‹ Frédéric II, Catherine, et le partage de la Pologne; d'après des documens authentiquesChapitre 41 sur 45 · Août · texte numérisé non relu

Août

Si Sa jMajesté rinipératrice de Russie voudrait faire quelque cliose de réel et de bien utile en notre faveur, ce serait d'attaquer les possessions Autrichiennes en Pologne. Elle peut être assurée, de voir les sujets de ces provinces se ranger de son côté; il ne se trouve d'ailleurs dans ces envii'ons, autant qu'il m'est connu, que trois mille hommes de troupes ennemies, de sorte que la Russie n'a pour ain.si dire qu'à parler, pour y exciter la révolte, et voir venir, à cause du mécontentement qui y règne, tout le monde à elle. La ville de Léopol est ouverte et ne saurait opposer aucune résistance. Aux salines de Wielicza on a élevé, à la vérité, quelques petites redoutes, mais ce sont des bagatelles, qui ne sauraient arrêter les troupes un instant, et la Russie peut compter de se rendre maître

*) Kous ajoutons les deux lettres suivantes, qui n'ont au fond aucun rappoi"t à la Pologne; mais qui sont des accessoires intéressans sur les plans militaires du Koi, dans la guerre de succession de Bavière.

de toute la Galizie et Lodomérie, sans qu'il lui en coûte deux cents hommes en tout. La plus grande jalousie, que cette opération donnera aux Autrichiens, sera relative aux chemins, qui de ces contrées mènent en IlongTie, la ville et les mines de Cremnitz ne sont guère éloignées de la frontière. Il ne faudrait détacher qu'un très petit corps de troui)es légères dans ces environs, pour déranger la Cour de Vienne et exciter des cris perçans eu Hongrie. Il y a outre cela grand nombre de Grecs en Hongrie, qui, étant assurés de la protection de la Russie, lui feraient trouver beaucoup d'adhérens dans ce royaume, dont elle pourrait tirer axantage, de manière à l)Ouvoir faire la guerre à peu de frais. En prenant ce parti, la Russie conserverait toujours son corps de troupes dans le voisinage de Chotyn, ce qui lui proiitera, au cas que les Turcs traversassent la Pokutie pour tomber sur la Podolie, de pouvoir marcher au dos des Ottomans, et les obliger par cette seule manoeuvre, de retourner a^ec perte, de sorte quune pareille entrée et position des troupes russes dans les provinces Autrichiennes est avantageuse et se combinera tant a^'ec la politique quavec le bienêtre du militaire russe.

J'obser\-e avant de finir, si la Russie pouvait se résoudre à faire agir ses troupes, sinon plu-

tôt, du moins vers la lin de Septembre, ou au commencement d'Octobre, que les opérations qu'elle entreprendrait seraient de très grand effet; mais qu'elles rencontreront beaucoup pins de difficultés, si elle les retardait plus long-temps; car si nous sommes une fois ee quartiers d'hiver et dès que la chaîne de ceux-ci se trouvera formée, les Autrichiens sont à même de faire à notre insu autant de détachemens qu'ils veulent; au lieu que nous pouvons les contenir tant que la campagne dure par des chicanes, et les continuer, jusqu'à ce que les Russes seraient en possession de ce qu'ils souhaitent.

Du Koi au Comte Soliiis.

Schatzlar, 15 Octobre 1778.

Je suis fort aise, que le clioix de Sa Majesté l'Impératrice pour m'en^oyer un Général pour se concerter avec moi sur les opérations à entreprendre, au cas que la Cour de Vienne refuse de se prêter aux représentations qu'elle leur fait faire, soit tombé sur le Prince Repnin, vu que c'est un homme de beaucoup de mérite, et qui m'est très connu pour son personnel, puisqu'il a résidé quelques temps comm'e ministre auprès de moi. Je vous ai déjà confié précédemment, tout ce que je pense sur la diversion que les Russes pourraient faire en ma faveur; je ne serai guère en état d'en dire davantage. Je ne vois que deux côtés, par où ils puissent entamer les Autrichiens; Tun, de pénétrer par les provinces Polonaises en Hongrie, où Ton pourra peut-être exciter une révolte parmi les habitans, capable d'obliger la Cour de Vienne à se prêter aux désirs de la Russie; — et l'autre, de marcher par le Duché de Teschen

en Moravie, opération cependant, qni, à canse de la formation des magasins, est snjette à pins de difficnltés qne la précédente. Ce n'est que ponr vons en donner nne idée en gros, qne je vous marque tout ceci.

