‹ Frédéric II et Louis XV, d'après des documents nouveaux 1742-1744. Par le deuc de BroglieChapitre 44 sur 48 · VOLTAIRE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE

(V. p. 345 et suiv.)

Récit officiel de la maladie du roi, envoyé par Ledran, premier commis des affaires étrangères, aux agents diplomatiques.

Ministère des affaires étrangères. — (Fonds </< France, 1744. )

13 août. — Le roi ayant eu une mauvaise nuit fut saigné de pied le matin. On dit, vers les dix heures, la messe dans son antichambre : il se confessa ensuite au jésuite Perusseau, son confesseur, et écrivit à la reine pour lui demander de se rendre promptement auprès de lui et il fit dire à la duchesse de Chàleauroux de partir de suite, ce qu'elle fit avec la duchesse de Lauraguais, sa sœur. Ce fut le principal médecin Chiconneau qui annonça au roi qu'il ne devait pas refuser de recevoir les sacrements de l'Église. Il dit à Sa Majesté que, si lui et les autres médecins eussent plus tôt pensé que Sa Majesté était en danger, ils n'auraient pas manqué de faire leur devoir en l'avertissant. Sa Majesté leur répondit: «Je vous crois, mais vous vous trompez souvent. » L'évêque de Soissons

Fitz-James, premier aumônier, avait de lui-même l'ait entendre à Sa Majesté, dès avant le confesseur, qu'il ne pourrait lui donner les sacrements s'il ne renvoyait la duchesse de Châteauroux. Sa Majesté dit à son confesseur qu'elle souhaitait de ne pas revenir de cette maladie. ne croyant pas que les autres confessions qu'elle pourrait faire par la suite fussent meilleures. Elle dit aussi qu'une des raisons qui lui faisaient souhaiter de ne pas guérir était qu'elle reconnaisait qu'elle avait mal gouverné ses peuples, et qu'elle appréhendait de ne pouvoir les mieux gouverner par la suite.

... Le premier aumônier avait fait une action d'éclat à l'occasion des prières des agonisants. Il avait fait approcher le duc de Chartres, premier prince du sang, et les autres princes ou seigneurs qui se trouvaient dans la chambre, et, après avoir dit hautement que l'on savait que la duchesse de Châteauroux ne s'était éloignée que de cinq lieues, il avait fait entendre qu'avant toute chose il fallait que Sa Majesté ordonnât à cette dame de continuer son voyage. 11 avait même adressé la parole à Sa Majesté en lui demandant si c'était son intention, et elle avait répondu: « Oui. »> Le premier aumônier, continuant, avait demandé de plus à Sa Majesté si elle ne voulait pas révoquer la nomination qu'elle avait faite de cette daine comme surintendante de la maison de la future dauphine. Sa Majesté avait répondu qu'elle révoquait cette nomination, et aussi celle de la duchesse de Lauraguais, sa sœur, comme dame d'atour de cette princesse.

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