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pour ne m'occuper que de l'objel général cl avoir par là le temps de réfléchir avec plus de naturel1. »
Noailles avait d'autant plus de mérite à faire valoir les services de ses rivaux, qu'il trouvait la situation plus mauvaise encore qu'on ne la lui avait dépeinte. Par l'ordre de Belle-Isle, quelques bataillons, confiés au duc d'Harcourt, avaient bien été immédiatement dirigés sur les défilés des Vosges pour en défendre l'entrée et tendre la main au maréchal de Coigny, qui promettait de se maintenir à Haguenau; mais Coigny, après quelques jours d'arrêt, trouvant la situation de Haguenau faible et impossible à défendre, prit le parti de rétrograder encore el de se retirer sous le canon de Strasbourg. Dès lors, les deux corps français étaient séparés, Coigny confiné dans un des coins extrêmes de l'Alsace, tandis que d'Harcourt restait complètement en l'air, à la porte de la Lorraine, avec une force insuffisante pour résister même un jour à une attaque du prince Charles. D'un
i. Le maréchal de Noailles au roi, 29 juillel 17ii. — Rousset.
!. II. p. I17-14S.
moment à 1 aatre , on s'attendait à voir le prince apparaître, et ses partisans, dans toutes les cités de la Lorraine, commençaient à se remuer. La terreur était telle dans la province que le roi Stanislas, qui la gouvernait, crut devoir quitter précipitamment son palais de Lunéville pour aller chercher lui-même un refuge à Metz, tandis que la reine sa femme prenait avec la même hâte le chemin de Versailles en emportant toutes ses pierreries. L'arrivée de l'armée royale était donc urgente et il n'y avait pas un instant à perdre. Noailles ne dissimula pas au roi que, s'il persistait à venir lui-même, il fallait faire la campagne en vrai soldat, à grandes marches et léger de bagages, en laissant derrière lui l'appareil royal. — « Je dois prévenir Votre Majesté, lui disait-il, sur la nécessité de se débarrasser des gros équipages, sans quoi il deviendrait impossible de faire le mouvement que l'objet militaire exige, indépendamment de la difficulté de pourvoir aux subsistances dans les pays où votre armée pourra se porter et qui auront déjà été foulés par notre armée et parcelle du prince Charles. »
La lettre trouva Louis déjà en route, et, de Reims, il répondait sans s'émouvoir : « J'ai bien de l'impatience d'être à Metz et de conférer avec vous, et avec M. de Belle-lsle, qui sait aussi bien que vous ma façon de penser. Je saurai me passer d'équipage, s'il le faut, l'épaule de mouton du lieutenant d'infanterie me nourrira facilement1. » De la même plume, il écrivait à l'empereur: « Monsieur mon frère et cousin, aussitôt que j'ai reçu la nouvelle que l'armée autrichienne avait surpris un passage sur le Rhin, je pris la résolution de m'y rendre en personne et je suis bien aise d'en faire part à Votre Majesté. Quelque espérance que j'eusse de faire de plus grands progrès dans les Pays- Bas, je les sacrifie volontiers à ce que l'intérêt de la cause commune, et en particulier, celui de Votre Majesté, exigent dans les circonstances présentes -. »
Il ne fallait pas moins que ce noble langage pour rendre un peu de cœur en Allemagne à
