‹ Frédéric II et Marie-Thérèse d'apres des documents nouveaux, 1740-1742 (volume 2)Chapitre 22 sur 52 · Fleury à l'électeur, 28 mai · texte numérisé non relu

Fleury à l'électeur, 28 mai

promettant même de s'abstenir de toute opposition aux préliminaires de paix, si cet acte venait à être soumis aux délibérations de la Diète. Mais, en récompense de ce témoignage de déférence, il espérait bien, dit-il, qu'aussitôt la paix conclue, le roi trouverait bon qu'il donnât à la revendication de ses droits tout l'éclat et toute 1 autorité nécessaires pour les assurer.

Fleury respira et. M. de Schmerling n'ayant pas insisté non plus sur la désignation nominative de la Bavière dan:> l'article de la garantie, il put reprendre, en tranquillité d'esprit, sa négociation. Ce répit, à la vérité, ne fut pas de longue durée, car les pourparlers se prolongèrent à Vienne plus qu'on ne s'attendait par suite de difficultés de toute nature (étrangères à la question de la garantie et relatives surtout aux arrangements territoriaux de l'Italie) ; l'électeur perdit patience, et, vers le commencement de 1737, il se décida à envoyer à Paris, sous prétexte d'affaires privées, son ministre favori le maréchal de Torring.

Torring avait mission de se tenir au courant de la nature des relations établies entre Les cours de Versailles et de Vienne, dont l'intimité croissante ne pouvait manquer de causer beaucoup d'inquiétude à Munich. Il passa plusieurs mois en observation, et ce ne fut qu'au mois d'octobre de cette année qu'il se résolut enfin à aborder directement avec le cardinal le sujet des prétentions de son maître. Au même moment, par une coïncidence assez naturelle, l'empereur prenait de l'ombrage de ce séjour prolongé d'un ministre bavarois en France, et en témoignait, dans une lettre particulière, sa surprise à Fleury. — « Je » nedoutepas,luidisait-il, qu ■ VotrePatcrnitén"aitpu,avec » sa prudence accoutumée, comprendre, d'après le langage » du comte de Torring, ou plutôt par les plaintes qu'il

» vous aura adressées, quelles sont les dispositions ca- » tuelles de son maître l. »

Pressé ainsi de nouveau entre des instances contraires, le cardinal fit preuve cette fois d'une franchise plus apparente à la vérité que réelle, mais dont l'apparence au moins ne manquait pas d'adresse. Il prit son parti de raconter à l'empereur son entretien avec le comte de Torring en atténuant, sans doute, mais sans dénaturer complètement le caractère des réponses qu'il avait cru devoir y faire.

« A l'égard de l'électeur de Bavière, dit-il dans une » lettre directement adressée à Charles VI, le 12 octobre, » j'aurais cru naturellement que, le comte de Torring » étant arrivé ici depuis plusieurs mois, je devais être » plus nettement instruit sur les points qui ont fait le vé- » ritable sujet de son voyage, depuis la première confé- » rence que j'ai eue avec lui à son arrivée et qui ne roula » que sur des propos généraux de la confiance de son » maître en l'amitié du roi. Il n'a commencé à entrer plus » avant en matière que depuis huit jours. Il n'avait pas » demandé à m' entretenir, ni moi de mon côté. Enfin, » lundi dernier, il vint avec M. le prince de Grimberghe, » dans le temps que j'étais avec M. Amelot, et après » quelque préambule sur ce qui l'avait empêché de me » parler jusqu'au moment présent, voici, en abrégé, ce qu'il p me dit : que l'électeur son maître avait des droits incon- » testables sur la succession de Votre Majesté, qui étaient » fondés sur les clauses expresses du contrat de mariage » de la princesse Anne, fille de l'empereur Ferdinand, par » lequel il était porté qu'au défaut de la ligne masculine

. Charles VI à Fleury, 7 septembre 1737. (Correspondance de Vienne. Ministère des affaires étrangères.)

38b APPENDICE

» dans la branche impériale, cette princesse serait ap- » pelée et jouirait de tous les biens de l'hérédité de Fer- » dinand, au préjudice des filles qui sortiraient de lui en » ligne directe : que Charles-Quint avait confirmé ce pacte » de famille, et que Ferdinand II l'avait confirmé de nou- :> veau, dans le mariage, il me semble, d'une de ses filles » avec un électeur de Bavière. Il ajouta que le droit de re- » présentation en faveur de la princesse Anne faisait » partie des lois germaniques, et était reconnu par to' s » les plus habiles jurisconsultes d'Allemagne. Je lui ré- » pondis que je n'avais rien de précis à alléguer contre » des faits, ou contre des lois, si elles étaient formelles ; » mais qu'il me paraissait bien contraire aux coutumes » et au droit naturel de se référer aux filles qui deve- » naient étrangères à la maison d'Autriche par un ma- » riage d'ancienne date, de préférence aux filles issues » en ligne directe de l'empereur Ferdinand, et je lui fis, » sur un droit aussi insolite pour moi, toutes les obser- » vations auxquelles il répondit suivant ses préjugés... » C'est à peu près le précis d'une conversation de trois » quarts d'heure, et je ne répondrais même pas que quel- » ques circonstances ne me fussent échappées par la dif- » ficulté de me les rappeler en détail. Je finis la confé- » rence en disant à M. le comte de Torring, qu'il me » serait impossible de porter aucun jugement sur des al- » légations générales, sans voir les pièces qui les consta- » talent, et il me répondit qu'il travaillait à un mémoire » où toutes les pièces seraient citées, et sur la foi des- » quelles je pourrais compter. Je lui demandai si je » pourrais avoir l'honneur de le communiquer à Votre Mail jesté. Il me répondit qu'il le croyait ainsi, mais qu'il n'avait » pas encore les derniers ordres de l'électeur son maître. » Et quelques jours après, racontant un entretien de la

même nature qui avait eu lieu entre le comte de Torring et le ministre Amelot :

