‹ Frédéric II et Marie-Thérèse d'apres des documents nouveaux, 1740-1742 (volume 2)Chapitre 21 sur 52 · Pot. Corr., t. n, p. 251 et · texte numérisé non relu

Pot. Corr., t. n, p. 251 et

M. de Belle-Isle et sa suite avaient fait l'effet de gens sensés, ce qui était d'autant plus curieux qu'en général, en Allemagne, tous les Français passaient pour des fous à lier. A bon entendeur un demi-mot suffît. Il ne fallait que ce contraste pour que Voltaire pénétrât le double jeu que son royal correspondant se plaisait à entretenir, et les vers suivants qu'il lui envoie en réponse étaient destinés sans doute à lui montrer qu'on l'avait compris. Le poète s'adresse aux divers diplomates qui faisaient queue à la porte de la tente de Frédéric et leur dit :

Hyndfort et vous, Ginkel l, vous dont le nom barbare Fait jurer de mes vers la cadence bizarre; Veniez-vous près de lui, le caducée en main, Pour séduire son àme et changer son destin? Et vous, cher Valori, toujours prêt à conclurey Veniez-vous de Ginkel déranger les mesures? Ministres cauteleux, ou prcssans, ou jaloux, Laissez là tout votre art : il en sait plus que vous. Il sait quel intérêt fait pencher la balance, Quel traité, quel ami convient à sa puissance, Et toujours agissant, toujours pensant en roi, Par la plume et l'épée il sait donner la loi 2.

1. Ginkel était le ministre de Hollande, qui ne se séparait guère de l'agent anglais.

2. Frédéric à Voltaire, 2 et 13 mai 1741. — Voltaire à Frédéric, 29 juin 1741. {Correspondance général? de Voltaire.)

Ce fut à Xymphenbourg, résidence de l'électeur de Bavière auprès de Munich, où il s'était rendu en quittant Dresde, que Belle-Isle reçut les caresses de Frédéric et la nouvelle, plus flatteuse encore, de la signature du traité. Eùt-il été insensible aux compliments (et on n'est jamais très difficile ni très clairvoyant en cette matière quand on aime la gloire), le seul fait d'être tiré de peine et de sortir d'un faux pas l'eût disposé aies bien accueillir. Après des heures de mortelles angoisses, l'adhésion de Frédéric, soudainement obtenue, aplanissait comme par enchantement toutes les voies. Car ce n'était pas à Munich que Belle-Isle pouvait trouver aucune résistance. L'électeur, d'un caractère naturellement doux et de manières aimables, l'électrice dont la perspective d'une couronne comblait tous les vœux, le recevaient à bras ouverts, on le traitait en roi et en cousin, et, ce qui était plus agréable encore, on l'écoutait comme un oracle. Il avait avec le prince de longues heures de conférence pendant lesquelles il développait ses plans de campagne, en préparait les moindres détails, et il s'émerveillait de

les voir très docilement agréés. Comme tous les gens pleins de leurs propres idées, qui s'écoutent parler et s'imaginent qu'on pense comme eux quand on ne les contredit pas, l'ardent ambassadeur prenait pour une intelligence facile ce qui n'était chez Charles-Albert que l'adhésion d'un esprit faible à des desseins qu'il comprenait trop peu pour être en mesure de les débattre. L'expérience devait faire voir que la même faiblesse rendrait ce médiocre prince incapable de les exécuter. Mais, en attendant, l'ascendant de Belle-Isle lui avait fait accepter des arrangements qui s'accordaient avec ceux que le roi de Prusse se décidait enfin à souscrire, et, pour comble de satisfaction, l'ambassadeur d'Espagne, le comte de Montijo, venait d'arriver de Francfort tout à point pour apporter l'accession de son gouvernement à cette alliance et la promesse d'une diversion utile dirigée par les troupes espagnoles contre les possessions autrichiennes d'Italie.

Ce fut donc avec un sentiment de contentement bien légitime que Belle-Isle envoya, le 6 juin, à Fleury, la lettre même qu'il avait reçue

de Frédéric, mais il eut le bon esprit de rabattre quelque chose des éloges, ou plutôt l'habileté d'en reporter une part au cardinal lui-même. « Les louanges excessives, disait-il, que ce prince me donne et que je ne mérite que par mon zèle, m'auraient empêché d'envoyer cette lettre, si elle ne m'avait paru nécessaire pour confirmer tout ce que j'ai mandé. Je fais de tout mon cœur mon compliment à Votre Eminence, voilà le plus heureux dénouement d'une négociation qu'elle a conduite avec autant d'habileté que de sagesse. Le grand-duc sera exclu du trône impérial, et Votre Eminence y fera monter l'électeur de Bavière. Elle aura la gloire d'abaisser pour toujours cette maison rivale et ennemie de la France ; elle confondra par la vigueur de ses opérations la haine et l'envie du roi d'Angleterre. Elle fera rentrer les Russes dans leurs anciennes bornes, jamais ministère n'aura été plus glorieux avec autant de modération. Il s'agit donc de consommer de si grandes choses, et, comme je persiste de plus en plus dans mon opinion contre les malheurs de

la guerre, puisqu'elle se trouve inévitable, il

faut la faire avec promptitude et avec tant de succès qu'elle soit nécessairement courte... Toute l'Europe aura ainsi connaissance que Votre Eminence ne l'a faite qu'à la dernière extrémité et malgré elle ; elle fera au roi le plus grand honneur et va procurer au royaume une paix que Votre Eminence aura la satisfaction d'établir d'une manière aussi avantageuse que durable '. » Une lettre reconnaissante et en même temps pressante de l'électeur était jointe à celle du maréchal.

Fleury, comprenant à demi-mot qu'il allait avoir à payer les frais de sa gloire et que la répugnance de Belle-Isle pour la guerre ne tarderait pas à se traduire en de nouvelles exigences d'hommes et d'argent, répondit sans illusion et avec un soupir : « J'ai reçu, monsieur, la lettre dont vous m'avez honoré avec celle de l'électeur, a laquelle je vais répondre aussi. Il mérite certainement, par son attachement à la France, tout ce que le roi fait et fera encore pour lui. On doit le regarder comme le seul prince

