‹ Frédéric II et Marie-Thérèse d'après des documents nouveaux, 1740-1742Chapitre 2 sur 53 · R FRÉDÉRIC II ET MARIE-TIIÉRÈSB · texte numérisé non relu

R FRÉDÉRIC II ET MARIE-TIIÉRÈSB

glorieuse et la plus flatteuse qu'un particulier pût jamais commander, puisqu'il s'agissait de faire un empereur et de conquérir des royaumes, et qu'il n'était pas douteux que, ne consultant que mon goût et mes convenances, je ne préférasse sans balancer le commandement de l'armée, mais que, connaissant la nécessité de préférence pour le tien de l'Étal et la négociation, il fallait ne me compter pour rien '. »

La réponse à cette ofTre désintéressée fut celle que Belle-Isle attendait. Il garda le commandement avec l'ambassade, sauf à ne commencer effectivement son rôle militaire que quand, l'élection étant faite, sa mission diplomatique serait terminée. Jusque-là la direction do l'armée resta confiée au premier des lieutenants généraux, M. de Leuville, qui dut se maintenir en relation avec lui et suivre, autant que faire se pourrait, ses instructions. Le maréchal de Maillebois fut mis à la tête de l'armée qui devait opérer dans l'Allemagne occidentale. Ces dispositions prises, Belle-Isle reparlit aussi

). Miimires inédits du mnrérlinl de Bfllc-Me.

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précipitamment qu'il était venu, et, dès le 25 juillet, de retour à Francfort, il pouvait annoncer à Frédéric que les deux armées françaises seraient en marche dans les premiers jours d'août et que la jonction avec les Bavarois serait opérée avant le 15. Avec la meilleure volonté du monde, une plus grande diligence n'aurait pas été possible.

Je doute fort que Frédéric approuvât une disposition aussi vicieuse que ce commandement en partie double exercé à distance et par délégation; mais il comprenait que Belle-Isle, engagé d'honneur à faire réussir une aventure où se jouait sa renommée, était obligé de tout subir et de se prêter à tout pour ne rien compromettre, et cette dépendance lui convenait. Aussi n'hésita-t-il pas h lui écrire : « Je félicite le roi de France de ce qu'il a déclaré le maréchal de Belle-Isle généralissime de ses armées d'Allemagne... Il n'y a, je crois, rien & ajouter aux mesures qu'on a prises, et je suis danâ la persuasion que rien au monde ne pourra mettre d'obstacle à la sagacité de ces arrangements... Je vous ai mille obligations des peines et des

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soucis que vous avez pris dans cette affaire qui ne pourra que vous faire une réputation immortelle '. »

n n'était que temps de le satisfaire ; car, au moment où il apprenait le« dispositions belliqueuses de Belle-Isie, l'autre opération, la négociation pacifique qu'il continuait à suivre du coin de l'œil, faisait un pas considérable. Harie- Thérëse vaincue, au moins en apparence, se décidait à aJccorder, ou plutôt se laissait arracher une concession de quelque importance. Le traité conclu avec la France et dont le secret n'avait pu être religieusement gardé, lui avait été annoncé peu de jours après la signature, par l'intermédiaire du roi d'Angleterre. Quand la communication en fut faite aux conseillers autrichiens par le ministre anglais, ils tombÈrent à la renverse sur leurs sièges, dit cet envoyé, Mêmes comme des cadavres. En mémo temps, George II, venu lai-mème à Hanovre pour surveiller la marche des événements, faisait savoir qu'afin de se conformer à la lettre

