Droysen, t. II, p
do combien de flatteries adroites à l'adresse du souverain et du ministre, de combien d'excitations ardentes à une action immédiate et énergique il a soin de l'accompagner : « Je bénis mille fois le roi mon maître, écrivait-il à Noailles, de la résolution qu'il a prise de se mettre à la tète de ses troupes... Plus il mettra de vigueur et de nerf dans ses opérations, et plutôt ses alliés seront obligés de chanter la palinodie. Les Hollandais me reviennent comme les grenouilles de la fable : ils avaient une bûche pour roi durant le ministère du cardinal, ils ont assez importuné les dieux pour qu'il méritent d'avoir une cigogne... S'il n'avait tenu qu'à moi, vous auriez pris vingt villes dans cette campagne et gagné trois batailles. » — Et à Louis XV : « Monsieur mon frère, Votre Majesté agréera les félicitations que je lui fais du fond du cœur. Vous surpasserez dans peu la réputation de votre aïeul, et l'Europe voit avec étonnement, et une partie avec beaucoup d'envie, que la nation française est ce que son roi veut qu'elle soit... Qu'il est beau de voir l'empressement avec lequel Votre Majesté vole au secours de
ses peuples, après avoir montré d'un autre côté combien il est dangereux rie l'avoir offensée ! La promptitude de ses mouvements est admirable : elle ordonne, et une armée disparaît de Flandre pour tomber tout d'un coup sur le prince Charles. Je n'oserais dire à Votre Majesté que ses coups d'essai sont des coups de maître ; mais personne ne m'empêchera de le penser ainsi. »
Puis, à chaque lettre de félicitation est jointe, sous forme de note ou de commentaire explicatif, un plan de la campagne qu'il faudra adopter lorsque, les Autrichiens une fois chassés d'Alsace, il s'agira de les poursuivre en Bavière, en même temps que les Anglais en Hanovre, où ils ne sauraient manquer de se retirer aussi. C'est l'offensive, toujours l'offensive qu'il faudra prendre : la défensive a jusqu'ici tout perdu. C'est Coudé, c'est Catinat, c'est Luxembourg qu'il faut imiter. L'habile homme de guerre n'oublie rien, ni le nombre d'hommes qu'il faudra employer dans chacune de ces expétitions, ni la route qu'on devra suivre. — « Si, après le départ du prince Charles, vous ne faites
d'abord marcher qu'après lui un corps suffisant de vos troupes, vous ue ferez que de l'eau claire, et vous pouvez compter que, si vous n'envoyez pas vingt ou vingt-cinq mille hommes dans le pays de Hanovre, toute notre affaire est au diable. » — Vient ensuite régulièrement un post-script uni traitant du général qu'on devra choisir, et c'est toujours Belle-Isle qui est indique comme celui qui, connaissant le mieux l'Allemagne, peut le plus sûrement y conduire une armée. Parfois aussi le penchant irrésistible au sarcasme et à l'ironie reprend le dessus et l'incorrigible railleur laisse entendre que ses compliments ne seront tout à fait sincères que quand ils auront été assez mérités pour faire oublier les fautes passées : « J'attends les nouvelles (de vos progrès), écrit-il au maréchal de IVoailles, avec impatience, car si l'on compte la retraite que les Français ont faite depuis deux ans de Deggendorf jusqu'aux montagnes des Vosges, elle surpasse tout ce que l'histoire nous apprend en ce genre, et, si vous allez en avant de même, vous serez au mois de décembre aux portes de Belgrade. » Enfin, trouvant que l'écri-
ture était impuissante pour communiquer l'intensité de son ardeur et la multiplicité de ses pensées, il se décida à envoyer à Metz son principal confident militaire, -le maréchal de Schmettau, pour recevoir Louis XV et concerter avec Noailles et Belle-Isle l'ensemble des mesures à prendre. Le même jour, il donnait ordre à son ministre auprès de Marie-Thérèse de quitter Vienne après avoir annoncé que le danger que courait l'empereur l'obligeait, en qualité de membre du corps germanique, à prendre les armes pour sa défense1.