1. Belle-Isle à Fleury, 6 juin 1741. {Correspondance de l'am bassade à la diète. Ministère des affaires étrangères.)

d'Europe qui ait de l'élévation, de la noblesse dans ses sentiments et de la suite dans ses desseins. Il est malheureux qu'il ne soit pas plus riche ni plus puissant, et quand je songe que nous n'avons quasi d'autres alliés que des princes fort mal dans leurs affaires, je ne laisse pas d'être effrayé de la guerre où nous allons entrer. J'avoue que le roi de Prusse, qui n'est pas dans ce cas, m'inquiète plus qu'aucun autre ; il n'a aucune règle dans son esprit ; il n'écoute aucun conseil et prend très légèrement ses résolutions sans avoir préparé auparavant les moyens propres pour y réussir. La bonne foi et la sincérité ne sont pas ses vertus favorites ; il est faux en tout, même dans ses caresses; je doute même qu'il soit sûr dans ses alliances, car il n'a pour principe que son unique intérêt. Il voudra tout gouverner et faire à sa tête sans aucun concert avec nous : il est détesté de toute l'Europe. Le portrait vous paraîtra peutêtre un peu chargé et, comme vous l'avez vu de plus près que moi, je vous en fais le juge. Mais je ne puis m'empècher de craindre que, si on lui proposait un parti avantageux, en cas

que la cour de Vienne ou plutôt l'Angleterre jugent qu'il est essentiel pour eux de le détacher de nous, il ne serait pas scrupuleux sur le prétexte qu'il pourrait imaginer pour se séparer de notre alliance. Je vous ouvre mon cœur ; je vous prie de brûler ma lettre... Le roi de Prusse m'écrit à peu près dans les mêmes termes qu'à vous, mais on pourrait dire de lui ce qu'un ministre étranger répondit, après avoir vu l'Escurial, que la magnificence du bâtiment était un témoignage de l'extrême peur qu'avait eue Philippe II lorsqu'il fit vœu de le construire. Les louanges du roi de Prusse sont fondées sur le même motif, et je vous avoue qu'elles me touchent peu. Il vous rend justice et tous les princes d'Allemagne vous la rendent aussi. J'accepte vos augures flatteurs, plus encore parce que vous êtes en état de les vériEer que pour toute autre raison. »

Ce qui contribuait peut-être à modérer la confiance de Fleury dans les éloges de Frédéric, c'est qu'au même moment des bruits tout contraires circulaient dans Paris. Des correspondances venues du camp racontaient que le roi

de Prusse disait tout haut qu'on ne pourrait rien faire d'utile avec la France tant qu'elle serait gouvernée par un vieillard indécis et cauteleux *.

Fleury ne voyait que trop juste. Quinze jours n'étaient pas écoulés depuis la signature du traité et les ratifications n'étaient pas même encore arrivées que des difficultés s'élevaient sur son exécution, ressemblant à s'y méprendre à celles qui avaient précédé la conclusion. L'impatience de Frédéric prétendait que tout fût fait en un clin d'œil et à la fois, et comme la diète de Suède, mise en demeure de se prononcer par le cabinet français, demandait (ce qui paraît assez naturel) à obtenir de son côté par un traité la garantie que la Prusse, après l'avoir mise en avant, ne l'abandonnerait pas — comme, de plus, l'organisation de l'armée bavaroise se trouvaitretardéeparles délais mêmes qu'avait causés àl'électeur la crainte d'être abandonné de la Prusse — c'en était assez pour que

1. Fleury à Belle-Isle, 17 juin 1741. {Correspondance de l'ambassade à la diète. Ministère des affaires étrangères.) — ■ D'Argenson, Journal, 1. 1, p. 317, 327.

tout parût être remis en question : Valori recevait une lettre hautaine dans laquelle Frédéric l'avertissait que le traité devait être tenu pour nul et non avenu jusqu'à ce qu'on eût obtenu de meilleures garanties de Faction promise par Versailles, par Munich et par Stockholm. Podewils avait en même temps l'ordre de commenter cette déclaration par des communications verbales, et l'on peut juger comment ce ministre (déjà très mal disposé pour l'alliance française), dut s'acquitter de cette tâche, quand on voit en quels termes elle lui était commandée dans ses instructions confidentielles. En voici un échantillon : « Dites à Valori que je ne me laisserai pas leurrer par un ecclésiastique et que, si le cardinal n'a pas envie de faire la guerre, il peut se désister de mon alliance, en un mot qu'il faut qu'il en passe parla ou par la fenêtre l. »

Les dates ont ici leur importance : la signature du traité était du 5 juin; la mise en demeure adressée à Valori est du 18. Ainsi, c'était en douze jours, avec la lenteur des postes et la

J. Frédéric à Valori, 18 juin 1741. — A Podewils, 12 juillet 1141. — Pol. Corr., t. i, p: 263 et 277.

difficulté des communications d'alors, que Fré-1, déric, sous peine de tout briser, voulait avoir reçu la certitude d'une déclaration de guerre sur la Baltique et de l'arrivée d'une armée française sur le Rhin. La querelle cherchée était si mauvaise que Belle-Isle, en apprenant cette fois encore ces nouvelles exigences par une lettre éplorée de Yalori, ne put s'empêcher d'y voir une volonté manifeste de Frédéric de manquer de parole. « Serait-il possible, écrivait-il, que le roi ne regardât pas encore le traité comme signé ? Veut-il en faire dépendre l'exécution du concours de la Suède ? Veut-il regarder le traité comme non avenu, si l'on ne remplit pas toutes ses fantaisies ? Cependant, ajoutait-il après réflexion, la situation actuelle ne permet pas que nous prenions les termes au pied de la lettre, et l'excès de vivacité du prince doit nous servir de leçon pour être plus sage et plus modéré. Il faut tirer tout le fruit possible d'une alliance que nous avons désirée et fermer les yeux et les oreilles sur les petites choses. » En conséquence, il joignait à sa lettre particulière une autre ostensible destinée évideni-

ment à passer sous les yeux du roi de Prusse lui-même : — « Je suis convaincu, y était-il dit. que c'est dans le premier moment de vivacité que Sa Majesté Prussienne vous a écrit cette lettre et que, si vous étiez à portée de lui parler, du cœur généreux et magnanime dont est ce prince, il serait embarrassé de s'être laissé aller à une pareille vivacité ; mais, quoique les princes soient hommes et, par conséquent, sujets aux défauts de l'humanité, il faut les respecter jusque dans leurs manquements, surtout quand ils sont aussi aimables qu'est celui-ci, et que l'on doit croire, comme je n'en doute pas du tout, que le cœur, la réflexion de Sa Majesté n'ont aucune part aux menaces si peu fondées qu'il emploie dans la lettre qu'il vous a écrite 1. »

Il aurait fallu, en effet, avoir le cœur bien dur pour n'être pas touché par tant de complaisance. Frédéric, d'ailleurs, connaissait son monde et n'usait point de menaces avec Belle-Isle depuis qu'il croyait avoir découvert d'autres moyens de

i. Belle-Isle à Valori, de Francfort, 26 juin 1741. (Correspondance de Prusse. Ministère des affaires étrangères.)

le faire servir à ses desseins; aussi, sans cesser de prendre le verbe très haut avec Valori et de lui mettre à tout moment le marché à la main, se borna-t-il avec Belle-Isle à lui envoyer des exhortations pressantes, des supplications d'agir sans délai, de manière à prendre l'ennemi par surprise, le tout terminé toujours par un tableau éclatant de la gloire qui serait la récompense de cette audace : — « Vous concevez, disait-il, la nécessité qu'il y a de vous hâter de remplir vos engagements... Il s'agit de secourir de fidèles alliés ou de n'en avoir jamais. La France peut frapper à présent le plus grand coup qu'elle ait donné de sa vie; au lieu de ramper à sa puissance, elle y arrivera à pas d'Homère, et vous avez devant vous la plus belle moisson de lauriers que jamais général en France ait pu faire \ »

Je ne sais si ces brillantes perspectives dissipèrent les soupçons de Belle-Isle et l'empêchèrent de comprendre que les exigences excessives de son allié n'étaient qu'un moyen déguisé pour se préparer à l'occasion un prétexte de rupture»

i. Frédéric à Belle-Isle, 18 juillet 1741. — Pol. Corr., t. j, p. 282.

