I. D'Arneth, t. II, p
éviter que sa vie ne fût compromise dans un tumulte populaire.
Marie-Thérèse seule, quoiqu'on réalité aussi déçue, et peut-être même plus que tout autre (car la faute qui causait le péril lui était particulièrement imputable) ne perdit pas son sangfroid. De gré ou de force, elle dut bien reconnaître enfin que le seul parti à prendre était de rappeler immédiatement le prince Charles, en lui recommandant même assez de diligence pour éviter tout engagement avec l'armée française et ramener la sienne intacte de l'autre côté du Rhin. Mais, en donnant, de sa propre main, l'ordre qui contenait en réalité l'aveu de son imprudence, elle y joignait une instruction détaillée sur la manière dont cette évacuation devait s'accomplir, pour ne pas laisser absolument sans défense les possessions autrichiennes qui bordaient la rive droite du Rhin et où on pensait que le roi de France porterait son attaque, s'il trouvait ses propres provinces délivrées. C'était elle, en réalité, fait remarquer d'Arneth, qui paraissait seule avoir conservé l'intelligence et le souci des détails militaires. Les mesures
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[irises, ©Uo résolut de se mettre unniédialeinenl
en route pour Presbourg , où b& venue étail déjà annoncée ci où elle so proposait de faire un nouvel appel au dévouement inépuisable de ses fidèles Hongrois. Sa présence v était de nouveau nécessaire, « elle seule (disait un écrivain anglais «lu temps) pouvant faire régner l'union il .mis relie lia in m travaillée par tant de divisions) car elle avail l'art do faire «lu moindre de ses
sujets un llérOS dévoue à sa cause > '.
Le prince Charles, aussitôt l'ordre reçu, se
nul en devoir de I exécuter. 1 1 aliaiidiinua suc-
cessivement ses positions, d'abord Savorne, puis Haguonau, reculant toujours des qu'il pouvait craindre que le maréchal do Noailles, qui s'avançait, ne vînt à l'atteindre» Sa préoccupation unique était do ne pas engager d'action,
persuade (dit le |iroccs-\ erlial ilu conseil de
guerre «pu fut tenu à cette occasion) que de la
Conservation de son armée dépendait celle des
h tais héréditaires de la maison d'Autriche et qu'une victoire même, accompagnée, comme
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elle le serait, de pertes inévitables, pourrait tout compromettre', Par la même raison, N « » ,• i ; 1 1 < ; s devait à loul risque el à loul prix cher-! cher le combat, La célérité il<' la marche, la vigueur de l'attaque, n'avaient jamais été plus nécessaires. Par malheur, les premiers indices du mouvement de retraite des Autrichiens lui parvinrent en même temps qu il recevait de Metz les bulletins les plus alarmants el presque désespérés de la maladie du roi. Quelque douloureuse que fui la surprise, un grand citoyen, un véritable homme de guerre, aurait dominé m>ii émotion pour ne penser <ju ;i son devoir. Noailles n eut pas cette fermeté d'âme. Touilles conséquences publiques «-i privées <!<• l'événement qui menaçait apparurent ■> la lois ;i son esprit. Le roi mort, qui prenait sa place? I n enfant gouverné par une mère que personne n avait songé ;i ménager et nui devait en vouloir aux favoris de la veille de leur complaisance pour les faiblesses <!<• son ''poux. La pensée de cette ruine possible, certaine même, de son crédit, la crainte '!«■ la responsabilité qu'il encourrait si un échec, dans cette heure cri
tique, pouvait lui être imputé, le jetèrent dans une perplexité qui se trahit par la mollesse et l'incertitude de ses résolutions. Il poursuivit lentement les Autrichiens, ne s'éloignant qu'à regret de Metz, d'où une nouvelle décisive pouvait à tout moment arriver. Quand il atteignit enfin, le 28 août, l'arrière-garde ennemie, ce fut seulement à la tombée du jour, dans un terrain marécageux, où, dès le commencement de l'action, la cavalerie s'embourba, hommes et chevaux culbutant les uns sur les autres. De là une confusion générale à laquelle la nuit seule vint mettre un terme. Noaillcs se crut vainqueur, parce que les ennemis avaient foi devant lui avec une hâte qu'il prenait pour de la terreur et qui n'était qu'une feinte habile pour se rapprocher plus rapidement du Rhin, dont le passage était déjà commencé. L'opération fut continuée et terminée le lendemain, pendant que les troupes françaises prenaient une journée de repos. Bref, le 24 au soir, l'armée autrichienne tout entière était sur la rive droite du fleuve avec son matériel intact. Le feu fut mis sur-le-champ aux ponts qui
LA MA LA lil E DU 1(01 369
avaient servi à la traversée pour arrêter une poursuite que Noailles, d'ailleurs, n'essaya pas. C'était ce même jour, 23 août, que Frédéric entrait en Bohême : il s'y était rendu par la ligne directe, traversant la Saxe malgré la résistance épeuréc d'Auguste III, qui prolestait contre la violation de son territoire. Mais on lui produisit une réquisition enrègle de Charles VII, qui, en sa qualité de chef du saint-empire, exigeait le passage à travers tous les Etals allemands d'une armée auxiliaire qui venait à son secours. II fallut se rendre à une invitation appuyée par quatre-vingt mille hommes en armes, et même remercier les Prussiens de ne pas faire plus de dégât sur leur chemin. La Bohème étant à peu près dégarnie de troupes, Frédéric comptait arriver sans résistance jusqu'à Prague, dont il s'apprêtait à faire le siège. On peut juger quels.furent sa surprise et son mécontentement quand il apprit que l'armée qu'il croyait paralysée ou anéantie en Alsace était au contraire dégagée, libre de ses mouvements, en pleine marche vers le nord et prête à se trouver d'un jour à l'autre en face de lui!
