épargner. C'est pourquoi avant de l'entreprendre, il est nécessaire de régler de bonne heure ses avantages; de manière qu'à leur aide on puisse soutenir la gageure, et comme j'ai encore bien des préparatifs à faire, je serais bien aise de savoir d'avance à quoi m'en tenir.
Le sieur de Saldeni' à Varsovie, ayant reçu ordre, de ne plus s'opposer au départ du Primat, et ce Prélat ayaiît dessein de se rendre à Elbing-, cet ambassadeur m'a fait requérir, de vouloir bien le faire observer de près, aiin qu'il ne quitte point à Timproviste cette retraite, ou ne fasse une escapade vers les Confédérés. Je me suis ])rôté à cette réquisition autant qu'il m'a été possible, et j'ai ordonné à mes généraux de Stutterbeim et de Belling, d'avoir l'oeil sur lui, et d'instruire les ofticiers, qni commandent dans le cordon, de ne point le laisser repasser, mais de Teno-ag-er par des prétextes plausibles et polis, de retourner dans sa retraite, et d'y jouir de la tranquillité; et vous ferez bien, dïnformer de cela le Comte Panin.
Du Roi au Comte Solms.
20 Octobre 1771.
D'abord, les réflexions ordinaires, sur la nécessité de la paix avec les Turcs, et quon ne doit pas, des le commencement, manifester de si grandes prétentions. Ensuite, que les Saxons soutiennent secrètement les Confédérés; et donnent des congés à leurs officiers, pour que ceuxci entrent au service des Confédérés. A la fin: „Pour ce qui est de ma convention secrète avec la cour de Russie, j'attends tranquillement son dernier mot pour sa conclusion. Je l'attends même avec confiance, puisque je suis persuadé, que les services que je lui rends, et suis en état de lui rendre encore à l'avenir, lui serviront de motif, de ne pas traverser dans cette occasion les intérêts de ma Maison Royale, mais de faire ])lutùt quelques efforts, poiu' les avancer, dans la ferme attente, que je lui en tiendrai toujours compte."
Mémoire pour servir de re'ponse au contre-projet de la cour de Russie.
(S. D. — Probatilenicnt en oct. 1771.) Extrait.
„Le contre - projet (rnne convention secrète, que la cour de Russie a envoyé au Roi, renferme des stipulations si importantes et qui tiennent si près à la guerre, qui dure encore entre cette I^uissance et la Porte ottomane, et à celle qui ])0urrait en résulter entre les deux Cours Impériales, que Sa Majesté a cru devoir prendre en mûre délibération les différents objets qui s'y rapportent, et s'en expliquer contidemment avec Sa Majesté Impériale."
Il est juste, y dit-on plus loin, que la cour de Russie soit dédommagée des frais d'une guerre qui lui a été suscitée; et que ce dédommagement soit proportionné aux avantages obtenus par ses armes. Le Roi désire y contribuer de tous ses efforts; mais, il croit aussi devoir, en même temps insister sur une complète égalité entre les secours et les garanties.
Cette égalité est très bien établie à l'égard des acquisitions, que les deux com-s comptent
faire en Polog-ne. Il est dans Tordre, qu'elles se garantissent, et qu'elles s'assistent mutuellement contre tous ceux, qui voudraient les ti'oubler dans ces possessions. Mais l'égalité n'aurait pas lieu, si le Roi, par l'article secret, devait fournir à la Russie 20,000 hommes de troupes, pendant qu'il n'aurait à attendre de cette Puissance qu'un secours éloigné.
Comme le contre-projet fait mention de cou- ^entions antérieures, il paraît essentiel de rappeler au souvenir des deux cours leurs obligations réciproques et de les appliquer aux circonstances présentes, dans le cas d'une rupture entre la Russie et l'Autriclie.
Ces obligations sont:
1. Un secours de 12,000 hommes; d'après le Traité du 11. avril 176J:, renouvelé le 12. octobre 1769.
2. Par la convention secrète du il. avril 1764, le Roi s'engage à fournir un secours de 20,000 hommes, en cas d'une tentative pour détrôner le Roi actuel de Pologne, et pour en mettre un autre à sa place.