1. Le roi à Noailles, 31 juillet 1744. — Roussel, t. II, p. 174.
2. Le roi ;ï l'empereur, 1G juillet 1744. [Correspondance de Bavière. — Ministère des affaires étrangères.)
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lous ceux qui, venant de nouveau de lier leur destinée à celle de la France, éprouvaient la cruelle surprise de la voir elle-même tout d'un coup retombée dans l'extrême péril et menacée dans son existence. L'effroi était général: il semblait qu'une fois encore l'aide de Dieu, toujours invoquée par Marie-Thérèse, se déclarât miraculeusement en sa faveur. A Francfort, le pauvre empereur tremblait à la lettre de tous ses membres, croyant à tout moment qu'une escouade autrichienne allait l'enlever dans son palais, ('eux des confédérés de la nouvelle union qui n'avaient pas encore envoyé leur ratification hésitaient à donner leur dernière signature. « Le fanatisme de la maison d'Autriche reprend, écrivait Ohavigny, le passage du Rhin menace de tout emporter, et les tièdes et les timides suivent le flot. » — Telle est pourtant, dans une heure critique, la puissance d'une résolution hardie, que l'annonce <le l'arrivée (\n roi suffit à remonter tous les courages : Louis XV, à son tour, apparut aussitôt comme le sauveur envoyé <\\] ciel. — « Voilà qui change totalement les affaires, écrivait Blondel,
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le bouleversement étail en faveur de la reine de Hongrie et immanquable si la résolution eûl été différée... Tous les sujets de Sa Majesté partageront la gloire qu'elle s'acquiert par tout
l'Europe d'une démarche si grande et si généreuse... » — «(Quel spectacle, ajoutait Chavigny, le roi donne à toute l'Allemagne! Je vous laisse à penser si je me complais dans toute la gloire qui l'environne ' . »
Mais qu'allait faire et qu'allait penser Frédéric? C'était la question douteuse et toujours au fond pleine d'angoisse; car l'attitude mystérieuse qu'il gardait encore, même depuis le traité conclu avec la France, autorisait au fond tous les soupçons. « Si ma chemise savait ce que je veux faire, disait-il à ceux qui l'interrogeaient sur le hut de ses préparatifs, je l'arracherais à l'instant de mon corps. » Ce silence, si rigoureusement gardé quand le secret ne paraissait pins nécessaire, n'était-il pas une pré-
I. Blondel à Laporte du Theil, 26 juillet 1744. (Correspondance de Mayence.) — Cliavigny à d'Argenson. [Correspondance de Bavière, l.'i et 24 juillet 17ii. — Ministère des affaires étrangères.)
caution prise pour rester jusqu'à la dernière heure maître de changer ses résolutions? Et, devant le revirement de la fortune, n'allait-il pas se retourner lui-même? L'imprévoyance de Goignv ne pouvait-elle pas servir à une défection nouvelle d'aussi bon prétexte que l'avaient été autrefois 1rs fautes vraies ou prétendues du maréchal de Broglie? Au même moment, d'ailleurs, on apprenait que l'ambassadeur de Louis XV à Saint-Pétersbourg-, La Chétardie, s'ctant fait, par sa fatuité et ses prétentions, une sotte querelle avec l'impératrice, venait de recevoir ses passeports, et l'on pouvait craindre que Frédéric, pour se dispenser d'agir, n'éprouvât ou ne feignît la crainte que, s'il prenait en ce moment trop ouvertement parti pour la France, le déplaisir delà princesse ne s'étendit jusqu'à lui '. On resta quelques jours dans cette incertitude partagée par Louis XV lui-
t. L'incident qui amena le renvoi du marquis de la Chétardie de Saint-Pétersbourg lui étant resté tout personnel et n'ayant pas eu de suite, je me dispense de le comprendre dans ce récit. On en trouvera tout le détail dans le piquant ouvrage de M. Albert Vandal, intitulé: Louis XV et Elisabeth de Russie.
