‹ Frédéric IIChapitre 39 sur 52 · Juillet · texte numérisé non relu

Juillet

Je conçois que la résistance des Autrichiens ne doit pas être agréable à la cour de Russie. Je vous envoie, ci-joint, ce qu'on m'écrit de Vienne. Les Autrichiens ont pris possession des mines de sel, ils y ont pris 50,000 ducats, et font exploiter les mines pour eux. Voici ce que je pense sur toutes ces affaires. Je croîs, qu'il n'y aurait rien de mieux que de s'en tenir au projet du comte Panin, pour le partage des Autrichiens en Pologne, et si on peut le réaliser; c'est sans contredit le meilleur parti. Mais si la cour de Russie croit devoir céder dans cette occasion, voici ce que vous lui représenterez en mon nom. Qu'ayant été l'ami le plus fidèle et le plus zélé de la Russie, j'espérais qu'elle ne sacrifierait pas mes intérêts à une puissance qui l'a bravée, et qui l'a morguée en Pologne. La cour de Vienne a soixante millions de florins de revenu ; elle en gagne trois de plus par cette acquisition, il s'en faut bien, que j'en aie la moitié autant. Elle a des états plus étendus que les miens du double

et plus peuplés. Elle gagne, par cette partie de la Pologne qu'elle s'arroge, neuf cent mille ou peut-être un million entier d'habitans. La population de toute ma portion va à peine à 500,000 âmes. Il me semble donc, que, si les Autrichiens gardent tout ce qu'ils demandent en Pologne, les amis de la Russie ne doivent pas en souffrir. Je ne demande pas Dantziig, parce que je sais, que cela ferait de la peine à Pétersbourg, moins pour les intérêts mêmes de la Russie que pour ménager les fantaisies des Anglais. Je proposerais donc, pour rendre mes portions égales, qu'on me cédât la ville de Thorn. Puis, depuis Filehn jusqu'à la Warthe, ensuite de Birnbaum, Canisna, Brest et le cours de rObrova, Catsian, Storchnest, Ritzin, jusqu'à ma frontière de Silésie^). Et pour plus d'éclaircissement, je joins ici une carte, où cette partie est marquée. Cependant, comme je me suis toujours bien trouvé de la confiance que j'ai dans l'amitié et la sagesse de l'Impératrice de Russie, vous direz au comte Panin, que je remets mes intérêts entre les mains de Sa Majesté Impériale, me

*) Les noms propres sont un peu défigures; ce sont, si nous ne nous trompons pas, de Birnbaum, Kahme, le cours actuel de l'Obra jusqu'à Kosten, et de là à Storchnest, Beisen; ainsi le côte occidental de la WoiVodie de Posen.

confiant entièrement en Elle. D sera beau de La voir dans cette occasion l'arbitre des puissances, régler leurs intérêts, et prévenir par sa sagesse et son équité, la disproportion qui aurait lieu entre la balance des pouvoirs, si on laissait faire les Autrichiens. Cela fait, vous n'en parlerez plus. Du reste, je me fie entièrement au comte Panin, à son habilité et à son amitié, dont il m'a donné tant de preuves. Mes intérêts ne sauraient être entre de meilleures mains; ainsi j'attends patiemment, quel sera le résultat de cette importante affaire.

Post scriptum de la main propre de Sa

Majesté.

Ce qui est marqué de crayon rouge dans la carte, sont les lieux destinés à la nouvelle frontière. Je n'ai point parlé dans tout ceci de la part de la Russie, je souscris d'avance à ce qu'ils voudront se stipuler.

Fédéric.

Du Roi au Comte Solms.

Page 1