En ce cas, sa clairvoyance fut en défaut, car pour, nous, lecteurs des correspondances prussiennes,! le calcul ne peut être douteux. En demandant l'impossible, Frédéric se proposait de garder toujours en réserve un grief à alléguer, le jour où, de Londres ou de Vienne, lui arriveraient des offres satisfaisantes. C'est ce qui résulte jusqu'à l'évidence de l'instruction donnée à Podewils de continuer à chipoter (chipotiren) avec lord Hyndfort et l'envoyé hanovrien, afin, est-il dit quelque part expressément, de tenir toujours une porte ouverte de ce côté. Ce n'était d'ailleurs que l'exacte application de ce manuel de politique que nous trouvons dans une note autographe, antérieure de quelques jours seulement à la signature du traité : « Nous avons affaire, d'un côté, aux gens les plus têtus de l'Europe ' et, de l'autre, aux plus ambitieux (c'est à l'Autriche et à la France assurément que doivent être rapportées ces deux qualifications). Conserver le rôle d'honnête homme avec des fourbes est une chose bien périlleuse ; être fin avec des trompeurs est un parti désespéré dont la réussite est fort équivoque. Que faire donc ? La guerre et

la négociation. Voilà justement ce que fait votre très humble serviteur et son ministre. S'il y a à gagner à être honnête homme, nous le serons ; s'il faut duper, soyons donc fourbes... Je suis avec bien de l'estime, mon cher Podewils, votre très fidèle ami. »

La guerre et la négociation menées de front, pour être maître de choisir à tout moment entre l'honnêteté et la fourberie, c'est le système dont les faits qui vont suivre vont nous montrer le développement '.

i. Frédéric à Podewils, 12 mai 1741. — Pot. Corr., 1. 1, p. 244.

FIN DU TOME P RE Ml El

(Voir page 65.)

Jugements portés sur le caractère de Frédéric II, avant son avènement et pendant les premiers mois de son règne.

Je joins ici divers extraits de dépêches donnant une idée de l'incertitude où était l'opinion publique sur le caractère de Frédéric II, avant la grande résolution qu'il prit d'envahir la Silésie. Le portrait de ce souverain, tracé par le maréchal de Belle-Isle, explique assez bien l'ignorance où ceux qui l'approchaient de plus près étaient restés sur ses véritables dispositions.

Ministère des affaires étrangères. — (Correspondance de Prusse.)

Le marquis de Valori à M. Amelot.

18 mars 1740.

Le prince royal donne l'exemple d'une attention continuelle à s'observer sur les démarches les plus simples. I. 21

Je sais qu'il a chez lui, et enfermé dans sa chambre, son chambellan et son ami. à qui il ne permet pas de mettre le nez à la fenêtre. Toute la maison ignore qu'il y soit. Le

prince passe quatre heures par soir à écrire avec lui

C'est M. de Kayserling.... A la dissimulation près, son caractère parait ô.re celui du roi son père. Je parle de sa dissimulation d'après ceux qui le connaissent le mieux et se piquent de lui ê're le plus attachés. Ils sont persuadés qu'il faudra recommencer à faire connaissance avec lui sur nouveaux frais et aue le prince royal ne sera pas le même homme, mais ils ignorent ce qu'il sera. M. de Tulmayer croit que beaucoup de ceux qui comptent sur sa faveur se trompent, que les prodigieuses affaires que ce prince trouvera, le besoin qu'il aura d'ouvriers habiles, pour réparer les fautes du roi son père, et pour profiter avantageusement du trésor qu'il trouvera, le forceront nécessairement à négliger la science et à donner sa confiance à ceux dont les lumières peuvent lui être de quelque secours.

Ministère des affaires étrangères. — (Correspondance de Prusse.)

Le marquis de Valori à Amelot.

6 août 1740.

Le public est déjà étonné de s'être trompé si lourdement, d'avoir fondé des espérances sur la générosité, la bonté de cceur et l'affabilité : il croit n'apercevoir aucune de ces qualités dans les actes qui émanent du trône.

Quant à moi, relativement au service du roi, je ne crains qu'un entêtement considérable et un fond d'amourpropre et de persuasion des qualités de son jugement et. de son esprit. Il est à craindre que ce dernier article de son caractère ne le jette dans des fautes considérables.

Ministère des affaires étrangères. — (Correspondance de Prusse,)

Le marquis de Valori à Amelot.

8 octobre 1740.

Le système que le roi paraît avoir embrassé est très économe. Le feu roi, son père, avait pour maxime de prêter de l'argent à la noblesse de ses États quand elle se trouvait obérée et retirait 4 p. 100 d'intérêt. Un comte Scnwerin, qui se trouve dans ce cas, a demandé au roi son maître la même grâce. Il lui a été répondu qu'on lui prêterait de l'argent, mais que le roi de Prusse en voulait 5 p. 100.

Ministère des affaires étrangères. — (Correspondance de Prusse.)

Le marquis de Beauvau à Amelot.

Le 17 décembre 1740.

Ne pas douter des vastes desseins du roi de Prusse. — Je sais à n'en pouvoir douter qu'il déteste la France dans

ie fond de son cœur, et que le véritable objet de son ambition et de sa gloire serait de pouvoir nous humilier et diminuer notre puissance. Je ne me hasarderais pas de mander pareille chose si je n'en étais bien sûr, et je le fais au point de me méfier de toutes les caresses qu'il peut nous faire et de toutes les paroles qu'il peut nous donner.

Mémoires du maréchal de Belle-Isle.

Jugement sur le roi de Prusse.

Les divers jugements qu'on a portés sur le roi de Prusse et la contradiction qui s'est surtout trouvée entre •ce qui en était dit lorsqu'il n'était que Prince royal, et •ce qu'on en a pensé dès qu'il eut succédé au roi son père, ne me permettent pas de passer sous silence l'opinion que j'ai moi-même de ce prince. Le roi de Prusse est né avec un génie de premier ordre qui le porte aux plus grandes choses : il est plein de feu, il exécute avec promptitude et vivacité ; d'un esprit vaste et étendu, il envisage tous les moyens, sur lesquels il n'est pas délicat; fécond en ressources, mais n'ayant pas assez d'expérience dans ces premiers moments pour suppléer sur-le-champ à celles qu'un accident imprévu vient déranger, fin et pénétrant pour démêler les hommes, habile à saisir leurs faibles et leurs ridicules, adroit à en profiter, trop empressé quelquefois à les relever, vain, glorieux, jaloux même de la gloire des autres; on Ta accusé de présomption parce qu'il ne prenait conseil de personne, ni pour la guerre ni pour la politique; mais il ne le pouvait pas toujours avec

sûreté ; ceux qui l'environnaient, et qui eussent été en état de lui donner des avis, étant livrés à la maison d'Autriche; uniquement occupé de ses intérêts, qu'il connaît à fond. Aussi avait-il bien compris combien il lui était important de s'allier avec la France, et j'étais sûr que tout ce que je lui avais dit l'avait entièrement ébranlé, et quïl ne différait à conclure le traité projeté, que jusqu'à ce que j'eusse informé la cour de toutes les raisons qui lui en avaient fait suspendre la signature : persuadé comme il l'était que la France, qui ne pouvait sans lui remplir ses desseins, se mettrait tout de suite en mouvement.il est si convaincu de la nécessité de cette alliance qu'on le verra toujours seconder nos desseins avec empressement contre la cour de Vienne, dès qu'il y verra la moindre sûreté, mais aussi se refroidir, ou ne nous servir tout au plus que sourdement, et se détacher, enfin, tout à fait de nous, lorsque nos fautes, nos malheurs ou la faiblesse du ministère lui feront craindre pour lui-même, et lui feront entrevoir qu'il va être dénué de tout secours. Le roi de Prusse, naturellement machiavéliste, l'était encore devenu davantage par les faiblesses du cardinal de Fleury. Il savait que ce ministre ne faisait la guerre qu'à contrecœur : les lenteurs excessives et le peu de bonne foi de ce dernier lui firent appréhender qu'il ne fût point assez ferme pour la soutenir, et qu'au moindre malheur, il ne se hâtât de la terminer à ses propres dépens.