1. FrÈdfrLc à Belle-Isle, 30 jalUel 17*1. — Pol. Corr., t. i,

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des traités, il consentait à mettre à la dieposition delà reine un corps de douze mille hommes, composé de Hessoîs et de Danois pris k sa solde, et un subside de trois cent mille livres sterling ; mais il ne cachait pas que ce secours serait manifestement insuffisant pour mettre l'Autriche en état de tenir tête aux forces coalisées qui la menaçaient, et il déclarait qu'on n'obtiendrait rien de plus de lui tant que l'on s'obstinerait à refuser les sages transactions nécessaires pour réunir toute l'Allemagne contre l'ambition française, u Si la cour de Vienne, écrivait le 2i juin le principal secrétaire d'Étatbritanntque à Robinaon , s'obstine à risquer le tout, plutôt quo de faire aucun sacrifice pour gagner le roi de Pi-usse dont le concours h la cause commune est si nécessaire,., elle ne peut s'attendre que le roi entre avec le même degré de vivacité et de vigueur dans une guerre qui serait sans espérance et ruineuse. Vous étendrez, vous justifierez tous ces points, vous y donnerez la plus grande énergie. . . Si la reine cède à vos conseils, vous vous rendrez vous-ro^me au camp du roi de Prusse, vous tâcherez d'applaudir à sa va-

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nité, jMir la gloire d'être le consei-valeur (plutôt que le destructeur) de la maison d'Autriche, des libertés de l'Europe et de la religion protestante '. »

En exécution de ces instructions, Robinson se présenta devant la reine et lui parla avec une énergie que l'émotion rendait presque éloquente. Ce fut en père affligé et presque les larmes aux yeux qu'il la conjura de se soustraire aux dangers dont elle était entourée. Elle l'écouta jusqu'au bout en silence, tous ses conseillers baissant la tète sans rien dire ; puis elto éclata avec un transport de passion. En lui demandant de se séparer de ses fid&lcs sujets de Silésie, s'éeria-l^elle avec véhémence, ce n'était pas à sa politique, c'était à sa conscience qu'on faisait violence. La Silésie était la clef de ses Ëtats ; quand la partie basse serait cédée, on lui demanderait la province tout entière ; et l'entrée de la Bohême comme de la Moravie serait alors sans défense. Les dangers qu'on lui représentait

I. LordHarriogtouhRoblasoD, 21 ju[ul711. — OËpechein- Iprccjilée par M. de Boasy, ministre de Frouce à Londrfifl.(Co<'ivipondatice d'Angleterre. — -Mimslère des affaires lilraiiBèrea.)

«AHIE-THÈRÈSE EN U0NGB1E 13

étaient certains, mais était-elle donc seule i les courir ? Ne menaçaient-ils pas l'Angleterre aussi bien que l'Autriche ? Et comme le ministre anglais faisait observer que la situation n'était pas la même : « Ah ! oui, dît-elle, je sais, il y a ce maudit marais {that ciirsed ditch) qui vous sépare du continent. Plût à Dieu qu'il n'existât pas, que vous fussiez comme nous et que le roi votre maitrc eût tous ses Etats dans le cœur de l'Allemagne ! On veirait s'il serait si pressé d'en céder la meilleure partie, celle qui défend tout le reste. El pourquoi est-ce moi seule qui dois faire tous les sacrifices? Pourquoi le roi d'Angleterre ne s'adresse-t-il pas aussi à tous les princes de l'Empire menacés comme moi? Pourquoi ne parle-t-il pas à l'électeur de Bavière, dont les prétentions seraient peut-être moins hautes et à coup sûr mieux fondées que celles du roi de Prusse ? Pourquoi surtout ne met-il pas ses troupes en campagne ? Ah ! si seulement le roi voulait faire avancer ses troupes ! »

Le débat dura plusieurs jours. La reine, avec l'imagination intempérante du désespoir, inventait sans i-elâche des combinaisons nou-