Toutes ses espérances étaient déçues et tous ses plans renversés du même coup. Au lieu d'un succès facile emporté par surprise, c'était une lutte sérieuse à soutenir. Rien ne l'assurait plus que la France, délivrée de ses propres inquiétudes, ne lui laisserait pas sur les bras (comme il l'avait toujours craint) l'embarras dont elle venait elle-même de se décharger. Naturellement enclin à la méfiance et prompt à avoir l'injure à la bouche, il vit tout de suite une trahison cachée dans ce qui n'était que le résultat fâcheux, mais assez explicable, d'une complication imprévue. Il n'hésita pas à exprimer assez clairement ses soupçons dans une lettre adressée à Louis XV lui-même, bien différente des flatteries dont il le comblait la veille, et où il ne prenait presque pas la peine de lui parler de la part qu'il avait prise à sa maladie et de lui faire compliment sur sa guérison. « Monsieur mon frère, lui disait-il, je viens d'apprendre avec la plus grande surprise du monde le passage du Rhin du prince Charles, heureusement exécuté. Je prie Voire Majesté de se ressouvenir des engagements qu'elle a
LA MALADIE Dl ROI ,'{7 1
pris envers moi et <le me décider dans mi cas où je ne sais quel jugement porter de ce qui arrive. Je Ja prie de se souvenir de ce que je lui ai écrit à tant de reprises et de me dire ellemême ce que j'ai à attendre de la France, ou si je n'ai rien à attendre du tout. A peine nie suisje déterminé à tout faire pour la France que je me vois pris au dépourvu. Tout cela m'est Lien sensible, mais je l'attribue à l'indisposition de Votre Majesté. » Une épitre plus vive encore, adressée au maréchal Schmettau, servait de commentaire à celle-ci... « Je ne sais, disait-il, ce que je dois penser d'un tel procédé du maréchal de Noailles, qui le couvre de honte et de confusion... Aussi veux-je que vous en fassiez des plaintes amères au roi de France. » Il l'engageait pourtant en terminant à ne pas trop aigrir le roi. « Mais, ajoutait-il, je regrette la disgrâce de madame de Chàtcauroux l. »
Schmettau n'avait garde, on le pense bien, de tenir secrète et snrtout d'atténuer l'expression d'une irritation qui s'exprimait dans de tels
1. Frédéric à Louis XV el .1 Sdimeltau, 31 août 17fi.— Pol.Corr., t. II, p. 261, 262.
termes. Il jeta tout haut feu et flamme contre le maréchal de Noailles, en ajoutant ce que son maître ne voulait pas dire, mais n'était pas fâché qu'on devinât : c'est que les choses n'auraient pas pris ce tour fâcheux et suspect si on avait suivi, dans le choix du général envoyé pour diriger l'expédition du Rhin, l'avis de ceux qui connaissaient l'Allemagne. De telles paroles trouvaient à Metz plus d'un écho pour les redire et même pour les porter, malgré la distance, au camp jusqu'aux oreilles du maréchal de Noailles. Averti du travail fait contre lui, Noailles se justifia avec une certaine noblesse en s'adressant d'abord directement au roi de Prusse. Après avoir établi, avec plus ou moins de vérité ou de conviction, qu'il n'avait ni perdu un jour, ni négligé une précaution : « Il n'est pas de la prudence, Sire, ajoutait-il assez hardiment, de censurer les manœuvres de la guerre lorsqu'on est éloigné des lieux où elle se passe... Qu'il soit permis à un homme qui sert depuis cinquante-deux ans, qui doit avoir quelque expérience, et qui s'intéresse véritablement à la grandeur et à la gloire de Votre Majesté, de la
mettre en garde contre les imaginations de guerre, dans lesquelles on n'a pesé ni les avantages, ni les inconvénients des projets, en se laissant séduire par les apparences du grand et du vaste, sans combiner ni les mesures ni les moyens... Ces imaginations sont bien différentes du vrai génie de guerre qui connaît des principes et des règles, et qui sait que ce n'est qu'avec une extrême circonspection qu'on se garantit des écarts d'un zèle et d'une ardeur inconsidérés. » Il écrivait en même temps au roi pour demander la permission de se rendre auprès de lui en personne, afin de conférer sur la suite à donner à la campagne commencée : en réalité, c'était demander à venir plaider sa cause. « Je serai ravi de vous revoir, monsieur le maréchal, répondit Louis d'une main encore tremblante ; vous me trouverez avec bien de la peine à revenir : il est vrai que c'est des portes de la mort. Ce n'est pas sans regret que j'ai appris l'affaire du Rhin ; mais la volonté de Dieu n'était pas que j'y fusse et je m'y soumets de bon cœur; car il est bien vrai qu'il est maître en toutes choses, mais un bon maître.
En voilà assez, je crois pour une première fois1. »
La lettre du roi semblait respirer à la fois et son ancien attachement pour son conseiller préféré et les nouveaux sentiments de piété dont, depuis sa pénitence, on le disait animé. En réalité, cependant, quand Noailles arriva à Metz, il trouva l'une et l'autre de ces dispositions également en train de se refroidir. A mesure, en effet, que les forces du convalescent revenaient, les spectateurs malins pouvaient remarquer que sa dévotion, d'abord très expansive et ne tarissant pas en expressions de reconnaissance envers Dieu, devenait plus réservée et moins prompte à se manifester au dehors. Par moments même, on voyait passer un nuage sur son front quand un incident rappelait les scènes qui s'étaient passées auprès de son lit de souffrance, comme si la pensée lui venait qu'il avait peut-être poussé la soumission jusqu'à compromettre la dignité royale et pris des engagements dont les passions, qui se rallumaient insensiblement