« Voilà, Sire, dit-il, la substance et le résultat de nos » conférences et où nous en sommes demeurés. Il me » serait bien difficile de dire ce que j'en pense, n'ayant » entendu qu'une partie, mais je ne puis dissimuler à Votre » Majesté que dans tout ce qu'avance M. le comte de » Torring il y a des points qui n'ont pas laissé de me » frapper. Telles sont les autorités de jurisconsultes fa* ■>•> meux, et les stipulations du contrat de mariage de » l'archiduchesse, fille de Ferdinand Ier, qui m'ont paru » bien expresses d'après les copies qu'il m'a laissées. Je » n'ai garde d'en tirer des conséquences en sa faveur, et » il y aurait de la témérité à moi de le penser : mais si Votre » Majesté me permet d'avoir l'honneur de lui dire mon » sentiment, il me semble qu'il y a du moins quelque » chose de sérieux et d'apparent dans ce que m'a dit » le comte de Torring et qu'il serait de l'intérêt et de lasécu- » rite de Votre Majesté de trouver bon que la question fût » entièrement éclaircie. Elle est de la plus grande impor- » tance et je me contente de la relation que j'ai l'hon* » neur de lui faire jusqu'à ce que j'aie reçu ses ordres, » sur le parti qu'elle juge à propos de prendre1. »

Il faut convenir que les dernières phrases étaient conçues d'une manière assez adroite pour avertir l'Empereur, sans l'offenser, que si les prétentions de la maison de Bavière étaient justifiées ou même n'étaient pas directement réfutées, les droits qui étaient reconnus et garantis par la Pragmatique se trouveraient par là même singulièrement compromis. C'est ce qui rend plus curieuse

l. Fleury à Charles VI, 12 octobre, 12 décembre 1737. (Correspondance de Vienne. Ministère des affaires étrangères.)

et plus significative aussi la réponse timide et embarrassée de l'empereur qui, loin de se récrier contre ce qu'il aurait pu déjà appeler un manque de parole, entre, au contraire, lui-même en explication. Il est clair que, sans en convenir expressément, il sent la valeur de l'objection.

— « Quant à ce qui concerne l'électeur de Bavière, » dit-il dans une lettre du 28 décembre, j'expliquerai » toutes choses par une lettre particulière dont sera » chargé le porteur de celle-ci, ou qui, si le temps me » manquait, ne tardera pas à la suivre, car je juge aisé- » ment, par le contenu de la seconde lettre de Votre » Paternité, que le comte de Torring n'a rien oublié pour » déguiser à Votre Paternité l'état de la cause par des » relations qui n'y ont aucun rapport. Mais comme les » coutumes d'Allemagne ne sont pas également connues » des étrangers, il sera à propos d'expliquer toute l'af- » faire avec exactitude. Cela aurait pu se faire plus aisé- » ment si on m'avait transmis une copie de l'écrit de la » part du comte de Torring1. »

Quel pouvait bien être le dessein de Fleuryen conviant. d'une part, le comte de Torring à lui faire connaître, avec détail et pièces à l'appui, le fondement des prétentions bavaroises; et, de l'autre, l'empereur, après avoir pris connaissance du mémoire qui contiendrait ces éclaircissements, à lui communiquer sa réponse? Avait-il sérieusement la pensée de s'ériger lui-même en arbitre suprême, tranchant une question qui décidait de la souveraineté de près d'une moitié de l'Europe?

C'eût été un degré d'arrogance et d'illusion que l'on ne peut guère prêter à un esprit très pratique dont le défaut

1. Charles VI à Fleury, 2 décembre 1737. (Correspondance de Vienne. Ministère des affaires étrangères.)

n'était pas de viser trop haut, ni de se repaître de chimères. Il est plus probable qu'après avoir mis les deux partiesenmesuredeplaiderleur cause devant lui, — aucune des deux, mais l'empereur moins que tout autre, ne se souciant de s'en remettre à son arbitrage, — il comptait prendre acte de la proposition et du refus pour se déclarer plus que jamais ignorant du fond du débat, et libre par conséquent de prendre, le cas échéant, le parti qui lui paraîtrait le plus juste. Peut-être aussi espérait-il que l'empereur, averti de ne pas compter absolument sur la garantie delà Pragmatique et inquiet de l'attitude qu'il lui voyait prendre, se déciderait à entrer en négociation avec l'électeur, et trouverait moyennant quelque dédommagement territorial une manière de le faire désister de ses prétentions : ce qui terminerait le différend à la satisfaction commune et tirerait la France d'embarras. C'est dans ce double sens — ménager sa liberté des deux côtés et travaillera un accommodement — qu'on le voit manœuvrer pendant les deux années qui s'écoulèrent depuis la signature du traité de paix, en 1738, jusqu'à la mort de Charles VI; c'est ce qui ressort en particulier des instructions données soit à l'ambassadeur de France, le marquis de Mirepoix, envoyé à Vienne, en février 1738, pour la conclusion définitive du traité, soit à M. de Lanoue accrédité au même moment auprès de la diète de Ratisbonne.