li FRÉDÉRIC II ET UARIE-TnÉHÈSR

velles pour échapper h celle qui blessait sa fiertâ au point le plus sensible. Elle voulait séduire l'électeur de Saxe en lui promettant la Lusace, fief de la couronne de Bohême que Frédéric avait perdu, disait-elle, par sa félonie, et l'électeur de Bavière en lui ofTrant la Toscane ou le Milanais ; elle menaçait de se jeter dans . les bras de la France en cédant à Louis XV une partie des Flandi'es. Bref, de haute lutte et do guerre lasse, on l'amena aux concessions suî' vanles ; deux raillions d'écus seraient payés au roi de Prusse pour obtenir l'évacuation totale du territoire autrichien, et aucune réclamation ne lui serait faîle pour les dommages soufTcrts par les sujets d'Autriche. En échange de sa renonciation à ses prétendus droits sur la Silésie, la reine lui offrait un équivalent dans les Pays- Bas, le duché de (îueldre, par exemple, et même, s'il le fallait, le Limbourg. Enfin, si ces conditions étaient refusées, h la dernière extrémité, le ministre anglais était autorisé, non à promettre, mais à laisser espérer la cession du duché de Glogau en Silésie. Encore, quand il s'agit de mettre les termes de ces propositions

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par écrit, la princesse ne pouvait-elle se décider à le3 signer. Ce mot était trop fort, cette concession trop étendue, cette promesse trop formelle et le papier, chargé de ratures tracées d'une main uerveuse, dut retourner plusieurs fois à la chancellerie poiu* être transcrit de nouveau.

Enfin, comme Robinson, en prenant congé, témoignait quelque doute sur le succès de sa mission : « J'espère bien, dit-elle, que vous ne réussirez pas. J'apprécie vos bonnes intentions, mais j'ai pitié de ce qui vous attend. Votre mission en Silésie sera aussi vaine que celle du comte Goltcrà Vienne.» Puis, au moment où il sortait, elle le rappela : « T&chez au moins de sauver le Lioibourg : je ne sais si j'ai le droit de le céder. J'ai promis aux états de Brabant de no rien détacher de leur territoire. »

A peine l'envoyé était-il parti que, se préparant d'avance au refus qu'elle espérait, elle faisait sonder Télectrice de Bavière, sa cousine, par l'intermédiaire de leur aïeule comipune, l'impératrice douairière Amélie, pour savoir si, moyennant des avantages tout pareils à ceux

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qu'elle offrait k Frédéric, on ne pourrait pas amener l'électeur à se désister de ses prétentions. « Je trompe mes ministres, écrivaitelle dans im billet confidentiel à l'un de ses conseillers, le comte Klnski (le seul qui, avec Bartenstein, eût osé prendre la parole dans le même sens qu'elle) et je vous fais dépositaire de mes sentiments véritables. On va lire les points donnés par Robinson. Comme celni-ci s'est même fait entendre jusqu'à des menaces, il est nécessaire de tâcher d'avoir recom-s h la porte ouverte par là et de le ménager... Ma ferme résolution est de ne jamais céder quelque chose de la Silésie, encore moins toute la basse. . . Je laisserai un peu marchander et qu'on sonde sur cela Robinson. Toute mon idée est cela. Dieu me garde que je penserais de le faire... bien loin ! On retiendra Robinson, on l'amusera jusqu'à une réponse de la Bavière. >> Puis le lendemain, passant de l'espoir d'être refusée à la crainte de s'être trop avancée : « Je suis sài'e, disait-elle encore, que le roi accepte la proposition de la Silésie, dont je suis inconsolable. J'ai fait ordonner qu'on fasse une ten-

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tative pour les Pays-Bas, s'il voulait vider la Silésie... Avec Robinson, il n*en sera rien, car ils se sont mis en tète d'avoir la Silésie, et ils l'auront, mais, Weh denen (malheur ii eux), surtout s'ils m'attrapent dans un moment de mauvaise humeur, comme je suis actuellement ! Je voudrais bien vous parler. Voyez d'attraper l'occasion, si ce serait même pendant les vêpres '. u

« La reine est vraiment bien aimable, écrivait Robinson, et elle a plus de génie que son peu d'expérience ne l'aurait fait supposer ; mais elle a trop de vivacité et elle compte trop sur le charme de ses agréments extérieurs. » Celait une vivacité pareille ornée de beaucoup moins de charmes que devait affronter au camp prussien le diplomate condamné par sa mauvaise chance à se trouver serré entre deux caractiires également impérieux. Robinson devait rejoindre Frédéric dans la petite ville de Strehien, où

1. D'Arneth, t. i, p. 226, 230, 391, 395. — Guie, Uouie of Austria, t. m, chap. xcix, [i. 415 et buIï. — Rattiupr, Beily'àge iur neuen Oesehiiiilc. — M. d'Ameth a couserré serapulniseinRDt, daus ca bitlt^ts iutiiURS, l'arHiograpbe fniiUve tt le fiançais iucuircct Je la rcrue.J'al dfl faire cuuiuie lui.