3. Par la convention secrète du 23. avril 1767, le Roi s'engage à se déclarer ouvertement, et à opérer une forte diversion dans les Etats de l'Impératrice-
Reine, dans le cas où cette Princesse, mécontente de la i)rotection accordée anx Dissidcus, se déclarerait pour le parti catholique, et exercerait des hostilités contre les troupes russes.
Il est évident, que ces stipulations secrètes de 1704 et de 1767 ne se rapportaient qu'aux affaires polonaises; et que le Roi ne devait fournir un corps auxiliaire de 20,000 hommes, que si la Russie était attaquée en Pologne. Dans tout autre cas d'une guerre défensive, la Russie n'avait à compter que sur un secours de 12,000 hommes. Et ces obligations , le Roi les a jusqu'ici religieusement remplies, et les remplira de même à ra\'enir. •,Mais, Sa Majesté croirait manquer à ce qu'Elle doit à Thumanité, à Ses peuples, à Elle-même; Elle croirait ne pas rendre justice aux sentiments élevés de l'Impératrice de Russie, si, avant que d'en venir là, et de mettre la dernière main à la convention, dont il est question aujourd'hui. Elle n'ouvrait son cœur à Sa ^lajesté Impériale sur le seul article, qui opposerait non seulement un obstacle invincible au rétablissement de la paix avec la Porte, mais qui conduirait infailliblement à une nouvelle guerre, dont il serait difficile de prévoir les suites." Ce seul article est finalement celui de la Moldavie et de la Walacliie. L'Autriche
en viendra plutôt à tontes les extrémités, que de permettre que ces provinces soient enlevées à la Turquie .Ce serait donc une g-uerre menaçante, et qui n'aurait rien de commun a\'ec les affaires ])olonaises. L'Autriche abandonnerait même probablement tout-à-fait la Pologne, et ne paraîtrait avec ses troupes que dans les Provinces turques; — pour attaquer le Roi avec toutes ses forces, s'il sortait des bornes de la neutralité. Et ainsi s'allumerait une guerre générale, dans laquelle la Russie, occupée des Turcs, lui serait de peu de secours.
Ces motifs portent le Roi à désirer, que l'aliénation de la ^loldavie et de la Valacliie ne devienne pas la cause d'une nouvelle guerre
„Kn réfléchissant, sur le peu d'utilité, que la cour de Russie retirerait de l'indépendance de ces deux principautés, qu'elle ne veut pas garder pour elle-même ; sur le danger d'une guerre, qui prolongerait celle des Turcs, qui occasionnerait une Confédération générale en Pologne, et qui pourrait changer entièrement la face des choses derEuro})e; enfin sur un équivalent en argent, qu'on pourrait substituer à l'aliénation de ces provinces, pour procurer à la cour de Russie le dédommagement qui Lui est dû: le Roi ne croit rien demander, qui ne soit conforme, aux intérêts mêmes de Sa Majesté Impériale, en lui
proposant un sacrifice, qui lèverait les plus grandes (lit'ticultés, et qui mettrait le comble à la modération de ses sentiments, et à la gloire de son règne."
Mais cependant, si la cour de Vienne voulait pousser encore plus loin ses prétentions, et saisir le prétexte de Tindépendance des Tartares aussi bien que de la libre navigation sur la Mer noire, pour amener une rupture avec la Russie, le Roi n'hésiterait pas un instant à entrer dans toutes les intentions de la cour russe, comme elles sont exprimées dans l'article secret du contre-projet, afin de donner une })reuve éclatante du prix qu'il attaclie à l'alliance de la Russie.
A la lin le Roi reproduit encore la demande d'ajouter à la part qui lui est assignée, Dantzig et son territoire, afin de l'indemniser de ses grandes dépenses, et il assure: „que si la cour de Russie de son côté juge à propos d'augmenter ses acquisitions en Pologne, Sa Majesté sera très disposée à y donner les mains."