Voilà la cause de cette négociation continuelle que ce prince entretenait dès son entrée en Silésie avec tous ses ennemis, et qu'il continuait avec plus ou moins de vivacité suivant nos succès et nos désastres. Ceux qui n'avaient approché le roi de Prusse que pendant qu'il était Prince royal, se sont tous réunis pour en parler avec enthousiasme, et lui ont donné toutes les qualités de l'esprit et

3bb APPENDICE

du cœur, qui font le grand homme et l'homme aimable; mais ceux qui, l'ayant vu dans ce premier état, l'ont suivi jusque sur le trône, lui ont ôté toute qualité du cœur. Il est aisé de se rendre raison de cette contradiction : dans la disgrâce où ce prince avait vécu jusqu'à la mort du roi son père, il fallait montrer des vertus pour s'attirer des partisans, et s'attacher ceux qui l'approchaient: et pour les intéresser encore plus en sa faveur, il fallait surtout affecter les vertus opposées aux vices du roi son père, qu'il rendait par là plus odieux. Ces dehors trompeurs étaient aisés à un prince qui, avec un cœur peu sensible, est doué de l'imagination la plus heureuse et la mieux cultivée, source féconde de ces expressions de sentiment capables de séduire. Le masque tomba, dès qu'il monta sur le trône; on prétend même qu'il surpassa les vices du roi son père, et qu'il y ajouta l'ingratitude à L'égard de ses confidents les plus intimes. Peut-être ce dernier reproche n'é' ait-il pas tout à fait fondé : ses amis demandaient des places, et elles douent être la récompense du mérite et des talents, et non de la simple amitié.

(\roir page 87.)

Nature et portée de? réserves mises par la France à la garantie accordée à la Pragmatique Sanction dans le traité de 1738.

Sans rien atténuer de la juste sévérité avec laquelle l'histoire doit juger suivant moi la conduite de la France à l'égard de l'Autriche à l'avènement de Marie-Thérèse, il est équitable cependant de tenir compte au cardinal de Fleury des arguments qu'il mit alors en avant pour justifier son manque de foi. Il est bon de les connaître, ne fût-ce que pour en bien apprécier la valeur.

La justification de Fleury a toujours consisté à dire que la garantie donnée par la France à la Pragmatique Sanction qui réglait la succession autrichienne, n'avait jamais été assurée que sous la réserve qu'il n'en résulterait aucun préjudice pour les droits certains déjà acquis à des tiers. L'Empereur (disent tous les mémo r s rédigés alors au nom de la France), ayant affirmé, soit dans le texte même de la Pragmatique, soit dans les diverses déclarations qui l'accompagnaient, que cet acte

n'avait pour but que de maintenir Tordre de succession légitime et incontestable, en vigueur dans les États d'Autriche, si cette assertion était prise sur un point en défaut, la garantie, ne pouvant avoir plus de vateurque l'acte lui-même, perdait par là même toute son efficacité.

Comment cette réserve était compatible avec la généralité impérative des termes de l'article du traité de 1738, qui stipulait cette garantie (en particulier avec cette expression contra quuscumque, qui semblait avoir été insérée dans le dessein exprès d'exdure tout examen des droits ou prétentions d'un aspirant quelconque à la succession autrichienne), c'est ce que j'ai vainement tâché de comprendre. Mais il est certain que la réserve, si elle ne fut pas formellement admise, était pourtant connue sans être directement contestée par Charles VI lui-même et cela résulte (on le verra) des correspondances échangées entre ce prince et le cardinal. 11 semble de plus que la même clause conditionnelle était généralement reconnue comme applicable, en vertu d'une règle de droit public, aux garanties identiques ou analogues à celles de la France, que les autres cabinets d'Europe, en particulier l'Angleterre, avaient accordées à la demande de l'Empereur. Il y a là une contradiction que je laisse à expliquer à de plus experts que moi dans les subtilités de l'ancien droit européen et germanique.

Il est curieux maintenant d'étudier le parti que le cardinal avait su tirer de cette réserve pour ménager sous main (même après les assurances contraires du traité de 1738) les prétentions et les espérances de l'électeur de Bavière, et garder ainsi une porte ouverte, le cas échéant, à toutes les éventualités de l'avenir; c'est une recherche qui n'est pas sans intérêt pour apprécier le caractère du vieux ministre, dont le trait principal parait avoir été

d'atteindre, mais de ne jamais dépasser le point extrême où la finesse peut aller, sans courir le risque d'être prise en flagrant délit de duplicité.

Les relations intimes de la France avec la maison électorale de Bavière dataient de plus d'un siècle. L'idée d'élever à la dignité impériale le prince catholique d'Allemagne le plus considérable après les archiducs d'Autriche avait été caressée, à plus d'une reprise, par Richelieu, par Mazarin et par Louis XIV. Dans cette perspective, la maison de Bavière tout entière s'était attachée à la fortune de la France pendant les longues luttes du dix-septième siècle. Les liens de cette amitié avaient été resserrés par l'union du Dauphin, fils de Louis XIV, avec une princesse bavaroise; et l'électeur Maximilien, pour s'y être montré trop fidèle, s'était vu, après la bataille d'Hochstsedt, mis au ban de l'Empire et privé de ses États. Rétabli en 1714 par le traité d'Utrechtr il avait paru mériter quelque chose de plus que cette réparation insuffisante, et le présent ne permettant guère alors davantage, c'était l'avenir qu'on n'avait pas craint d'engager en sa faveur.

Par un traité secret, souscrit dans cette même année 1714, le roi de France avait expressément promis d'appuyer, en cas de vacance du trône impérial, la candidature de l'électeur de Bavière. Il faut citer le texte de cet engagement qui, mentionné pour la première fois par rhistorien Lemontey, n'a je crois jamais été publié.

« Le roi étant persuadé, dit l'article 12 du traité secret, » qu'a défaut des princes de la maison d'Autriche, aucun » prince d'Allemagne n'est plus capable que l'électeur de » Bavière de soutenir la dignité de la couronne impériale, » de procurer le bien de la religion et de maintenir la » paix, Sa Majesté prometque, la dignité impériale venant à i« 21.