En se rendant à Vienne, M. de Mirepoix devait traverser Munich, et l'électeur ne pouvait manquer de l'entretenir de ses intérêts en tâchant de l'engager dans sa cause par des démonstrations affectées de confiance et <d'amitié.

« Le prince, écrit l'ambassadeur, le 9 janvier 1738, » m'a témoigné son attachement pour la personne du

» roi ; ce sont ses propres termes. La conversation, quoi- » que longue, n'a roulé que sur des idées générales. Il » m'a seulement demandé si je savais le sujet de la mis- » sion de M. de Torring, j*ai répondu que je n'en étais >> pas instruit, et que j'étais seulement chargé de lui » témoigner les sentiments que le roi avait toujours » pour Son Altesse Électorale et pour sa maison. Il a » ajouté que j'en entendrais parler à Vienne. Il avait » écrit à M, de la Pérouse, son ambassadeur extraordi- » naire dans cette cour, de me prévenir sur tout, et de » lier avec moi la plus étroite correspondance, que d'ail- » leurs je serais le maître de disposer de la fréquence de » nos entrevues et des témoignages extérieurs de notre » liaison, désirant en tout se conformer aux intentions » du roi et ne voulant ni rien faire, ni rien témoigner que » ce qui pouvait plaire à Sa Majesté, s'en remettant ^L'a- » lement à elle des dispositions de ses intérêts; il m'a » dit aussi qu'il était bien aise de m'avoir vu pour qu'on » sût à Vienne que le roi ne l'avait pas totalement ou- » blié. La façon dont ce prince m'a débité, Monsieur, » ses sentiments pour le roi est encore plus expressive » que les termes que j'ai l'honneur de vous répéter1. » Un peu effrayé de ces avances trop compromettantes, le cardinal fait écrire sur-le-champ à l'ambassadeur de ne pas s'y prêter trop ouvertement. — « Le roi a vu » avec plaisir, écrit le ministre Amelot, dans le récit de » votre conversation avec l'électeur, la marque de l'atta- » chement croissant de ce prince pour Sa Majesté. Lesin- » térêts de Son Altesse Électorale lui seront toujours chers : » et elle ne cessera dans aucune occasion de lui donner des

1. Le marquis de Mirepoix à Amelot, 3 janvier 1738. (Correspondance de Vienne. Ministère des affaire? étrangères.)

» preuves de son amitié et de sa protection. Vous n'ignorex » pas cependant combien ses prétentions sont opposées aux » vues de l'empereur. Il ne conviendrait pas dans les cir» » constances présentes que vous eussiez avec M. de la Pé- » rouse des liaisons trop marquées ni des conférences trop » fréquentes qui pussent donner des soupçons et de la j alou* » sie à Sa Majesté Impériale; outre que les droits de Son » Altesse Électorale n'ont pas été éclaircis, les conjectures » présentes ne demandent pas que le roi se déclare sur la » volonté qu'il peut avoir de les soutenir. Aussi vous n'aurez » aucun usage à faire de ce qui vous sera dit par M. de » la Pérouse jusqu'à ce que le roi vous fasse connaître ses » intentions1. »

La même circonspection est recommandée peu de mois après à l'envoyé que la France accréditait, suivant l'usage, à la diète qui allait s'ouvrir à Ratisbonne et qui pouvait avoir à ratifier au nom de l'empereur tous les arrangements résultant du traité conclu entre la France et l'Autriche.

« La garantie que Sa Majesté a donnée de la Pragmatique » impériale, dit cette instruction, est un avantage si con- » sidérable pour la maison d'Autriche, que vraisembla- » blement les ministres de l'Empereur travailleront à » en profiter, soit pour achever de réunir l'Empire dans » les mêmes vues, soit pour en faire un moyen d'assurer » positivement la couronne sur la tête du prince qui » réunit les droits de l'aînée des archiduchesses. Le » sieur de Lanoue ne dot pas ignorer que l'électeur de » Bavière et l'électeur Palatin ne se sont pas joints à » la garantie que le reste de l'Empire avait donnée à la

1. Lemarqui3 de Mirepois à Amelot, 9 janvier 17 38. — Amelot au rnarquis de Mirepoix, 2 février 1738. (Correspondance de Vienne. Ministère des affaires étrangères.)

» Pragmatique impériale, et que surtout le premier, pré- )> tendant avoir des droits sur les États dont la Pragma-, » tique fixe le sort, sera plus ferme qu'aucun autre dans » les protestations qu'il a faites contre cette garantie, en » sorte que les ministres de ce prince, tant à RatUbonne » qu'ailleurs, seront regardés par les Impériaux comme » les ministres d'une puissance ennemie de la maison » d'Autriche avec laquelle la cour de Vienne désirera » peut-être que M. de Lanoue n'ait aucune sorte de cor- » respondance. C'est une raison pour le ministre du roi » de ne pas se livrer publiquement et avec affectation à » des liaisons qui déplairaient effectivement à la cour de » Vienne : mais il ne conviendrait pas non plus qu'il » évitât tout contact avec les ministres des électeurs op- » posés à la Pragmatique, ni qu'il marquât aucune par- » tialité, contre, les droits de la maison de Bavière, à » laquelle, par toute sorte de liaisons, le roi doit de l'a- » mitié et de l'affection d'autant plus qu'un des fondements » exprimés dans la Pragmatique étant qu'elle ne préjudiy> ciait à personne, si l'électeur de Bavière avait réelle- » ment d'anciens droits contraires aux dispositions portées » dans cet acte de succession, Sa Majesté ne croirait pas » de sa justice de contribuer directement ou indirecte- • » ment au préjudice réel qui serait fait à un prince, qui, » non seulement lui est attaché par les liens du sang, mais » qui, même personnellement, a toujours montré une » prédilection marquée pour elle et pour les intérêts » de sa couronne. En général le sieur de Lanoue doit au- » tant qu'il le pourra sans affectation éviter de parler » sur cette matière délicate, surtout tant que la validité » ou l'invalidité des prétentions de la maison de Bavière » en tout ou en partie reste une question indécise. Mais » dans le cas où les ministres, ou les partisans de la cour

