Pol, Corr.f t. I, p. 214, Frédéric à Truchsess, 21 mars
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nistèrc des affaires étrangères que pour passer aux bureaux de la guerre, dressant le matin des instructions diplomatiques et Taprès-midi des plans de campagne, et tenant, la nuit comme le jour, tout un monde d'employés sur pied. Dès le premier moment, il avait formé le dessein de mener à la fois les deux opérations, la diplomatique et la militaire, de conduire de front négociations et combats ; et la dignité de maréchal, qui lui fut accordée en même temps que son ambassade, attestait qu'il avait fait accepter par Fleury cette double prétention. C'est que Fleury, débordé autant que désolé, étourdi par cette activité bruyante, s'en remettait désormais à lui les yeux fermés, comme un navigateur qui a perdu son point en mer lâche son gouvernail et s'abandonne à la Providence.
Quant au public, soit de Versailles, soit de Paris7 aussi bien celui des cafés que celui des salons, prenant, comme c'est assez l'ordinaire, l'audace pour le génie, il était littéralement sous le charme : « Toute la France, devenue Belle-Isle, dit un mémoire manuscrit du temps, ne doutait de rien, » et un penseur caustique dont la bien-
veillance n*étaitpas le défaut, le marquis d'Argenson, constatait cet entraînement dans son journal solitaire, sans trop s'en défendre luimême. — « On a admiré depuis peu, dit-il, combien le crédit de M. de Belle-Isle s'est accru à la cour. Cela vient de ce qu'il a pris un système pour rAUemagne... Il a des matériaux de tous côtés et Tesprit fort. Il mange peu, dort peu et pense beaucoup, qualités rares pour la France. D'un mot qu'il dit, il en impose à notre petit peuple de ministres *. »
Et de fait, sans partager un enthousiasme que l'événement a trompé, on ne peut refuser un certain hommage, sinon d'admiration (le mot serait trop fort), au moins d'étonnement, à l'esprit entreprenant qui se jetait ainsi tête baissée dans ^ une si grosse aventure, sans autre appui qu'un souffle de faveur populaire et un consentement arraché à un gouvernement débile. La hardiesse du dessein prête quelque mérite au fait seul de l'avoir conçu et au succès, à la vérité stérile et passager, qui l'a un instant couronné.