‹ Frédéric II et Louis XV, d'après des documents nouveaux 1742-1744. Par le deuc de BroglieChapitre 23 sur 48 · Mémoires du du? dp Lmjnes, t. V, p · texte numérisé non relu

Mémoires du du? dp Lmjnes, t. V, p

OIIAIMTUK VI

Effet produit par les résolutions énergiques de la Franco. — Marie-Thérèse ne s'en émeut pas et continue sa campagne agressive contre l'Alsace. — Troubles et inquiétude â Londres. — Démarche du ministre anglais Hyndford auprès de Frédéric. — L'ambassadeur de France, le marquis de Fénelon, annonce aux états généraux à la Haye l'entrée de l'armée française dans les Pays-Bas. — Terreur des Hollandais et envoi du comte île Wassenaer au camp français. — Wassenaer trouve le roi devant. Lille. — Accueil qui lui est fait par Louis XV. — Siège et prise de Menin. — Conclusion du traité d'alliance avec la Prusse et île l'union des princes allemands à Francfort. — Frédéric veut faire rendre à Belle-Isle le commandement de l'année qui doit entrer en Allemagne. — Rottenbourg, pour obtenir ce choix, a recours à l'influence de madame .le Châteauroux. — Il est devancé par Tencin et Richelieu, qui veulent combattre l'influence, devenue prépondérante, du maréchal de Noailles. — Madame de Châteauroux part

pour l'armée. — Déplorable effet produit par son arrivée.

— Prise de Menin. — Le prince Charles, favorisé par la connivence des princes ecclésiastiques, passe le Rhin et envahit l'Alsace. — Le roi interrompt la campagne de Flandre et se porte de sa personne au secours de la province envahie. — Frédéric annonce son entrée eu Bohème, et envoie à Metz le maréchal Schmettau j^our combiner son attaque avec le mouvement de l'armée française. — Arrivée de Louis XV à Metz. — Il tombe malade à la suite de son départ pour l'Alsace. — Madame de Châteauroux dissimule quelque temps les dangers de la maladie. — Les princes du sang pénètrent de force chez le roi, et l'évêque de Soissons, grand aumônier, l'invite ù songer à sa conscience. — Mesdames de Châteauroux et de Lauraguais reçoivent l'ordre de quitter Metz: — L'évêque de Soissons, avant d'administrer au roi les derniers sacrements, exige l'aveu public de ses fautes. — Affreux voyage de madame de Châteauroux de .Metz à Paris. — Elle rencontre à Bar la reine qui vient à Metz. — Arrivée de la reine. — Amélioration dans l'état du roi. — Sa guérison. — Joie générale en France.

Marie-Thérèse, avertie de l'entrée de Frédéric en Bohême, envoie au prince Charles l'ordre de rentrer en Allemagne.

— Le maréchal de Noailles, chargé de le poursuivre, lui laisse passer le Rhin sans être inquiété. — Colère de Frédéric. — Le roi se décide à aller faire le siège de Fribourg en Brisgau. — Conséquences regrettables de la maladie du roi. — La nouvelle alliance avec la Prusse est inaugurée snus de fâcheux auspices. — Fin de cette première période de la guerre de la succession d'Autriche.

Le réveil inattendu d'une nation que chacun croyait épuisée ou endormie, l'attitude énergique soudainement prise par un souverain qu'on supposait condamné à une éternelle enfance, causèrent dans toutes les cours d'Europe un étonnement égal, mais mélangé d'impressions bien différentes. La surprise ne pouvait apporter que du contentement à tous les alliés de la France, soit avoués, comme Elisabeth Farnèse et Charles VII, soit secrets et encore incertains, comme Frédéric et les princes protestants d'Allemagne; mais, pour tous nos adversaires, c'était un sujet imprévu d'alarmes et un pénible mécompte. 11 semble que ce sentiment ne dût se faire jour nulle part avec plus de vivacité qu'à Vienne et dans les conseils de Marie-Thérèse. Là, le désappointement était complet et le changement à vue très mortifiant. La veille, une victoire, remportée sur tous les théâtres, assurait une domination sans contestation : tous les ennemis de la maison de

Hapsbourg courbaient la tète; le présomptueux électeur qui lui avait disputé la couronne impériale expiait sa témérité dans le dénuement et dans l'exil, tendant à ses vainqueurs une main suppliante et mendiant sa grâce dans le sens littéral et nullement métaphorique du mot ; son patrimoine était occupé sans lutte et ravagé sans merci. L'étranger, qu'il avait eu l'imprudence d'appeler à son aide, l'abandonnait sans défense, inquiet lui-même pour sa propre sûreté. Ce n'était plus le sol germanique, mais bien le territoire français, qui, à son tour, étaitmenacé. Du hautde la cathédrale de Strasbourg-, on apercevait les aigles autrichiennes prêtes à prendre leur vol pour aller s'abattre, au delà du Rhin, sur les provinces arrachées par Louis XIY à l'empire. Avec une parole de paix prononcée à temps et de bonne grâce dans toute la joie du triomphe et au milieu de l'admiration universelle, la petite-nièce de Charles-Quint pouvait demeurer plus maîtresse de l'héritage de ses aïeux que ne l'avait été, depuis un siècle, aucun de ses prédécesseurs.