Schmettau arriva à Metz la veille du jour où on attendait le roi, qui y. fit son entrée le 4 août au milieu des acclamations enthousiastes de la population. Sa marche, qui nous paraîtrait bien lente aujourd'hui, semblait très rapide, alors que, pour concentrer et transporter cinquante mille hommes, les moyens de célérité dont nous disposons n'existaient pas. On avait doublé la paye du soldat, qui, de grand cœur, doublait aussi sa journée do marche. On éprouvait tant
1. Pol. Corr., t. III, p. 179, 209, 220, 226, 230, 233, 215, 240.
de joie, après avoir si longtemps souffert d'obéir à un mineur en tutelle d'un vieux prêtre, à voir enfin à sa tête un homme et un guerrier! Le bruit de l'alliance avec le roi de Prusse s'étant répandu, le parallèle des deux souverains était dans toutes les bouches. Tous deux étaient jeunes, aimés de leur peuple et de leur armée. Tous deux marchaient à la victoire; si Frédéric avait sur Louis quelque avance en fait d'exploits et de renommée, c'était une distance qui serait bientôt regagnée. La comparaison, pénible naguère, n'avait plus rien dont l'amour-propre national dut souffrir.
Ainsi raisonnaient le s spectateurs qui voyaient passer le cortège royal dans cet appareil militaire, si propre à enflammer les imaginations populaires; mais ceux qui regardaient de plus près, dont l'œil était plus ouvert ou l'esprit plus prompt à la critique, faisaient déjà à voix basse plus d'une remarque et se racontaient à l'oreille plus d'une anecdote qui tempérait l'enthousiasme. « Les dames suivent-elles ? » demandait dès le premier instant le duc de Luynes dans son Journal. Et madame de Mailly , devenue
dévote et presque prude, faisait plus crûment la même question : « Les vivandières en sontelles? » disait-elle à la vieille maréchale de Noailles. Et, quelques jours après, Luynes, se répondant lui-même : « Les dames, dit-il, suivent le roi ; elles ne marchent pas le même jour; mais elles se trouvent à toutes les stations. » Effectivement, madame de Châteauroux (on le sait déjà dans l'armée, et le peuple va l'apprendre) a voulu être aussi du voyage, et personne n'a eu le courage de l'avertir qu'elle gâtait l'effet des plus généreux conseils en s'y associant trop ouvertement. Elle et sa sœur suivent l'armée à un jour de marche et rejoignent le roi toutes les fois qu'il doit s'arrêter pour prendre quelques heures de repos. A chaque station, un rendez-vous discret est ménagé par les soins du duc de Richelieu. .Mais, une fois par malheur, à Laon, Louis XY a été aperçu sortant d'un de ces tète-à-tèle mystérieux, et des mauvais plaisants qui l'ont reconnu l'ont salué du cri de « Vive le roi ! » Pour fuir cette ovation importune, il a dû se réfugier, au grand dommage de la dignité
royale, dans un jardin voisin par une porte trop étroite pour y passer à Taise. A Metz enfin, après l'arrivée, l'intimité devient tout à fait apparente; car madame do Chàteauroux va loger en face du palais même occupé par le roi, dans une maison destinée aux principaux officiers, et que, soi-disant pour les besoins du service, on a fait communiquer avec la demeure royale, par une galerie en planches qui traverse la rue. Les passants, surpris, n'ont pas de peine à deviner à quel genre de service est destiné ce passage improvisé1.
Ceux qui, peu de jours après, auraient suivi à la trace Frédéric entrant on Bohême, ne l'auraient trouvé ni enquête de ces distractions déplacées, ni exposé à de si tristes mésaventures ou à de si fâcheux commentaires. Pour celui-là, une fois que l'heure du combat avait sonné, la pensée mémo du plaisir ne traversait plus son esprit, La différence des deux hommes
i. Mémoires de Luynes, t. VI, p. 27, 30, 47. — Journal dr d'Argcnson, t. IV, p. 106. — Madame de Tencin à Richelieu, 20 juillet 17H.
aurait suffi à elle seule pour faire présager la fortune contraire des deux règnes.
