Mai
Jai vu avec plaisir par votre Rapport du 1. de ce mois, que le comte Pauiu a préparé la cour de Viemie, par Tentretieu particulier qu'il a eu avec le Prince Lobkowitz, . aux oppositions qu'il se propose de lui faire sur la nature et l'étendue de la portion, qu'elle veut se stipuler. J'espère aussi que ces insinuations ne resteront pas sans effet, et qu'elle renoncera tant à la ville de Lemberg qu'aux salines, et que la négociation pourra ainsi se termineipromptement. Je me Hatte qu'à la Cour où vous êtes on sera du même sentiment, car tous les avis qui me reviennent de toutes parts, annoncent [que la France ne nég-lig-e rien, pour nous brouiller avec l'Autricbe. A mesure que nos arrangements se dévoilent à la Cour de Versailles, ce dessein se développe de plus en plus. Le ministère français étourdi de ce changement de scène, est livré au projet d'y porter obstacle. Il imagine d'y réussir, en excitant la Porte à continuer vigoureusement la
g'ueiTe, et il est fermement persuadé de 1 avoir , g-ao-née par ses promesses et ses insmuatious. Il imagine eiieore d'user de détours envers l'Empereur, en lui insiiuiant, de tirer meilleur parti de ses avantages, et d'agir faiblement dans la réconciliation de la Russie et de la Porte; et il fait consister ces avantages, à laisser s'épuiser ces deux puissances et de continuer à recevoir ses subsides de la Turquie. On me marque encore de Paris, que le ministre de la marine, conjointement avec celui de la guerre, ont voulu éiïalfment discuter les moyens de déranger notre plan de partage pour la Pologne. Ils ont prétendu, (lu'il fallait offrir aux Turcs, de chasser la flotte Russe de la Méditerranée: que la Porte serait encouragée par cette diversion à continuer la guerre et à réparer ses pertes; et que la Cour de Vienne animée par cet acte de vigueur, reviendrait à son alliée, la France, et se concerterait avec elle, pour se libérer d'arrangements, auxquels elle n'accède que par force et par humeur. Ces moyens, ont été à la \'érité proposés, et je n'ai aucun sujet de me délier du canal, par les(|uels ils me sont revenus; mais les trois points capitaux, qui devraient venir à leur appui, manquant entièrement en France, et n'y ayant ni système, ni fermeté, ni argent, on y renoncera sûrement avec la même facilité, avec
laquelle ou les, a couçus et proposés. Ils me paraisseut d'ailleurs, tout comme les projets du Duc d'Aigidllon, c'est-à-dire: des effervesceuces de la vivacité française. Le comte de Wielohorsky, d'un autre côté, après avoir reçu un nouveau courrier avec la nouvelle, que les troupes Autrichiennes étaient entrées en Pologne et marcliaient sur Cracovie, au nombre de 40,000 hommes, tandis que les Russes avançaient d'un autre côté, avec 20,000 hommes, s'est rendu tout de suite à Versailles, pour en faire part au Duc d'Aiguillon. Celui-ci l'a écouté avec humeur et avec l'impatience d'un homme qui en savait encore davantage. Mais le Comte Wielohorsky lui ayant demandé, si la France les abandonnerait dans cette extrémité, et si elle laisserait la Pologne devenir le partage des jiuissances voisines? le. Duc lui a répondu: „Comment y remédier? Votre faiblesse, a-t-il dit, est extrême, et nos efforts seraient inutiles. Cet événement est une suite de votre désunion et des mauvaises intrigues de mon prédécesseur." — Le Comte Wielohorsky est retourné à ses lamentations, et elles sont devenues plus fortes après cette circonstance. Un courrier extraordinaire arrivé au Comte de Mercy était relatif au môme objet. Cet ambassadeur a dû faire part eniin au ministère français de l'entrée des troupes de son
Maître en Polog-iie, et des raisons qui l'ont eng^ag'é à cette démarche, qui mettra le comble à raigreiu' du ministère français.
Le Roi de Pologne, de son côté, ainsi qne sa famille, ne sont pas moins capots de nos arrangements. Leur animosité se décharge principalement contre moi, et ils .voudraient, que la Russie et l'Autriche s'appropriassent une triple portion de celle, qui me tombera en partage. Ils espèrent que la Porte ne se prêtera point à la paix, dès qu'elle sera pleinement informée du pi'ojet de partage, et ils flattent de mettre la zizanie entre nous, et que les puissances plus éloignées lèveront le bouclier contre nos acquisitions.
Quoiqu'il en soit, j'ai été charmé d'apprendre, que la Porte a enfin accepté les propositions du Comte Romanzow pour l'armistice. Mon avis serait, que la Russie tâchât, autant qu'il est possible, de s'arranger là-dessus, seule et sans la concui'rence de la cour de Vienne et de la mienne. En effet, je ne vois point, qu'elle ait tant besoin de notre intervention, et elle s'entendra bien plus vite avec les Turcs sans elle^). H est vi'ai, et je me flatte qu'elle en est entièrement per-
*) La Russie fut instruite par l'expérience de la ve'- > rite de cette remarque. i
snadée, qu'elle n'a absolument aucun anicroche j
à appréhender de ma part. Mais je ne voudrais .1
pas garantir les mêmes dispositions de la part ' j
de la cour de Vienne. Une néo-ociation directe ^
{)Our la paix même, me paraît tout aussi préférable, et elle rencontrerait sûrement moins d'obs- * tacles, tant de la part de cette cour que de celle de France.
Du Roi au Comte Solms.