‹ Frédéric II, Catherine, et le partage de la Pologne; d'après des documens authentiquesChapitre 20 sur 45 · Avril · texte numérisé non relu

Avril

Les nouvelles que je viens de recevoir de Vienne, au sujet de la portion que la Cour de Vienne demande de la Pologne, me paraissent trop importantes, pour ne pas m'empresser à les porter à votre connaissance par un Courrier exprès. Peu après l'arrivée du Courrier du Prince Lobkowitz, le Chancelier de la Cour a remis au Ministre de Russie une note en forme de lettre de ce dernier au Comte Panin, pour le prévenir sur les districts, dont la Cour de Vienne souhaitait de former sa portion aux acquisitions en Pologne. Cette pédagogie, inusitée envers un Ministre étranger, de vouloir lui dresser ses Rapports, ayant paru aussi surprenante que ridicule au Prince Galitzin; il est retourné chez le Prince Kaunitz, pour lui représenter, qu'il était obligé d'accompagner la lettre, qu'il venait de lui })rescrire, d'une autre, dans laquelle il ne pouvait s'empêcher de rendre compte des circonstances attachées à la première, de sorte qu'il lui paraissait qu'il serait plus naturel, de

ne la rMi)i)<ti-ter que eoinnie le préeis (riiii entretien. Jve Piinee Kannitz lui ayant laissé la liberté dV'u faire Tusag-e qu'il jug-erait le plus à pi'0])Os, il s'est borné à en faire un extrait, qu'il a (lépêelié aussitôt i)our Pétersbourg'. Les disti-icts en question doivent s'étendre de Biala, le long de la Vistule, jusqu'à Sendomir, de là jus([u'à Parkow, où l'on descendra entre la Volhynie et la Russie Roug-e, le long- dn Dniester, pour joindre la Transylv^anie. Il paraît qu'on n'a pas mal i)oussé en avant, en allant jusqu'à l^irkoAv, qui tait la pointe du Palatinat de Lublin, Bresz et Beltz. A en juger, ce ne sera pas la plus i)etite des trois portions, ni la moins im- ]iortante par le nombre des villes considérables et des mines, jusqu'à présent peut-être assez mal exi)loitées, qui s'y trouvent renfermées; et ee})eiidant dans le projet de lettre dont il est parlé plus haut, le Prince Kaunitz doit avoir ajouté, que pour asseoir un nivellement politi- (pie, il faudrait être beaucoup mieux informé qu'il ne l'était de la valeur intrinsèque des différens terrains, qui doivent entrer dans les acquisitions respectives; mais qu'il s'en reposait sui- les lumières et l'amitié du Comte Panin, qui A oudrait bien lui communiquer ce qu'il croyait y devoir ajouter, })our compenser à la Cour de Vienne les disproportions, qui pourraient encore

se trouver dans ce partage. Eiitin il a témoigné, que le concert entre le Roi de Prusse et l'Impératrice de Russie, ayant de beaucoup précédé la communication qu'on en avait faite à sa Cour, il serait encore plus convenable, que celle-ci ne signât k ])résent pas la Convention môme , qui devait exister déjà entre Elles, mais que ce fut plutôt sur le pied d'une accession, qu'elle prit part à cet arrangement réciproque et qui serait absolument de la même valeur. Le Prince Galitzin a cependant encore gagné sur ce ^linistre, que le Prince Eobkowitz serait obligé de signer indifféremment sur le pied ou d'accession ou de convention, selon que l'Impératrice de Russie et le Roi de Prusse désireraient préférablement, afin de ne point arrêter la conclusion de cette importante affaire à une formalité de peu d'importance.

Selon ce plan-là, la portion de T Autriche ne serait guère moindre que la Prusse Polonaise avec tout le reste de nos acquisitions, et elle y enclaverait en môme temps les salines du Roi de Pologne , qui font seules le revenu d'un million d'écus. Vous aurez donc grand soin de faire observer au Comte Panin, la rapacité de ces prétentions, afin qu'il ne soit pas le jouet de la finesse du Prince Kaunitz. Je me réfère à mes ordres antérieurs à cet ég'ard et surtout

par rapport aux Salines, où je vous ai détaillé le préjudice qui résulterait pour mes propres salines, si la Cour de Vienne obtenait celles de Pologne. Du reste, je vois par la dernière lettre que rimpératrice de liussie m'a fait l'iionncur de m écrire, qu'on est pressé de finii* avec la Coiu' de Vienne, et comme je ne suis point intentionné non plus, d'y porter obstacle, je veux bien que vous vous conformiez en cela aux intentions de la Cour le Russie. Cependant je désirerais bien de pouvoir la persuader à retranclier quelque chose des prétentions de l'Autriche, et à lui refuser au moins ceux des districts dont la possession pourrait tourner à mon préjudice.

^ 20. Avril 17 7-2.

Je profite du Coiu'rier Autrichien, pour vous dire, qu'hier le Baron Yan Swieten est venu metaler sa marchandise. Je me suis contenté de lui répondre sur la part que sa Cour s arroge sur ia Pologne, que je trouvais quelle n'était pas dégoûtée, et cpi'au fond leur portion était équivalente à celle des Russes et à la mienne l)rises ensemble. Je n'ai point voulu nrcxpliquer davantage sur ce sujet, ne sachant pas encore comme on pense à ce sujet à la Cour où vous êtes. Cependant les salines de Craco\ie méritent une grande attention. Cela seul constitue le revenu d'un million de florins, qui va à 130,000 écus et au delà de ce que ma portion rapportera jamais. Une seconde chose qu'il faut observer, c'est que la frontière que le Prince Kaunitz s'est tracée, touche presqu'à Vars0^^e. ^lais en général, il faudrait évaluer nos possessions, ou selon la population, ou selon létendue du terrahi, ou selon le rapport.

Van Swieteii m'a parlé aussi de la pacification de la Polog-iie, et il est convemi, qne les deux principes, de la Russie sont justes: L'élection statuée par une loi, et le liberum veto conservé. Mais il croit de plus, qu'on pourrait peut-être faire promettre aux Polonais, qu'à la première élection ils seront obligés de choisir un Piast. Je lui ai répondu, quil me semblait, que c'étaient des matières dont on pourrait négocier à Pétersbourg- après la conclusion de la Convention ^).

Je suis bien aise de vous faire part de tout ceci, il est toujours bon que vous sachiez ce qui s'est traité ici, car j'ai remarqué, que les Autrichiens ne sont guère exacts dans leurs relations, et il est nécessaire, que vous soyez informé des choses telles qu elles se sont passées.

*) On doit remarquer avec quelle finesse, le Roi met toujours dans toutes ces transactions la Cour de Russie en avant, en se tenant lui-même dans l'ombre, quoique originairement toutes ces mesures odieuses au dt-triment de la Pologne étaient issues de sa tête et de sa politique.

Du Roi de Prusse au Comte Solms.

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