» vaquer, elle emploiera ses soins et ses efforts, amis, » argent et troupes, s'il est nécessaire, pour élever » Son Altesse Électorale à ladite dignité, convenant en » outre d'avoir une attention particulière à toutes les » propositions ou tentatives qui pourraient être faites pour » faire élire un roi des Romains, de s'y opposer forte- » ment, s'il en est question, et d'empêcher que cette dignité » ne soit conférée à qui que ce soit hors de la maison de » Bavière à moins que Son Altesse Électorale n'ait alors » de puissantes raisons pour penser différemment l. »

A cette époque, comme on le voit, il n'était encore question que d'une candidature à la dignité impériale et non d'une prétention à l'héritage patrimonial des États autrichiens, bien que Charles VI eût déjà rédigé et publié la même année l'acte qui devait appeler à l'intégrité de sa succession ses enfants, quels qu'ils fussent, sans distinction de sexe; mais l'empereur était encore jeune, son âge et celui de son épouse leur permettait d'attendre une nombreuse postérité; cette précaution paraissait donc dictée par un excès de prudence et une prévision lointaine dont il n'y avait pas lieu de se préoccuper.

Mais treize ans après, en 1727, les choses étaient déjà bien changées: l'empereur, plus avancé en âge, n'avait que deux filles, et la santé de l'impératrice était trop altérée pour laisser espérer qu'elle pût lui donner d'autres héritiers. Le moment était venu pour l'empereur de prendre les mesures nécessaires afin de prêter vigueur à ses dispositions testamentaires, et pour ceux qui se croyaient en viroit de les contester, de se mettre de leur côté en devoir

1. Correspondance de Bavière, année 1714. — Ministère des affaires étrangères.

de produire leur opposition. C'est ce qui ne manqua pas d'avoir lieu.

D'une part, les ambassadeurs de Charles VI déployaient toute leur autorité pour obtenir l'adhésion des puissances à l'acte successoral déjà connu sous le nom de Pragmatique, et la diète germanique était saisie d'une proposition tendant à donner à cet acte le caractère d'une loi de l'Empire. De l'autre, l'électeur de Bavière, époux d'une archiduchesse, et comptant deux autres princesses autrichiennes parmi ses aïeules, commença à parler très hautement des droits que cette parenté pouvait lui conférer, soit en vertu des testaments des deux empereurs Ferdinand IeP et Ferdinand II dont il était issu, soit en application des règles de réversibilité admises, suivant lui, parle droit germanique en cas de succession féminine.

La France n'avait alors aucun intérêt apparent à ménager l'Autriche, et, en tout cas, Fleury, à peine arrivé au pouvoir, n'était pas encore en mesure de s'écarter de la tradition constante de ses prédécesseurs. Il ne fit donc aucune difficulté d'encourager les prétentions de l'électeur: le traité secret de 1714 fut renouvelé et un nouvel article y fut joint, traitant cette fois spécialement de la succession autrichienne, et ainsi conçu :

« Comme, au défaut des princes de la maison d'Au- » triche, l'électeur de Bavière aurait de justes prétentions » sur quelques-uns des États appartenant à cette maison, » et particulièrement sur le royaume de Bohême, le roi » promet, en ce cas, d'interposer ses offices les plus pres- » sants pour procurer à Son Altesse Électorale la justice » qui lui sera due, et, si ses offres sont inutiles, Sa Majesté » conviendra pour lors avec sadite A liesse Électorale, des » secours qui lui seront nécessaires pour empêcher qu'elle

» ne succombe aux efforts et à la puissance de ses enne- » mis. » — Encouragé par cet appui secret, l'électeur Charles Albert refusa publiquement de donner son adhésion à la Pragmatique dans la diète où cet acte fut élevé à l'état de loi de l'Empire, et joignit à ce refus une réserve formelle des droits auxquels il prétendait lui-même. 11 fut seul à tenir ainsi tête à la puissance impériale.

C'était le moment où commençait entre la France et l'Autriche, au sujet de la succession de Pologne, une nouvelle lutte qui devait durer plusieurs années. Fleur}', à qui cette lutte ne plaisait guère, mais qui avait consenti à l'engager, sentait la nécessité de se ménager des alliés pour la soutenir ; il félicita donc chaudement l'électeur de sa noble attitude. Dans une lettre particulière du 22 février 1731, il l'appelait, avec une sorte d'enthousiasme, le soutien de la liberté germanique, et se répandait en blâmes sévères contre la servile obéissance et les vues d'intérêt personnel par lesquelles les autres puissances s'étaient laissé entraîner à donner une garantie si préjudiciable à leurs intérêts. Il ajoutait qu'il fallait tenir bon pour laisser le temps à tous ces princes de revenir de leur ivresse et séduction; et, à l'appui de ces paroles, il ne craignait pas de donner à l'électeur une garantie formelle contre les conséquences qui pouvaient résulter pour lui de l'hostilité où il s'était placé, en face de la cour de Vienne.

Un nouveau traité fut signé en 1733, toujours sous le sceau du secret et portant, dans son article 4, les termes suivants :

« Son Altesse Électorale ayant cru de son devoir, comme » membre fidèle et zélé du corps germanique, de refuser de » garantir! a Pragmatique Sanction, par raisons amplement » déduites, et protocolées dans l'acte de protestation fait

» en son nom, à la diète de Ratisbonne, lorsque cette » affaire fut mise en délibération, elle déclare qu'elle » persiste et persistera dans les mêmes principes que son » honneur et sa conscience lui ont dictés, et Sa Majesté » Très Chrétienne promet, d'autre part, de garantir tous » les États de Son Altesse Électorale de Bavière et s'engage » que, si, en haine de cette protestation et de la présente » alliance, sadite Altesse Électorale ou ses États venaient » à être troublés ou inquiétés, ou attaqués par qui que » ce soit, elle le protégera et soutiendra de toutes ses » forces, s'il est nécessaire, en sorte que sadite Altesse » Électorale de Bavière ni ses États ne puissent être » exposés à aucun danger ni préjudice. »

Aces promesses était jointe l'assurance immédiate d'un subside annuel considérable destiné à mettre l'effectif des troupes bavaroises en état de prendre part, si besoin était, à la guerre qui allait s'engager.

On remarquera cependant dans quels termes réservés et sous quelle restriction l'assistance de la France était dès lors promise à l'électeur : la France ne s'engageait pas à le soutenir dans ses prétentions sur les États autrichiens, elle ne reconnaissait même pas formellement la légitimité de ces prétentions ; elle s'engageait seulement à garantir le prince contre les dangers que la poursuite de ces revendications, bien ou mal fondées, pouvait faire courir à la sûreté de ses propres États. C'était une nuance assez délicate qui passa peut-être alors inaperçue ; mais rien n'était sans conséquence avec l'esprit méticuleux de Fleury, et il devait tirer parti, à plusieurs reprises, de cette distinction pour justifier la conduite à double face qu'il allait tenir.

Pendant les années 1733 et 1734, les événements militaires furent assez favorables aux Français pour qu'ils

n'eussent pas besoin de recourir à leur allié germanique. Les engagements réciproques de la Bavière et de la France, bien que soupçonnés de tout le monde, restèrent donc officiellement secrets, et il en était encore ainsi lorsqu'en 1735 Fleury crut devoir prendre l'initiative de proposer à l'empereur la cessation des hostilités et de signer avec lui, au mois de novembre de cette année, des préliminaires de paix.