Réponse au Mémoire prussien, remise nu Comte Solms le 22. novembre 1111/-)
Le Mémoii-c de Sa Majesté le Eoi a pour but:
1. De porter la Russie à ue pas persister dans sa demande de cession de la Moldavie et de la Valachie par les Turcs.
2. De s'entendre sur les dispositions à prendre, en cas d'une attaque par l'Autriche.
3. De procurer à Sa Majesté le Koi de Prusse une plus grande indemnité, en cas d'une guerre certaine.
ARTICLE PREMIER. 11 répuguc bcaucoup à Sa Majesté l'Impératrice, de laisser retourner des Provinces chrétiennes sous le joug mahométan. Mais, d'un autre côté, on la menace d'une guerre, si elle persiste dans l'aliénation de ces pays: cruelle alternative pour Sa Majesté! En conséquence, l'Impératrice ^eut dans cette circonstance prendre le Roi pour guide, et se résoudre à ce sacrifice, comme au seul moyen de prév^enir
*) Comme le texte original est iiu peu prolixe, nous n'en donnons qu'un extrait complet.
de plus gTands maux. Seulement le Roi aura à intervenir de telle sorte, qu'il ne paraisse pas, quon se le serait laissé imposer par la cour de Menne. On devra donc nouer des négociations avec la Porte siu* cette base; contre une indemnité, et une certaine somme d'argent. Par l'indemnité, on comprend Bender, qui a coûté tant d'argent et tant de sang: ou en son lieu une autre ville, à Femljoucliure du Dnieper, Otscliakovs, ou tout au moins Kinburn, ce (pli est très nécessaire, pour tenir en bride les Tartares. Le dédommagement en argent doit être employé, afin de faciliter la paix avec la Porte, en gagnant auprès d'elle des partisans de cette paix. C'est pourquoi la somme n'a pas besoin d'être très grosse.
ARTICLE deuxip:me. Daus le cas d'une attaque par l'Autricbe, on maintient la demande d'un secours de 20,000 hommes, et l'on s'engage à la réciprocité. On portera, dans le courant de cet hiver, le nombre des troupes réunies en Pologne à 50,000 hommes, et l'Impératrice est toujours disposée à combiner les opérations de cette armée avec celles du corps auxiliaire prussien de 20,000 hommes de la manière qui pourrait être la plus avantageuse aux deux Alliés. Toutefois, ou ne peut encore rien décider au préalable, sur le plan de ces opérations.
Trois éventualités pourraient ^se présenter: ou TAutriclie ne nous montre que son mauvais vouloir, mais sans autre démarche hostile. Alors les Alliés resteront dans leurs positions actuelles; les Russes toutefois portés à 50,000 hommes; — ou l)ien, les Autrichiens appuient les opérations des Turcs contre les Russes dans les Provinces turques; alors les troupes combinées en Pologne (les Russes et les Prussiens) doivent nécessairement marcher contre F Autriche, pour opérer contre elle, sui\'ant les circonstances; — ou bien encore les Autrichiens font entrer leurs troupes en Pologne, alors l'armée alliée réunie s'oppose à eux, et les rejette sur la Hongrie. Mais, dans ce cas le secours susmentionné ne serait pas suffisant; et il faudrait que la Prusse secondât Topération avec toutes ses forces, et fit une puissante diversion en Autriche. Mais si TAutriche se tournait de préférence contre la Prusse, on promet de renvoyer aussitôt le corps auxiliaire, et d'y ajouter GOOO hommes dinfanterie, et 4000 Cosaques; nombre, qui serait doublé, aussitôt que les circonstances le permettraient. — Et même, si pendant ce temps la paix avait lieu avec les Tures, on viendrait avec toutes ses forces aux secours du Roi, et nommément on entrerait avec 50,000 hommes en Hongrie.
Sa Majesté Tlmpératrice est d'avis, qu on ne
devrait j)as prendre possession des pays stipulés immédiatement après la signature du Traité. La prudence même le commande, car on risquerait, au milieu d'une g'uerre encore subsistante, de s'attirer sur les bras tout le désespoir des Polonais.
