FRÉDÉRIC II ET HARIE-THÉRÈSE
allemandes, ce fut un moment critique que celui où une armée française dut mettre le pied sur le sol germanique. L'opinion était trës émue; des pamphlets circulaient dans lesquels on dénonçait l'ambition héréditaire de la maison de Bourbon, et où Louis XV- était accusé, soit de vouloir démembrer le territoire de l'Empire, soit de prétendre imposer de force un chois aux électeurs, soit même d'aspirer à monter de sa personne sur le trône impérial '. Pour peu que l'alarme fût devenue générale et eût coïncidé avec la session régulière de la diète de Ratisbonne, l'assemblée fédérale, sortant de sa torpeiur accoutumée, pouvait être poussée à déclarer que le conflit intéressait non seulement les parties belligérantes, mais l'Empire tout entier, et à donner ordre aux présidents de cercles d'armer leurs contingents. Une démonstration de ce genre, que les agents de Mario-Thérèse ne cessaient de réclamer, quoique sans grande conséquencematérielle,auraiteu1e plus fâcheux effet moral. C'est à quoi avait pensé et pourvu
1. Voir sur l'effet produit par l'eatrée dm troupes fraiiçaUes ilaus l'Empire, ]'a|i|iRDdice A, à k au de ce volume.
MAHIE-TDÉBÈSE EN HONGRIE 2{l
Belle-lsle, et, k force de chercher un prétexte honnête pour motiver les mouvements militaires qu'il devait commander, il avait fini par s'arrêter à celui-ci, qui, n'ayant pas grande valeurau fond, sauvait au moins l'apparence. La France déclarait non seulement ne poursuivre aucun but d'ambition personnelle, mais même ne pas faire la guerre pour son compte à la reine de Hongrie; elle ne se prononçait pas sur la légitimité des prétentions de l'électeur; mais elle se croyait obligée par des engagements d'honneur et de parenté à ne pas laisser périr la maison de Bavière, et elle prenait les devants pour préserver Charles- Albert contre les mauvaises chances de son entreprise. Les soldats français n'étaient donc que les auxiliaires de l'armée électorale, et, pour mieux leur conserver ce caractfere, l'électeur restait généralissime de toutes les forces réunies, et les régiments français joignaient à leurs propres étendards le drapeau qui portait les couleurs bavaroises '.
1. Comme ou peu', ie voir dans l'appendice B (k la an dn premier loiume, p. 373), cette dietiuctiou entre la recoonalaeancedes prétentions delà maison de Biivière, et la protection
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Tel était le système un peu artificiel qui fut développé dans uoe circulaire adressée, le 7 juillet, à tous les agents fraaçais, et dont Fleury fit, de sa propre main , part à l'époux de Marie-Thérèse. Grâce k cette subtilité diplomatique, il pouvait laisser à Vienne un agent accrédité et continuer de recevoir à Versailles le chargé d'affaires de l'Autriche. Cette disposition ne fut pas sans inconvénient, comme on le verra, par les prétextes qu'elle fournit aux soupçons de Frédéric ; mais, à ce moment, la précaution était suffisante pour endormir la vigilance des agents officiels du Saint-Empire, qui d'ailleurs, quand il s'agissait de motifs pour rester tranquilles, n'étaient pas difficiles à satisfaire '.
Mais ce qui contribua plus efficacement encore h calmer l'émotion publique, ce fut la sévère discipline que le lieutenant de Belle-Isle, M. de
garantie à la sûreté de Bea états Était le terrain diplomatique BOT lequel Fleury s'était placé dans aes rapports avec l'électeur, mSme avant la mort de Charles VI.
i. Belle-Iale au marquis de Leaville, 11 août 1741, (Ministère de la guerre. — Correspondances diverses. ) — Circutaire diplomatique du 7 juillet 1741. (Corretpondanee de Hollande.) — Pleur; au grand-diicde Toscane, 3 septembre 1741. {Corres. pondaneede Vienne. —Ministère des affaires étraDgères.)