Aujourd'hui, tout était à recommencer. Trois

nouvelles années françaises élaient sorties de terre. Le pins puissant des alliés de l'Autriche, menacé de la guerre civile et de l'invasion dans ses propres foyers, se sentait mal protégé par le bras de mer qui, en le séparant du continent, l'empêchait aussi d'y exercer une action tout à fait efficace. Sur la frontière prussienne, désarmée à peine depuis une année, on signalait de nouveau des mouvements militaires, des transports d'armes, des rassemblements de troupes d'autant plus inquiétants que le but en restait enveloppé de mystère. Devant cette renaissance de périls qui semblaient conjurés, qui ne penserait que Marie-Thérèse dût éprouver quelque repentir d'avoir laissé échapper une heure favorable et compromis tant d'avantages déjà assurés par l'excès et la rigueur d<" ses prétentions? Sa conscience de mère et de chrétienne ne devait-elle pas lui reprocher aussi tout bas d'avoir, en cédant aux inspirations du ressentiment et de l'orgueil. exposé au hasard de nouveaux combat s la couronne de ses enfants el privé- ses peuples d'un repos déjà chèrement acheté!

Il ne semble pas que ni ce regret ni ce scrupule aient même traversé un seul instant l'âme de la princesse. On dirait, au contraire, que la pensée de se retrouver face à face avec des ennemis déclarés, entraînant à sa suite des alliés cette fois définitivement compromis, — sur un terrain dégagé de ces projets de transaction, de ces concessions et de ces compromis auxquels elle ne s'était jamais prêtée qu'avec répugnance, — lui lit éprouver un véritable soulagement. Ce sentiment étrange de délivrance se montra surtout dans ses rapports avec l'Angleterre, dont elle- avait toujours accusé la mollesse dans l'action et la promptitude à accepter, parfois même à lui imposer, des conditions qui la blessaient. Quand elle apprit d'abord la déclaration de guerre envoyée par le cabinet français au cabinet britannique, puis l'évasion du prétendant et les projets d'expédition maritime dans la Manche, ce fut pour elle une sorte de triomphe dont elle ne ménagea pas l'expression ironique à son fidèle serviteur Robinson : « Voilà bien, s'écria-t-elle, la suite de ces conseils timides auxquels le roi George n'avait que

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trop prêté l'oreille, de ces hésitations et de ces lenteurs qui ont laissé évanouir entre ses mains tous les fruits de la victoire de Dettingue ! Le voilà bien payé de tous les égards qu'il a eus pour son empereur, qui, en récompense du prix qu'il a mis à lui garder sa couronne, ne songe qu'à détrôner la maison de Hanovre! Vat-on enfin ouvrir les yeux et se mettre à l'œuvre? C'est Dieu, ajoutait-elle, qui a fait un miracle en permettant que les Français, dans leur présomption et leur aveuglement, aient lancé cette déclaration, qui va, j'espère, vous tirer de votre sommeil. Enfin je ne suis donc plus la partie principale ! Et que diriez-vous, grand Dieu! si j'allais me conduire comme ont fait jusqu'ici mes alliés! » Robinson, tout étourdi, ne trouva rien de mieux à faire que «l'abonder dans le même sens et d'assurer que, lui aussi, se réjouissait d'une démarche qui, en ttiettanl son maître en état de légitime défense, lui permettait d'invoquer le secours de tous ceux qui, par des traités, s'étaient obligés à lui venir en aide. S'il entendait par là Frédéric, la reine dut être médiocrement contente de sa

réponse. « Je n'en ai pourtant pas trouvé de meilleure, écrivait-il à son ministre, dans l'état d'obscurité où je suis, comme Votre Seigneurie le sait, sur ce qui sortira des prochaines conférences entre les militaires '. »

La déclaration de guerre faite à l'adresse propre de l'Autriche, qui suivit de si près celle qu'avait reçue le cabinet de Londres, n'était pas de nature à causer à Marie-Thérèse plus d'émotion. « Admis hier auprès de Sa Majesté, écrivait l'embassadeur de Venise Contarini, elle m'a parlé de toutes choses, et en particulier de la croyance où elle était d'avoir dans le roi de France un nouvel ennemi qui allait lui déclarer ouvertement la guerre. D'un air sérieux, mais ferme, elle m'a dit qu'elle ne pouvait craindre de plus mauvais jours que ceux qu'elle avait déjà traversés et que Dieu, qui l'avait protégée dans les plus grands périls, ne l'abandonnerait pas dans l'avenir... j'ai admiré la constance imperturbable et presque l'indifférence avec laquelle elle parait considérer cet événement. »

I. b'Arneth, t. Il, p. 3 43. — Robinson u Carteret, 2"! avril 1744. [Correspondance de Yienue. — Record Ofûcc.)

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Elle n'y voyait effectivement que L'occasion de renouveler, dans un manifeste éloquent, l'énumération tant de fois déjà faite de tous les griefs que la patrie germanique avait à venger depuis tant de siècles sur l'ennemi d'oulrc- Rhin '.

Si rien n'ébranlait cette fermeté voisine de la présomption, lool au moins pouvait-on penser que, attaquée comme elle se voyait déjàdansses possessions flamandes, el menacée en même temps dans sa conquête récente de la Bavière, la prudence lui commanderait de suspendre tout projet agressif pour consacrer toutes ses forces au soin de sa propre défense. C'était l'avis de ses principaux conseillers; c'était aussi la demande instante de l'Angleterre, qui, la voyant si satisfaite de la reprise des hostilités, en profita pour lui demander sur-le-champ l'envoi d'un corps de quarante mille hommes dans les Pays-Bas, afin de défendre de ce côte l'entrée de L'Allemagne et, le cas échéant, de barrer la route du Hanovre. Une telle force ne pouvait

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