AKTiCLE TROISIEME. Il va saus dire, que le Ivoi, qui prête une si fidèle assistance, sera complètement indemnisé de ses frais de guerre; mais, à leg-ard de Dantzig, des^^ebstacles insurmontables s'opposent à ses désirs. Toutes les puissances maritimes soiit pour la conservation de cette ville dans son état actuel; et les oifenser, serait s'attirer des représailles désavantageuses de leur côté, et qui pourraient devenir très nuisibles au commerce de la Russie. La Cour russe a déjà antérieurement et à diverses époques, et même encore sous l'Impératrice actuelle, garanti à la ville de Dantzig son indépendance et ses privilèges. Puis donc que la Russie, avec la meileure volonté, ne peut pas adhérer à ce projet, elle est disposée à stipuler ce dédommagement aux dépens de la cour de Vienne, et à s'engager, à ne pas déposer les armes, jusqu'à ce que cette puissance ait été obligée à donner au Roi une indemnité suffisante, c'est-à-dire, dans le cas, où elle attaquerait la Prusse.
Réponse au Mémoire de la cour de Russie. (Novembre 1771.)
(Par extrait).
D'abord, satisfaction dn Roi à cause du sacnfice que la Russie veut faire en renonçant à ses prétentions sur la i\loldavie et la Valachie. Eloges de la modération et du désintéressement de rimpératrice, et espérance que les négociations pour la paix en deviendront plus faciles. Puis il continue: „Le Roi est charmé de pouvoii' donner à Sa Majesté Impériale une preuve encore plus évidente de sa déférence pour ses désirs, en se relâchant sur la prétention qu'il avait formée sur la -ville de Dantzig. Si sa Majesté a insisté sur cette acquisition, ce na été que, parce que cette ville faisant partie de la Pomerellie, elle a cru qu'elle devait être comprise dans la cession de cette Province; mais il lui suffit d'apprendre que sa Majesté l'Impératrice regarde cet article comme contraire à ses intérêts et à ses engagements, pour y renoncer. Sa Majesté a donc admis dans son contre-projet lexception que la
cour de Russie a paru souhaiter à cet égard, mais elle demande en même temps, que la ville de Dautzig soit , déclarée République libre et entièrement indépendante de la Couronne de Pologne^), et elle ne veut pas cacher à sa Majesté Impériale les raisons qui fondent cette demande." Ces raisons sont les suivantes:
1. Parce que Dantzig a toujours dépendu de la Pomerellie et de la Prusse polonaise; et
2. parce que cette ville deviendrait, par le partage de la Pologne, tout-à-fait séparée et isolée. La protection du royaume ne deviendrait plus alors, qu'une source de querelles éternelles et de chicanes entre les deux états.
„En faisant le sacrifice de la ville de Dantzig en considération de 8a Majesté Impériale, le Roi se flatte, qu'elle ne fera pas difficulté non plus, de lui procurer les sûretés nécessaires pour les Provinces qui doivent lui tomber en partage, et qu'elle sentira d'elle-même le danger qu'il y am-ait à renvoyer la prise de possession à un temps indéterminé et éloigné. Sa Majesté se
*) Demande, qui est le moyen ordinaire, dont on se sert, pour isoler d'abord un territoire, puis s'en emparer dans une occasion favorable. C'est ainsi (|ue la Russie a agi à l'égard de la Crimée.
