Avril
Je profite du Courrier Autrichien, pour vous dire, qu'hier le Baron Van Swieten est venu metaler sa marchandise. Je me suis contenté de lui répondre sur la part que sa Cour s'arroge sur la Pologne, que je trouvais qu elle n'était pas dégoûtée, et qu'au fond leiu- portion était équivalente à celle des Russes et à la mienne prises ensemble. Je n'ai point voulu m'expliquer davantage sur ce sujet, ne sachant pas encore comme on pense à ce sujet à la Cour où vous êtes. Cependant les salines de Cracovie méritent une grande attention. Cela seul constitue le revenu d'un million de florins, qui va à 130,000 écus et au delà de ce que ma portion Rapportera jamais. Une seconde chose qu'il faut observer, c'est que la frontière que le Prince Kaunitz s'est tracée, touche presqu'à Varsovie. Mais en général, il faudrait évaluer nos possessions, ou selon la population, ou selon l'étendue du terrain, ou selon le rapport
Van Swieten m'a parlé aussi de la pacification de la Pologne, et il est convenu, que les deux principes de la Russie sont justes: L'élection statuée par une loi, et le liberum veto conservé. Mais il croit de plus, qu'on pourrait peut-être faire promettre aux Polonais, qu'à la première élection ils seront obligés de choisir un Piast. Je lui ai répondu, qu'il me semblait, que c'étaient des matières dont on pourrait négocier à Pétersbourg après la conclusion de la Convention ^).
Je suis bien aise de vous faire part de tout ceci, il est toujours bon que vous sachiez ce qui s'est traité ici, car j'ai remarqué, que les Autrichiens ne sont guère exacts dans leurs relations, et il est nécessaire, que vous soyez informé des choses telles qu'elles se sont passées.
*) On doit remarquer avec quelle finesse, le Roi met toujours dans toutes ces transactions la Cour de Russie en avant, en se tenant lui-même dans l'ombre, quoique originairement toutes ces mesures odieuses au détriment de la Pologne étaient issues de sa tête et de sa politique.
Du Roi de Prusse au Comte Solms.