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était transporté son état-major. Il allait le trouver dans l'exaltation causée par les nouvelles récemment reçues de Franco et par la certitude d'avoir désormais, outre sa propre armée, trois autres à sa disposition. Jamais humeur ne fut moins propice à l'ouverture d'une négociation. Valori, d'ailleurs, était venu luimême de Breslau au quartier général sur la nouvelle de la mission anglaise et montait la garde, non sans inquiétude, pour savoir quel accueil serait fait à l'envoyé.

Quelques jours avant l'an'ivée de Robinson, le roi, averti de sa venue, s'approcha de Yalorï pendant la manœuvre militaire h laquelle ce ministre ne manquait jamais d'assister et lui dit à l'oreille : « Je voudrais vous parler sans que nous ayons l'air d'en faire mystère, fiddez autour de mon camp après le dîner et voyez si vous trouvez un moment favorable. » Le dtner fini, en ciïet, ils'arrangea de manière k prendre sans alfcctation Valori à part : « Robinson arrive, lui dit-il, et lord Hyndfort m'a fait connaître ce qu'il apporte. On m'offre un équivalent poui' la Silésie dans les Pays-Bas. Cette proposition est

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un piège pour me brouiller avec vous ; mais afin de laisser au roi tout le temps d'agir, je demanderai à faire mes réflexions et je leur ferai des propositions si fortes qu'ils oe pourront les accepter. Je leur demanderai les Pays-Bas catholiques tout entiers. J'espère que !e roi me saura gré de cette communication. Cependant, il fait bien d'avoir mis une armée sur la Meuse pour s'opposer au roi d'Angleterre, car Je vous avertis que ce roi est de plus en plus l'idole des Allemands, et il n'y a qu'un grand effort de votre part qui puisse déconcerter ses mesures. » Puis, après s'être applaudi en riant d'avoir réussi à bien duper les Anglais : « Est-ce ma faute, ajouta-t-il, s'ils sont si sols ' ? »

A la réflexion, il est probable que Frédéric pensa qu'il valait encore mieux brusquer que prolonger la conversation avec Robinson, et user de menaces que de ruse, car, le joui de l'audience venu, à peine eut-il donné le temps à Robinson de décliner ses propositions, qu'il se leva tout droit devant lui dans une attitude

1. Valorl à Amelot, 28 juillet 1141. {Corveipottdan'X de Pnute. — Ministère des alTaires étrangères.)

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qui simulait à la fois la surprise et l'indignation. L'offre (effectivement assez déplacée) de deux millions à payer pour l'évacuation de la Silésie semblait surtout le mettre hors de lui. « Suis-je un mendiant, s'écria-t-il, pour qu'on m'offre de l'argent ? Ai-je fait la guerre pour en attraper ? Me croit-on d'humeur à vendre la gloire et leaintérèts de ma maison? Allez offrir del'argentàun petit prince comme le duc de Gotha et ses semblables. Je suis de ceux qui aiment mieux en donner que d'en prendre ; mais la cour de Vienne, où en prendrait-elle pour en donner?