serait fait un plaisir (rentrer dans les vues de Sa ^fajesté Impériale sur ce sujet, si les desseins des deux cours n'étaient connus que d'elles seules; mais aujourd'hui que ce secret s'est éventé en Pologne, qu'il apercé jusqu'à Vienne et à Constantinople, que le ministère ottoman a demandé des explications siu" le démembrement de la Pologne, et que le Prince Kaunitz en a parlé au ministre de Sa Majesté Impériale, il importe de prendi'e d'autres mesures, et de se déclarer sur une affaire, qu'il n'est plus question de vouloir cacher, et sur laquelle on ne saurait cependant s'expliquer qu'après que la prise de possession aura eu lieu. Ce n'est pas seulement l'intérêt des deux cours relativement à ces acquisitions, c'est encore la nécessité de prévenir à tenqis les inconvéniens, qui pourront résulter d'un plus long mystère, qui doit les engager à faii-e cesser l'état d'incertidude, où cette affaire se trouve, et à s'ouvrir contidemment aux parties intéressées sur le dessein qu elles ont formé. Ce sera sûrement un des premiers points qui seront discutés dans la négociation avec la Porte. 'Si l'on voulait continuer alors à en faire un mystère et se mettre en possession après la paix, ce serait lui fournir un prétexte, fondé, pour commencer une nouvelle guerre, au lieu qu'il ne ne sera pas difficile, de faii'e goûter ce plan de
partage aux Turcs, en le leur faisant en^^sao'er comme le moyen le, plus propre pour terminer les troubles de Polog-ne, et pour assurer la durée de la paix. II. en est de même de la Cour de Vienne, un plus long- silence sur cette matière aug-meiiterait Tombrage et le soupçon, qu'elle a déjà paru en prendre, et lui ferait naître l'envie de traverser les desseins des deux cours. Mais en commençant par la prise de possession, en lui parlant de cet arrangement comme d'itiie affaire arrêtée, et en lui offrant en même temps de faire sa convenance, on pourra être à peu près sûr, qu'elle y donnera les mains et qu'elle ])référera un avantage réel au danger d'une guerre incertaine et hasardeuse. p]nfin, rien ne sera plus propre à faire cesser les clameurs de la nation polonaise, que lorsqu'elle verra ce partage consolidé, pour ainsi dire, par le consentement des Turcs et par la concurrence des Autrichiens. C'est d'après ces considérations, que Sa Majesté a cm devoir changer l'article second du nouveau projet, envoyé par la cour de Russie, et y fixer le terme de cette prise de possession au mois de Mai prochain, „comme^à l'époque où toutes les troupes de Sa Majesté Impériale doivent être rassemblées en Pologne, et elle espère, que Sa Majesté l'Impératrice ne fera aucune difficulté de se prêter à une mesure, que l'intérêt
et la dignité des deux cours semblent demander également."
(Ici suivent des observations sur les troupes auxiliaires, et sur la réciprocité des secours. La position entre C'racovie et Sandomir jiaraît au Roi la plus fa^'orable, pour en imposer aux Autrichiens, et les empêcher d'entrer dans les provinces turques conquises par la Russie, ou dans le Royaume de Pologne. Dans ce dernier cas, c'est-à-dire, celui d'une attaque de l'^Vutriche, le Roi enverrait volontiers son corps auxiliaire, pour opérer conjointement avec les Russes; mais il ne pourrait pas consentir à envoyer ses troupes dans la ]\Ioldavie et la Yalachie, à cause de l'éloignement de ces provinces, et par conséquent de la difficulté de supplier rapidement à tout ce qui pourrait manquer. En conséquence, il ne pourrait pas laisser marcher son corps auxiliaire à plus de 60 ou 70 milles de distance. Mais ce ne serait, qu'à la dernière extrémité, et étant lui-même attaqué par toutes les forces autrichiennes, qu'il retirerait son contingent. De plus, le Roi ne bornerait pas son secours à l'envoi d'un corps auxiliaire; il est aussi tout disposé, dans le cas où les opérations de la cour de Vienne exigeraient des mesures plus énergiques, à agir avec toutes ses forces, et par une invasion dans les états autrichiens à opérer
ime forte (li\'ei'sioii, en faveur de son alliée. Et pour donner à riuipératriee une preuve de son estime, le Roi, considérant la position difticile dé^ la Russie en ce moment, se contenterait d'abord du secours ])romis de GOGO hommes d'infanterie, et de 4000 cosaques; toutefois, l'armée russe de 50,000 hommes devrait rester en Pologne, et prendre la position déjà mentionnée. Ce ne serait, qu'après la paix avec les Turcs, que le Roi 'fera appel à Tassistance russe tout entière, et demandera la diversion projetée en Hongrie. Sur ce, le Roi espère, que rien ne s'opposera plus à la conclusion de la Convention).