Ces préliminaires portaient, d'une part, la cession des duchés de Bar et de Lorraine, par le duc François, gendre de Charles VI, à Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV, avec retour, après lui, à la couronne de France : — ^de l'autre, l'adhésion formelle de la France à la Pragmatique Sanction.

11 n'est que juste de reconnaître que jamais acte ne fut plus sensé, plus patriotique et ne fit plus d'honneur à un ministre que l'initiative prise alors, très résolument, par Fleury. La guerre, à la vérité, avait été heureuse pour les armées françaises, mais le succès en était principalement dû à la neutralité dans laquelle l'habile cardinal avait su maintenir l'Angleterre et la Hollande, et qui avait préservé de tout péril les côtes et les frontières septentrionales de la France. Cette abstention pouvait ne pas durer; la jalousie causée par les succès de la France pouvait émouvoir son éternelle rivale, et la lutte se serait compliquée en se prolongeant. De plus rien n'était mieux combiné que la double stipulation qui faisait le fond de cet arrangement pacifique ; en échangeant la garantie de la Pragmatique contre la cession de la Lorraine, la France acquérait beaucoup, et en réalité ne donnait rien. Elle ne donnait rien, car la Pragmatique ne faisait qu'assurer le maintien, en Europe, d'un statu quo territorial dont l'équilibre était tout entier en sa fa-

veur, c'était la confirmation d'un état de choses établi par la paix de Westphalie comme le prte; de nos victoires et amélioré, àla paix d'Utrecht, par une bonne fortune inattendue, malgré nos malheurs. Elle acquérait beaucoup, car c'était une conquête inappréciable que la réunion à la France de cet-te riche enclave de la Lorraine, qui nous rendait maîtres de tous les défilés des Vosges et, reliant ainsi notre territoire avec l'Alsace déjà conquise, retendait de ce côté du moins jusqu'au Rhin. Nous ne voyons que trop de quelle valeur était un tel avantage aujourd'hui que nous l'avons (en grande partie du moins) perdu. Une telle concession ne pouvait être obtenue du duc de Lorraine que par son beau-père Charles VI, et en vue de lui assurer l'intégrité de son héritage : on pouvait difficilement faire payer d'un meilleur prix cette satisfaction donnée à l'amour conjugal et paternel. Quand donc, plus tard, Belle-Isle et ses partisans accusèrent Fleury d'hésiter à profiter de la fortune qui privait la maison d'Autriche d'un héritier mâle, si le vieux prélat eût eu autant de fermeté que de jugement, il aurait pu se borner à répondre qu'il avait tiré de cet heureux incident, par l'acte même qu'on lui reprochait, tout le fruit que la sagesse permettait d'en espérer.

Mais il n'en est pas moins vTai que cette adhésion à la Pragmatique (mesure patriotique et sensée s'il en fut jamais), plaçait le gouvernement français dans une situation très délicate vis-à-vis de l'électeur de Bavière, envers qui les arrangements clandestins dont nous venons de citer les textes, lui créaient des devoirs particuliers. Comment concilier la garantie publique donnée à la succession de la fille de Charles VI, avec l'appui secret promis aux prétentions contraires de l'électeur? La question avait son importance : car, quelque convaincu que Fleury

pût être du service qu'il rendait à la France, en concluant la paix à de telles conditions, — quelque attachement qu'il eût naturellement pour son œuvre, — il ne pouvait lui être indifférent de rompre avec un vieil allié de la France, proche parent du roi, et dont le secours pouvait encore à l'occasion redevenir précieux : il devait craindre surtout de fournir un prétexte d'accusation à tous les ennemis qu'il pouvait compter à la cour et à tous les ambitieux qui aspiraient à le remplacer.

C'est pour sortir de cet embarras et ménager un ancien allié, sans compromettre la nouvelle alliance, que Fleury fit tout de suite intervenir la réserve que nous avons expliquée et qui consistait à excepter de la garantie promise tout ce qui pourrait nuire aux droits certains antérieurement acquis à des tiers. Moyennant cette réserve, en effet, il pouvait dire à l'électeur que, pourvu que ses droits fussent tels, et qu'il en pût faire la démonstration, l'adhésion donnée par la France à la Pragmatique n'y portait au fond aucun préjudice. Mais comme il avait évité d'autre part de se prononcer d'avance sur la légitimité de ces prétentions, il pouvait donner en même temps à l'empereur, sans se mettre en contradiction trop formelle avec la vérité, l'assurance de son intention sincère de faire observer fidèlement les nouveaux engagements de la France. A rélecteur il pouvait dire : Quand vous aurez prouvé vos droits,, je les respecterai; et si l'empereur, inquiet et soupçonneux, l'interrogeait, il pouvait répondre : « La France ne reconnaît d'autres droits que ceux qui naissent de la Pragmatique, en ajoutant, soit tout haut, soit tout bas, cette restriction, tant qu'aucune preuve contraire n'est encore faite. »

Il faut voir maintenant par quel art il sut maintenir

pendant plusieurs années cette position ambiguë reposant tout entière sur un sous-entendu aidé d'une équivoque.

Ce fut lui d'abord qui prit l'initiative, dès le 4 novembre 1735, de prévenir l'électeur des dispositions déjà soupçonnées, mais encore inconnues, des préliminaires qu'il venait de signer ; mais il le fît dans des termes de nature à faire entendre que, tout en paraissant abandonner la Bavière, on se réservait quelque moyen détourné de lui venir en aide. — « Le roi, lui dit-il, dans une lettre » écrite de sa propre main, aurait bien voulu se dispen- » ser de garantir la Sanction Pragmatique; mais le moyen » de la refuser dans les termes que toutes les puissances » d'Europe et même les États généraux se sont déclarés » pour cette condition comme étant la base de la paix? » Si on n'a pas fait mention, ajoute-t-il, de Votre Altesse » Électorale dans le projet des articles préliminaires, ce » n'a été certainement ni par oubli ni par indifférence, » mais par la crainte seule d'augmenter les soupçons de » la cour de Vienne contre elle et de donner l'occasion » à cette cour hautaine de s'expliquer peut-être dure- » ment sur ce chapitre, comme elle ne l'a peut-être » déjà que trop fait.... Sa Majesté a cru devoir confiera » Votre Altesse Électorale ces réflexions, dans le plus grand » secret, afin qu'ainsi instruite, elle puisse voir elle-même » les mesures qu'elle jugera propres que nous prenions » pour ses intérêts qui ne sont pas moins chers au roi » que les siens propres. Sa Majesté s'y prêtera avec le » plus grand empressement et elle sent parfaitement que » son honneur, sa gloire, et encore plus son tendre intérêt » pour Votre Altesse Électorale, l'engagent à ne rien ou- » blier pour soutenir et augmenter, même par tous les » moyens qui seront possibles, le lustre de sa maison et la

» considération distinguée qu'elle a depuis longtemps en y> Europe *. »