» de Vienne parleraient sur cela au sieur de Lanoue, il » doit se contenter de répondre que Ton peut compter » sur une entière fidélité de Sa Majesté dans ses engage- » ments; qu'il ignore quels droits ou quelles prétentions » peut avoir la maison de Bavière, mais que, si elle en avait » de bien fondés, il n'y a pas d*ami solide de la grandeur » de la maison d'Autriche qui ne dût conseiller à la cour » de Vienne d'ôter cette pierre d'achoppement par quel- » que arrangement amiable, en sorte que le sieur de La- » noue ne paraîtra jamais avoir en vue que la tranquillité » de la famille de l'empereur lorsque le cas de la Frag- » matique arriverait1 .»

Les deux ambassadeurs n'eurent pas beaucoup de peine à suivre leurs instructions : le traité de paix n'ayant pas été soumis à la Diète (omission que Fleury devait plus tard faire figurer au nombre de ses griefs), M. de Lanoue put, tout à son aise, éviter de prendre un parti compromettant. Quant au marquis de Mirepoix, il insista, mais assez mollement, pour obtenir, soit de l'empereur, soit de son ministre Bartenstein, le mémoire qui devait discuter les prétentions de la maison de Bavière. Ce mémoire lui fut promis à plusieurs reprises, mais la remise en fut toujours ajournée, pour des motifs divers. Évidemment, l'empereur, au moment de tenir sa promesse, hésitait à faire une démarche qui mettait trop clairement en question les droits de sa fille chérie et pouvait faire dépendre l'avenir de sa maison du jugement porté sur un point de droit ardu, par un ancien ennemi devenu un allié douteux, et par un arbitre aussi peu sûr que peu compétent.

i. Instruction du sieur de Lanoue, 1er mai 1738. {Correspondance de V Ambassade à Ratislonne. Ministère de9 affaires étrangères.)

Fleury, qui, suivant toute apparence, ne s'était jamais sérieusement attendu à un acte de confiance dont il ne se sentait pas trop digne, ne réclama contre ces retards successifs que dans la mesure nécessaire pour bien établir sa liberté d'action ; il en prit en même temps occasion pour mettre en avant, sous forme d'insinuation, ses idées d'accommodement.

« J'ai eu l'honneur, écrit-il à l'empereur le 22 octobre » 1738, de lui communiquer il y a sept ou huit mois » ce que M. l'électeur m'avait fait savoir des droits qu'il j> croit avoirsurla succession de Votre Majesté... Votre Mail jesté me fit celui de me répondre qu'elle voudrait » bien m' envoyer incessamment des actes authentiques » qui détruiraient toutes les prétentions de l'électeur. » Je le dis à cet envoyé qui n'a cessé depuis de m'en parler » et de tirer des conséquences de ce retardement en faveur » des droits de son maître. Il m'a fait part, depuis, des » copies du testament de Ferdinand Ier, et de quelques » actes tirés des contrats de mariage des sérénissimes » archiduchesses; mais je ne suis pas en état d'y faire » aucune bonne réplique et je me retranche sur ce que les » affaires importantes qui occupent Votre Majesté l'ont em- » pêchée de satisfaire à sa parole : mais elle conviendra » qu'à la longue cette excuse perd beaucoup de sa force. i> Je ne crois pas que Votre Majesté se défie de mon secret » ni de mes intentions. Je la supplie donc avec la dernière » instance de vouloir bien me donner des armes pour » défendre ses droits, et j'ajouterai qu'on m'a informé » depuis ce temps-là des consultations qui paraissent » favorables à l'électeur. Je suis bien éloigné de rien dé- » cider sur le dire d'une seule partie, et Votre Majesté verra » que je n'étais pas prévenu en faveur des prétentions de >» la maison de Bavière. Je serai fort aise d'en pouvoir

» parler avec une plus grande connaissance de cause, et » je ne le puis, si Votre Majesté n'a pas la bonté de m'y » aider. Il ne m'appartient pas de pénétrer les vues secrètes » de Votre Majesté, ni de prononcer sur ses véritables in* » térêts. Mais elle me permettra pourtant de lui repré- » senter que, si elle croyait devoir s'attacher l'électeur de » Bavière par quelque dédommagement (supposé qu'il en » mérite quelqu'un), ce serait un grand acheminement » pour déraciner les divisions qui pourraient troubler » l'harmonie du collège électoral et même de la diète, » avec Votre Majesté. Quand je prends la liberté de penser » ainsi, je ne puis être soupçonné d'aucun intérêt parti- » culier autre que celui de la tranquillité publique, et » même de l'intérêt de Votre Majesté. Je suis dans un âge » très avancé et je mourrais content si j'avais la conso- » lation d'avoir resserré les nœuds d'une alliance si con- » venable au bien de l'Europe et aux intérêts communs » des deux couronnes J. »