Voilà bien aa hauteur et son effronterie accoutumées. 1)

La cession proposée du duché de Gueldre n'eut pas plus de succès. « Podewils, dit le roi, en se tournant vers son ministre qui était présent à l'audience, qui est-ce qui reste à l'Autriche dans le duché de Gueldre? — Presque rien, dît le ministre eu s'inclinant. — Vous voyez, c'est encore une gueuserie qu'on me propose. »i « Sa colère était telle(écrivait plus tard Robinson) que je crus le moment venu de lâcher la proposition duLimbourg. « — Je ne puis comprendre,

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reprit le roi, comment l'AuLriche peut songer ainsi à dégarnir sa frontière. En a-t-elle le droit? N'a-t-ellepas des traités avecla Hollande qui l'en empêchent? n II avait raison : par une convention conclue avec la Hollande, en 1713, et qui porte dans l'histoire diplomatique le nom de Iraitéde la Barrière, l'Autriche s'étaitengagéc à entretenir elle-même sur la frontière néerlandaise une ligne de fortifications défensives contre la France, ce qui supposait qu'elle n'aliénerait jamais ce territoire. « D'ailleurs, continua Frédéric, je ne veux rien avoir à démêler ni avec la Hollande ni avec la France, qui ne m'ont point offensé et qui s'inquiéteraient extrêmement de me voir arriver dans leur voisinage. Et puis, ces cessions que voua me proposez, qui est-ce qui me les assurerait ? » Robinson fit ohserver que son gouvernement, en se portant médiateur, se faisait aussi garant. « — Ah! des garanties I et quiest-ce qui en tient compte dans ce temps-ci? Est-ce que tout le monde n'avait pas garanti la Pragmatique ? ne ravieiî-vous pas garantie vous-même ? Pourquoi donc ne venez-vous pas tous défendre la

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reine ? — On ne peut répondre de tout, dit Robinson, mais si on pousse à bout rAiitrieho, elle aura des amis. — Qui sont-ils, ceux-là? — Il y atirales Russes qui ne peuvent se passer de l'Autriche pour résister à la Turquie. — Bon I bon! les Russesje n'ai rien à vous dire, mais j'ai des moyens de me garder d'eux. — Il y en aura encore d'autres qui ont des devoirs et les rempliront, quelque pénibles qu'ils puissent leur par^tre. » Le roi lui coupa la parole et, mettant le doigt sur te bout de son nez: «Pas demenaces, monsieur, s'il vous plaît, pas de menaces. »

Podewils, épouvanté, interrompit à ce moment l'entretien par quelques paroles de con( iliation, et Robinson, remis d'un instant d'émclion, reprit ; « Je ne fais point de menaces, je dis ce qui ne peut manquer d'arriver, c'est le zîjlc (lu bien public qui m'amène ici. ^- Le bien public doit vous en savoir beaucoup do gré, mais écoutez : en ce qui touche la Russie, je vous aî dit ce qui en est ; je n'ai rien à craindre du roi do Pologne; le roi d'Angleterre est mon parent, il ne m'attaquera pas, et, s'il le fait, le prince d'Anhall a une armée qui aura soin de lui. ^-

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Mais ne craignez-vous pas, ajouta encore Robinson, que la reine au désespoir se jette dans les bras de la Franco? » Sur ce point le roi no voulut rien répondre, mais, élevant la voix avec une emphase théâtrale: « Enfin, dit-il, je suis h la tète d'une année invincible,' je suis maître d'un pays que je veux, que je dois avoir, et j'aime mieux mourir avec tous mes hommes que de m'en laisser chasser, surtout à prix d'argent. Mes ancêtres sortiraient de leurs tombeaux pour me reprocher de trahir les droilis que je tiens d'eux. Et que dirait-on de moi si j'abandonnais une entreprise qui a été le premier acte de mon règne, que j'ai commencée avec réflexion, que j'ai poursuivie avec fermeté et que je veux mener h fin? Est-ce à un prince protestant de me conseiller de replacer de pauvres protestants opprimés sous la domination d'un clergé catholique qui les persécute? Et, après tout, je suis le vainqueur, el c'est au vainqueur h faire Bes conditions. Je demande aujourd'hui la Basse- Silésie et Breslau, et, si je ne les obtiens pas aujourd'hui, dans six semaines, je demanderai quatre duchés de plus. — Est-ce là votre dernier