Plus contrarié de la nouvelle que satisfait des commentaires, l'électeur répondit sur-le-champ par une lettre très vive. — « Je ne m'attendais pas, dit-il, que la même » personne qui m'a assuré tant de fois de l'amitié et » de la parole inviolable de Sa Majesté Très Chrétienne, » ne dût annoncer un jour que, malgré tant de liens sa- » crés, ce grand prince est sur le point de m' abandonner.... » Qui pourrait croire qu'un grand et puissant roi, au milieu » de ses victoires et prospérités, ait été réduit à la nécessité » de se laisser imposer une loi injuste par son ennemi rt aux abois? Le public témoin delà supériorité deSaMa- » jesté Très Chrétienne ne la trouve certainement pas dans » une si dure nécessité, et que dirait-il en voyant abandonné » par cette couronne un prince qui, pour marquer son » inviolable attachement, a tout risqué pour elle? Il » dirait, sans doute, comme cela a été dit tant à Vienne » qu'ailleurs, sur la première nouvelle des préliminaires » de paix, qu'il ne m'arrive que ce qui m'a été prédit tant » de fois, sans que j'aie voulu le croire, que la France » sacrifie ses amis et ses alliés, quand elle n'en avait » plus besoin, et qu'elle croyait y trouver son intérêt » particulier. Devais-je me défier de la parole sacrée » d'un roi si juste et de la bonne foi d'un ministre plein » d'honneur et de probité? »

Rappelant alors, lui le premier, les affirmations répétées par lesquelles l'empereur avait assuré que sa Pragmatique ne préjudiciait à personne, il demande directement au cardinal pourquoi, avant de signer la paix, la

1. Fleury à l'électeur de Bavière, 4 nov. 1735. (Correspondance de Bavière. Ministère des affaires étrangères.)

France n'a pas exigé qu'on fit l'examen des prétentions déjà connues de la maison de Bavière. — « Je connais » assez, ajoute-il, la cour de Vienne pour être assuré que » l'unique moyen de l'empêcher de s'expliquer durement » sur mon chapitre eût été de lui donner à entendre, » sans détour, que le roi très chrétien, ne voulant faire » tort à personne et sachant que la maison de Bavière » avait protesté solennellement contre la garantie de la » Sanction Pragmatique, contraire à ses justes droits et » légitimes prétentions, ne pouvait en justice garantir » ladite sanction, sans que les prétentions de la maison » de Bavière fussent examinées ; au lieu qu'en témoignant )> à la cour de Vienne (à quoi elle ne s'attendait certai- » nement pas) que Sa Majesté Très Chrétienne ne prend » aucun intérêt à ce qui me regarde et qu'elle ne songe pas à » moi, dans l'occasion la plus importante de ma vie, c'est » le vrai moyen pour l'enhardir à me traiter durement. »

Il termine enfin en demandant ce que peuvent signifier les assurances de bonne volonté et d'intérêt qu'on veut lui faire accepter : — « Sa Majesté pourrait-elle d'un côté me » promettre d'augmenter le lustre de ma maison, et, de » l'autre, se proposer de l'effacer à jamais, me présenter » d'une main son cœur royal et de l'autre le poignard1 ?»

Fleury, dans sa réponse, en date du 7 décembre de la même année, se montre un peu ému de la vivacité des reproches de l'électeur, mais en même temps empressé de profiter de l'occasion pour établir tout de suite le terrain nouveau sur lequel il entendait se placer.... — » Je prie Votre Altesse Électorale, dit-il, de se rappeler » toutes les raisons essentielles que nous avions de con-

1. L'électeur de Bavière à Fleury, 24 nov. 1735. (Correspondance de Bavière. Ministère des affaires étrangères.)

» dure, et dès que c'était un parti forcé, la nécessité, comme » on dit, n'a pas de loi. Votre Altesse Électorale nous repro- » che de ne l'avoir pas seulement nommée dans les articles » préliminaires, ce qui marque un véritable abandon. Mais » j e la supplie de peser les raisons qui nous en ont empêchés. » L'empereur et l'Empire soupçonnaient que nous avions » avec elle une alliance secrète, non seulement pour la neu- » tralité, mais même pour la faire déclarer offensivement » si l'occasion s'en présentait. Vous l'aviez formellement » nié et nous aussi. Il ne s'agissait que de faire la paix, » entre les puissances belligérantes, et si nous eussions » demandé à l'y comprendre, c'eût été convenir tacitement » que Votre Altesse Électorale était du nombre, et du moins » il eût fallu s'expliquer nettement sur nos conventions et » augmenter ainsi les soupçons, si nous l'eussions refusé. » Il est vrai que vous avez déclaré, en refusant d'adhérer » à la Sanction Pragmatique, que vous aviez des droits » incontestables à la succession de l'empereur; mais vous » ne les avez jamais détaillés et ils n'étaient pas constatés... » Dans la circonstance présente, c'eût été exposer Votre » Altesse Électorale à se voir condamner contradictoire- » ment par les dispositions peu favorables où on était

» contre elle Si nous eussions mis cette discussion

» comme préalable nécessaire, jamais l'empereur n'y » eût consenti, et c'eût été faire échouer, dès le commen- » cernent, notre négociation qui ne pouvait souffrir de » retardement. Le silence que nous avons gardé ne porte du » reste aucun préjudice à vos prétentions, et vous serez tou- » jours en état de les faire valoir quand l'occasion s'en » présentera1. »

1. Fleury à l'électeur, 7 décembre 1736. {Correspondance de Bavière. Ministère des affaires étrangères.)

L'électeur se montra un peu rassuré par ces marques d'intérêt ou du moins, n'ayant guère d'autre appui à attendre que celui de la France, il crut que le meiMeur parti était encore de s'en rapporter à elle, en essayant de l'engager par ses paroles : — « Pouvant compter, » écrit-il le 22 janvier 1736, sur la protection du roi, » l'avenir n'est plus rempli d'obscurité et de nuages pour » moi, et j'y vois de nouveaux rayons d'espérance. »

Mais, pour mettre tout de suite cette bonne volonté à l'épreuve, il annonça le dessein d'adresser à l'empereur une nouvelle protestation contre tout préjudice porté à ses prétentions, et il en envoya le modèle à Fleury pour prendre son avis sur les termes dans lesquels l'acte était rédigé, ce qui était une manière indirecte de l'associer bon gré, mal gré, à la démarche1.

Le piège était trop apparent. Fleury n'avait garde d'y tomber, rien ne pouvait moins lui convenir qu'un incident de cette nature, et l'éclat qui en résulterait tombant au milieu de la négociation très difficile, très compliquée, très épineuse (elle ne dura pas moins de trois ans), qu'il poursuivait à Vienne pour convertir les préliminaires déjà signés en traité définitif; aussi ne négligea-t-il aucune instance pour dissuader l'électeur d'une intervention aussi incommode et, suivant lui, si peu opportune.

Il en eût été d'autant plus gêné, qu'au même moment, l'empereur, inquiet des relations qui pouvaient subsister entre la France et la Bavière, le faisait surveiller de près par l'agent qu'il avait envoyé à Paris, aussitôt après la signature des préliminaires, afin de rétablir la régularité

1. L'électeur à Fleury, 19, 26 janvier 1736. {Correspondance de Bavière. Mini9tère de9 affaires étrangères.)

des relations diplomatiques en attendant la conclusion du traité. Fleury ne pouvait ignorer de quels soupçons il était l'objet de ce côté, car nous trouvons dans un des volumes de la correspondance de Vienne les instructions données par lecabinet autrichien à M. de Schmerling (c'est le nom de cet agent) : pièce confidentielle qui ne peut se trouver dans ce recueil que parce qu'elle aura été interceptée, et ainsi elle avait dû passer sous les yeux mêmes du cardinal.