11 ajoutait dans cette même lettre que (sous doute, pour préparer les voies à l'accommodement si désirable), il avait contribué à décider l'électeur de Bavière à remplir ses devoirs de piince de l'Empire, en fournissant un contingent à l'armée autrichienne pour la guerre que Charles VI avait à soutenir contre les Turcs. A la vérité, il ne disait pas qu'il n'avait pu obtenir cet acte de déférence de l'électeur envers son suzerain que moyennant une condition dont l'empereur aurait été sans doulo moins flatté. Il avait dû renouveler pour une nouvelle durée de trois années le subside annuel accordé à l'électeur pour l'entretien de ses troupes et, à cette occasion, confirmer

i. Flemy à Charles Vï, 22 octobre 1738. {Correspondance de Vienne. Ministère des affaires él/angères.)

398 ATPENDICE

par un nouvel engagement (souscrit le 16 mai 1738), toutes les obligations stipulées dans les traités antérieurs.

La proposition d'entrer en accommodement, sous la médiation de la France (c'est-à-dire de consentir au démembrement des États autrichiens) ne fut pas mieux agréée par l'empereur que celle de venir plaider sa cause devant le ministre français, et il ne fut plus, à partir de cette époque, question ni de Tune ni de l'autre demande. Le prince de Lichtenstein, ambassadeur à Paris, fut seulement autorisé à donner en termes généraux quelques explications sur les points de droit allégués par l'électeur et à laisser les ministres français prendre des notes sur ces éclaircissements, mais sans qu'aucun document écrit fût laissé entre leurs mains. C'est ce qui résulte d'une lettre de Charles VI, écrite le 30 septembre 1740, quelques jours avant sa mort. C'est dire qu'au moment de cet événement imprévu la question qui allait être posée devant l'Europe n'avait pas fait un pas vers une solution définitive.

Il résulte de cet exposé qu'à l'avènement de Marie- Thérèse, la France eût été rigoureusement en droit d'ajourner la reconnaissance, de la princesse jusqu'à ce que les prétentions de la Bavière eussent été examinées soit dans un congrès européen, soit dans la diète germanique comme l'électeur en avait souvent fait la demande. Dans le cas où elles eussent été reconnues valables, la garantie stipulée en faveur de la Pragmatique aurait dû naturellement suivre le sort de la Pragmatique elle-même. Reste à savoir seulement si le traité de 1738 tout entier n'aurait pas été, par cela seul, mis en question et si la France, en en répudiant les charges, aurait pu en conserver les bénéfices, notamment en ce qui touchait le retour de la Lorraine à la couronne.

Mais telle ne fut point, on le sait, la ligne de conduite suivie par Fleury. Non seulement après la mort de Charles VI, il ne fit aucune démarche, et ne provoqua aucune mesure tendant à soumettre à un examen régu iier les prétentions de l'électeur de Bavière ; mais il s'empressa de reconnaître le titre royal de Marie-Thérèse, ce qui excluait par là même les prétentions des princes qui le lui contestaient. Puis, après avoir ainsi fait un acte d'adhésion ostensible à Tordre de succession réglé par la Pragmatique et donné à la nouvelle reine une fausse sécurité sur ses intentions, il se laissa persuader d'entrer en pourparlers avec l'envahisseur de ses États. Il consentit à appuyer le toi de Prusse dans une prétention qui (celle-ci du moins] ne s appuyait sur aucun titre, dont il eût fait l'objet d'une réserve même indirecte. Aucune subtilité ne peut justifier un manque de foi aussi contraire au droit des gens qu a l'équité naturelle.

Je joins enfin ici, pour donner une idée de l'état d'esprit d'une partie de la cour de France à ce moment critique, une lettre confidentielle du maréchal de Belle-Isle écrite au lendemain de la mort de Charles VI, et qui se trouve dans la Correspondance de Bavière au ministère des affaires étrangères.

Lettre autographe de M. de Belle-Isle, de Bigy, à une adresse inconnue à Munich (probablement le comte de Torring). — 11 novembre 1740.

Vous ne doutez pas, mon cher comte, que je n'aie présumé tout ce que vous me faites l'honneur de me dire

dans la lettre qui m'a été envoyée, il y a deux jours, de Paris où votre courrier l'a remise. Dès que j'ai appris la mort de l'empereur, mes vues ont suivi mon inclination et mon attachement pour l'électeur, et se sont tournées vis lui. Vous savez quels sont mes sentiments pour sa personne, mon estime, mon respect pour ses grandes qualités, ma reconnaissance des bontés infinies que j'ai reçues du feu électeur son père, l'honneur qu'a madame de Belle-Isle de lui appartenir. A toutes ces raisons particulières et générales se joignent l'intérêt et la gloire du roi, le bien de cette monarchie et le vœu général de la nation. Vous m'avez instruit plus en détail que je ne l'étais des droits de l'électeur sur une partie des États de la succession de l'empereur. Cette connaissance de la justice de sa cause me persuade que monsieur le cardinal qui n'est pas moins instruit aura toute l'attention qu'exige une circonstance aussi importante et qui doit avoir des influences si essentielles et si décisives dans la suite. Mais il pourra bien ne pas se presser, et comme les engagements que le roi a pris pour la Pragmatique exigent de grands ménagements, je crois qu'il voudra prendre du temps, mais je ne puis croire qu'il ne fasse pas en définitive pour l'électeur ce qui convient si fort à toutes les circonstances. Un mot illisible.) Quant à moi, je ne puis vous rien dire à présent de nouveau ni de particulier, je suis à ma campagne et ne puis ni ne voudrais bouger qu'après le retour du roi à Versailles. Vous devez être assuré que, comptant comme }e le fais que les intérêts du roi et de l'électeur sont uniformes, je coopérerai en tout ce qui dépendra de moi pour l'exécution des choses qui auront été résolues, si, comme je l'espère, il m'en est confié quelque portion, s vous savez que jusque-là je ne puis rien; j'attendrai