Projet de Convention entre la Russie et
la Prusse pour le premier partage de
la Pologne ""').
Sa Majesté Impériale de tontes les Riissies, et Sa Majesté le Roi de Prusse, se trouvant dans une union intime de tous les intérêts de leurs Monarchies, se croient obligées de donner Tattention la plus sérieuse et la plus réfléchie aux conjonctures actuelles, tant de la confusion générale, où se trouve la République de Pologne par la division des grands et la perversité des esprits de tous les citoyens, que de la guerre, on par une suite des affaires de cette même République Sa Majesté Impériale de toutes les
*j Ce projet avait d'abord été présenté par le Eoi, puis renvoyé avec les observions de la Russie, et ainsi plusieurs fois, dans les mois de novembre, décembre 1771, et janvier 1772, renvoyé et retourné, jusqu'à ce qu'entiu le traité fut définitivement conclu et signé, le 6,17 fé\rier 1772. Nous le produisons d'après la dernière r('daction, qui en fut faite et acceptée, pn indiquant dans les notes les points qui ont été contestes.
Riissies se trouve engao-ée contre la Parte ottomane, dans laquelle Ba Majesté le Roi de Prusse prend une jiarte effective, conformément aux traités d'alliance, qui subsistent entre les deux cours. Leurs dites Majestés, considérant que, de tous les moyens employés par ^lles, pour opérer la pacification de la Pologne, aucun n'a produit son effet, qu'au contraire l'acharnement de l'esprit de parti et de faction y acquiert chaque jour de nouvelles forces, et que l'anarchie s'y enracine de telle sorte, qu'il est à craindre que la perpétuité des troubles et des divisions n'entraîne la décomposition totale de l'état; — considérant encore, que déjà par une suite de ces circonstances Sa Majesté l'Impératrice-Reine a fait entrer un corps de ses troupes en Pologne, et a fait occuper quelques districts, sur lesquels eller éclame d'anciens droits: — Leurs dites Majestés, pesant mûrement les relations immédiates, qu'une telle situation d'un état voisin a avec les intérêts propres de leurs Monarchies et la sûreté de leurs frontières, P]lles ont jugé nécessaire, de se concerter entre Elles, sur les moyens de mettre à couvert leurs titres, droits et prétentions à la charge de la République de Pologne, en réunissant à leurs états certains districts de ce royaume, se proposant par là, d'assurer d'une part la conservation de
leur intérêt, et de l'autre, de faire une impression d'autant plus forte sur les esprits désunis des Polonais, et de les rapprocher des termes de la pacitication de l«ur patrie par la considération du ressentiment effectif de leurs voisins.
Pour cet effet, leurs dites Majestés ont choisi etv.,^Dommé leurs plénipotentiaires, savoir: Sa Majesté Impériale de toutes les Knssies, N. N. (le comte Panin) et Sa Majesté le Roi de Prusse, N. N. (le=^ comte Solnis); lesquels ministres plénipotentiaires ont arrêté et conclu les articles sui\ant d'une convention secrète.