Il semble qua certains moments de l'histoire la Providence prenne plaisir à se jouer de nos calculs les mieux faits et de nos prévisions en apparence les plus assurées. La maladie ou la mort, ces ministres muets de ses volontés, qui n'obéissent qu'à elle seule et qui frappent sans avertir, sont, à ces heures critiques, les instruments qu'elle emploie pour faire sentir que son action [est souveraine et indépendante de tout concours humain.
Le 4 août 1744, au moment où Louis XV faisait son entrée à Metz, tout paraissait seconder ses espérances; l'annonce que lui apportait l'envoyé du roi de Prusse enlevait, en réalité, tout péril à la résolution généreuse qu'il avait prise de voler au secours de l'Alsace, sans en diminuer en rien le mérite. Dès qu'on était certain que quatre-vingt mille Prussiens allaient,
au premier jour, passer la frontière autrichienne, le prince Charles était, par là même, contraint de reculer et d'évacuer l'Alsace sans coup férir. Il ne s'agissait plus que d'arriver à temps sur ses derrières pour changer sa retraite en déroule et précipiter dans le Rhin ses bataillons fugitifs. Une fois cette opération relativement facile accomplie, Louis prenait rang-, du premier coup, parmi les souverains qui méritent la reconnaissance de leurs peuples et qui vivent dans la mémoire de la postérité. Ce triomphe était célébré d'avance, le 7 août au soir, dans un splendide souper qui fut offert par le roi à l'officier prussien et où la sauté des deux monarques fut saluée à plusieurs reprises par de copieuses rasades. Le lendemain, le roi devait assister à un Te Deum chanté en remerciement d'un nouveau succès remporté en Italie par l'armée du prince de Conti, dont un des lieutenants, le bailli de Givry, venait d'enlever, sous les yeux mêmes du roi de Sardaigne, la forteresse importante de Château-Dauphin. Le départ pour F Alsace devait avoir lieu le jour suivant.
Le matin du 8, le roi se réveilla avec un grand
mal de tête el une grosse fièvre. On attribua cette indisposition soit à la fatigue d'un voyage très rapidement poursuivi par une chaleur excessive et sous un soleil ardent, soit au repas trop abondant de la veille; en un mot, à un brusque changement de régime qui n'était pourtant pas assez complet, puisque les épreuves nouvelles n'interrompaient pas d'autres genres d'excès. Il fallut renoncer au Te Deum et laisser partir seul en avant le maréchal de Noailles; mais, dans les journées du 10 et du 11, le mal, au lieu de se dissiper, s'aggrava, et les médecins durent reconnaître qu'ils étaient en présence d'une fièvre putride d'un mauvais caractère.
Du moment que le roi avait dû garder le lit, les duchesses de Chàteauroux et de Lauraguais, introduites par le duc de Richelieu, avaient voulu veiller seules à son chevet, faisant la garde avec soin, imposant le silence aux médecins comme aux domestiques, et ne laissant ni entrer ni sortir personne qui pût répandre au dehors les alarmes qu'elles commençaient à ressentir. Mais de tels secrets ne se gardent pas longtemps, et le mystère même, en cas pareil,
LA MALADIE I» l ROI :}.'!,")
accroît L'inquiétude au lieu de la calmer. On no tarda pas à murmurer dans l'entourage royal contre une séquestration contraire à toutes les règles de l'étiquette et imposée par une compagnie si suspecte. Les princes du sang- présents ;ï l'armée, le duc de Chartres et le comte de Clermont, rappelèrent très hautque, si quelqu'un entrait chez le roi, leur rang les autorisait à y pénétrer avant tous autres; le duc de Bouillon, grand chambellan, invoqua la prérogative de sa charge, qui lui donnait le droit d'assister à toutes les consultations des médecins. L'évêque de Soissons, grand aumônier, demanda d'un ton moins animé, mais plus grave, si on voulait courir le risqué de laisser mourir le roi de France sans le secours de la religion, à l'état de péché public. De leur côté, de jeunes officiers, amis de Richelieu, se riaient de ces prétentions et de ces scrupules, et la querelle devint assez vive pour que, de l'antichambre, le bruit s'entendit dans les appartements intérieurs. Les duchesses et leur confident, avertis de ces rumeurs, essayèrent de faire taire les mauvaises langues en décidant les médecins, Lapeyronie et Chicoy-