Quant à moi, j'ai été forcé de me tourner cette année-ci du côté de la Bohème, afin d"em- ])êcher les Autrichiens de s avancer sur Dresde avant larrivée de l'armée de mon frère vers cette ville, dont la perte aurait dérangé en partie toutes mes mesures. Je suis hors d'état cependant, d'exécuter rien en Bohème, tant qu'il y aura de si fortes armées, comme il y en a présentement pour la défendre, et. qui, au moyen de la négociation insidieuse entamée par l'Empereur, ont eu tout le temps de se fortifier par des retranchemens inaccessibles. C'est pourquoi, ayant été obligé d'abandonner ce projet, et comptant présentement sur ini secours à recevoir peut-être encore cette année de la part de la Russie, j'ai fait renforcer par le Prince héréditaire de Brunswick le corps de troupes, qui se trouve en haute Silésie, et lui en ai doimé le commandement. Ce Piince a été assez heureux, de faire replier dès son arrivée, les troupes ennemies jusqu'à Griinberg et Olmiitz. Actuellement, je ne suis occupé qu'à arianger une bonne défensive de ce côté-ci de la Silésie contre

la Bolième, pour pomoir me tourner ensuite, ] année proeliaine, avec toutes mes forces sur la .Moravie. A cette iin je prendrai dès cet hiver des précautions, au ■ cas qu'on s'accorde là-dessus en Russie avec moi, pour empêcher aux Autrichiens la communication en Lodomérie par le Duché de Teschen, ce qui conservera une entrée libre aux Russes dans cette ProWnce, où ils ne rencontreront tout au plus que 800 hommes, et mettra les Autrichiens dans la nécessité, de passer par la Hongrie et de faire un très grand détour, pour se rendre en Lodomérie. C'est ainsi que je favoriserai la position des Russes dans les dites provinces, en. leur donnant le temps de s'y étahlir selon leur con- A'enance. D'ailleurs, si la guerre tourne du côté de la Galicie, je tâcherai de pénétrer en Moravie, et d'entamer le plus tôt que possible une alfaire avec l'ennemi, après quoi mon dessein est, d'envoyer un détachement d'environ 20,000 hommes, et même plus fort, du côté de Presbourg, où des Cosaques, si j'en pouvais avoir, me rendraient grand service. La raison de ce détachement est, parce que les Autrichiens tirent la meilleure partie de leurs fourrages de la Hongrie, et ])arce qu'étant maître ('.u Danube, on leur coupe, juir là, leur subsistance. Outre cela, il y a un pont sur le Danube à Presbourg,

au moyen duquel on peut faire des excursions avec des Cosaques et autres troupes légères, jusqu'aux portes de Vienne. Ceci engag-erait non seulement les Autrichiens . de porter d'abord une armée aux en^'irons de Vienne, pour couvrir cette ville, mais nous faciliterait d'un autre côté les moyens, à ouvrir le théâtre de la gu^Te sur les bords du Danube, et de donner la loi à la Cour de Vienne pour la pacitication des troubles actuels; outre qu'en portant la guerre de ce côté-là, mon frère aura les coudées libres pour agir en Bohème comme il lui plaira, sans y rencontrer grande résistance.

l'out ce que je viens de vous marquer làdessus, n'est que pour votre direction seule, vous n'en confierez rien à personne, sinon au Comte Panin, en lui recommandant le secret le plus inviolable, parce que la réussite du projet en dépend absolumeuî, pour empêcher qu'on ne puisse prendre des mesures qui le fassent échouer.

Au reste, je suis bien persuadé, que la déclaration Russe à Vienne, où certainement on ne s'y attend nullement, et où par conséquent on n'y est aucunement préparé, fera un très bon effet. 11 se peut cependant, que les Autrichiens se doutent de quelque chose, puisque les déserteurs, qui me sont \enus d'eux, ont prétendu, qu'on parlait beaucoup des Russes à leur ar-

mée. Je suis bien aise aussi de vousm ander, que la Cour de France commence à parler d'un ton beaucoup plus sérieux à Vienne, et qu'elle traite avec moins de ménagement que ci-de\ant cette puissance. Je crois donc pouvoir sur ces considérations, de deux choses conclure l'une: ou que la déclaration de la Russie et les fortes représentations de la France, feront plier l'Autriche, et l'engageront à s'accommoder cet hiver; ou, si elle refuse de s'y prêter, qu'il est incontestable que les opérations d'une seule campagne, de concert avec les Russes, réduiront nécessairement cette puissance à terminer les troubles actuels, et la forceront à faire la paix l'année qui vient.

Du Roi à Solms.

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