avec autant de zèle et d'impatience que vous, de voir prendre un parti qui fût agréable et utile à l'électeur, et tous mes vœux y sont conformes.... Les moments sont précieux, je vous prie de me donner des nouvelles par la voie sûre, d'assurer l'électeur de tout mon respect, et de ce que vous savez de mon attachement à sa personne, et je m'estimerais l'homme du monde le plus heureux si je pouvais, dans le parti que prendra le roi, être à même de lui en donner des marques efficaces et utiles.

(Voir page 99.)

Relations de l'ambassade de France avec VoLaire pendant son premier séjour à Berlin.

ministère des affaires étrangères — (Correspondance de Prusse.)

Amelot au marquis de Yalori.

14 juin 1740.

Nous ne pouvons douter que vous n'ayez bientôt à Berlin M. de Voltaire, et qu'il n'y soit beaucoup fêté. Il peut être que la connaissance directe n'augmente ni le goût ni l'estime. Cependant on ne peut pas juger jusqu'à quel degré l'homme de lettres prendrait sur le prince. Vinsi, sans qu'il paraisse que vous en ayez reçu un orire, il sera nécessaire que, comme de votre mouvemen personnel, vous préveniez M. de Voltaire de quelques

attentions, en sorte que vous puissiez acquérir le droit de vous servir de lui, si l'occasion et le besoin s'en présentent

ministère des affaires étrangères. — (Correspondance de Prusse.)

Le marquis de Valori à Amelot.

21 juin 1740.

J'avais reçu le matin même une lettre de M. de Voltaire que je n'ai pas l'honneur de connaître.... mais une tracasserie dont je ne puis démêler l'origine et le but l'avait indisposé contre moi.. Je n'ai que lieu de me louer de la façon dont il a pris ma justification que je lui ai fait passer par sa nièce, femme d'un commissaire de guerre à Lille. Je ne voulais pas qu'un ami du prince royal (car, Monseigneur, il est déclaré tel) pût se plaindre de moi ; il m'a fait l'honneur de m'écrire la lettre du monde la plus obligeante, et je sais qu'il a fait plus : c'est qu'il a écrit au roi de Prusse tout ce qu'il pouvait pour inspirer à ce prince de l'estime pour moi. Il me mande entre autres choses, après m' avoir dit combien il désirait pouvoir être témoin du couronnement du roi de Prusse, et de ses succès dont il n'a jamais douté : ce serait, dit-il, un bonheur bien flatteur pour moi de pouvoir être auprès de S. M., mais, ne pouvant quitter mes amis pour des rois, je me borne aux vœux les plus ardents. — Ce que vous me faites l'honneur de me mander

me met fort à mon aise : car je ne me suis pas figuré que ce fût le dernier mot de M. de Voltaire, et qu'il prendrait le parti de venir à Berlin. J'hésitais à lui offrir un appartement chez moi, sentant qu'il pourrait m'être de quelque secours : mais je ne savais si vous l'approuveriez. La lettre que je lui écris est des plus pressantes : ce ne doit pas être ce qui le déterminera. Je sais que le roi de Prusse lui a écrit lui-même les progrès de la maladie du roi son père et même sa mort. Il ne serait pas impossible que sa présence diminuât quelque chose de la bonne opinion que ce prince a conçue de lui.

On m'assure qu'il doit attirer à Berlin les savants de toute espèce et que le fameux M. Wolff sera très pressé d'v venir.

ministère des AFFAIRES étrangères — (Correspondance de Prusse.)

Le maquis de Vi.lm à A nelot.

1er novembre 1740.

M. de Voltaire s'est annoncé à Berlin par une lettre à M. Algarotti, en ces termes : « Madame du Chatelet est à Fontainebleau, Marc-Aurèle à Charlottembourg, le cygne de Padoue y est. Pourquoi ne viendrais-jepas encenser les Muses dans la plus belle retraite qu'elles aient sur la terre? J'ai une envie extrême d'aller admirer, au moins pendant huit jours, ce que je n'ai admiré de près que pendant deux jours à Wayl md. » — Si j'en crois M. Algarotti, il admirera peu, et il est à présumer qu'il sera aussi peu content de son voyage. Le roi de Prusse n'a

pas goûté ses façons libres : il a passé du ton d'adoration au familier, quasi peu respectueux, en fort peu de temps. Je crois, au portrait qu'on en fait, que, si sa visite se prolonge, il ne quittera pas la cour de Berlin sans y avoir fait quelque incartade ou essuyé quelque désagrément.

ministère des affaires étrangères. — (Correspondance de Prusse. )

Le marquis de Valori à Amelot.

8 novembre 1740.