neau, à donner une consultation publique. On leur fit la leçon, et les deux docteurs déclarèrent que, si l'état du roi donnait lieu à quelques symptômes alarmants, de nature à effrayer ceux qui n'en connaissaient pas la cause, à leurs yeux, ce n'étaient que les effets ordinaires d'une forte fièvre, et que le véritable danger consisterait à donner au malade, sur le caractère de ses souffrances, une inquiétude prématurée. Richelieu, de son côté, qui avait des prétentions à se connaître en médecine, affirma qu'il avait tàté le pouls du roi à plusieurs reprises et qu'il ne reconnaissait ni l'intensité fébrile ni le trouble qui pouvaient faire craindre un péril prochain. Ces avis, trop évidemment concertés d'avance, ne rassurèrent personne. « Ces messieurs sontils protestants, disaient les âmes pieuses scandalisées, pour attacher si peu de prix à l'accomplissement des prescriptions de l'Eglise? » Les princes prirent alors leur parti de forcer la porte, puisqu'on ne la leur ouvrait pas. Le comte de Clermont entra le premier, suivi du duc de Cbartres : on dit qu'ils furent obligés de pousser eux-mêmes du pied le battant de la
LA MALADIE DU ROI •V,il
porte, en heurtant assez rudement le duc de Richelieu, qui voulait leur barrer le passage, et à qui le duc de Chartres demanda avec hauteur si un valet avait la prétention de faire la loi aux parents de son maître. L'un et l'autre s'approchèrent alors du lit du roi, en protestant qu'ils n'avaient d'autre intention que de lui rendre leurs hommages et de s'informer de ses nouvelles. Le roi les reçut de bonne grâce, et ils se retirèrent.
Mais la glace était rompue, et le cérémonial ordinaire reprit son cours. L'évèque de Soissons en profita pour avertir le roi qu'il était temps de mettre sa conscience en règle. « Je suis trop faible en ce moment, dit le prince ; mais les médecins promettent de me soulager dans la journée, et je vous ferai prévenir. » L'évèque n'insista pas ; seulement, en quittant la chambre, il avertit qu'il se tenait aux ordres du roi. Dès qu'il fut sorti, madame de Châteauroux rentra, et, s 'approchant du malade royal, lui parla dans les termes de leur passion accoutumée; mais le roi, lui prenant la main pour la
baiser : « Ma princesse, lui dit-il (c'est le duc
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de Luynes qui met cette expression dans sa bouche), je crois que je fais mal et qu'il faudra peut-être nous séparer. » Puis il recommanda au duc de Richelieu de l'emmener chez lui et de prendre soin d'elle.
C'était un congé tendrement donné, mais il n'y avait pas à s'y méprendre. La duchesse, ne pouvant se résigner, après avoir inutilement séduit les médecins, essaya de fléchir le confesseur : c'était un jésuite, le père Pérusscau, assez timide de sa nature et rendu tel, plus encore, par l'embarras do la position très délicate qu'il avait dû garder dans ces derniers temps. Croyant sans doute qu'elle trouverait chez lui quelques-unes de ces facilités de conscience que des calomnies très accréditées prêtaient à la fameuse compagnie, madame de Châteauroux s'efforça d'obtenir qu'il se bornât à lui interdire l'entrée de la chambre royale, sans la faire sortir avec éclat du palais et en se contentant de la promesse que tout commerce criminel cesserait à l'avenir si le roi se rétablissait. «La proposition, dit Luynes, qui raconte l'entretien sans pourtant affirmer positivement qu'il
ail eu Lieu, ne fut point agréée par le père Pérusseau, et cela est aisé à croire. » En tout cas, la conversation ne put être longue; car un grand bruit qui s'éleva l'interrompit : c'était le roi qui venait d'être saisi d'une subite défaillance; il s'était déjà cru mort, et, en proie à la terreur des châtiments célestes, appelait à grands cris les secours de l'Eglise.