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mémo, malgré les flatteries et les caresses dont les agents prussiens ne cessaient de le combler. Mais ce fut, à la surprise générale, la résolution contraire qui fut annoncée. Frédéric fit savoir que le péril urgent de son allié, loin de l'arrêter, le décidait à jeter le masque et que, devançant de quelques semaines l'époque qu'il avait fixée pour son entrée en campagne, il se mettait immédiatement en mesure de faire, dès les premiers jours d'août, son apparition en Bohême. Tant de générosité était chez lui si peu coutumière, qu'elle trouva encore, au premier moment, quelques incrédules. « Mon cousin, écrivait Louis XV au cardinal de ïencin, je ne sais si on vous a mandé quelque chose du roi de Prusse: nous avons plus lieu d'être content de lui ; le passage du Rhin l'a déterminé à entrer en Bohême dès le 15 du mois prochain. A la fin de ce mois, nons en serons plus sur l. »
Frédéric dans ses Mémoires, a donné plusieurs explications de cette détermination sou-
1. Le roi à Tencin, 26 juillet 1744. (Correspondance de Bavière. — Ministère des affaires étrangères.)
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daine, (l'abord la plus simple, colle dont il se fit honneur en la prenant : le désir de venir en aide à un allié en péril. Mais, comme si ce dévouement chevaleresque était le genre de mérite dont il tenait le moins à se parer aux yeux de la postérité, il en ajoute tout de suite une autre. Il eut, dit-il, la crainte que la France, épouvantée, ne se décidât à accepter les conditions de paix que l'Angleterre, par l'intermédiaire de la Hollande, ne cessait de lui offrir et qu'alors il ne se trouvât seul en face d'une armée autrichienne toute prête et victorieuse, qui ne manquerait pas de se retourner contre lui et de le relancer en Silésie. La vérité qui perce dans ses correspondances, c'est que l'entrée du prince Charles en France, loin de contrarier ses desseins, entrait pleinement dans ses vues et les servait en quelque sorte à souhait : c'était la principale armée autrichienne qui s'éloignait de la frontière de Bohème et s'engageait de l'autre côté d'un grand lleuve dont le passage, toujours dangereux, lui rendait le retour difficile. Jamais occasion ne fut plus favorable pour le coup de surprise qu'il médi-
tait. Connaissant le prix du temps, il n'était pas homme à laisser échapper un instant si propice pour attendre le complément de quelques préparatifs qui pouvaient encore lui manquer. S'il eût hésité, d'ailleurs, à hâter ses mouvements, la résolution de Louis XV, cette fois encore, entraînait la sienne. Ce qu'il avait toujours craint, n'était-ce pas que la France, se contentant de l'aire ses propres affaires dans les Pays-Bas, ne lui laissât porter à lui seul le poids de la guerre en Allemagne? Ce qu'il avait toujours réclamé, n'était-ce pas que le gros de l'armée française fût porté vers la frontière allemande, de manière à être entraîné à la franchir à un jour donné pour la suite des opérations militaires? Mais que cette armée arrivât là où il la désirait, commandée par le roi lui-même, c'était un idéal que, dans ses vœux les plus ambitieux, il n'avait jamais rêvé. Il obtenait ainsi au centuple le gage qu'il avait toujours demandé de l'énergie et de la fidélité de la France. Ce n'était pas, en réalité, Frédéric qui allait à Louis XV, c'était Louis XV qui venait à Frédéric.
Aussi son parti fut pris sur-le-champ, et, quand Podewils, qui ne s'attendait à rien de pareil, qui ne connaissait pas même le texte du traité français, essaya quelques objections embarrassées, jamais l'infortuné conseiller n'avait été si malmené. « Etes-vous sur, disait le timide ministre, de la sincérité de la France et de la fermeté de la Russie? Et si l'un ou l'autre vous manque, Votre Majesté peut s'embourber tellement, qu'il pourrait lui en coûter même ses Etats héréditaires. Pour sauver l'empereur qui se noie, faut-il vous mettre à l'eau vousmême? » Le roi ne lui répondit qu'en lui remettant le projet de manifeste qui devait précéder son entrée en Bohème, et en lui enjoignant de le tenir prêt pour l'impression. « C'était un de ces cas, dit-il dans Y Histoire de mon temps, où il faut savoir se décider, et où le parti le plus dangereux qu'on peut prendre est de n'en prendre aucun '. »
Mais, en faisant connaître à Louis XV et au maréchal de Noailles cette résolution décisive,