II AVANT-PROPOS
nous leur avons vu remplir dans les drames beaucoup plus douloureux dont nous avons été témoins. Je crois pourtant m'être absolument refusé à la tentation de fausser la vérité historique en cherchant dans le passé des allusions déplacées aux faits présents. Si, malgré ce soin scrupuleux, quelque ressemblance a pu être saisie et relevée çà et là entre les événements du dernier siècle et ceux du nôtre, ces rapprochements involontaires n'ont pu provenir que de la persistance de certains traits du caractère national, qui se transmettent de génération en génération chez tous les peuples et survivent au cours du tempa, comme aux vicissitudes des révolutions»
C'est ainsi que nos Français d'aujourd'hui, malgré la rénovation sociale que notre patrie a subie et dont les uns s'honorent et les autres s^affligent, sont plus semblables qu'ils ne pensent aux Français du dix-liuitième siècle. Nos aïeux avaient déjà cette disposition (dont un souverain français de nos jours se félicitait avant d'avoir eu à s'en repentir) à partir en guerre pour une idée, c'est-à-dire à préférer à des résultats pratiques et positifs un but
AVANT-PROPOS m
idéal âoUt la générosité el la grandeur sé^ duisent leur imagination»
Rien n'eût été si aisé, je crois l'avoir fait voir, à la mort de l'empereur Charles VI, que d'obtenir de sa fille Marie-Thérèse, par la cession de tout ou partie des Pays-Bas, une extension de territoire qui eût fortifié et peutêtre affermi pour jamais la défense de notre frontière du nord. A cet avantage de fait, certain et tangible, la France préféra l'idée de rétablir l'Empire germanique, dans sa conception primitive , c'est-à-dire affranchie de la prépondérance et de l'hérédité autrichienties.
Celait un vrai Français, et de la ineilleure race de nos compatriotes, par l'éclat de sa valeur et la vivacité et les ressources de son esprit, que ce maréchal de Belle-Isle qui fut l'inspirateur et un instant le héros de ce projet grandiose. Mais, pour mener à fin sa tentative, même pour la rendre possible, il fallait commencer par proclamer le désintéressement absolu de la France, et sa résolution de n'exiger pour elle-même aucun prix de ses efforts. C'est ce que Belle-Isle répétait encore à Frédéric, au moment même où cet allié,