‹ Frédéric IIChapitre 31 sur 52 · Mai · texte numérisé non relu

Mai

Il faut que je vous entretienne de quelques nouvelles de Fjrance, qui, par leur singularité, n'ont pas laissé de m'amuser beaucoup. Le secret de nos arrangemens pour le démembrement de la Pologne a commencé à percer à cette Cour. Elle en est fort inquiète et alarmée, elle se perd en reproches et en projets inutiles pour y ^porter quelque empêchement, et son désespoir va si loin, qu'elle ne se fait' aucune peine d'ima* giner différens plans, les uns plus absurdes que les autres, et qui tendent principalement à décharger sa bile contre moi. En voici un de cette espèce, qui vous surprendra sûrement. Elle prétend représenter aux Cours de Pétersbourg et de Vienne le désavantage de leurs arrangemens avec moi, afin de les engager à se liguer contre moi et me forcer à me désister de tiies prétentions. ïl en a été question plusieurs fois entre le Duc d'Aiguillon et le Comte de Mercy,

et encore en dernier lieu ce plan a fait le sujet (l'un entretien fort long et trè^ animé' entre ces deux ministres, au sortir duquel on a remarqué une très forte . altération dans leur physienomies. — Le Comte de Wielohorsky^) ne reste pas non plus les bras croisés, et il a fait courir à Paris un mémoire fort singulier. Il a usé de la précaution de ne le point signer, mais il l'a adressé à^ tous les ajnbassadeurs et ministres résidant à la Cour de France. Ce mémoire^) paraît fait et répandu avec l'approbation tacite du ministère de France, mais il m'affecte tout aussi peu que les projets ridicules et impuissants de Ce dernier. Cette ligue tramée ^ans tn temps, où la France est dans le plus grand discrédit auprès de. ces deux cours Impériales, et où elle joue d'ailleurs un si petit, rôle en Europe, est bien le système le plus absurde qu'on puisse imaginer. Aussi je le redoute si peu, que je ne vous fais pas part de cet effort impuissant de l'envie du ministère français, que pour m'en moquer et pour vous faire vofr, à quelles visions le sentiment de ses propres faiblesses est .ca pable de mener cette cour. Je suis persuadé

*) Chargé d'affaires de Pologne à Paris. ^) Ce mémoire est principalement dirigé contre le Roi de Prusse.

qu'on rira bien à Pétersbourg de» ces beaux projets du Duc d'Aiguillon*).

Quant au partage que les Autrichiens se sont fait, je conviens entièrement avec le comte Panin, et je ne crois pas, qu'il nous convienne -de les trop chicaner, car cette négociation n'est pas de nature à devoir traîner en longuem-, et je pense au contraire, qu'il faut la terminer aussi vite que possible. Les Ajiitrichiens ont fait marcher 20,000 hommes pour prendre actuellement possession de leur part, et je ne sais, si de bon gré ils voudront se désaisir de ce qu'on voudrait leur chicaner. Toutefois, les salines de Cracovi# ne sont pas de nature à leur pouvoir être cédées. Car cet asticle paraît aussi trop important. Au reste, je m'en rapporte à ce que l'Impératrice de Russie conduira avec les Autrichiens, et vous n'avez qu'à vous y conformer.

Pour ce qui regarde la prise de possession, , je ne précipiterai rien, mais je crois que la chose

ne sera guère différée que d'une dizaine de jours.

. ^) Ne perce-t-il pas une certaine inquiétude au travers de ce rire forcé? —

4L Du Roi au Comte Solms.

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