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mot, dit Robinson, et la réponse que je dois porter à la reine? — Oui, mon cœur se soulève comme celui d'une femme grosse à m'entendrc toujours faire la même question. " Et comme Robinson insistait pour qu'on lui laissât au moins expliquer en détail à Podcwils la porico dos propositions de la reine en lui en remettant le texte : — « Non, monsieur, dit-il, il est inutile d'y penser. >* Tournant alora le dos et prenant son chapeau, il se retira derrière le rideau qui partageait la tente. Robinson resta seul avec Podcwils, qui ne paraissait guère moins déconcerlé que lui. — « Vous vous fiez à la France, lui ditil ; elle vous abandonnera. — Non, reprit Podcwils, la France ne nous plantera pas là, du moment, ajoute-t-il, après quelques instants d'hésitation, que nous ne l'abandonnons pas DOus-mèmee'. »

i. Coie, Hoiue of Àuitria, t. ni, ch. \ck, p. 420-123. — Rallmer, Beitrdge zurneuen Geichl /de. — Droyaeii, t. [,p. 300, 304. Nons avons deux récita dilti^rcnta (te cette cnrieuse conversation, l'nn d&i» la dépêche do Robinsun, titée presque eu entier parCoxe et RaUmpr; l'antre dons nn procèti-verhal pnissifin iii?éri.^ dans la Politkche Correiponilenz. t. i, p. 291. Ctii deus veisiuus uélaol pas outièreiueut semiilolilcs, j'ai dû

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Le soir, Frédéric fit revenir Valoi'i et passa trois heures en conférence avec lui. D ne tarissait pas en récits comiques sur l'audience du matin, sur l'air empêtré de Robinson, son ton déclamatoire, son enthousiasme ridicule pour la reine de Hongrie: « Croîrait-on, disait-il, qu'il m'a dit que, si seulement je la voyais, j'en deviendrais amoureux et que je songerais plutôt à lui donner des couronnes qu'à lui en ôter? » Fuis il s'épanchait en protestations d'admiration et d'amitié pour Belle-Isle : « Assurez-le, disaitil, que je ne désire que d'être rapproché de lui et que nous combattrons ensemble comme Eugène et Marlhorough ; je serai l'un ou l'autre à son choix. » Cependant, Valori ayant profité de l'occasion pour le presser de donner à son ministre à Francfort, avec le caractère d'ambassadeur, l'ordre décisif de voLer pour l'électeur de Bavière : « Quand vous aurez passé le Rhin, » dil-il '.

Ic9 combiner et les compteur l'nne par l'aulre. — FréJéiic a douDé lui-mêjne <!c cette scèue im récit très altéré dans VlIUtaire de mon temps.

1. Mémoires de Valori, 1. 1. p. 120. — Valori à Belle-Isie, 8 Boùt 1741. {Correspondance de Prusse. ~ Ministère des affaires étrangères.)

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En outre, afin de ne laisser aucun doute sur son intention de ne jamais sortir de la Silésie, il choisit ce moment même pour faire entrer ses troupes dans Breslau, contrairement h la convention formelle passée avec la municipalité, et sous prétexte que les intrigues du clergé avec de vieux gentilshommes et des douairières catholiques menaçaient la sécurité de sa possession. L'occupation, comme Frédéricle raconte lui-même, s'opéra par un véritable guet-apens : il avait demandé passage pour un seul régiment, qui devait ne faire que traverser, mais, une fois la porto ouverte, toute la troupe entra pour ne plus sortir. Le bourgmestre et les échevins étaient absents, ayant été conviés, ce jour-là même, parle roi à une parade militaire à laquelle assistaient également tous les diplomates résidant à Brcsiau. On n'avait omis dans les invitations que les deux agents anglais, afin qu'ils pussent être témoins oculaires de l'opération ; Bobinson, qui partait le lendemain, en rapporta la nouvelle à Marie-Thérèse, qui recevait en même temps avis que l'électrice de Bavière refusait de se mêler d'aucune négociation auprès

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