‹ Frédéric II, Catherine, et le partage de la Pologne; d'après des documens authentiquesChapitre 25 sur 45 · Mai · texte numérisé non relu

Mai

C'est l)ieii de travers, que, suivant votre Dépêche du 5 de ce mois, le Baron Van Swieten a .rendu au Prince de I^obkowitz notre dernier entretien. Pour vous le rendre avec plus d'exactitude, voici de; quoi il a été' question. Je lui fis d'abord observer, que la portion que sa Cour demandait de la Pologne, était plus grande que celle de nos deux Coiu's. Instruit apparemment dans le style de son Protecteur, il ne me répondit autre chose, si ce n'est, que „sa Cour jj agissait à cet égard par un principe de sa cou-. •' venance politique." Pour moi, ne voulant rien îi décider, ni accorder à cet égard sans la côn- '^ currence de la Cour où vous êtes, je ne repli- ; quai rien du tout à cette expression générale, :^ et notre . conversation aurait fini par là, si le f\ Baron n'eut repris la parole pour me demander: jj „Comment pourrait -on parvenir à statuer quel- |' „que chose d'avance sur les troubles de Pologne, ij „et n'y aurait-il pas moyen de convenir d'avance I3

„(le la succession au trône de Pologne, et de „la manière de régler tout le reste, pour em- „pêcher les ti-oubles qui pourraient survenir- V" Ma réponse à cette question a été comme la précédente, fort laconique,, et je lui ai fait connaître tout naturellement, que c'était à la Russie, qu'il fallait s'adresser siu- ces différens sujets et en attendre la réponse. Ce petit récit, mais très conforme à la vérité, vous convaincra, <pie le Baron Van Swieten m'attribue des discoiu"s, qui ne me sont pas venus dans l'idée. Aussi suis-je persuadé, et vous n'avez qu'à le dire au Comte de Panin, que, pourvu que la Russie tienne ferme et insiste sur les modifications qu'elle veut mettre aux prétentions Autrichiennes, cette Cour commencera à cliang*er de ton, et deviendra plus modérée dans ses demandes. Elle s'est déjà trop avancée avec nous pour pouvoir reculer, et avec un peu de fermeté, on la rendra sûrement plus modeste. Au reste, je sens bien qu'aussi long temps que notre convention avec la Cour de Vienne ne sera pas conclue, le terme de la prise solennelle de possession ne saurait non plus être iixé, mais je ne m'attends pas moins de l'amitié du Comte de Panin, que, dès qu'il verra qu'elle touche à sa tin, et qu'elle soit prête à être finie, il le déterminera plus particulièrement, et que vous n'aurez rien de plus pressé

que de m'en informer à temps, afin de pouvoir prendre mes arrang-emens en conséquence.

D'ailleurs, je ne trouve rien à redii'e à ce que, selon votre dépêche du 11 de Mai, le Comte de Panin a répondu au Prince de Loljko^vitz, sur les propositions du Prince Kaunitz, touchant la demande de sa Cour, pour les acquisitions,.^, à fan-e et pour l'entrée de ses troupes en Pologne. Je me conformerai plutôt à signer notre convention avec la (Jour de Vienne sur le pied, qu'on le jugera chez vous à Pétersbourg convenable à nos intérêts. Et vous navez qu'à vous arranger en conséquence avec le Comte de Panin.

Pour la pacification de la Pologne, il me semble, qu'au cas que la Cour de Vienne ertre bientôt dans nos vues et qu'elle s'applique d'abord comme nous à domier la chasse aux Confédérés, cette pacification ne rencontrera guère de difficultés, et qu'on pourra bientôt convoquer une Diète, pom' lui donner la consistance nécessaire. On pourrait se servir pour cet efi'et du plan de 1770, tel qu'il a été conçu daijs ce temps-là, qui me paraît très convenable à nos intérêts communs, l^es ressources pour dédommager le Roi de Pologne, seront aussi très faciles à trouver. On n'a qu'à lui assigner un nombre de Starosties proportionné. C'est le meilleur parti

qu'on puisse prendre. Et si ensuite ce Prince entretient un corps de troupes de trois mille hommes, sous les ordres d officiers étrangers, ce' sera tout ce qu'il lui faudra pour la sûreté de sa personne, et poiu" prévenir les dissensions intérieures dans les districts qui. lui resteront. Entin, et quant aux liaisons plus intimes à contracter avec la Cour de Vienne, je n y serai jamais contraire. Je suis plutôt tout disposé d'y donner les mains, dès que la Russie les prend avec moi. Une union entre nos trois Cours, sera toujours une époque bien heureuse pour le repos de l'Europe, et je m'y prêterai avec plaisir, aussitôt qu'elle se fait conjointement avec la Cour de Russie.

Au reste, je viens d'apprendre, que la mauvaise humeur de la Erance sur nos arrangemens lui fait imaginer mille moyens pour y mettre obstacle. Entre autre, elle a fait requérir l'Angleterre par le Comte d'Harcom't, Ambassadeur d'Angleterre à Paris, à faire une déclaration à nos trois Cours contre ces arrangemens; mais comme nous n'avons pas le moindre sujet de nous en inquiéter, et que j'ignore encore, comment on prétend intéresser cette Cour dans cette affaire, je n'ai cependant aucune peine à concevoir, que la faiblesse actuelle de ces deux Cours

laissera cette démarche sans effet.

il. 'j

Du Eoi de Prusse au Comte Solms.

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