« Comme le principal objet de notre négociation, di- » sait le cabinet autrichien à son envoyé, doit être d'as- » surer le point de la garantie, et que, par rapport à sa » grande importance, il est nécessaire d'agir avec toute » la circonspection possible et de prendre pour cela » toutes les précautions imaginables; que d'ailleurs, étant » connu de toute l'Europe dans quelle étroite union la » cour de Bavière a été avec celle de France, dont elle a » tiré des subsides considérables qui l'ont mise en état de » lever un gros corps de troupes par lequel elle a causé des » ombrages bien dangereux à Sa Majesté Impériale, qui » doivent lui avoir fait un mérite éternel auprès de la » couronne de France — d'où l'on doit par conséquent » présumer et craindre avec justice dans ces circon- » stances, ou que cette cour ait déjà donné sous main à la » maison de Bavière des assurances solennelles et con- » traires à la puissante négociation, ou qu'en cas de » changement dans le ministère de France et surtout en » cas de mort de M. le cardinal, la susdite maison ne » rentre avec la France dans l'ancienne bonne harmonie » et intelligence secrète. — M. de Schmerling proposera à » M. le cardinal que, comme il avait plu à Sa Majesté Très » Chrétienne pour prévenir des troubles dangereux qui » pourraient survenir après le décès de Sa Majesté Impé-

»> riale, par rapport à la succession de ses États, de ga- » rantir, contra quoscumque, Tordre de succession établi » dans la maison archiducale, on espérait quelle ne ferait » point difficulté de se charger aussi de cette garantie » (qu'elle avait d'abord offerte elle-même) par un article » séparé et secret nommément contre la maison de Ba- » vière, et cela d'autant plus que c'était justement cette » cour-là qui, par rapport à ses prétendus droits pour le » défaut de succession masculine dans la maison archi- » ducale, causerait les plus grands troubles... Si, contre » toute attente, M. le cardinal faisait quelque difficulté » sur cette proposition, et qu'il ne voulût point se prêter » à cet article secret, M. de Schmerling représentera, » quoique avec toute la modération possible, que la cou- » ronne de France ayant accordé la garantie, contra quos- » cumque, l'avait aussi accordée contre la maison de Ba- » vière et que, par conséquent, elle le pouvait bien faire » nommément contre cette maison : qu'en cas de refus de » la couronne de France, Sa Majesté Impériale devrait » naturellement juger que cette couronne n'avait jamais » été sérieusement intentionnée de remplir cette garantie » contra quoscumque, lorsque le cas existera1. »

Chose singulière, cette pièce où les droits de la maison d'Autriche sont maintenus d'un ton si afannatif et si catégorique, se termine pourtant par une concession inattendue, et qui confirme ce que j'ai dit de l'incertitude et de la bizarrerie de la jurisprudence germanique, en matière de succession et de garantie diplomatique.

« A cette occasion, poursuit le ministre autrichien,

1. Instructions de la cour de Vienne à M. de Schmerling, 25 nov. 1735. — {Correspondance de Vienne. — Supplément, Ministère des aflaires <ii .ingères.1*

» M. de Schmerling représentera audit cardinal que fin » tention de Sa Majesté Impériale ne serait cependant » jamais d'ôter à la maison de Bavière les moyens de » produire et de défendre ses prétendus droits, sadite Sa » Majesté Impériale étant au contraire intentionnée de » donner à ladite maison de Bavière, toutes les satisfac- » tiens qu'elle pourra justement exiger si ses droits et pré- » tentions se trouvent fondés et de rétablir avec elle l'ancien » bon voisinage en harmonie... que pour confirmer réelle- » ment tout ceci, Sa Majesté Impériale voulait bien encore » que les prétendus droits de la maison de Bavière fussent » examinés conjointement avec la France, quoique cepen- » dant jamais avant la paix ; Sa Majesté Impériale s'of- » fre de plus d'entrer, même selon les circonstances, dans » une négociation particulière avec la cour de Bavière et » de faire, d'ailleurs, tout ce qui pourra contribuer à dé- » truire la défiance qui a régné entre les deux cours. »

Malgré cette promesse qui justifiait en partie ses réserves, on sent combien le cardinal eût été embarrassé en se trouvant serré entre une réclamation formelle de l'empereur demandant à comprendre nommément la Bavière parmi les prétendants désignés dans la garantie, et une protestation, non moins formelle de l'électeur, remise entre ses mains au même moment : cette complication, arrivant avant la signature du traité définitif, en aurait infailliblement compromis la conclusion.

Mais, loin de s'émouvoir, Fleury trouva au contraire dans les instances que l'Autriche menaçait de lui faire, une raison de plus pour détourner l'électeur de son projet de protestation. — « M. de Schmerling, lui écrivit-il, m'a » dit que l'empereur était averti que Votre Altesse Élec- » torale conjointement avec les deux électeurs de sa maison » (l'électeur palatin et l'archevêque de Cologne) devait pro-

» tester contre la Pragmatique, mais que sa cour n'en était » nullement embarrassée, et qu'elle ne pouvait tourner que » contre vous. Il ajouta que cela ne nous regardait pas » moins que l'empereur, puisque ce serait attaquer l'adhé- » sion à la Pragmatique où nous étions engagés, et, par » conséquent, aussi les préliminaires. Je me contentai de » lui répondre que nous n'avions aucune connaissance de » ce prétendu avis et que nous ignorions absolument » ce que Votre Altesse Électorale voulait faire, que nous » n'avionsjamais eu la moindre notion sur ses pré tentions, » et que je pouvais l'en assurer, comme il est très vrai. Il » m'a dit qu'on savait à Vienne qu'elles étaient fondées sur )> le testament de Ferdinand Ier, frère de Charles-Quint, » qui ne signifiait rien, et je ne le pressai pas de me l'ex- » pliquer pour ne pas m'engager dans un plus grand éclair- » cissement et lui donner peut-être sujet de s'expliquer » sur la garantie expresse qu'il pouvait avoir envie de nous » demander contre les droits nommément de Votre Al- » tesse Électorale. Elle voit par là dans quel embarras nous » jetterait sa lettre à l'empereur, et je prends la liberté de » lui dire qu'elle me paraîtrait même très dangereuse pour » ses intérêts ; car, si elle était portée à la diète, il n'y a guère » lieu de douter que la pluralité des voix l'emporterait en » faveur de l'empereur, et il vaut beaucoup mieux qu'il )> n'intervienne pas de jugement jusqu'à un temps plus » favorable qui pourra se présenter dans la suite *. »

L'électeur fut-il convaincu, ou simplement découragé par une attitude qui ne lui permettait pas de compter sur l'appui ostensible de la France? Toujours est-il qu'il renonça à faire la protestation qu'il méditait, voulant, ditil, jusqu'au bout faire acte de déférence pour le roi et

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