Le livre Anti-Machiavel circule. On croit que Voltaire y a mis la main. Quelques-uns croient y trouver bien des fautes, notamment celle de parler indiscrètement des puissances et des nations sans jugement et sans solidité. Quelques autres le regardent comme un ouvrage d'un écolier en morale et en politique, qui a voulu étaler de beaux sentiments dont il ne savait devoir se défaire en changeant d'état.... En général on croit que le plus grand mérite du livre est d'avoir le roi pour auteur.

ministère des AFi aires étrangères — (Correspondance de Prusse.)

Le marquis de Valori à Amelot.

29 novembre 1740.

M. de Voltaire est de retour ici, de Rheinsberg, et en doit repartir le 30 pour retourner à Bruxelles. Le prini. 23.

cipal objet de son voyage a été des affaires qui regardent l'impression de V Anti-Machiavel. J'ai lieu de croire qu'ils se sont séparés peu contents l'un de l'autre, je crois même que l'intérêt pécuniaire a quelque part à ce mutuel mécontentement. Il pourrait bien y avoir eu entre eux des querelles d'auteur, où l'imprimeur entre pour quelque chose. Joignez-y une rivalité de vers, une trop grande sincérité dans le jugement qu'en porte M. de Voltaire, parlant au roi de Prusse même, et vous n'aurez pas de peine à penser qu'ils ne sont pas faits pour vivre ensemble. Le roi de Prusse court après toutes les gloires et rien ne l'arrête autant que l'économie.

(Voir page 344.)

Texte du traité d'alliance entre la France et la Prusse conclu le 5 juin 1741.

Le texte du traité du 5 juin 1741 n'étant imprimé dans aucun recueil, je crois utile de le reproduire ici tel qu il est inséré à sa date dans la Correspondance de Prusse. — (Ministère des affaires étrangères.)

Traité du o juin 1741.

Le roi très chrétien et le roi de Prusse ayant également reconnu combien il leur importe, dans les circonstances présentes, d'agir dans l'intelligence la plus parfaite pour leurs intérêts communs et aussi pour le maintien et l'affermissement de la tranquillité générale, Leurs Majestés, après s'être mutuellement communiqué leurs pensées, sur les moyens de cimenter l'union et l'amitié qu'elles ne pouvaient rien faire de plus convenable que d'en resserrer les nœuds par la conclusion d'une alliance

offensive entre elles, et Sa Majesté Très Chrétienne ayant pour cet effet autorisé le sieur marquis deYalori, brigadier de ses armées et son envoyé extraordinaire auprès de Sa Majesté le roi de Prusse, et Sa Majesté Prussienne ayant pareillement autorisé le sieur de Podewils son ministre d'État et de guerre, lesquels après avoir dûment fait rechange de leurs pleins pouvoirs respectifs, sont convenus de ce qui suit.

Article premier.

Il y aura dès ce jour et pour toujours à l'avenir entre Sa Majesté Très Chrétienne et SaMajesté le roi de Prusse, leurs héritiers et successeurs, royaumes, pays et sujets, amitié et correspondance sincère qui sera observée de telle manière que les parties contractantes feront sincèrement et de bonne foi tout ce qui dépendra d'elles pour procurer et avancer le bien et avantage de l'un et de l'autre, et pour détourner tous les dommages et préjudices qui pourraient leur arriver et à leursdits sujets.

Art. 2.

Leursdites Majestés promettent et s'engagent réciproquement de n'entrer dans aucune convention ni engagement qui puissent en quelque temps ni en quelque manière que ce soit, être directement ou indirectement contraires à ce qui a été statué par le traité d'Utrecht et de Bade, comme aussi à ce qui a été statué par le traité de paix conclu à Stockholm le 1er février 1720, de la part de la couronne de Suède avec le roi de Prusse, mais au contraire d'apporter tous leurs soins pour en procurer te maintien et l'exécution.

Art. 3.

SaMajesté Très Chrétienne et Sa Majesté le roi de Prusse se garantissent réciproquement tous leurs royaumes, États et seigneuries en Europe, et si l'une ou l'autre de leursdites Majestés était attaquée ou troublée par quelque puissance ou sous quelque prétexte que ce pût être, l'autre promet et s'oblige de secourir promptement son allié pour lui procurer une juste et sûre satisfaction par office et par l'emploi de ses forces, par la guerre et l'agression en cas de besoin. Leurs Majestés promettent en ce cas de ne point quitter les armes et de n'entrer dans aucune négociation ni accommodement que d'un commua consentement à la satisfaction réciproque de l'une et de l'autre partie.

Art. 4.

Leurs Majestés étant également portées à tout ce qui peut intéresser le bi^n et la tranquillité du corps germanique, tant au dedans qu'au dehors de l'Empire, promettent et s'engagent d'unir leurs conseils et d'agir dans l'union la plus intime pour porter au trône impérial le prince qui sera le plus propre à maintenir les prérogatives des princes de l'Empire et concourir à tout ce qui pourra être le plus convenable pour raffermissement de la tranquillité générale.

Art. 5.

Dans le cas où Sa Majesté Très Chrétienne et Sa Majesté le roi de Prusse viendraient à reconnaître d'un sentiment unanime que, pour parvenir plus sûrement à l'accomplissement des objets du présent traité, il serait important d'in-

viter d'autres princes à y intervenir, elles inviteront de concert et pourront y admettre pareillement de concert tous les États qui voudront y entrer pour le maintien du repos de l'Empire, et de la tranquillité générale de l'Europe et aussi pour l'utilité commune des parties intéressées.

Art. 6.