Si le père Pérusseau (ce que je suis très éloigné de penser) eût eu la faiblesse de céder, ou la naïveté d'ajouter foi aux promesses de madame de Châteauroux, il en eût été pour ses frais de crédulité; car ce n'était pointassez de recevoir les aveux secrets du roi et les promesses de son repentir : il fallait, par la réception des derniers sacrements, en donner à la conscience publique, si récemment outragée, l'éclatant témoignage; et ce n'était pas le confesseur, mais bien le grand aumônier qui était le ministre désigné de cette solennité. Celui-là ne pouvait être sujet même au soupçon de la moindre complaisance. François de Fitz-James, évèque de Soissons, était un prélat encore jeune, de la plus illustre origine, petit-fils du maréchal de
Berwick, appelé lui-même à la succession d'une duché-pairie et qui, malgré sa qualité d'aîné de famille, avait renoncé dès l'adolescence à l'éclat de son rang pour obéir à l'appel d'une sainte vocation. La pureté de ses mœurs, l'intégrité de son caractère, après avoir édifié son diocèse, déliaient, depuis plusieurs années déjà, la malveillance de la société corrompue au sein de laquelle sa charge de cour l'obligeait de vivre. Ceux que son austérité gênait, ne sachant que lui reprocher, l'accusaient volontiers d'incliner vers le jansénisme, non qu'il eût jamais opposé aucune résistance aux définitions théologiques de Home ou refusé sa signature à aucun formulaire, mais parce que la sévérité de sa tenue, la rigueur, parfois même l'âpreté de son zèle, lui donnaient un air de famille avec les docteurs de cette secte fameuse. Un tel homme n'avait garde de mettre en oubli cette antique règle de l'Eglise : à savoir que la réparation en tout genre doit être proportionnée au scandale et que le rang- élevé d'un pécheur, en donnant plus d'éclat à ses fautes, l'oblige à en apporter autant dans sa pénitence. Il avait
trop souffert, d'ailleurs, du spectacle qu'il avait eu sous les yeux, du mélange qu'il avait dû tolérer entre les pratiques extérieures de la dévotion et l'effronterie du libertinage, pour se prêter plus longtemps à une confusion qui, à cette heure suprême, devenait sacrilège. Il ne voulait pas que les saintes cérémonies de l'Eglise parussent une comédie jouée en face de la mort et dont acteurs et spectateurs se riraient ensuite également si le danger venait à disparaître. Aussi, quand on vint lui demander de porter au roi la communion en viatique, il déclara nettement qu'il ne se rendrait pas à cette prière si la maîtresse congédiée n'avait d'abord quitté la ville, où sa présence n'était expliquée que par la passion coupable qui l'y avait amenée. L'injonction transmise au pénitent fut obéie sans résistance, et les deux sœurs durent recevoir l'ordre de s'éloigner sur-le-champ de Metz.
Ce fut le comte d'Argenson, ministre de la guerre, qui fut chargé d'aller leur porter ce triste message. Il trouva madame de Chàteauroux seule avec Richelieu, dans une attente pleine d'angoisse. Le comte était un de ceux qui s'é-
taient montrés les plus empressés à la courtiser pendant sa faveur, et elle comptait sur son amilie; aussi, en entrant, portait-il sur son visage la trace d'une émotion jouée ou véritable; il fit même, racontait plus tard Richelieu, semblant de se trouver mal; ce ne fut que d'une voix entrecoupée et tremblante qu'il put lui dire : « Le roi vous conseille, madame, de vous en aller à quatre ou cinq lieues de Metz. » La malheureuse resta consternée. Obéir était nécessaire, mais non facile; car il n'était pas sans danger de traverser les rangs d'une foule émue qui remplissait 1rs rues de la ville. L'irritation était au comble contre les deux femmes qu'on accusait d'avoir compromis la santé du roi par la vie de débauches qu'elles lui avaient fait mener et attiré sur lui la colère céleste par les désordres dont elles l'avaient rendu complice. Richelieu eut l'heureuse pensée d'aller demander aide à Belle- Isle, de qui dépendait, en sa qualité de gouverneur, la sécurité de la ville. Le maréchal, en vrai gentilhomme, n'hésita pas à se mettre, lui "I ses gens, à la disposition des deux proscrites. Il vint les prendre et les fit monter avec sa