‹ Frédéric Le Play d'après lui-mêmeChapitre 11 sur 31 · ET DE RESTAURATION 14Ô · texte numérisé non relu

ET DE RESTAURATION 14Ô

temps. Sous ces influences, l'esprit public s'est perverti; et, selon l'assertion d'un de nos modernes historiens (l), les convictions en matière d'histoire devraient être renouvelées à fond. Les Français tiennent maintenant en profond mépris les institutions et les mœurs de l'ancien régime social. La vieille France leur est aussi antipathique que la vieille Angleterre {o\àY.n^\din&) est chère à tout Anglais. Egarés par des assertions fausses et banales, ils se persuadent que la grandeur de la nation date seulement de 1789; et ceux mêmes qui souffrent le plus du malaise présent contestent qu'on puisse faire aucun emprunt utile au passé.

Ne voulant rien fonder, ni sur les bonnes traditions de leurs aïeux, ni sur les meilleurs exemples de leurs émules, les Français se trouvent forcément amenés à une dangereuse conclusion. Us croient avoir la mission de créer de toutes pièces une nouvelle organisation sociale, et ils sont particulièrement poussés dans cette voie par l'abus du mot progrès. Sous cette inspiration sont nés, depuis 1830, les systèmes chimériques qui agitent stérilement tant d'esprits. A une époque oii des inventions utiles transforment rapidement l'ordre matériel, on se persuade volontiers que des succès analogues peuvent être obtenus dans l'ordre, moral, et par suite dans le gouvernement des sociétés. En cela on s'abuse singulièrement ; car il y a contraste plutôt que similitude entre les deux genres de phénomènes. Comme je l'ai indiqué ailleurs (2), la science des faits matériels est sans borne : elle est toujours mise à profit avec empressement ; et lorsqu'elle fait défaut, elle est souvent devancée parla pratique. La science des

(1) Augustin Thierry (Lettres sur l'histoire de France, avi-rtissemcnt).

(2) La Réforme sociale, o, III.

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