Sa Majesté Impériale de toutes les Russies, et Sa Majesté le Roi de Prusse, s'engagent de la manière la plus expresse à se seconder mutuellement dans le dessein quelles ont fondé de se ])révaloir des circonstances présentes, pour revendiquer les districts de la Pologne, sur lesquels elles ont d'anciens droits, aussi bien que de se procurer par quelques-unes des possessions de la République nn équivalent aux droits, prétentions et demandes qu'elles ont à sa charge. Dans cette vue et en conséquence du concert pris pour cet effet, Sa Majesté Impériale de Russie se mettra en possession dans le temps et de la manière convenue par l'article suivant,
dit reste de la Livonie i)oloiiaise, de même qne de la partie du palatinat de Polotzk, qui est en deçà de la Dwina, et pareillement du palatin;it de Witel)sk, de sorte que la ri\'ière de la D^M'iia fera la limite naturelle entre les deux états jusque près de la frontière particulière du palatinat. de Witebsk d'avec celui de Polotzk, et en suivant cette frontière jusqu'à la pointe, 'où les limites des trois palatinats, savoir de Polotzk de Witebsk et de Minsk, se sont jointes, de laquelle pointe la limite sera prolongée par une lig-ne droite, jusque près de la source de la rivière Drujec, vers l'endroit nommé Ordwa, et de là, en descendant cette rivière jusqu'à son embouchure dans le Dnieper, de sorte que tout le palatinat de Mcislaw, tant en deçà qu'au delà du Dnieper, et les deux extrémités du palatinat de Minsk, au dessus et au dessous de celui de ^Icislaw, en deçà de la nouvelle limite et du Dniepre, appartiendront à l'Empire de toutes les Russies te depuis l'embouchm-e de la rivière Drujec le Dniepre fera la limite entre les deux états, en conservant toute fois à la ville de Kiow et à son district la limite, qu'ils ont actuellement dé l'autre côté de ce fleuve, — Et sa Majesté le Roi de Prusse se mettra en possession dans le temps et de la manière convenue ])ar l'article suivant, de toute la Pomerellie, la ville de
Dantzio' avec son territoire exceptés-), de même que du district de la grande Pologne en deçà de la Netze, en longeant cette rivière depuis la frontière de la nouvelle Marche jusqu'à la Vistule près de Fordon ef Solitz; de sorte que la Netze fasse la frontière des états de Sa Majesté le Roi de Prusse et que cette rivière lai appartienne en entier^); et Sa dite Majesté, ne voulant pas faire valoir ses autres prétentions sur plusieurs autres districts de la Pologne limitrophes de la Silésie et de la Prusse, qu'elle pourrait réclamer avec justice, et se désistant en même temps de toute prétention sur la ville de Dantzig et de son territoire^) (laquelle ville sera entièrement libre et indépendante de la couronne de Pologne): Sa Majesté prendra en guise d'équivalent le reste de la Prusse Polonaise, nommé-
2j Y comi)ris: avait été formulé dans la proi)osition primitive du Roi.
•^) Tout ce passage souligné était originairement ainsi conçu: ,, depuis Driesen jusque vers Bydgoscz, de sorte, qae la î^etze serve de limite entre les deux états." — Mais le lioi modifia cette rédaction, par de bonnes raisons, comme nous le verrous en son lieu.
*) Le Roi avait ajouté à cette phrase additionelle de la Russie ,, laquelle ville^ sera entièrement libre et indépendante de la couronne de Pologne" — ce ([ni, ])ar la suite, ne fut pas accepté.
ment le palatinat de Marienljourg, la ville d'Elbing- y comprise^), avec révêché de Warinie et le palatinat de Cuhn, sans en rien exclure que la ville de Tliorn, laquelle ville sera conservée avec tout son territoire à la domination de la République de Pologne^).
Les deux hautes parties contractantes feront entrer respectivement leurs troupes en Pologne dès le commencement du printemps prochain, et comme elles sont convenues d'occuper dans un 9- -même temps les lieux et districts, que par la présente convention elles se proposent de réunir à leurs états, elles ont iixé pour cette prise de possession le moi de mai de l'année courante; elles ne déclareront rien jusqu'alors de leurs vues et de leurs desseins; mais du moment que cette prise de possession aura lieu, elles en feront part conjointement à la cour de Vienne, et lui offriront même de faire sa convenance, en la faisant entrer dans ce plan de partage; bien entendu cependant, qu'il n'aura pas moins son effet, dans le cas même où cette cour, contre toute attente, ne voudrait pas y donner les mains.
*) Addition récente du lloi.
^) Il y eut un long va et vient de négociations sur ce dernier point.