Enfin leursdites Majestés se promettent réciproquement d'agir d'un parfait accord pour leurs intérêts communs et de ne prendre désormais aucun engagement relativement aux affaires d'Allemagne ou du Nord qu'après s'être communiqué fidèlement les propositions qui pourraient leur être faites et après avoir examiné ce qui pourrait tendre au plus grand avantage de l'une et de l'autre.

Art. 7.

On gardera encore le secret pour certaines raisons sur ce traité, et on ne le communiquera à qui que ce fût que d'un commun accord et consentement.

Art. 8.

Le présent traité d'alliance défensive durera l'espace de quinze ans, et les ratifications en seront échangées dans le terme d'un mois à compter du jour de la signature. En foi de quoi nous, soussignés, ministres de Sa Majesté Très Chrétienne et de Sa Majesté Prussienne, en vertu de nos fonctions respectives, avons signé le présent traité et y avons apposé le cachet de nos armes. Fait à Berlin, le cinq juin 1741.

Le marquis de Valori, — Podewils.

Articles séparés et secrets.

Sa Majesté Très Chrétienne étant bien informée que l'électeur de Bavière est de toute part menacé des effets du ressentiment de la cour de Vienne en haine de ce qu'il a manifesté ses droits et prétentions par quelquesuns des États faisant partie de la succession d'Autriche, et sachant que, par lui-même, il n'a pas la force suffisante pour défendre ses États contre celles que cette cause pourrait employer contre lui, Sadite Majesté Très Chrétienne ne voulant rien omettre de ce qui peut être nécessaire pour secourir ledit électeur dans un danger aussi pressant et le mettre sans délai en état d'agir vigoureusement, promet de lui fournir tous les moyens nécessaires pour cela et d'envoyer incessamment à son secours toutes les troupes auxiliaires qui lui seront nécessaires pour assurer son pays contre toute attaque et le mettre en tout cas par une puissante diversion en état de n'avoir rien à craindre de ses ennemis et à soutenir la justice de ses prétentions.

Sa Majesté Très Chrétienne s'engage pour elle et ses successeurs et héritiers à perpétuité, de la manière la plus forte et la plus solennelle, de garantir de toute sa force contre qui que ce puisse être à Sa Majesté le roi de Prusse, ses successeurs et héritiers à perpétuité la possession tranquille de toute la Basse-Silésie, la ville de Breslau y comprise, bien entendu néanmoins qu'il n'y sera fait, de sa part, aucun changement au préjudice de la religion catholique, apostolique et romaine, et par reconnaissance pour la susdite garantie, aussi bien que

pour une entière conciliation de l'affaire de la succession de Bergue et de Juliers : et pour raffermissement de la tpLnquillité générale qui aurait pu être troublée à l'égard de cette affaire, Sa Majesté le roi de Prusse, tant pour elle que pour ses successeurs et héritiers, s'engage de la manière la plus forte et la plus formelle de faire à la maison Palatine de Sulzbach et ses héritiers à perpétuité, la cession entière de ses droits de succession sur le duché de Juliers et de Bergue. Bien entendu que cette cession ne saurait avoir lieu qu'autant que la possession tranquille de toute la Basse-Silésie, la ville de Breslau y comprise, sera assurée à Sa Majesté le roi de Prusse et à ses héritiers à perpétuité, par une cession franche de la maison d'Autriche, à stipuler dans le futur traité de paix sous la garantie de Sa Majesté Très Chrétienne, de la maison Palatine, et telles autres puissances qu'on pourrait trouver à propos d'inviter à la concurrence de cette garantie, telles que l'Espagne, la Suède, la Bavière, contre toutes prétentions formées ou à former de quelque part que ce puisse être, sur la Basse-Silésie, la ville de Breslau y comprise. Bien entendu aussi que Sa Majesté Prussienne garantira de sa part conjointement avec Sa Majesté Très Chrétienne et les puissances qui interviendront au présent traité, à ladite maison Palatine de Sulzbach et à ses descendants pareillement à perpétuité, la possession des États de Bergue et de Juliers, contre toutes prétentions formées ou à former, de quelque part que ce puisse être, sur la succession desdits États de Juliers et de Bergue.

Comme la Russie est entrée avec plusieurs autres puissances dans des engagements et des concerts en

faveur de la cour de Vienne pour agir contre Sa Majesté le roi de Prusse, soit en faisant une diversion dans ses États, soit en envoyant des corps de troupe au secours de la reine de Hongrie, Sa Majesté le roi de Prusse s'engage à contracter dès à présent une alliance avec la Suède qui puisse l'assurer quelle ne sera point contraire aux vues que la Suède pourrait avoir de réunir ces provinces autrefois prises par la Russie, et possédées encore actuellement par cette puissance, et à ne point inquiéter la Suède dans aucun cas, quelque réquisition que lui fit la Russie, ^n vertu du renouvellement de son alliance du 27 décembre 1740. On s'engage de garder le secret le plus inviolable sur cet article séparé.

Leurs Majestés emploient leurs soins et leurs offices pour réunir les suffrages du collège électoral en faveur de l'électeur de Bavière, et c'est dans ce sentiment que le roi de Prusse promet que, lorsqu'il s'agira de l'élection du roi des Romains à la prochaine diète d'électeurs, il donnera en qualité d'électeur de Brandebourg sa voix audit électeur de Bavière, et s'engage à ne la donner à tout événement à aucun autre que de concert avec Sa Majesté Très Chrétienne.

FIN DE L APPENDICE DU PREMIER VOLUïfE

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